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Archives de CO/CO de 1 à 10/CO n°10

CO n°10

Editorial A PROPOS DU MANIFESTE DE TRENELLE Depuis quelques mois, on assiste à des regroupements d’organisations luttant pour un changement de statut dans les colonies françaises que sont les D.O.M. Le premier en date s’est opéré sous la direction des P.C. de la Martinique, de la Réunion, de la Guadeloupe et des socialistes guyanais. On y trouvait aussi des syndicats et différentes organisations de femmes, de jeunes, en fait contrôlés par les P.C. De là devait sortir la fameuse Convention de Morne rouge, que nous avons critiquée, il y a quelques mois. Puis ce fut au tour des partisans de l’indépendance de tenter de Se regrouper. Seuls le Progrès Social, le M.P.G., Fraternité Ouvrière et la Fédération s’associèrent pour un travail commun. Les deux fractions du GONG, La Vérité et nous-mêmes, nous nous tenions à l’écart, chacun de nous pour des raisons différentes. Depuis quelques jours, cinq tendances et organisations guadeloupéennes et quatre martiniquaises viennent de faire paraître un Manifeste où elles estiment qu’en dépit des divergences, il est possible d’unir les efforts contre le colonialisme et l’impérialisme. Le seul moyen de vaincre la peur et de résister au chantage est de marcher séparément au besoin, mais de frapper ensemble », disent-elles. Le regroupement qu’elles proposent reste ouvert à tous les partisans d’un changement de statut en dépit des divergences sur la question du régime futur de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Réunion et de la Martinique et sur les moyens d’y parvenir ». Il s’agit ainsi d’un regroupement pour l’action, pour le respect des libertés démocratiques, pour « un travail systématique d’informations et de démystification et l'organisation d’actions précises, coordonnées au niveau de nos pays ». Le Manifeste de ces organisations affirme en outre « qu’il faut reconnaître honnêtement que la réalisation de ce simple minimum de garanties démocratiques ne peut résulter d’un accord entre représentants du pouvoir colonial et représentants actuels des différentes tendances ou courants politiques de nos pays, mais de la mobilisation et de l’intervention directe des masses laborieuses [...] seul le combat permanent des peuples garantit réellement la possibilité pour ces peuples de se libérer totalement ». Autant d’affirmations avec lesquelles nous sommes évidemment d’accord. Plus loin, le Manifeste explique que : « Dans cet esprit, nos organisations, sans renoncer à la lutte idéologique et politique, qui seule peut contribuer à clarifier les positions, à éclairer les choix des masses, proposent [à cette conférence] la constitution d’un Comité permanent de coordination des forces anti-colonialistes et anti-impérialistes ». Nous prenons acte de toutes ces déclarations, et affirmons publiquement que suivant l’invitation faite à la fin du Manifeste, nous, à Combat Ouvrier, sommes prêts à souscrire à ce Manifeste et à participer au Comité permanent, datant plus qu’il reflète les positions que nous avions nous-mêmes défendues lors de la mise en train du premier Comité de coordination, constitué à la Guadeloupe. Les choses étant plus clairement exposées, le Manifeste portant plus sur la nécessité d'une action commune que sur l’élaboration d’un programme politique, nous serons parfaitement à l’aise pour participer aux actions du Comité, au cas où nous parviendrions à un accord avec lui. Dès la parution de cet article, nous aurons pris les premiers contacts nécessaires à cette action commune, dans la clarté et avec toute garantie pour les participants quant à leurs droits d’exprimer librement leurs opinions au sein et en dehors du Comité. Ouverture de la récolte : UN MOMENT PROPICE A UNE ACTION D’ENSEMBLE DE LA CLASSE OUVRIERE Dans quelques semaines s’ouvrira la campagne sucrière pour 1972. Tous les problèmes posés lors de la campagne de 1971 se trouveront de nouveau présents dans toute leur ampleur. En effet, les travailleurs agricoles qui s'étaient mis en grève, l’année dernière, afin d'obtenir de meilleures conditions de travail, n’avaient pas obtenu satisfaction. Depuis lors, ils ont renforcé leur organisation et semblent décidés à reprendre la lutte entamée en 1971. Le nombre d'adhérents de l’UTA semble avoir augmenté de manière sensible. En tout cas, la détermination de ce syndicat et celle de la grande majorité des travailleurs agricoles et des petits planteurs est très grande à la veille de la récolte. Nous devons nous attendre donc à des luttes importantes dans le secteur agricole au cours de cette année. Les ouvriers des autres secteurs et en particulier ceux qui travaillent à l'intérieur même des usines ne pourront rester indifférents à ce qui se passera à la campagne. C’est ainsi que les conducteurs d'engins tractés, les ouvriers de fabrication, les employés des usines devront avoir à cœur de rejoindre la lutte des ouvriers agricoles et des petits planteurs. Ils devront présenter aux patrons-usiniers leurs revendications dès l’ouverture de la récolte. Tous les travailleurs du sucre devront faire front et présenter une revendication qui unit tous les travailleurs, qu’ils soient coupeurs, amarreuses, transporteurs, ouvriers de fabrication, conducteurs d’engins, etc. Nous pensons qu’actuellement il est tout à fait légitime que les travailleurs réclament un salaire minimum de 1.200 F. D’autant plus que ces travailleurs sont largement défavorisés par le caractère saisonnier de leur travail. Puisque les capitalistes entassent les quintaux de sucre qui leur permettent de s’enrichir un peu plus chaque année, ils doivent payer un salaire décent à nos camarades. Aucune timidité n’est de mise, car sans le travail des ouvriers du sucre, des coupeurs, des attacheuses, et des transporteurs, il n’y aura plus de sucre pour les capitalistes ! Ce sont les travailleurs qui font marcher les usines, ce sont les travailleurs qui coupent la canne, qui la transportent, ce sont les travailleurs qui fournissent l’électricité aux usines, sans eux rien n’est possible. Nous voyons aussi, à travers l’exemple des travailleurs de l’électricité, comment une solidarité de fait existe entre tous les travailleurs. C’est donc l’ensemble de la classe ouvrière qui doit se préparer à la lutte au cours des semaines qui viennent. Le mécontentement existe, les travailleurs en ont assez. Il suffira d’une brèche pour que la lutte reprenne comme au début de 1971. Mais cette fois, elle devra s’engager dans de meilleures conditions ; c’est-à-dire tous ensemble, et non pas les uns après les autres comme ce fut le cas en 1971. Seule une action d’ensemble nous permettra de remporter des succès importants au cours de 1972. Rhodésie : Pour les noirs, c’est le début d’une lutte sans merci... Vers la mi-janvier, une flambée de colère a éclaté pendant plusieurs jours en Rhodésie lors du séjour d’une commission anglaise de contrôle sur les libertés politiques des Noirs. Le mouvement est parti des villes minières et a atteint la capitale Salisbury. Des milliers de travailleurs, des jeunes et des femmes, sont descendus dans la rue, sortis de leur ghettos, et ont tenté d'envahir les villes blanches auxquelles ils n'ont habituellement accès que pour travailler. Le gouvernement lan-Smith a réagi avec une brutalité sauvage. Des dizaines de Noirs sont tombés sous les rafales de sa police dans toutes les grandes villes de Rhodésie. Le gouvernement représente les intérêts d'une minorité de colons et capitalistes blancs qui, pour mieux exploiter les immenses richesses minières de ce pays ont établi un régime de ségrégation totale entre Noirs et Blancs, à l’exemple de l’Afrique du Sud. Les 5 millions d’Africains sont parqués dans différentes régions et dans des ghettos avoisinants les villes blanches, dans des conditions effroyables. En 1965, dans le but de défendre mieux les privilèges de la caste raciste au pouvoir, Smith a proclamé unilatéralement l’indépendance de la Rhodésie. Cette décision lui permettait en effet d’exercer une dictature encore plus féroce sur les masses noires : depuis, tous les cadres politiques sont emprisonnés ou mis en « résidence surveillée ». Après avoir provoqué les « remontrances » hypocrites de l’Angleterre et de l’O.N.U, et aussi des pays afro-asiatiques, cette mesure a été finalement admise et rien n’a été fait pour éliminer le gouvernement de la minorité blanche, chacun pensant sans doute le statu quo accepté par les masses noires. Bien plus, la Grande-Bretagne et le gouvernement rhodésien ont entrepris des contacts qui se sont soldés par des accords approuvés par la Chambre, fin novembre. Comble d’hypocrisie, et peut- être en souvenir de sa position antérieure, le gouvernement anglais décidait d’envoyer une commission de contrôle pour étudier sur place si les Noirs avaient un minimum de liberté politique leur permettant de donner leur opinion. C’est contre cette mascarade que les masses populaires noires se sont soulevées dans la rue. Il s’agissait bien pour elles de montrer qu’elles ne sont pas prêtes d’admettre la situation que le « monde libre » leur réserve et que la minorité blanche qui les humilie et les exploite férocement est leur ennemie jurée. Pour les masses populaires noires c’est le début d'une lutte sans merci pour la conquête de leurs droits. C’est à la minorité blanche et en son sein, aux « petits Blancs » travailleurs de savoir si elle continue à accepter de servir de piétaille aux capitalistes et aux « ultras » ségrégationnistes, en liant par là même leur destin à une politique ignoble. Si c’est le cas, elle payera cher, car la minorité blanche capitaliste et ségrégationniste sera inéluctablement balayée. PAGE 2 - LES PROTESTATIONS CONTRE L’ORDONNANCE DEBRÉ - Dans les derniers bastions du colonialisme français, le pouvoir colonial fait peu de cas des libertés démocratiques les plus élémentaires. L’ordonnance du 15 octobre 1960, qui permet aux préfets desdits D.O.M. de muter d'office en France tout fonctionnaire dont ils jugent « le comportement susceptible de troubler l’ordre public » est une de ces lois arbitraires par lesquelles le colonialisme essaie de maîtriser les peuples des Antilles, de la Guyane, et de la Réunion qui luttent pour s’affranchir de oppression coloniale. Ainsi, Gervais Barret et ses camarades antillais et guyanais, tous victimes de cette ordonnance, qui ont fait récemment une grève de la faim, ont obtenu le soutien d’une large couche de la population française. On a pu alors assister à une série de meetings et de manifestations à Paris, en banlieue, en province. A Paris même, en particulier, deux manifestations, celle du 19 et celle du 26 janvier, ont regroupé plusieurs milliers de participants. Le 26 janvier, à l'appel des comités de soutien aux grévistes de la faim, soutenus par la Ligue Communiste, Lutte Ouvrière, le P.S.U., Combat Ouvrier, l’A.M.R., environ 3.000 personnes ont défilé de la place Stalingrad à la Porte de Pantin. La manifestation se déroula sous une pluie glaciale qui ne parvint cependant pas à refroidir l'enthousiasme des manifestants qui scandaient des slogans hostiles au colonialisme français, notamment : « A bas le colonialisme français », « Aux Antilles, comme partout ailleurs, le pouvoir aux travailleurs ». LA GREVE DES ENSEIGNANTS DU 21 JANVIER : UN CAMOUFLET AU MINISTRE DES D.O.M. Dans le cadre de la lutte contre l’ordonnance scélérate du 15-10-1960, les syndicats enseignants (S.N.I., -S.N.C., S.N.E.S., S.N.E.S. Sup) appelaient à une grève de 24 heures le vendredi 21 janvier. Cette date correspondait à la venue en Guadeloupe du ministre des D.O.M., Messmer. Les enseignants voulaient ainsi faire entendre au ministre leur volonté de voir abroger sans plus tarder cette ordonnance scélérate qui, en fait, accorde tout pouvoir au préfet et au ministre des soi-disant D.O.M., en matière de nomination et de mutation de fonctionnaires. Et ce n’est point un hasard si les victimes de cette fameuse loi d’exception sont uniquement des hommes qui ont affirmé leur opposition au régime colonial. Par cette seule ordonnance, être fonctionnaire dans les D.O.M. est synonyme d'homme docile et obéissant, incapable d’une quelconque liberté d’expression. C’est contre ce carcan colonialiste, à l'origine de l’arbitraire sans bornes qui règne tant en Guadeloupe que dans les autres D.O.M., que les enseignants et fonctionnaires ont décidé d’engager la lutte... C'était là la signification de la grève du 21... Messmer et sa clique ont tenté de la dénaturer en accordant un jour et demi de congé à tous les établissements scolaires ! Mais la manœuvre était trop visible... Loin de défigurer la grève, elle contribua même en certains endroits à augmenter le nombre des grévistes. En définitive, la grève du 21 a connu, de par le nombre de participants, un plus grand succès que la précédente (celle du 17 décembre). MARTINIQUE : L’ACTION DU COMITE POUR L’ABROGATION DE L’ORDONNANCE D’OCTOBRE 1960 Le 21 janvier, jour de l’arrivée de Messmer en Guadeloupe, à 10 h, 4.000 personnes défilaient dans les rues de Fort-de-France aux cris de « Mort à l’ordonnance ». L'action que le Comité pour l’Abrogation de l'ordonnance d’octobre 1960 a entreprise depuis quelques semaines a porté ses fruits. En effet, depuis sa création, le Comité qui regroupe aussi bien des partis politiques (P.P.M., P.C.M.) que des syndicats d'enseignants (S.N.I., S.N.E.S., S.G.E.N...) et des syndicats ouvriers (C.G.T.M., C.F. D.T.-F.O.), des jeunes lycéens et étudiants, a entrepris une agitation constante pour l’abrogation de l'ordonnance scélérate. Le 7 janvier, au ciné-théâtre de Fort-de-France, il avait déjà organisé un important meeting et, les jours suivants, une campagne de signatures. C’est donc à son appel que des milliers de travailleurs ont cessé le travail à 9 h, vendredi 21, et se sont rendus à la manifestation. Communiqué des diverses organisations syndicales groupées au sein du Comité guadeloupéen pour l’Abrogation de l’ordonnance du 15-10-1960 Malgré diverses tentatives de l'Administration pour dénaturer et affaiblir le mouvement, la grève de 24 heures du vendredi 21 janvier 1972 a connu un succès encore plus grand que la précédente action de môme nature menés le 17 décembre 1971. Le congé accordé n'a modifié en rien la détermination de nos adhérents et vendredi matin tous les établissements scolaires étaient pratiquement déserts. En métropole et dans les autres départements d'Outre-Mer, des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour demander comme nous : — L'abrogation de l’ordonnance du 15 octobre 1960. — La réintégration à leurs postes des victimes de ce texte arbitraire. — La suppression du contrôle policier du ministère des D.O.M. sur les nominations des fonctionnaires. Devant l'ampleur du mouvement, le ministère a dû réexaminer certains cas individuels, il lui appartient maintenant d’aller jusqu’au bout et de supprimer ces dispositions à caractère colonial. Nos organisations syndicales réaffirment, quant à elles, leur détermination à mener le combat jusqu’à son terme. S.N.I. - S.N.E.S. - S.N.E. Sup - S.N.C. - S.G.E.N. - S.N.E.T.P. - C.G.T. Grève à l'O.R.T.F. D'habitude, lorsqu'un quelconque ministre, secrétaire d'Etat ou une « haute personnalité » du gouvernement arrive en Guadeloupe, la radio ne manque pas de nous inonder de communiqués fracassants, de comptes rendus de « séances de travail », de visites dans les communes, sur les faits et gestes du personnage en question. Pour une fois, tel n'a pas été le cas. Messmer a eu droit pendant toute sa visite à quelques minutes d’antenne. La raison de cela ? Tout simplement la grève de l’ORTF qui a duré du mercredi 19 au dimanche 23 janvier. Signalons que Martinique-lnter a observé, elle aussi, une grève de solidarité de 24 heures, le lundi 24. Ce qui est sûr, c’est que nous n'avons rien perdu au silence forcé du ministre ! Le voyage de Messmer Annoncée à grand renfort de publicité, la venue de Messmer a été caractérisée, du moins en Guadeloupe, par la plus complète indifférence de la population pour un voyage touristique de plus. A cet égard, la grève de l'O.R.T.F., durant le passage du ministre des D.O.M., a joué certainement un grand rôle. Pour une fois, on n’a pas eu droit au ronron habituel de satisfaction, aux communiqués enthousiastes, aux reportages-fleuves. Mais au-delà de tout cela, il faut remarquer que la population se soucie de moins en moins de tous ces voyages officiels qui durent depuis des années sans que des solutions soient apportées à leurs problèmes. Et ce ne sont pas les promesses démagogiques de Messmer qui y changeront quoi que ce soit : promesse de 10 % de réduction sur les billets de voyage Paris-Antilles, augmentation de 10,5 % du prix de la tonne de canne qui sera loin d’égaler la baisse de la production de plus de 20 %, consécutive à la sécheresse du dernier hiver, et qui n’a aucun rapport avec l’augmentation du prix de la tonne de sucre sur le marché libre durant ces neuf derniers mois. Les travailleurs savent donc très bien que, de même que Jacquinot, Billote, Rey, Inchauspé n’ont rien changé à leur situation, Messmer non plus n’y pourra rien. Seuls les travailleurs pourront changer quelque chose à ce système. Eux seuls ont des solutions valables à proposer. Les travailleurs ne devront pas montrer seulement de l’indifférence, mais devront être prêts à lutter, avec les armes qui leur sont propres, contre le système colonial, contre l'oppression et la misère. A cet égard, la grève générale du vendredi 21 janvier, à Fort-de-France, la manifestation suivie par 5.000 travailleurs dans la matinée, le meeting convoqué par le P.P.M. et divers syndicats et groupes d’extrême-gauche à 18 h, à Trénelle, et suivi par 2.000 personnes, sont un premier pas dans cette voie. Aux voyages touristiques sur le dos des contribuables, c’est-à-dire des travailleurs, ceux-ci doivent répliquer par la mobilisation de masse, pour montrer qu’ils en ont assez des mascarades ! ECHOS ECHOS Martinique : la grève du personnel d’Air-France La grève du personnel d'Air France en Martinique se poursuit depuis le 16 décembre. Nous savons que c’est essentiellement pour protester contre les discriminations scandaleuses entre personnel français et antillais que les agents sont en grève. Le préfet a immédiatement envoyé l’armée remplacer les grévistes, mais ces derniers continuent résolument à se battre pour leurs revendications. Le 31 décembre 1971 et le 12 janvier 1972, ils manifestaient dans les rues de Fort-de-France avec pancartes et banderoles, et en diffusant des tracts dans la population. Le jeudi 13, un meeting était organisé par eux à la mairie de Fort-de-France. Ainsi, malgré les pressions et les intimidations de toutes sortes, malgré le climat « policier » qui règne, malgré les vexation de M. Cécaldi, délégué général d’Air France, appuyé par, la préfecture, qui a refusé de recevoir les délégations syndicales et le comité de grève, les grévistes tiennent bon. Mais pour que leur grève ait plus de chances de succès, il leur faudrait aussi l’appui des agents d’Air France-Guadeloupe. Si le Raizet se mettait en grève, tout prendrait une autre tournure, car le trafic serait réellement perturbé. L’appui d'autres secteurs aussi est important car si la préfecture se trouvait devant plusieurs catégories de travailleurs en lutte, il est certain qu’elle chercherait une solution autre que le « non » systématique à toute revendication. Quoi qu’il ne soit, cette grève prouve la grande combativité des employés d’Air France et constitue un exemple pour beaucoup de travailleurs. Dernière minute : le journal était sous presse lorsque nous avons appris la reprise du travail à Air-France. Martinique : licenciement de 30 ouvriers à la S.A.P.S.A. Il n’y a pas bien longtemps, les ouvriers de la SAPSA (Société Antillaise de Plomberie Sanitaire) avaient fait grève pendant plus d'une semaine. Ils réclamaient entre autres l'application de la convention collective du bâtiment. Les travailleurs obligèrent le patron à signer un accord leur donnant satisfaction. Mais, ces jours-ci, il réprima brutalement : une trentaine d’ouvriers doivent être licenciés. Le patron prétend que le travail manque. Mais nous savons très bien que, par ces mesures, il s’agit de frapper avant tout les travailleurs qui se sont montrés actifs pendant la grève. Mais l'ensemble des travailleurs de l’entreprise sait maintenant, après leur grève réussie, que seule la lutte paie et ils ne sont pas prêts à subir la répression patronale sans combat ! Libérez Catan ! Depuis plus d’un mois le jeune Catan a été arrêté à Capesterre par des gendarmes. Attiré dans un véritable guet-apens à la gendarmerie, il a été transféré à la prison de Basse-Terre. Et depuis lors personne, ni les gendarmes, ni le procureur de la République, n’a pu donner le motif de sa détention. On sait seulement qu'il a été soupçonné par un gendarme d’avoir tourné autour de sa femme ou de lui avoir fait des avances. Qui plus est, la direction du lycée technique de Baimbridge menace de le renvoyer pour absence injustifiée. C'est le comble de l’injustice. Autres faits scandaleux : ce n'est qu'après six jours que le père du jeune homme et son avocat ont pu le voir. Il a déclaré avoir subi des sévices de la part des gendarmes. Actuellement, on tente de le faire passer pour fou et le procureur exige qu'il soit vu par un psychiatre pour être libéré. Nous ne devons pas tolérer cela, et en particulier à Capesterre et au lycée Baimbridge nous devons exiger sa libération immédiate. PAGE 3 Soutien total aux travailleurs agricoles et aux paysans pauvres Dès la fin de 1971, et en ce début de 1972, les travailleurs agricoles et les paysans pauvres se sont préparés à la lutte pour l'amélioration de leurs conditions de travail. C’est ainsi qu’au travers de l’UTA, qui continue de bénéficier d’une confiance très grande chez les travailleurs agricoles et les paysans, ils se sont réunis, ont discuté sur les revendications à arracher aux grosses sociétés capitalistes qui possèdent la terre et les usines. Si bien que le 1er décembre paraissait le « Programme de revendications » de l’UTA. Celles-ci portaient avant tout sur l’amélioration du sort des paysans et des travailleurs agricoles. En particulier, le programme vise à arracher des mains des usiniers un meilleur prix pour la tonne de canne, et un meilleur salaire pour les travailleurs agricoles. Nous pensons qu’il est bon de porter à la connaissance de tous les ouvriers ce programme qui, nous le répétons, reçoit la sympathie et le soutien d'une fraction importante des paysans, des ouvriers agricoles et des paysans-salariés. Et quel que soit le niveau de ces revendications, nous pensons que tous les révolutionnaires véritables, tous ceux qui veulent voir changer la situation au profit des masses travailleuses exploitées, ne peuvent que les soutenir. Nous tenons à dire, ici, aux membres de l'U.T.A., aux travailleurs agricoles et aux paysans pauvres qu’ils trouveront toujours du côté de Combat Ouvrier un soutien actif à leurs luttes. Car si nous, communistes révolutionnaires, nous battons pour le renversement du régime capitaliste et colonialiste, c’est bien le même combat que nous menons. Car le régime capitaliste est seul responsable de la situation coloniale, c’est lui qui engendre l’exploitation féroce contre laquelle les travailleurs de la campagne se battent. Le régime capitaliste, c’est celui qui est imposé par les Aubéry, Simonnet, et par les sociétés anonymes qui détiennent les usines et les terres. Lorsque les travailleurs de la terre luttent contre ces gens là, en fait, c’est contre le régime capitaliste et colonialiste lui-même qu’ils luttent. C’est pourquoi il est important que les ouvriers agricoles les plus conscients expliquent à leurs camarades que le combat pour l’amélioration des conditions de travail doit déboucher sur une lutte plus vaste qui est celle de tous les opprimés contre le système d'oppression, l’Etat capitaliste et colonialiste lui-même. C’est la seule perspective juste qui soit à nos luttes d’aujourd’hui. Car de récolte en récolte, nous nous heurtons toujours aux mêmes hommes : les forces de répression payées et entretenues par le gouvernement colonialiste. Si demain, au cours de leurs luttes, les travailleurs de la campagne se trouvent face aux Képis rouges, C.R.S. et autres gendar­mes, ils devront faire appel à toute la classe ouvrière pour faire respecter leur droit à la grève. Le régime ne permettra jamais que les exploités de la campagne arrachent aux patrons-usiniers une part importante des super-profits qu’ils réalisent sur leur dos. Nous, révolutionnaires marxistes (trotskystes), pensons que les objectifs immédiats doivent être liés à une lutte plus vaste. Il faudra lutter pour que la terre appartienne à ceux qui la travaillent. Et, demain, c’est sous le contrôle de tous les travailleurs agricoles et de tous les paysans pauvres que devront être placées les terres et les domaines agricoles. Mais cela ne pourra se réaliser que par une lutte intense de tous les travailleurs unis : ceux de l'industrie, ceux du commerce, comme ceux de la campagne. Nous la majorité exploitée, nous les chômeurs, nous les femmes surexploitées, nous les jeunes sans avenir, c’est nous qui devrons diriger et édifier demain une société nouvelle en Guadeloupe. C’est donc tout le système capitaliste et colonialiste qu’il nous faudra balayer tous ensemble, quels que soient les sacrifices et les souffrances qu’il nous faudra consentir pour cela. Il est temps de mettre fin au mépris dans lequel nous tiennent les Messmer et compagnie. Il est temps de leur montrer que nous ne supporterons pas indéfiniment leur oppression avilissante. Nous ne sommes pas un peuple d’enfants, nous saurons très bien nous gouverner nous-mêmes. Le temps de la peur installée après les massacres de 1967 doit finir. Faisons leur voir que nous ne craignons pas la poignée de képis rouges qu’ils baladent d’un bout à l'autre de la Guadeloupe pour nous intimider. 1971 a inauguré le début de la lutte, continuons-la ! Relevons fièrement la tête pour affronter de nouveaux combats ! Cl. ROCHA. Extraits du programme de l'U.T.A. PLANTEURS ET COLONS PARTIAIRES 1. Suppression du paiement de la canne selon le taux de richesse saccharine. En tenant compte du prix de revient d'une tonne de canne, du revenu qu'en tirent les industriels (sucre + rhum + alcools + mélasses + bagasse + « écumes »), de l'augmentation des prix des autres marchandises, NOUS REVENDIQUONS 90 F pour une tonne de canne (quatre-vingt-dix francs). 2. Paiement complet de la canne toutes les quatorzaines. Inscription de toutes les retenues effectuées par le patronat usinier sur le bordereau de paiement délivré aux planteurs et colons partiaires. (Notification détaillée). Signature du planteur et du colon de la feuille-récépissé seulement après avoir vérifié le contenu de l'enveloppe. 3. Désignation démocratique par les petits planteurs et colons de leurs représentants syndicaux à chaque Commission mixte d'usine pour régler tous les problèmes relatifs à la réception, à la pesée et au paiement de leur canne, conformément aux dispositions prévues par l'accord intervenu entre syndicat des producteurs de sucre et de rhum d’une part, et syndicats des planteurs et colons partiaires, d’autre part. 4. Participation du patronat usinier aux frais de transport de la canne des colons partiaires sur la base de 50 %. Limitation de la rente foncière (part du propriétaire-bailleur) à 10 % (au lieu de 15 %, 20 % et 25 % !) dans le partage du produit de la canne des colons partiaires. Règlement des arriérés des prêts des colons partiaires par le patronat au cas où ils n’ont pas pu les rembourser complètement avec le revenu de leur canne, ou donner aux colons partiaires la possibilité de vendre leur produit aux distilleries. 5. Suppression du prélèvement effectué par le patronat usinier sur le revenu de notre production pour le compte de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles de la Guadeloupe (F.D.S.E.A.G.). Prélèvement illégal, interdit par le Code du Travail (Livre I - Chapitre I - Article I). 6. Suppression du prélèvement effectué par le patronat usinier sur le revenu de notre production pour le compte du Centre technique de la canne et du sucre (C.T.C.S.), car cet organisme ne sert en rien les intérêts des petits planteurs et colons partiaires. Il en est de même pour la C.I.P.S. dont les petits planteurs et colons ignorent jusqu’à l’existence. 7. Interdiction au patronat usinier de virer à la Caisse régionale du Crédit Agricole Mutuel le revenu des cannes des planteurs et colons partiaires sans autorisation écrite de ces derniers. - OUVRIERS ET OUVRIERES AGRICOLES - 1. Maintien de la coupe par paquets (400 paquets) dans les régions où elle est actuellement pratiquée. Dans les régions où la méthode de la coupe à la surface a été imposée, application de l'article 21 de l’avenant à la Convention Collective du 17 novembre 1956. En général, un coupeur ne doit pas couper plus de 3 tonnes 800 de canne. 2. Fixation du salaire de l'ouvrier agricole à égalité avec le salaire de l'ouvrier industriel (manœuvre). En tenant compte de l'augmentation d’environ 30 % des prix des marchandises et services, des diverses augmentations du S.M.I.C. (environ 10% qui n'ont pas été reportées sur les salaires) NOUS REVENDIQUONS Coupeur : 33 F pour une tâche, soit 4,12 F par heure pour une journée de 8 heures. Attacheuse : 30 F pour une tâche, soit 3,75 F par heure pour une journée de 8 heures. Chargeur : 5 F par tonne de canne chargée. Charretier : 6 F par voyage. 3. Majoration automatique de tous ces salaires à chacune des augmentations que subira le S.M.I.C. en cours d'année. 4. Paiement de la journée férié du 1er mai à tous les ouvriers travaillant régulièrement sur l' « habitation » — qu’ils aient travaillé ou non la veille et le lendemain du 1er mai. 5. Modification du régime des congés payés. — Attribution de 4 semaines de congé payé aux ouvriers ayant travaillé au moins 80 jours dans l’année. — Paiement des congés payés au mois de septembre au plus tard. — Application des articles 27, 30 et 31, relatifs aux congés supplémentaires d’ancienneté, de naissance et aux congés exceptionnels (avenant à la Convention Collective du 17 novembre 1956). 6. Inscription sur la feuille de paie tant des jours de présence que des jours de travail. Prévenir les travailleurs s’il n’y a pas de travail le lendemain. 7. Ravitaillement des ouvriers agricoles en eau potable par le patronat usinier aux endroits où est effectué la coupe. 8. Fourniture de toute document (certificat de travail, fiche de paie, relevé de salaires, etc.) aux ouvriers sur l'«habitation» même ou à l’usine la plus proche qui les emploie. 9. Embauche en priorité des travailleurs de la région. Respect de la liberté syndicale et du droit de grève. Interdiction à l’employeur de prétexter l’appartenance d'un ouvrier à un syndicat ou sa participation à une grève pour ne pas lui donner de travail. Suppression du système illégal pratiqué en Grande-Terre d’imposer aux ouvriers du travail supplémentaire, sous prétexte de « tribut » ou d’aide au délégué syndical sur l'« habitation ». Suppression des amendes. - REVENDICATIONS GENERALES - 1. Création d’une caisse de chômage pour les travailleurs agricoles aux frais de l’Etat et du patronat. 2. Modification des conditions de vente de terre imposées par la S.A.F.E.R. 3. Réalisation d’adduction d’eau gratuite pour les paysans aux frais de l’Etat. 4. Suppression des impôts qui pèsent sur les paysans pauvres. PAGE 4 Tchad : l'impérialisme à visage découvert Le commis-voyageur de la bourgeoisie française est, une fois de plus, allé rendre visite à ses « clients » africains. Le but du voyage était en fait de surveiller les intérêts de l'impérialisme français, et de vérifier la servilité des valets locaux, Diori Hamani au Niger, et Tombalbaye au Tchad. Voyage, somme toute, de routine, et qui n’a guère de quoi surprendre. On ne peut cependant s’empêcher d’être révolté par le parfait naturel avec lequel Pompidou et sa clique paradent devant les populations de ces pays, lorsqu’on sait que l’armée française participe activement depuis plus de trois ans à la répression d'une révolte dans le nord du Tchad. Une partie de la population, lasse de la misère et de l’oppression, s’est en effet soulevée pour tenter de renverser le régime pourri et servile de Tombalbaye. La mission « civilisatrice » de la France s’est d’ores et déjà soldée par des centaines de victimes. Et tout cela, d'une part, pour protéger les monopoles français sur la production du coton et, d’autre part, de crainte qu'un renversement du régime tchadien ne déclenche une réaction en chaîne dans les pays voisins, ce qui risquerait de mettre en cause la domination française dans la région. Pompidou n’a pas hésité à mettre les points sur les i, et à montrer qui était le maître. Ses déclarations sont empreintes du plus grand cynisme : « Il faut bien que certains se décident, bon gré, mal gré, à admettre que la France est présente en Afrique ». Et encore : « la France n’a pas à rougir de ce qu'elle a fait, ni de ce qu'elle fait au Tchad ». Enfin, pour bien montrer de quelle sorte d’ « indépendance » jouissent les anciennes colonies françaises en Afrique : « Nous n’avons pas conduit le Tchad jusqu’à l'indépendance pour le livrer ensuite à l’anarchie intérieure ou aux ambitions extérieures ». Il faut dire que, face à ces déclarations sans équivoque, aussi bien Diori Hamani que Tombalbaye, ont parfaitement joué leur rôle. Ne tarissant pas d'éloges sur « I aide nécessaire de la France », on eût pu croire qu’ils faisaient un concours pour savoir lequel avait l’échine la plus souple. C’est qu’ils savent, en effet, que sans l’appui, ô combien actif de la France, leurs régimes ne tiendraient pas longtemps. Car que le maître et ses valets ne se fassent pas d'illusions : si des milliers de personnes sont venues les applaudir sous la contrainte, les populations du Niger et du Tchad, en réalité, les vomissent, et sont lasses de l'exploitation éhontée qu’elles subissent depuis plus de dix ans. Peu de choses, en fait, ont changé depuis que ces pays ont acquis formellement leur indépendance. Celle-ci, en réalité, a essentiellement consisté en ceci, qu’on a tenté de remplacer les troupes françaises par des gendarmes locaux (encore cela n'a-t-il pas toujours été couronné de succès, comme le montre l’exemple du Tchad). Mais l'exploitation de ces pays par la France n’a pas diminué. L'impérialisme, qui est en dernière analyse le bénéficiaire de l'opération a simplement daigné accorder quelques miettes de ses bénéfices aux Hamani, Tombalbaye et autres dirigeants, qui se font payer pour maintenir leur régime à la solde de l’impérialisme. En Afrique comme ailleurs, les travailleurs ne seront réellement libres que lorsqu’ils auront arraché le pouvoir des mains de leurs exploiteurs, quelle que soit la couleur de leur peau. Une loi faite pour les riches La publication par le Canard Enchaîné de la feuille d’impôt de Chaban Delmas a déclenché un beau scandale. Ainsi donc, le premier ministre, bénéficiaire d’une confortable rémunération mensuelle au titre de ses fonctions, tirant de surcroît des revenus tout aussi substantiels de ses dividendes en tant qu’actionnaire, ne payait pas d’impôts depuis plusieurs années. Devant les remous suscités par cette révélation, la coterie Chaban a publié une explication embarrassée, affirmant que le premier ministre n’a commis aucune fraude, aucune tricherie avec la loi. Mais non ! C'est en parfaite conformité avec la loi qu’un Chaban qui gagne des millions ne paie pas d’impôts, alors que le travailleur dont le salaire avoisine le SMIC, en paie un. Eh oui, il est parfaitement exact que les faveurs dont bénéficie le contribuable Chaban sont tout ce qu’il y a de légal. Mais cela prouve seulement que la loi ne profite qu’aux riches. Si vous avez des millions sous forme d’actions, vous n'avez pas à violer la loi pour ne pas payer d'impôts. Grâce au système de « l'avoir fiscal », vous pouvez même toucher de l’argent de votre percepteur. Autrement dit, l'impôt payé par un travailleur qui trime pour moins de 1.000 F par mois servira à verser de l'argent à l'actionnaire millionnaire, bénéficiaire du système de l’avoir fiscal. C’est la même loi qui a permis à un autre ministre, Chirac de son nom, d’éviter de payer l'impôt. Car ce monsieur a acheté un château qui fut déclaré peu après monument historique. Et l’argent consacré à restaurer un monument historique est déductible de l'impôt à payer. C'est encore parfaitement légal. Tout un chacun a le droit d’en profiter. A ce détail près, que tout un chacun n'a pas la possibilité de s’acheter un château. Et jusqu’à nouvel ordre, on ne considère ni les HLM, ni les cases comme monuments historiques susceptibles de valoir à leurs habitants des dégrèvements fiscaux. Le scandale dans l’affaire Chaban et dans l’affaire Chirac est précisément que les avantages dont ils bénéficient sont parfaitement légaux. Le scandale c’est que ces avantages, ils les partagent avec des milliers d’autres riches. Le scandale, c'est la loi elle-même ; c’est cette légalité qui écrase le travailleur, le producteur, et qui favorise les parasites. C'est cette légalité qu’il faut détruire. LES TRAVAILLEURS AFRICAINS OCCUPENT LEUR FOYER Cela fait plus d’une semaine que les travailleurs africains de la «chambre 46» du 137, rue Oberkampf font la grève des loyers pour protester contre leurs mauvaises conditions d’hébergement. Ce foyer appelé « chambre 46 » se présente comme un grand hangar dans un effroyable état de délabrement où les règles d’hygiène les plus élémentaires ne sont pas respectées. Ces travailleurs africains qui sont en très grosse majorité d'origine sénégalaise sont entrés dans ce foyer le 1er février 1965. Ils se trouvent actuellement à 64, parqués comme du bétail dans cette baraque, Elle mesure 10 m de long sur 10 m de large, avec plus d'une soixantaine de lits superposés. L’aération est presque nulle, il existe un seul vasistas en bois, de sorte qu'il fait toujours sombre dans cette chambre. L’éclairage est ainsi assuré par quatre ampoules. Ces travailleurs émigrés qui triment dans les différentes usines de la région parisienne, disposent pour faire cuire leurs repas d'une toute petite cuisine et d’un seul réchaud. Il n’y a qu'un seul lavabo, celui-ci se trouvant d'ailleurs dans la cuisine, un seul W.C., de sorte que le matin avant d’aller au travail ils sont obligés de faire la queue, bien souvent plus d’une demi-heure, pour aller aux W.C. En plus, il leur est impossible de dormir convenablement, car non seulement les rats pullulent dans ce taudis, mais encore quand il pleut l'eau coule du toit sur eux ; « cela fait plusieurs fois que nous signalons ce fait au patron, pour qu'il puisse faire faire des réparations, mais à chaque fois il ne fait que bricoler rapidement les brèches qui se trouvent dans le toit. Aucune réparation réelle ». Ainsi, peu de temps après ces travailleurs ont à faire face toujours aux mêmes problèmes. Ils paient chacun 40 F par mois, ce qui fait au total 2.560 F pour le logeur. Pas de quittance. Pas de certificat de domicile. « Après mai 68, il a voulu augmenter de 10 F le loyer, nous précisent les travailleurs africains, ce qui l'aurait fait passer à 50 F, mais nous avons réagi et il a dû renoncer à son projet. » Dans un des tracts distribués à la population du quartier, les travailleurs expriment leur détermination à poursuivre la lutte jusqu’au bout. « Nous sommes forts parce que nous sommes unis. » Enfin, ce qu’ils demandent « c’est d'être relogés tous ensemble dans un foyer correct ». L'action de nos camarades sénégalais attire une fois de plus l'attention sur les scandaleuses conditions dans lesquelles vivent les travailleurs immigrés. Les capitalistes, grands et petits, non contents de les exploiter en tant que travailleurs, les volent encore en tant que locataires.