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CO n°9

Editorial Aux Antilles, la situation des classes laborieuses se détériore chaque jour un peu plus Alors que ministres, députés, préfets et politiciens de l’U.D.R. multiplient les déclarations, les propositions et les voyages entre la France et les Antilles, la situation des travailleurs se détériore un peu plus chaque jour. Ces messieurs, plongés dans leurs combines politiques, ignorent complètement les problèmes réels qui se posent. La situation devient chaque jour plus précaire pour les travailleurs ; pour ceux qui ont un emploi, ils n’ont aucune garantie de le conserver et sont licenciés suivant le bon vouloir des patrons. Dès que les affaires de ces messieurs vont moins bien, ils débauchent du personnel, jetant à la rue des travailleurs du jour au lendemain. Ne parions même pas du cas des travailleurs qui ont le courage de réclamer simplement le respect de leur droit le plus élémentaire, c’est-à-dire d’être payés pour le travail qu’ils ont accompli, ils sont catalogués comme mauvaises têtes et se voient souvent refuser le paiement intégral des heures (supplémentaires ou non) qu’ils ont effectuées. Les patrons se conduisent comme de véritables bandits de grands chemins, volant à des travailleurs quelques heures par-ci, par-là, refusant de payer le temps passé en déplacements pour les besoins des sociétés (dans le bâtiment par exemple). Quant à la question des heures supplémentaires, là aussi il s'agit de vol pur et simple, la plupart des patrons refusent de majorer ces heures comme cela est prévu par la législation sociale en vigueur. D’ailleurs, dans ce domaine se développe un autre scandale : dans de nombreuses entreprises, les travailleurs font souvent des journées de plus de dix heures alors qu’à côté on trouve des milliers de chômeurs ! Les salaires inférieurs à 800 F constituent la majorité des cas, que ce soit dans le commerce, dans le bâtiment ou dans d’autres secteurs ; et pour en bénéficier encore faut-il se plier aux quatre volontés des patrons, subir les vexations en tout genre sans rien dire. Parallèlement, la couche des chômeurs s’étend chaque jour un peu plus ; actuellement, la menace plane sur les travailleurs de la canne. Car pour la prochaine récolte est prévue une mécanisation de plus en plus poussée. Le nombre de chômeurs va donc s’accroître. Alors que près de 50 % de la population active est sans travail, aucun plan d’urgence n’est mis sur pied par le gouvernement. Aucune mesure sérieuse n’est prise ; on nous berce de déclarations sur « l’œuvre de la France dans les D.O.M. », sur les projets vagues de « régionalisation ». Contre une telle situation, il est possible de se battre. Le premier pas doit être un puissant effort d’organisation des travailleurs dans les entreprises. Dans chaque entreprise, grosse ou petite, doit prendre naissance un syndicat permettant la défense des conditions de travail meilleures, la lutte pour une augmentation réelle et substantielle des salaires, la diminution des heures de travail sans diminution de salaire, l’augmentation du personnel. Parallèlement, les travailleurs sans emploi devront s'organiser dans des Comités de chômeurs afin d’obliger le gouvernement à prendre en considération leur cas. Nous devons réclamer le versement par l’Etat d’une allocation qui permette aux chômeurs de vivre au moins décemment pendant le temps où ils sont sans emploi ; il faudra se battre pour que le travail soit réparti, le plus possible, entre tous les travailleurs ; cela suppose que tous, actifs et sans travail, se battent contre les heures supplémentaires et réclament des salaires suffisants. Toujours dans le cadre de la lutte contre le chômage, une lutte d’ensemble doit être menée pour exiger que soit mis sur pied un plan d’ensemble de reconversion économique. Il est inadmissible que la gestion économique continue à se faire à la petite semaine, alors que la situation est si grave. L’économie des Antilles doit être reconvertie afin de permettre à chacun de vivre au moins décemment. Le chômage peut être résorbé dans le cadre d’une réorganisation d'ensemble. Mais il est vrai que celle-ci ne pourra se faire sans toucher aux intérêts des grosses sociétés qui mettent les Antilles en coupe réglée, et à ceux des gros propriétaires de terres. Car il ne peut être question de régler le moindre problème social ou économique ici, sans procéder à une redistribution des terres cultivables. Nous savons que le gouvernement est à la solde des grands capitalistes et qu’il ne touchera pas à un seul cheveu de ces messieurs, mais nous devons nous battre pour nos objectifs et si le gouvernement est incapable de mettre en œuvre la moindre réforme sérieuse, il devra céder la place aux travailleurs. Car ceux-ci sauront gérer démocratiquement leurs propres affaires, ils sauront prendre en main la gestion économique de l’ensemble du pays à leur profit et à celui de toutes les couches opprimées par les capitalistes français ou antillais. Martinique : GRÈVE DU PERSONNEL D’AIR FRANCE Depuis le 16 décembre, le personnel au sol d’Air-France en Martinique est en grève illimitée. Nous nous souvenons qu’à la fin du mois d’octobre, une grève d’avertissement de quatre jours avait été déclenchée pour protester contre les scandaleuses discriminations existant entre personnel martiniquais et français à tous les niveaux : salaire, avancement, avantages, etc. La direction d’Air-France n’ayant pas daigné se pencher sur ces problèmes a préféré laisser pourrir la situation et doit maintenant faire face à l’ensemble des agents en grève, à leur syndicat C.G.T.M., à leur Comité de grève plus résolu que jamais. Car, si généralement la discrimination est la règle dans presque tous les secteurs, il y a peu de services où elle atteint ces proportions certains salaires perçus par des agents français, à niveau égal, sont trois fois supérieurs à ceux de certains Antillais. Le personnel martiniquais ne bénéficie pas de plusieurs avantages importants dont bénéficient ses collègues français : prime d’éloignement mensuelle égale à 77,5 % du salaire de base, logement, mobilier, abonnement téléphonique à la charge de la compagnie, ainsi que l'eau et l'électricité et nous en passons ! Un autre exemple édifiant : l’allocation de maternité : elle est de 789 F pour le personnel français, de 351 F pour le personnel antillais. Les conditions de maternité seraient-elles différentes selon que l’on est Français ou Antillais ? C’est la question que l’on est en droit de se poser. Devant la détermination des grévistes, le préfet a immédiatement envoyé l’armée remplacer les agents à tous les postes, faisant encore jouer aux jeunes appelés du S.M.A. (Service militaire adapté) le rôle de briseurs de grève et multipliant ainsi les risques d’accident puisque les militaires n’ont aucune qualification pour ce genre de travail. De plus, la présence de nombreuses forces de l’ordre, de gendarmes, de flics, constitue une véritable provocation et entretient une ambiance de guerre à l'aéroport du Lamentin. Quoiqu’il en soit, le trafic aérien reste perturbé et le Comité de grève a choisi de populariser le mouvement par voie de tracts et en organisant un meeting le 21 décembre. Il appelle en outre les camarades d’Air-France de la Guadeloupe à reprendre la grève. Ce n’est que si un large mouvement de soutien se développe, tant en Martinique qu’en Guadeloupe, qu’ils pourront gagner. il est inadmissible que de telles discriminations existent. Il faut faire connaître les revendications du personnel d'Air-France, il faut briser le silence coupable de la presse et de la radio colonialistes ! La régionalisation : Quand la montagne accouche d'une souris Le gouvernement, par sa presse, sa radio, ses affiches, a fait campagne, à grand bruit, sur le projet de régionalisation adaptée de Messmer. A Basse-Terre, à Pointe-à-Pitre et dans toutes les communes, des affiches étaient placardées sur les murs : « Non à l’autonomie », « non à l’aventure », etc. ; le soir, des nervis U.D.R. parcouraient les quartiers et les rues arrachant les affiches de l’opposition et notamment celles du Parti communiste guadeloupéen. Mais, en fait, la montagne a accouché d’une souris. Le projet Messmer n’offre que des « mini-réformettes » telles que l’existence d’une conférence interdépartementale Antilles-Guyane qui pourrait faire quelques suggestions (sinon où serait l’ombre de réforme !), mais n’aurait pas de pouvoir de décision, de quelques prérogatives accordées au Conseil général, mais encore sont-elles très vagues, et limitées à un « Certain » pouvoir « réglementaire ». Ainsi donc, plus que d’une réforme ou d’une transformation, quelconque, il s’agissait pour Messmer de forcer la main aux élus locaux afin que ceux-ci se décident à prendre un habit de progressiste. Il s’agissait aussi de faire grand bruit autour de cette soi-disant transformation, afin d’accréditer auprès de l’ensemble de la population, l’idée que le gouvernement français n’est pas hostile à un changement. Et cela, pour couper l’herbe sous le pied aux organisations nationalistes et autonomistes. Mais, les masses sont restées indifférentes à la propagande du gouvernement. Elles sont restées indifférentes car ce projet ne les concernait pas, que nulle part n’était pris en considération, ni même posé, le problème de leurs revendications et de leurs préoccupations quotidiennes. Mais comment aurait-il pu en être autrement d’un projet gouvernemental ? Pour les travailleurs et pour toutes les couches opprimées, la lutte ne se déroulera pas autour du projet Messmer. Après trois siècles d’oppression, de colonisation et de misère entretenues par l’impérialisme français, ce n’est pas la régionalisation que réclament les travailleurs antillais, mais la liberté totale du pays dans lequel ils vivent. C’est l’indépendance nationale qu’ils visent. Et cette lutte là, ils sauront la mener. PAGE 2 PROBLEMES DE LA PAYSANNERIE PAUVRE Nous avons reçu du Syndicat des exploitants agricoles du Moule (U.I.S.G.) une lettre contenant le texte d’un télégramme adressé au préfet de la Guadeloupe, au président du Conseil général, au Premier ministre, au ministre de l'Economie et des Finances, et à celui des D.O.M., ainsi que le procès-verbal de la réunion des exploitants agricoles. Nous publions ci-dessous ces deux textes : Syndicat d’exploitants agricoles du Moule, affilié à l’U.I.S.G. (Union interprofessionnelle des Syndicats de la Guadeloupe), Petite-Guinée - Le Moule (Maison Labad). Procès-verbal A la suite du Conseil d’administration du Syndicat du samedi 4 décembre 1971, les membres à l’unanimité ont approuvé le procès-verbal ci-après : — Ordre du jour : retenue illégale de 15 % par l’usinier Hayot sur la ristourne de 1968 accordée par l’Etat, aux colons des habitations Creuilly et Durival, région Moule - Petit-Canal. — Considérant que la ristourne de 3,50 francs par tonne de canne était une subvention de 1968 promise aux seuls planteurs et colons par le gouvernement pour faire démarrer la récolte sucrière de 1971. — Considérant la nature de cette aide. — Considérant le paiement de l'intégralité de cette somme par les autres usines. — Considérant le détournement illégal de 15 % pratiqué par l’usinier Hayot à rencontre des colons de Creuilly et Durival (région Moule - Petit-Canal). Proteste énergiquement contre cette retenue pouvant créer un malaise dans ce secteur agricole. Dénonce l’attitude solitaire du sieur Hayot qui affecte encore plus le budget des agriculteurs, victimes de calamités naturelles compromettant la récolte prochaine. Demande aux autorités compétentes de prendre les mesures nécessaires pour la restitution des 15 % et s'engage à mettre tous les moyens en œuvre pour le redressement de cette situation. Le Moule, le 4 décembre 1971. Le président, J. LABAD. Honneur vous faire savoir. - Stop - Usinier Hayot retient arbitrairement 15% sur aide de l'Etat de 3,50 F par tonne de canne. - Stop - Sur colons habitations Creuilly et Durival région Moule - Petit- Canal. - Stop - Retenue pouvant conduire situation grave dans secteur. - Stop. Syndicat élève vives protestations contre détournement illégal par ristourne 1968. - Stop. Demande intervention immédiate gouvernement pour paiement intégralité aide accordée. - Stop. Le président, J. LABAD. Un nouveau journal : "Le Prolétaire" Au mois de décembre a paru un nouveau journal : Le Prolétaire, organe de la Fédération des Comités de défense des travailleurs guadeloupéens. Le Prolétaire s’affirme pour une « indépendance nationale dirigée et contrôlée par la classe ouvrière et paysanne ». Il écrit dans son éditorial que : « Le Prolétaire se situe à la fois sur le terrain du prolétariat et sur celui de l’indépendance nationale [...]. Il s’agit pour nous d’organiser une avant-garde (c’est-à-dire les ouvriers les plus conscients) révolutionnaire, guadeloupéenne, scientifique, marxiste-léniniste, capable dans une lutte obstinée et cohérente, pour la prise du pouvoir politique, de transformer révolutionnairement la société guadeloupéenne ». Il s’agit de militants qui tentent de dépasser les positions du nationalisme pour se situer sur celle du prolétariat. Et si, à travers le numéro 1 de leur journal persiste des confusions qui sont parfois graves, il n'empêche que parmi tous les courants nationalistes existant à l’heure actuelle, c’est celui qui se rapproche le plus des positions véritablement prolétariennes. Nous saluons donc la parution de ce nouveau journal et souhaitons bon courage à ses militants. Nous avons, d’ores et déjà, pris contact avec eux afin d’envisager la possibilité d’une action commune dans l’intérêt du prolétariat. ECHOS ECHOS Prisunic : Non aux licenciements A Prisunic-ville, début décembre, une de nos collègues a été appelée dans le bureau du directeur, puis nous ne l'avons plus revue : elle avait été renvoyée... sans crier gare, sans avertissement. La seule raison qu’on lui ait donnée, c’est que ces messieurs n’étaient pas satisfaits, et puis, paraît-il, il y avait de la fauche à son rayon... Oui, il nous faut non seulement courir à tous les rayons pour satisfaire le client, être à la caisse, ranger, mais aussi faire le gendarme. A Prisunic-Raizet, c'est la même chose, les vendeuses sont renvoyées pour un oui pour un non, c’est-à-dire selon le bon vouloir de la direction, il faut que cela cesse. Nous ne pouvons accepter d’avoir constamment une épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes. Il nous faut un syndicat fort et qui nous défende réellement, nous devons nous unir pour riposter à chaque fois. POINTE-A-PITRE : Violents incidents devant le Rex Le 17 décembre, alors qu'une finale de concours d'orchestres avait lieu au cinéma Rex de Pointe-à-Pitre, des groupes de jeunes n’ayant pas pu trouver de place provoquaient quelques remous. Les vigiles entrèrent aussitôt en action, ce qui eut pour résultat de déclencher une vraie bagarre. Les policiers arrivèrent très vite et les cailloux voltigèrent, une vitre d'un car de police fut brisée : aussitôt, un policier sortit son revolver et tira : un jeune s’écroula et dut être transporté de toute urgence à l’hôpital. Les nantis et tous ceux qui peuvent se payer le luxe d'aller voir James Brown à Antigue ou d’aller passer des week-ends dans les night-clubs des îles anglaises donneront tort aux jeunes du Rex. "Pas de pitié pour les resquilleurs", diront-ils. Ainsi, non seulement les jeunes sont voués littéralement au chômage, à l'inaction, au désœuvrement par la faute de cette société coloniale et capitaliste, mais ils devraient, en plus, en être contents, être soumis et rester chez eux, puisqu’ils n’ont pas suffisamment d’argent pour se payer des spectacles, ou quand ils en ont, admettre de renoncer facilement à une de leurs seules distractions. Même les spectacles et aussi les matches sont refusés aux jeunes des classes travailleuses. Il est normal que ces jeunes laissent éclater leur colère quand cette seule satisfaction leur passe devant le nez. Mais là aussi, les forces de l’ordre sont présentes et elles ont la gâchette facile. Les jeunes sauront s’en souvenir. Nouvelle prouesse des forces de répression à Capesterre Le vendredi 17 décembre, un jeune Capesterrien, mineur, Christian Catan, qui se promenait aux environs de la gendarmerie fut appelé par un gendarme qu'il connaissait. Sans méfiance, il s’approcha, et le gendarme, tout en bavardant, l’entraîna à l'intérieur de la gendarmerie. Là, changement brutal, il fut bousculé, frappé, battu et enfermé. La raison de cet acte arbitraire serait une vengeance personnelle d’un gendarme qui reprocherait au jeune d'avoir « tourné autour de sa femme ». Sa famille, ses amis et son avocat n’eurent pas le droit de voir le jeune homme et ne reçurent que des explications très confuses. L'on comprend aisément pourquoi ! Les gendarmes parlèrent d'un mandat d’arrêt du procureur de la République, mais ce dernier n'était même pas au courant de l'affaire. Comme il ressortait un peu trop de tout cela que les gendarmes réglaient une affaire personnelle, le jeune homme fut conduit à Basse-Terre et là, on le fit examiner par un... psychiatre, pour essayer de le faire passer pour fou. Mais la population de Capesterre qui connaissait bien ce jeune homme en a été violemment indignée. Devant cette intolérable atteinte à la liberté, contre ces procédés de gangsters, nous demandons si l'autorité a couvert la basse vengeance d'un gendarme jaloux ou s'il s'agit au contraire d'une provocation ? Car cet incident n’est pas isolé, il vient après beaucoup d’autres. Le gouvernement chercherait-il à créer un climat incertain et trouble, pour tenter de justifier sa politique de répression ? Dans ce cas, il se heurtera à l'indignation de la population qui ne tolérera pas de tels agissements. Chlorex : Les travailleurs ne se laisseront plus intimider Nous avons eu souvent l'occasion de dénoncer les conditions de travail chez Chlorex, et la façon dont le patron de cette entreprise traite les travailleurs. Mais ces multiples dénonciations n’ont pas eu l’heur de plaire à ce « monsieur ». Depuis son retour de France, il essaie par tous les moyens de nous faire payer sa colère en instaurant un véritable régime de terreur. C’est ainsi que ces jours derniers ce patron de choc tentait de nous faire signer une note de service qui nous apprenait qu’après un quart d'heure de retard, le vestiaire nous serait interdit. En cas de retard nous nous verrions obligés de travailler sans pouvoir nous changer. C’est vraiment se moquer du monde. Mais mal lui en prit cette fois-ci. Car c'est tous ensemble que nous avons déjoué cette manœuvre, en refusant de signer cette note. Cependant, il semble que cette leçon n’ait pas suffi. Depuis ce jour, en guise de revanche, ce monsieur nous ouvre le vestiaire quand ça lui plaît... Ainsi nous quittons le soir à 5 h 10, parfois 5 h 15, le vestiaire étant souvent fermé jusqu'à 5 h 5. Mais le patron n’a guère intérêt à s'amuser à ce petit jeu, afin de nous « dégoûter », comme il le dit ouvertement, car nous avons déjà montré que nous n'entendons pas nous laisser faire. PAGE 3 L’Assistance médicale Gratuite doit rester... gratuite Depuis un mois, en Martinique, les assurés sociaux non inscrits sur la liste officielle des bénéficiaires de l'aide sociale doivent débourser 8 F pour obtenir le bon d'A.M.G. (Assistance médicale gratuite) délivré par la préfecture aux mairies. La liste officielle en question devant être mise à jour chaque année est vieille de trois ans. Le subterfuge est simple : dans un pays où l’irrégularité de l’emploi est la règle, cette liste n'est plus valable après six mois, à fortiori trois ans. Il s'agit donc pour la préfecture de diminuer le nombre des inscrits par des procédés ressemblant fort au gangstérisme pur et simple, au racket à la petite semaine. Voilà donc la préfecture qui rentabilise un service public d’assistance « gratuite », et tout cela sur la santé des travailleurs, des malheureux, des chômeurs, des vieillards. De plus, ceux qui ne seront pas inscrits sur la fameuse liste officielle, devront d’abord retirer un imprimé à la mairie, puis se rendre chez le médecin pour obtenir un papier certifiant qu’un bon doit leur être remis (cette première consultation n’étant pas gratuite, ils devront donc payer le médecin intégralement) ; ce n'est qu'ensuite qu'ils pourront, moyennant 8 F, obtenir le bon d’A.M.G. Que de démarches, et que d’humiliations pour un homme que d'avoir finalement à quémander un dû, car l'A.M.G. est un dû imparti à tout nécessiteux, du fait même que ce dernier vit en société et que c'est à cette dernière de le prendre en charge. Quelle est donc cette société qui vous met en chômage et ensuite vous réclame de l’argent pour obtenir des soins ? C'est une société pourrie ! Les travailleurs, tous les malheureux, doivent riposter contre cette mesure. Il est aussi inadmissible que les partis « de gauche » et les syndicats laissent passer de telles mesures ; de ce fait, ces organisations sont aussi coupables, car ce ne sont pas des pétitions ou autres motions présentées au Conseil général qui changeront quoi que ce soit. Par contre, si à chaque atteinte portée aux intérêts des masses populaires, les organisations « de gauche » savaient riposter du tac au tac et fermement, l’administration ne se permettrait pas de lancer de telles mesures. C’est pour cette raison que les ouvriers, les nécessiteux, les paysans, les chômeurs, les pauvres, doivent s'unir, s'organiser, pour riposter et obliger les partis et les syndicats à entreprendre de véritables actions de protestation contre les truands qui nous gouvernent. SB Meeting contre la répression C’est le samedi 4 décembre, en présence d’une centaine de participants, à la salle Mayéko, que Combat Ouvrier tenait son second meeting à Pointe-à-Pitre, avec comme thème général la répression. Le premier orateur racontait les événements de Guyane, la grève lancée par les travailleurs du bâtiment, la répression qui s’ensuivit de la part des chiens de garde du colonialisme. Un second orateur mettait l’accent sur les différentes démarches entreprises par Combat Ouvrier afin d'exiger le déblocage du journal et insistait sur la solidarité que Combat Ouvrier avait rencontré de la part de divers journaux et organisations, en France comme en Guadeloupe. «Le troisième orateur démasquait, lui, l’entreprise de répression faite par le colonialisme pour écraser tout ce qu’il y avait d'anti-colonialiste en Guadeloupe. Il montrait comment la répression ne frappe pas au grand jour mais agit comme un malfaiteur, attendant la période de reflux de ce semestre pour inculper les militants anti-colonialistes. Il insistait sur la nécessité de l'unité d’action contre la répression. Enfin, le dernier orateur développait brièvement les parties essentielles de notre programme devant les participants au meeting ; ce qui nous voulons, c’est au travers de la lutte pour l’indépendance viser à la construction d’un Etat ouvrier, faire appel à la solidarité des prolétaires du monde entier. Après, l’on donnait la parole à divers participants au meeting qui n’étaient pas d'accord avec nous sur un point essentiel : l'attitude à avoir vis-à-vis du Parti communiste guadeloupéen. Selon eux, le Parti communiste était le parti de la petite-bourgeoisie, il n’avait plus de forces derrière lui et par conséquent... il ne fallait pas faire l'unité d’action avec lui. A quoi les différents orateurs de Combat Ouvrier répondirent que le Parti communiste n'était pas un parti socialement petit-bourgeois, vu sa composition sociale et celle de son électorat et qu’il avait encore pas mal de poids dans la classe ouvrière, ce qui lui a permis d’isoler la grève des ouvriers du bâtiment et de la faire battre par le patronat. C’est donc à une heure tardive que s’est terminée cette réunion publique qui, espérons-le, permettra une unité d’action dans la lutte contre la répression. - SOLIDARITE AVEC YVES LEBORGNE - A propos du Comité de défense d’Y. Leborgne Depuis le début du mois de décembre, notre tendance a participé aux travaux du Comité de défense à Y. Leborgne. C'est ainsi que nous avons pris la parole lors du meeting du 10 décembre et au cours du meeting du 17 décembre, organisés par le S.N.E.-Sup., à l'occasion de la grève des enseignants. Nous ne partageons pas toutes les idées politiques des organisations qui soutiennent Yves Leborgne et avec lesquelles nous avons accepté de travailler en commun au sein du Comité de défense. En tant que révolutionnaires prolétariens, nous combattons cependant toutes les injustices, l’arbitraire sous toutes ses formes. Et nous espérons que l’action de ce Comité, contribuera, même modestement, à faire reculer le pouvoir colonial au moins sur ce point précis, celui de l’ordonnance du 15 octobre 1960. Grève des enseignants pour l’abrogation de l’ordonnance du 15 octobre 1960 Pour marquer leur solidarité à Y. Leborgne et manifester leur volonté de lutter contre l’ordonnance scélérate, les syndicats enseignants, S.N.I., S.N. E.S., S.N.E-Sup., S.N.E.T.P.-C.G.T., ont appelé les enseignants à une grève de vingt-quatre heures, le vendredi 17 décembre. Cet appel a été largement suivi, car aux dires de Radio- Guadeloupe peu suspecte d'indépendance vis-à-vis du pouvoir, 80 % des enseignants ont fait la grève. Le S.N.E.- Sup. a organisé un meeting au C.E. S.L., meeting suivi par 250 personnes environ au cours duquel diverses personnalités ainsi qu'un représentant de Combat Ouvrier ont pris la parole. Ce fut un succès certain. D’ailleurs, les syndicats réunis le soir rappelaient que cette action n’était qu'un début en attendant mieux. Souhaitons donc que l'on ne s'arrête pas là. Il serait bon que les ouvriers participent aux actions futures car ils sont, eux aussi, concernés par cette lutte contre l'arbitraire colonial et de plus, eux seuls, peuvent faire reculer de manière durable le pouvoir colonialiste. Meeting de solidarité avec Y. Leborgne Le vendredi 10, le Comité pointois de solidarité à Y. Leborgne a tenu une réunion publique au Palais de la Mutualité en présence d’une assistance de 400 personnes. Divers orateurs représentant les syndicats enseignants, Fraternité Ouvrière, l'U.I.S.G., des personnalités indépendantes, des groupes politiques, dont Combat Ouvrier, ont tenu à apporter leur solidarité à Y. Leborgne et à manifester leur volonté de lutte contre l'ordonnance scélérate du 15 octobre 1960. Notre orateur, pour sa part, appela à une généralisation de la lutte contre l’arbitraire avec les travailleurs, car, affirma-t-il, les ouvriers ne resteront pas insensibles à cet acte d'arbitraire. L’assistance a pu remarquer l'absence en ce moment précis du Parti communiste guadeloupéen, dont l'orateur normalement inscrit n'a pas pris la parole. La réunion se terminait par quelques chants de Gros-Ka du chanteur Guy Conquet. Ce meeting quoique insuffisamment préparé vu le délai trop court imparti aux organisateurs a eu quand même un certain succès. Nous espérons que cela permettra aux démocrates, et surtout aux travailleurs, de se mobiliser pour signifier au pouvoir colonial leur refus de l'arbitraire et de l'injustice. PAGE 4 MARTINIQUE : Inondation à la Dillon Dallas, quartier de la cité Dillon bien connu pour avoir été le plus inondé lors du cyclone Dorothy a été, au cours du mois de décembre, une fois encore plongé sous 60 centimètres d’eau. Et le spectacle des femmes et hommes courant mettre à l’abri les enfants et les vieillards et revenant passer la nuit, des seaux à la main, pataugeant dans des eaux boueuses et malodorantes, des mobiliers flottants, des matelas, des appareils ménagers saccagés, etc., recommençait. Recommençait, car ce n’est pas seulement lors d’un cyclone ou quelque autre tempête tropicale que les habitants de ces quartiers sont sinistrés, mais dès qu'il y a une bonne pluie. On pourrait penser que c’est un coup du sort. Il n’en est rien. C’est en toute connaissance de cause que la S.I.M.A.G. (correspondant à la S.I.G. en Guadeloupe), alors qu'elle possédait des terrains sur les coteaux et dans la plaine, a choisi cet espace en bordure de la rivière pour faire une bonne opération : loger les décasés en tirant le maximum de profit des terrains insalubres et même dangereux et, par la suite, faire fructifier les terrains mieux situés. C’est ainsi, en toute connaissance de cause (« Dorothy » avait déjà envahi l’an dernier la plupart des rez-de-chaussée), que les promoteurs de la S.I.M.A.G. ont continué de faire des appartements à même le sol, alors que la municipalité avait « préconisé » de construire sur pilotis. Cette fois-ci, les occupants en ont eu assez, ils ont occupé des logements inachevés dans un autre quartier, autour du Pitt-Dillon et ne sont pas décidés à s’en laisser chasser. Ainsi, le lundi 13 décembre, lorsque les responsables de la S.I.M.A.G. sont venus les déloger, ils n’ont rien pu faire malgré leur escorte de gendarmes. Les sinistrés refusent de quitter les logements occupés tant qu’ils n’obtiendront pas de sérieuses garanties de sécurité. Mais lorsque non seulement les appartements du Pitt-Dillon, mais aussi ceux des beaux quartiers seront occupés, ces messieurs se décideront à faire des logements décents pour les travailleurs. Et lorsque ceux-ci seront organisés, ils ne se contenteront pas de suggérer aux promoteurs de construire des maisons sur pilotis, dans un avenir plus ou moins incertain, mais occuperont à chaque fois les appartements réservés aux riches. BENGALE : LE PEUPLE NE DOIT COMPTER QUE SUR LUI-MEME La guerre indo-pakistanaise s'est terminée par la capitulation du Pakistan. Les troupes indiennes ont fait leur entrée à Dacca et permis la proclamation de l'indépendance du Bengale et la formation d’un gouvernement provisoire Bengali. Dès lors, aussi bien du côté indien que du côté pakistanais, des pressions et des combinaisons politiques vont se faire jour contre les combattants bengalis, contre les masses populaires bengalis, afin que le futur régime soit le moins représentatif possible de la volonté populaire. Tout le temps pendant lequel les troupes indiennes resteront au Bengale, elles joueront un rôle contre-révolutionnaire afin d'empêcher toute expression de cette volonté populaire. Alors que les régimes indiens et pakistanais se sont violemment affrontés ces jours derniers, il ne serait pas étonnant de les voir se mettre d’accord autour d’un Mujibur Rahman, homme politique modéré, qui tentera de désarmer les masses populaires. Car, si l’Inde est entrée au Bengale, ce n’est sûrement pas pour voir naître à sa frontière un Etat qui puisse servir d'exemple à ses propres opprimés, ou à ses propres minorités nationales. Ayant réglé le problème des réfugiés bengalis qui étaient sur son soi, elle mettra tout son poids dans la balance pour que le nouveau gouvernement soit conforme à sa volonté. Il ne devra être ni trop radical, ni pro-pakistanais. Cette dernière condition est évidemment facilitée par le fait que les dirigeants politiques bengalis sont rentrés dans des fourgons de l’armée indienne. En réalité, le peuple bengali ne devra faire confiance à personne, ni à l’Inde, ni au Pakistan, ni à Mujibur Rahman, mais à ses propres forces organisées et armées. Ce n’est qu’en faisant confiance à lui-même qu’il posera les jalons lui permettant de transformer quelque peu ses conditions d’existence. WASHINGTON : La crise économique n’est pas écartée Si l’on en croit la presse écrite et pariée, la crise monétaire qui agitait le monde à la fin de 1971 est aujourd’hui heureusement réglée, et ceci depuis les accords de Washington, qui ont vu une dévaluation de 7,89 % du dollar, tandis que d’autres monnaies, telles le yen japonais et le mark allemand, étaient réévaluées. Cet optimisme de la presse est pour le moins forcé, et si l'on examine de plus près les résultats de ces accords, on se rend compte que la crise est loin d’être résolue ; elle pourrait même connaître une aggravation à long terme, comme nous le verrons plus loin, et cela non seulement sur le plan monétaire mais aussi sur le plan économique en général. La dévaluation du dollar à laquelle nous avons assisté est la suite prévisible des mesures prises par Nixon le 15 août 1971 : surtaxe de 10 % sur les produits étrangers, et fin de la convertibilité du dollar en or. La taxe de 10% ne pouvait être qu’un expédient provisoire (en attendant une solution qui le soit moins), destiné à mettre un terme à la situation de crise dans laquelle les U.S.A. se débattaient depuis plusieurs années. L’inflation aux Etats-Unis, la dégradation de la valeur du dollar prenaient, en effet, des proportions alarmantes. Alarmantes pour l'ensemble du système monétaire international, car le dollar est à la base de celui-ci. Alarmantes pour les capitalistes américains eux-mêmes car le dollar, bien qu’il ait perdu de sa valeur par rapport aux monnaies de certains autres pays capitalistes, continuait à être échangé à la parité antérieure. Du fait de cette surévaluation de la parité officielle du dollar, les marchandises américaines coûtaient plus cher que les marchandises de certains pays concurrents à la monnaie momentanément plus solide. Sérieusement concurrencés, non seulement sur les marchés étrangers, mais sur le marché américain lui-même, les capitalistes américains réclamaient des mesures. Nixon répondit à leurs exigences le 15 août, comme nous l'avons dit précédemment. Ceci a immédiatement causé un affolement dans le système monétaire international, les monnaies telles le yen et le mark se sont mises à «flotter» (c’est-à-dire qu’elles n’avaient plus de parité fixe, mais variaient suivant l’offre et la demande sur le marché monétaire). Cependant, ces mesures ne pouvaient être que provisoires. Les incertitudes monétaires (flottement, etc.) entraînaient une limitation des échanges, les exportateurs ne sachant à quel saint se vouer. Aussi, des tractations ont-elles commencé, afin de tenter de régler ce problème. Si les U.S.A. avaient été une puissance capitaliste de seconde zone, ils auraient pu régler leur problème en dévaluant simplement leur monnaie. Et pour que celle-ci soit réellement efficace du point de vue des U.S.A., c’est-à-dire pour que les produits américains redeviennent rapidement très compétitifs, il aurait fallu que cette dévaluation soit d’au moins 25 %. Mais si des pays tels que la France peuvent à la rigueur se permettre de telles opérations sans que le système mondial en soit profondément ébranlé, il n’en va pas de même des U.S.A. Ceux-ci savaient qu'une dévaluation de grande envergure pouvait avoir deux conséquences aussi néfastes l’une que l'autre. Ou bien l’on aurait assisté à une dévaluation en chaîne, et ceci aurait fait sauter le système monétaire international, conduisant par la même occasion à l'arrêt du commerce mondial. Ou bien cela aurait déclenché une crise économique de grande envergure, car une régression de l’économie européenne ne pourrait pas ne pas provoquer un choc en retour sur l’économie américaine elle-même. Après quatre mois d’âpre marchandage, les pays capitalistes les plus riches ont fini par se mettre d’accord sur la solution qui leur semblait la moins défavorable, et surtout la moins défavorable aux Etats-Unis qui, tout malade que soit le dollar, ont imposé aux autres la quasi totalité de leurs vues. Le dollar a été dévalué mais à un taux suffisamment faible pour ne pas entraîner une catastrophe chez tous les concurrents de l'industrie américaine. Les plus dangereux de ces concurrents, les Japonais et les Allemands en particulier, durent, quant à eux, consentir à réévaluer leur monnaie, acceptant « volontairement » — si l’on peut dire — de se dessaisir d’une partie de l’avantage que leur assurait antérieurement, par rapport aux U.S.A., leur monnaie sous-évaluée. Tous ces réajustements, même additionnés, ne mettent. pas encore le commerce américain dans une position aussi favorable que l’aurait fait une dévaluation du dollar de l’ordre de 25 à 30 %. Pour éviter la catastrophe économique les U.S.A. s’en contentent ; à condition cependant que les autres pays acceptent des discussions portants sur les transactions commerciales et sur d'éventuels accords réglementant celles-ci. De manière à ce que, par des mesures protectionnistes de toutes sortes, les Etats-Unis puissent intervenir dès qu’ils s’estiment trop concurrencés. Voilà donc la géniale solution que les têtes pensantes des plus grandes puissances de l’économie capitaliste ont trouvée au bout de quatre mois de marchandages ; la solution qui est censée tout résoudre. Et qui ne résout strictement rien. On n’a pas touché au système monétaire international en lui-même, avec les fameuses « imperfections » que tous les économistes de la bourgeoisie s’étaient pourtant complus à dénoncer comme à l'origine de la crise monétaire actuelle. Le dollar reste à la base de tout, continue donc à être considéré comme « aussi bon que l’or » et s’accumuler dans les banques nationales de tous les pays. De surcroît, les Etats-Unis refusant de revenir sur leur décision de rendre le dollar totalement inconvertible, les derniers liens ténus qui rattachaient encore le dollar, chiffon de papier comme les autres, à l’or, disparaissent. Autrement dit, pour les mêmes causes qu’hier — et parce que l’on n’a en rien touché aux causes — la même crise peut se déclencher demain. Mais il y a encore autre chose. Si une dévaluation brutale du dollar eût abouti à une crise immédiate, les mesures choisies risquent d’aboutir à une situation aussi grave à long terme. En premier lieu le fait de choisir en matière de commerce mondial une politique d’accords, de discussions d’Etat à Etat, de réglementations, conduit nécessairement à rendre le commerce mondial plus compliqué, semé d’embûches administratives — donc à le restreindre. Or, dans l'économie capitaliste, on produit pour vendre, et toute restriction du commerce équivaut à une restriction de la production. D'autres mesures parmi celles prises à Washington vont dans le même sens. Celle, par exemple, qui admet que les monnaies puissent dorénavant « flotter » les unes par rapport aux autres dans certaines marges, autrement dit, qu’elles puissent changer de parité de jour en jour. Les capitalistes exportateurs, du moins ceux qui ont une marge bénéficiaire relativement faible, hésiteront à aller commercer à l’étranger s’ils risquent de perdre une partie de leurs bénéfices dans les fluctuations de parités monétaires. Non seulement les accords de Washington n’ont pas résolu la crise monétaire, mais il y a de fortes chances que les mesures prises aboutissent à un ralentissement mondial de la production avec, en perspective, la crise économique. Reste à savoir qui va payer les pots cassés. Dans l’optique des capitalistes, c’est la classe ouvrière et plus généralement les masses travailleuses. Même une simple récession généralisée se traduit par le chômage, par des coudées plus franches pour les patrons à imposer des conditions de travail et de salaires plus mauvaises. Mais la classe ouvrière a la force et la capacité de faire payer la crise qui se dessine à ses vrais responsables, aux capitalistes. Les conséquences sociales et politiques des difficultés économiques qui se préparent derrière l’optimisme forcé des dirigeants ne doivent pas retomber sur la classe ouvrière. Et dans ce domaine, il n’y a nulle fatalité ; tout dépend de la combativité de la classe ouvrière et de sa capacité de faire pencher la balance en sa faveur.