Site

Archives de CO/CO de 1 à 10/CO n°8

CO n°8

Editorial La répression n’intimidera pas les travailleurs guadeloupéens Depuis les grèves de début d’année, pas mal d’eau a coulé sous les ponts. A la mobilisation des masses ouvrières et paysannes, mobilisation consécutive aux attaques de plus en plus violentes du grand capital contre le niveau de vie des travailleurs, a succédé une période de reflux de la combativité. Pendant la période précédente, la bourgeoisie, le pouvoir colonial ont eu peur, peur en voyant des milliers et des milliers de travailleurs en grève manifester contre le régime colonial, peur de l’explosion sociale qui aurait pu menacer leur domination de classe. Cette peur, la bourgeoisie et son pouvoir, le pouvoir colonial, essaient maintenant de le faire payer à tous ceux qui se sont dressés contre elle. Il ne fait pas bon maintenant être contre le régime départemental. Il est un fait symptomatique que tous ceux qui ont pris une part plus ou moins active dans les différentes grèves, tous ceux qui ont lutté contre le régime colonial sont poursuivis en justice, inculpés ou inquiétés par les services de police. Ainsi, Démocrite, après quatre procès, attend encore de passer en jugement en application de la loi anticasseurs, et est inculpé une fois de plus pour atteinte à l’autorité de la Justice. Guy Conquet, le chanteur populaire, a été condamné à 1.000 F d’amende pour violation de la liberté du travail : Guy Conquet, tout seul et armé d’un... magnétophone, aurait mis à mal une douzaine de travailleurs venus briser la grève de la canne. Le Progrès Social, lui, est inculpé d’atteinte à l’autorité de la justice et d’infraction à une loi totalement inappliquée, celle du 2 juillet 1931. Slméon, Deglas, Vainqueur, Rovelas, Casimir, Gamby, Delvecchio, Démocrite, Anicet, sont toujours placés sous contrôle judiciaire, en attendant d’être jugés pour infraction à la loi anticasseurs. Depuis le début du mois de novembre, les choses se sont encore accélérées : — Ainsi, après la nouvelle inculpation de Démocrite, le P.C.G. voit ses colleurs d’affiches poursuivis. Destival est poursuivi pour publication de tracts sans mentions légales. Notre correspondant Gérard Beaujour a été, de son côté, convoqué à la police pour être accusé, lui aussi, de publication de tracts sans mentions légales sur la voie publique. Ceci est d’autant plus scandaleux pour nous, à Combat Ouvrier, que, dans le même temps où l’on inquiète notre correspondant, le préfet Brunon prétend avoir pris un arrêté de saisie, dont personne n’a entendu parler, contre les numéros 1 et 2 de notre journal. D’autant plus scandaleux que notre journal est toujours bloqué à la douane de Ralzet. Ainsi donc, la justice bourgeoise semble décidée à sévir. Mais, n’en déplaise aux Brunon, Claverie et Martin, tout cela se paiera un jour, au centuple. Car les millions de morts causés par le colonialisme français, en Indochine et en Algérie, n’ont pas pu empêcher ces peuples de prendre conscience, de se dresser et de lutter contre le colonialisme. La cinquantaine de morts de mai 1967, les emprisonnements, les procès, n’ont pas pu empêcher les événements du début de l’année 1971. Les procès, les Inculpations, les intimidations de cette année n'empêcheront pas les travailleurs à la tête du peuple guadeloupéen de se dresser et de lutter à nouveau contre le régime de la faim, de la misère, du racisme, en un mot contre l’exploitation coloniale. En Guyane, LES TRAVAILLEURS RECLAMENT DU PAIN, ON LEUR DONNE DE LA MITRAILLE Ainsi, comme à Djibouti en 1966, comme en Guadeloupe en mars et mai 1967, comme en Martinique en mai dernier, la répression s'est abattue férocement sur les travailleurs et syndicalistes guyanais du bâtiment en lutte pour l’amélioration de leurs conditions de vie. Le 6 novembre dernier, les ouvriers du bâtiment et des boissons gazeuses ont déclenché une grève illimitée, le patronat ayant refusé de satisfaire à leurs revendications. Ils réclamaient, à l’instar de leurs camarades guadeloupéens, les 40 % de vie chère que le gouvernement français accorde à ses fonctionnaires aux Antilles et en Guyane. Cette grève bénéficia très vite de la sympathie de tous les travailleurs et les autres Guyanais mécontents de la politique du gouvernement français en Guyane. Malgré tous les chantages et autres menaces, la détermination des grévistes demeura intacte. Et c’est forts de l'appui de presque toute te population guyanaise et des télégrammes de sympathie venant de Guadeloupe et de Martinique, qu’ils décidèrent de manifester dans les rues. Le préfet et les autres sbires du colonialisme français pensèrent trouver là une occasion pour abattre la grève : les mercenaires (C.R.S., gendarmes, etc.) furent lâchés. Des syndicalistes ont été arrêtés. Après plusieurs jours d’échauffourées entre « forces de l’ordre » et manifestants, le calme est revenu. On ignore le nombre de victimes, et on ne sait encore s’il y a des morts parmi eux. C’est le processus classique dans ces dits départements d’outre-mer que sont la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et la Réunion. A la moindre revendication des masses travailleuses, les forces de répression entrent en jeu. Car, le régime colonial veut que le minimum dont bénéficient les masses laborieuses en France ne soit même pas admis dans ces « D.O.M. ». Ainsi la liberté de la presse, le droit de réunion, la liberté syndicale, le droit de grève sont systématiquement bafoués. Les militants syndicalistes qui prennent à cœur la défense de leurs camarades de travail sont pourchassés. Tous ceux qui protestent ouvertement contre cet état de fait sont traînés devant les tribunaux. La situation devient si intolérable que malgré tout, les revendications se font jour dans tous les secteurs : ouvriers du bâtiment, ouvriers agricoles et petits planteurs, dockers pour ne citer que les travailleurs des secteurs les plus importants. Le gouvernement français persévère dans une seule voie : la répression. Mais il aura beau réprimer, beau lâcher ses mercenaires, rien n’arrêtera les travailleurs le jour où ils seront en mesure de répondre au gouvernement par les mêmes moyens et les mêmes arguments qu’il utilise. CONTRE LA RÉPRESSION, L’UNITÉ D’ACTION EST NÉCESSAIRE Depuis un peu plus de six mois, et surtout depuis les bruits de réforme du statut des D.O.M. lancés par le gouvernement, la répression se fait sentir plus systématiquement. Les journaux qui dénoncent la pourriture du régime sont en butte à toutes sortes de tracasseries policières. Combat Ouvrier est bloqué à Raizet, Le Progrès Social est à son trente-deuxième procès. Des étudiants sont traînés devant les tribunaux, des syndicalistes aussi. Même le P.C.G. n’est pas épargné ; ses affiches pour l'autonomie sont déchirées par des agents du colonialisme et ses militants plus ou moins inquiétés. On voit donc que personne ou presque, hormis les départementalistes, n’est épargné. Toutes ces manœuvres n’ont qu’un but, faire taire toute opposition à la politique menée par le gouvernement ici. Face à cette politique gouvernementale, quelle doit être l’attitude des journaux et organisations anticolonialistes ? Protester uniquement par ses propres moyens n’est pas, à notre avis, la méthode la plus efficace c’est-à-dire la plus susceptible de faire reculer le gouvernement. Car aucun des journaux ou organisations concernés, que ce soit Le Progrès Social, que ce soit le Gong, que ce soit Fraternité Ouvrière ou nous-mêmes n’est à notre avis capable à lui seul de faire reculer le gouvernement. Mais leurs forces mises ensemble, ces organisations et journaux peuvent donner à réfléchir à Brunon et à Messmer. Que l’on ne se méprenne pas. Il n’est nullement question à notre avis de fondre tous ces mouvements en un seul, ou de créer un front politique quelconque. Trop de divergences séparent les organisations. Mais nous sommes tous opposés à la politique coloniale, nous sommes tous victimes de la même répression. Nous pourrions nous fixer comme but, par exemple, de dénoncer les procès faits aux opposants, et tous les méfaits du colonialisme. De cette façon, les Brunon, Messmer et, compagnie sauront qu’en s'attaquant à l’une des organisations et journaux, ils se heurteront à la riposte de l’ensemble des organisations anticolonialistes et révolutionnaires. Et bien que chacune d’elle soit actuellement faible, en agissant ensemble, elles pourraient constituer une force capable d’empêcher l’arbitraire colonial de s’étaler sans mesure. PAGE 2 A Vizioz, l’Administration organise la pagaille La rentrée universitaire a eu lieu depuis la mi-novembre. Mais que de problèmes. A l'institut Vizioz, par exemple où sont regroupés les étudiants en droit et sciences économiques, les problèmes sont cruciaux : le nombre d’étudiants inscrits cette année a particulièrement augmenté, on compte environ 1.500 étudiants en licence et en capacité. Hélas, le nombre de salles n'augmente pas en fonction du nombre d'étudiants et les capacitaires en sont réduits à écouter leur cours « aux portes ». Rien n’a encore été fait pour remédier à cette pénible situation. Et comment cela se pourrait-il, lorsque l’institut n’a pas de directeur (celui-ci depuis près d’un an est en France) et que le directeur par intérim a démissionné pour précipiter l'arrivée du premier ? Qui donc dirige et administre l’institut ? Le secrétariat ? Impossible ! Composé de quatre secrétaires pour 1.500 étudiants, il est, on le comprend, débordé, ce qui entraîne une grande tension nerveuse des secrétaires qui rabrouent quelquefois les étudiants venus aux renseignements ! Ce qui contribue en retour à l’irritation des étudiants. Bref ! une certaine anarchie règne à l’institut. Or, depuis peu, l'institut Vizioz a acquis une certaine autonomie administrative et financière, il a son secrétariat qui inscrit et délivre les cartes d'étudiants (le temps où il fallait écrire à Fort-de-France pour avoir un certificat de scolarité est ainsi révolu), il a son budget. Dernièrement s’est posé le problème de la mise en place d’un circuit intérieur de télévision pour permettre à tous les étudiants de suivre les cours dans des salles différentes. Personne ne peut décider actuellement le déblocage de crédit à cet effet : il n’y a pas de direction ; il a fallu téléphoner à Fort-de-France qui téléphonera à Bordeaux, il faut donc attendre. Voilà un exemple édifiant de la bureaucratie administrative, en régime colonial. C’est une belle chienlit ! Quoiqu’il en soit, il faudrait qu'un collectif d’étudiants et enseignants prenne ses responsabilités. S’il n'y a pas de direction à Vizioz, qu’ils prennent à charge l'administration. Ce devra être l’une des tâches impératives du nouveau bureau de l'association. Ce devra être l’une des propositions immédiates qu’il devra faire à l'ensemble des étudiants et enseignants. ECHOS Prisunic : pas de travail gratuit pour la direction A Prisunic, alors qu'on nous fait subir la touille des sacs lorsque nous quittons le magasin, la direction nous vole depuis déjà un mois, dix minutes par jour. En effet, à Prisunic-Pointe-à-Pitre, la direction a pris la décision de nous faire commencer à 8 h 5 alors que jusqu'ici nous devions être en blouse, devant nos caisses à 8 h 15, heure d'ouverture du magasin. Maintenant, à 8 h 5 nous devons nous rassembler à l'appel d’une première sonnerie. Dès cet instant, les vestiaires sont fermés, celles qui arrivent quelques minutes après doivent aller demander les clés et sont pointées... A 8 h 15, après que nous ayons attendu 10 minutes, une deuxième sonnerie nous appelle à nos postes... Vraiment, la direction nous prend pour ses soldats et veut nous faire marcher à la baguette ! Le pire, c'est qu'il semble que ce soit du travail gratuit car sur nos fiches de paye du mois dernier nous n'avons absolument rien vu concernant ces 10 minutes par jour que l’on nous vole. On nous a dit que la direction ne comptabilisait les heures supplémentaires qu’à partir de un quart d'heure, peut être croit-elle pouvoir nous faire travailler pour rien pendant ces 10 minutes. Il est vrai qu'il faudrait être de véritables spécialistes pour déchiffrer nos fiches de paye, car, même lorsque deux employées font le même travail pendant le même temps, les salaires sont toujours différents. Et jusqu’à présent personne n'a pu ou n'a su nous expliquer clairement comment les comptes sont faits. Dans cette histoire, tout le monde n'est pas perdant car lorsque nous faisons des réclamations, la direction a toujours une bonne réponse dans le genre : on réserve vos heures supplémentaires pour les mettre sur un mois au cours duquel il y aura des jours chômés... (jusqu'à présent nous avons un salaire horaire.) Et tout ceci sans aucun moyen de contrôle, évidemment ! La lutte paie mais luttons pour des objectifs valables Au Club Méditerranée à Sainte-Anne, Martinique, les travailleurs viennent d'obtenir une augmentation de salaire, et la signature d’une convention collective. Nous nous souvenons qu'en août un travailleur avait été licencié. Le syndicat C.G.T.M. avait réclamé le réembauchage de ce travailleur, et l'ensemble du personnel avait entamé une grève... Deux jours après, le travailleur licencié réintégrait son poste. Forts de ce premier succès, les travailleurs du Club obtinrent lors d'une réunion, le 16 novembre, avec les patrons, la révision des salaires, une convention collective et une prime d’ancienneté. Le vendredi 12 novembre, un accord était signé. Les salaires passaient de 630 F à 680 F par mois. Mais, la direction de la C.G.T.M. tente de faire passer tout cela pour une victoire ! 50 F supplémentaires, certes ce n’est pas négligeable, mais pour 195 heures de travail par mois, c'est-à-dire plus de 48 heures par semaine, l’augmentation est nettement insuffisante. Quant à la mensualisation et à la convention collective, si ce sont là des gains intéressants pour les travailleurs, ce n’est pas ce qui changera vraiment leur situation. Les salaires n’auraient pas dû être inférieurs à 1 200 F minimum pour tous. Voilà une revendication valable et certainement plus intéressante pour les travailleurs. Plutôt que d'avoir réclamé une prime à l’ancienneté, le syndicat aurait mieux fait de se battre pour les 1 200 F minimum. Mais cela réclamerait une forte dose de combativité et d'honnêteté qui font défaut aux bureaucrates de la C.G.T.M. Si le patronat a cédé si facilement après deux jours de grève c'est qu'il pouvait le faire à bon compte. Il fallait donc que la direction syndicale pousse la lutte plus loin. Elle aurait été assurée du soutien de l’ensemble du personnel. La prochaine fois les travailleurs n’attendront pas les dirigeants syndicaux, il ne s’agit pas de « cracher » sur ce qui a été obtenu, mais il ne s’agit pas non plus comme la direction syndicale le fait, de présenter ces acquis comme une grande victoire ! Les blessés du stade de Bergevin victimes de leur pauvreté Le dimanche 21 novembre, au cours de la rencontre de football Martinique-Guadeloupe, au stade de Bergevin, une grille s’effondrait, faisant de nombreux blessés, et même un mort quelques instants après l'accident... Nombreux sont ceux qui tiennent le langage suivant : « Ce sont des resquilleurs, c’est bien fait pour eux. » « Ils n’avaient qu'à se trouver à l’intérieur comme tout le monde, et payer leur entrée. » Nous ne pensons pas que cela soit un propos fondé... Car c'est ignorer ou faire semblant de ne pas voir qu’en majorité les blessés sont soit des jeunes travailleurs, soit de jeunes chômeurs. Quand on sait le salaire de misère donné aux travailleurs, et la situation financière des chômeurs l'on se demande bien où ils pourraient trouver 3 francs ou 5 francs pour assister au match. Aller au match ou au cinéma équivaut très souvent pour eux à une privation accrue. Nous pensons que si cet accident a pu se produire, c'est parce que le prix des places était trop élevé... Encore une fois, le responsable véritable, c’est la société capitaliste. Un nouveau crime du patronat Lundi 22 novembre, dans l'après-midi, des ouvriers du bâtiment se trouvaient une nouvelle fois victimes de la politique criminelle du patronat. Dans un chantier situé rue A.R. Bois-neuf, un vieux mur s’écroula au cours des travaux, sur deux ouvriers qui furent très grièvement blessés. Les ouvriers de l'entreprise André Claudor de Basse-Terre réalisaient les fondations de l'immeuble ; pour ce travail, ils furent obligés de pratiquer des fentes de 20 cm dans un mur voisin pour établir la liaison avec les murs de fondations. Ce mur était très ancien, n’avait pas d’armature métallique et aucune résistance n’avait été revue ; en plus il supportait une lourde poutre de béton. Le mur se désagrégea vite sous la poussée des marteaux-piqueurs et bascula sur les ouvriers présents. Deux d'entre eux furent conduits d'urgence à l'hôpital général. Un travailleur souffre d'une fracture du bassin et a les deux jambes fracturées. Il s'en ressentira pour le restant de ses jours. Mais c’est l’entreprise en bâtiment qui est directement responsable de cet accident. Ce sont les capitalistes qui sont responsables de ces assassinats légaux qui coûtent la vie à tant de travailleurs. C’est parce que les patrons n'ont en vue que la rentabilité, que le profit, qu'ils font travailler les ouvriers dans des conditions si défectueuses qu'ils y laissent leur vie ou sont estropiés pour la vie. Contre cela, les travailleurs peuvent déjà se battre pour exiger que les conditions de sécurité soient effectivement respectées. Cela ils doivent l’imposer aux patrons par la lutte avec l'aide de leurs délégués et de leurs syndicats. La répression touche aussi les militants du P.C.G. Dans ses numéros du 13 et du 20 novembre dernier l'Etincelle, organe du P.C.G., nous informe du fait que des colleurs d’affiches ont été arrêtés lors de collages nocturnes. Nous révolutionnaires, ne pouvons que protester contre la répression de l’État colonialiste sous toutes ses formes et quelle que soit l’appartenance politique des militants ou des organisations ouvrières visées. Mais la répression qui s’est abattue ces jours derniers sur certains militants du P.C.G. n'est pas un fait isolé. Depuis les les grandes grèves du début de l’année 1971, nombreux sont les syndicalistes et les étudiants qui se sont vus arrêtés et traduits en justice. Or, malheureusement, devant cette répression bourgeoise, le P.C.G. est resté absolument silencieux, quand il ne s'est pas rangé du côté de l'ordre bourgeois comme lors de la grève des étudiants et lycéens de Baimbridge. Le P.C.G. pensait peut-être en suivant une telle politique se protéger, lui, de la répression de l’Etat bourgeois et colonialiste. Mais la répression ne fait pas le détail. Elle ne fait pas la différence entre les militants appartenant à un parti qui se veut « sérieux » et « responsable », ce qui signifie, en fait, légaliste, et les militants révolutionnaires. C'est pourquoi notre lutte contre la répression et pour l'obtention des libertés élémentaires (droit de réunion, de presse..) doit être une lutte ouverte à toutes les organisations et à tous les groupes, qui se réclament de la classe ouvrière et qui luttent contre le colonialisme en Guadeloupe, par delà nos divergences politiques même fondamentales. PAGE 3 A bas l'ordonnance de 1960 ! Le lundi 22 novembre, Yves Leborgne, professeur guadeloupéen de philosophie au lycée de Cannes, commençait une grève de la faim dans cet établissement... Leborgne veut ainsi protester contre l’ordonnance du 15 octobre 1960, que le préfet Bonhomme utilisa il y a dix ans pour le faire muter d’office en métropole, ainsi que huit autres professeurs de la Guadeloupe ; cette ordonnance avait également fait de nombreuses victimes dans les autres départements d’outre-mer. Ainsi, deux enseignants guyanais, trois de la Martinique et une dizaine au moins de la Réunion, se voyaient, sans autre forme de procès « déportés » en France... Quel crime était-il imputé à ces fonctionnaires dont aucune faute professionnelle grave ne justifiait le déracinement de leur terre natale ? D’avoir en maintes occasions dénoncé le statut colonial des soi-disant D.O.M. ; d’avoir dit hautement que la Guadeloupe ou la Martinique n’étaient pas la France, d’avoir réclamé la liberté de parole et un peu plus de justice et d'équité pour les peuples de nos différents pays. Depuis dix ans, Leborgne se bat contre cette loi arbitraire, qui, en fait, porte atteinte à un droit reconnu à tout homme : celui de la libre expression. Depuis dix ans, le ministère des D.O.M. oppose un veto systématique à la réintégration en Guadeloupe du professeur Leborgne... Qu'un ministère des D.O.M. ait plein pouvoir dans un domaine où seul le ministère de l’Education nationale devrait être maître, démontre, s’il en est besoin, que la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion ne sont point des départements français, mais bel et bien des colonies. Mais dans son combat contre l'injustice du pouvoir colonial, Leborgne n’est pas isolé. Dès le début de sa grève, un comité de défense Yves Leborgne était mis sur pied d’abord à Cannes, puis dans d’autres villes du midi de la France notamment à Marseille. Collègues, parents d’élèves et lycéens lui apportaient leur soutien. Un meeting réunissait devant la mairie de Cannes 500 personnes, le mercredi 24 novembre, une grève était projetée le vendredi 26 par les professeurs du lycée Carnot de Cannes... Et le samedi 27, 5.000 personnes défilèrent silencieusement dans les rues de Cannes en témoignage de solidarité. En Guadeloupe, un tract diffusé par le S.N.E.S. appelait à la création d'un comité de défense Yves Leborgne... Quant à nous, nous ne pouvons qu’apporter notre soutien à de pareilles actions, car, à travers le combat mené pour l’abrogation de l’ordonnance de 1960, c'est le procès de l’arbitraire colonial qui est fait. Tous les enseignants, les étudiants et lycéens doivent sans plus tarder entamer une campagne d’explication et de protestation vigoureuse, par tous les moyens, (diffusion de tracts, meetings, réunions dans les lycées, collèges, création de comité, etc.), pour obliger le pouvoir colonial à abroger cette loi. Aucune action d’envergure n’ayant jamais été entreprise, nous devons commencer... UNE LOI COLONIALE : L’ORDONNANCE DU 15 OCTOBRE 1960 En pleine guerre d’Algérie, et pour éviter que celle-ci n’ait des retombées dans les derniers bastions du colonialisme français que sont les D.O.M., le gouvernement avait été amené à promulguer la loi du 15 octobre 1960. Cette ordonnance donne aux préfets des D.O.M., le pouvoir de « remettre à la disposition de leur ministre, tout fonctionnaire dont le comportement est susceptible de troubler l’ordre public ». Toutefois, préfets ou ministres sont bien en peine de dire vraiment ce qu’est « un comportement susceptible de troubler l'ordre public ». Cela n’empêche que vingt et un fonctionnaires ont déjà été victimes d’une telle loi. Parce qu'ils étaient des anticolonialistes, ils se sont vus empêchés de rejoindre leurs pays natals respectifs alors que des Soustelle et autres colonels de l'O.A.S. qui ont les mains tachées de sang ont été amnistiés... On le voit, la politique coloniale bourgeoise a deux poids et deux mesures. Elle pardonne à ses hommes, et est sans pitié pour ceux qui n’acceptent pas son diktat... Au moment même où le gouvernement parle beaucoup de régionalisation ou d'un changement de statut pour les D.O.M., la grève de la faim entamée par Yves Leborgne fait toute la lumière sur la réalité dans nos pays où le colonialisme est bel et bien en œuvre. Le P.C.F. et la question coloniale L’ombre de 1973 se profile et c’est le branle-bas de combat pour tous les partis politiques de France. Le Parti communiste français a présenté dans ce cadre un « programme pour un gouvernement démocratique d’union populaire ». Autrement dit, le programme d’un gouvernement qui, d’après le P.C., représenterait les intérêts des classes travailleuses. On était en droit de penser que là, un tel gouvernement prendrait une position claire et nette sur l'avenir des peuples opprimés par le colonialisme français. Jugeons-en. Nous pouvons lire : « La France reconnaîtra le droit à l’autodétermination des peuples des départements d’outre-mer et territoires d’outre-mer. Le gouvernement démocratique donnera satisfaction aux aspirations de caractère national des peuples de la Guyane, de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Réunion, de la Nouvelle-Calédonie de la Polynésie, des Comores, etc. dont les organisations les plus représentatives revendiquent le remplacement de leur statut actuel par un statut d'autonomie leur permettant de gérer librement leurs affaires ». Ainsi donc, la seule liberté qui nous est reconnue est le droit à l’autodétermination chère à De Gaulle. Même sur la question de l’autonomie, le P.C. se garde de prendre des engagements. Pourtant, le problème est simple. Si les peuples des Antilles, de la Réunion, etc., veulent se débarrasser de l'oppression coloniale et accéder à l'indépendance nationale, le P.C. leur reconnaît-il ce droit ? Si oui, pourquoi ne s'engage-t-il pas clairement et nettement ? Si le P.C. veut les voix des opprimés des colonies françaises qu’il prenne des engagements précis sur cette question. Sinon, quel serait l’avantage de ce fameux « gouvernement d'Union populaire » pour les peuples sous la domination du colonialisme français ? Les travailleurs guyanais Les ouvriers du bâtiment et ceux d'une fabrique de boissons gazeuses se sont mis en grève pour la satisfaction de leurs revendications salariales. Sous la conduite de l'Union des Travailleurs Guyanais (U.T.G.), les travailleurs réclamaient 4 F dès l'embauche et 4 F 20 après 15 jours de travail dans l’entreprise. De leur côté, les patrons proposaient 3,70 F à l'embauche dans l'immédiat et 3,80 F (le S.M.I.G.) au 1" janvier 1972. La commission paritaire n’ayant pu aboutir à un accord, les ouvriers organisèrent une manifestation le vendredi 19 octobre. C'est alors que la police chargea une première fois les manifestants occasionnant de nombreux blessés et d'importants dégâts matériels. Dès le début des incidents, le maire de Cayenne, Léopold Heder, appartenant au Parti socialiste, tenta de jouer les conciliateurs. Les tractations du maire de Cayenne avec les patrons ont abouti à la promesse patronale de porter le salaire des travailleurs à 4 F à valoir au 1er janvier 1972. La revendication des travailleurs guyanais n’étant toujours pas satisfaite, puisque ceux-ci réclament, rappelons-le, 4 F à l'embauche et 4,20 F après quinze jours de travail dans l'entreprise, la continuation de la grève a été décidée. ECHOS DE L'IMMIGRATION Les antichambres d’hôpitaux appelés « Foyer des travailleurs » La prolifération des foyers lépreux témoigne de l'exploitation féroce, dont sont victimes les travailleurs émigrés dans la douce France. Après Aubervilliers, Aulnay, Ivry, foyer BUMIDON, rue de Charenton pour les plus récents, un autre « dortoir de l’impossible » à la rue Bisson dans le 20ème arrondissement, est l'objet d'une grève de loyer menée par les locataires, depuis le mois de juillet. Dans ce taudis, la morale de l’hygiène si chère à la société bourgeoise, se comptabilise en 18 robinets et 8 w.c., l'électricité coupée (le gérant qui ramasse chaque mois, 3 millions A.F. n’a pas payé la note), les radiateurs enlevés. L'humidité et le froid, contribuent à faire de ce lieu une réserve de virus, un terrain rêvé pour la tuberculose et toute autre maladie. 400 travailleurs africains y vivent. La multiplication des « foyers » de ce genre est aussi courante que les scandales immobiliers ou l'accroissement des bidonvilles. C'est le reflet d'une société pourrie où tout est permis aux profiteurs et aux contrebandiers du capital. C'est pour cela que, finalement, la lutte des occupants émigrés ne doit pas se mener contre les gérants des foyers, mais contre le système capitaliste, principal responsable de cette barbarie, par le fait même que c'est lui qui tire un profit direct de cette main-d’œuvre à bon marché. P.T.T. : congrès C.G.T. du P.L.M. Les délégués des quatre brigades du P.L.M. se sont réunis rue Turbigo pour débattre de la vie de la section. Après l'intervention de trois camarades à propos de l'inaction syndicale pendant la période (15 décembre-15 janvier), question qui précipita à la tribune trois «responsables» syndicaux pour s'expliquer, un camarade antillais intervint sur la nécessité de prendre en considération le nombre croissant des originaires des D.O.M., afin de leur permettre de s'organiser à l’intérieur du syndicat en commissions. (Commissions qui, d'ailleurs, ont préalablement existé sur le papier.) Il énuméra un certain nombre de revendications et montra par sa détermination que les Antillais ont à cœur de les faire aboutir si on leur en donne les moyens. C’était la fin de la réunion ; c'est alors qu’un responsable de la fédération conclut avec un topo qui dégageait beaucoup d’optimisme pour l'avenir. Un enthousiasme que ne partagea pas le camarade antillais : le responsable syndical avait « oublié » le problème antillais. Il fut rappelé à l’ordre. Confus, il s’en excusa. Délégation des travailleurs des P.T.T. chez le ministre des Finances Le jeudi 25 novembre, une délégation de travailleurs des P.T.T. originaires des prétendus départements d’Outre-Mer se rendait au ministère des Finances pour remettre des pétitions. Ces pétitions portaient sur des revendications particulières telles : — Les 10 jours de congés hors-cumul (ils sont actuellement défalqués) ; — Voyage payé et cumulé tous les deux ans ; — La gratuité du transport lors de la mutation ; — L'application de l'indice de correction de 1,65 pour les originaires de La Réunion ; — L'augmentation du poids des bagages en franchise pour le voyage par avion. En fin de compte, ce que réclama cette délégation, c'est que les travailleurs antillais en France bénéficient des mêmes droits que les travailleurs métropolitains aux Antilles. Et c'est on ne peut plus légitime, d'autant plus que ce ne sont certainement pas les travailleurs des D.O.M. qui sont responsables d’une situation qui les oblige à émigrer pour se faire exploiter en métropole. PAGE 4 La guerre entre l'Inde et le Pakistan La guerre larvée que se livraient l’Inde et le Pakistan depuis plusieurs semaines s’est transformée en conflit déclaré depuis le 3 décembre. Les raisons officielles en sont, pour l’Inde, régler le problème des millions de réfugiés bengalis qui se trouvent sur son territoire depuis la fin du mois de mars, et pour le Pakistan, une riposte à l’ingérence de l’Inde dans ses affaires intérieures. C’est le troisième conflit entre les deux pays depuis que ceux-ci ont accédé à l’indépendance, en 1947 ; et ceci n’est nullement le fruit du hasard : la guerre existe ici à l'état endémique tout comme dans de nombreuses parties du monde, constituées par les débris des anciens empires coloniaux, essentiellement français ou anglais. Il faut en trouver l’origine dans le découpage absolument arbitraire auquel se livrèrent les impérialistes, pour délimiter les frontières des nouveaux Etats nationaux issus des empires, et particulièrement en Afrique et en Asie. Ne tenant aucun compte des groupements nationaux ou ethniques ayant préexisté à la colonisation, agissant selon le principe « diviser pour régner », les impérialistes ne laissèrent derrière eux que des Etats faibles, divisés, qu’ils pouvaient manœuvrer à leur guise. C’est ainsi qu’en Afrique, le Nigéria fut le théâtre d’une terrible guerre civile. En ce qui concerne l’Empire des Indes, les impérialistes anglais jouèrent au maximum sur les oppositions entre l’Islam et l'Hindouisme, les suscitant au besoin. Ceci devait donner naissance, en 1947, à l'Etat pakistanais, véritable aberration géographique et ethnique, constitué par deux territoires distants de plus de 2.000 km, et dont le seul point commun était l'appartenance de la majorité de leur population à la religion musulmane. Le Bengale lui-même, était à cette occasion partagé en deux, la partie occidentale restant dans l'Union indienne. La délimitation des territoires respectifs a toujours été objet de litige entre les deux pays, qui se sont déjà affrontés deux fois auparavant. La responsabilité sinon de la guerre actuelle du moins des conditions qui l’ont suscitée, incombe fondamentalement à l’impérialisme. Et aujourd’hui encore, si la guerre s'éternise, elle a toutes les chances de faire de cette région du monde un nouveau champ clos où s’affronteront, par Indiens et Pakistanais interposés, les groupements impérialistes. Groupements impérialistes qui bénéficient d'ailleurs de la complicité d’Etats qui se prétendent socialistes, comme l’U.R.S.S., ou encore comme la Chine qui a pris sur elle de cautionner sur ce problème la politique américaine, en votant à l’O.N.U. la motion présentée par les U.S.A. Dans la politique de « diviser pour régner », les impérialistes ont trouvé dans les classes dirigeantes de l’Inde et du Pakistan des complices. Pour les riches nantis qui vivent de la misère sans fin de populations qui sont parmi les plus pauvres du globe, dresser leur peuple contre le peuple d’en face en suscitant, ou en aggravant le fanatisme religieux ou le chauvinisme, est un moyen de gouvernement ; un moyen de cimenter autour d'eux « l’Union Sacrée » de toute la population. Mais même le sentiment religieux n’a pas pu masquer longtemps aux Bengalis du Pakistan oriental qu’ils étaient opprimés par la clique militaire, émanation des couches privilégiées du Pakistan occidental. Et contre les premières revendications, pourtant timides des Bengalis, leur « coreligionnaire » du Pakistan occidental, le sinistre dictateur Yahia Khan a déclenché une répression féroce. Aujourd'hui, la monstrueuse aberration de cet Etat pakistanais en deux morceaux, tel qu’il a germé dans les têtes dirigeantes de l'impérialisme britannique, éclate avec le combat, parfaitement légitime, du peuple bengali pour son indépendance nationale. La lutte de celui-ci contre le Pakistan occidental permet à l’Inde de prétendre se battre au nom du droit du peuple bengali à disposer de lui-même. Mais le sort du peuple bengali est en réalité le dernier souci des couches dirigeantes indiennes. Fondamentalement, elles craignent certainement l'indépendance du Bangla-Desh. Celle-ci, en effet, pourrait fort bien servir d'exemple et de pôle d’attraction, d’abord aux habitants du Bengale occidental, qui sont sous mandat indien, mais aussi aux divers groupes ethniques qui composent l’Union indienne. Ceci pourrait être le point de départ d’un éclatement de l’Inde. Et ses dirigeants en sont parfaitement conscients. Cependant, quoique opposée en principe à l’indépendance du Bangla-Desh, l'Inde n’y peut peut-être rien : en effet, ce mot d’ordre semble désormais solidement ancré dans la conscience des masses bengalies, qui paraissent déterminées à lutter jusqu’au bout. Dans ces conditions, il vaut mieux pour la bourgeoisie indienne être partie prenante de cette lutte, afin d obtenir une solution au mieux de ses intérêts, plutôt que de rester spectatrice, et à long terme, peut-être victime de ce processus. La guerre apparaît ainsi comme une solution pour l’Inde, qui pourrait alors négocier au nom du Bangla-Desh. En cherchant à annexer le Bengale ou, du moins, à favoriser dans un Bengale éventuellement indépendant, un régime à sa dévotion. De toute façon, l’une ou l’autre de ces solutions ne saurait résoudre réellement les problèmes. L’impérialisme a créé des situations telles qu’elles ne peuvent en aucun cas trouver leur solution dans le cadre du système capitaliste. Ce n'est que la transformation socialiste de la société, sous la direction de la classe ouvrière, qui pourra régler définitivement les problèmes, tant en ce gui concerne le sous-continent indien que la planète tout entière. Castro et les travailleurs chiliens La visite de Fidel Castro au Chili vient de s'achever. Et on peut dire que le Premier ministre cubain a parfaitement respecté les règles du jeu diplomatique tel qu'il se passe généralement entre Etats bourgeois. Salvador Allende, dès son élection à la présidence de la république chilienne, avait reconnu le régime cubain et aujourd’hui, donnant donnant, Castro, par sa présence aux côtés du président chilien, et par la teneur des discours qu’il a prononcés devant des dizaines de milliers de travailleurs chiliens venus l'écouter, a apporté sa caution et celle du régime cubain au gouvernement d’Unité populaire d'Allende. C'est ainsi que Castro dans le conflit qui opposait les travailleurs du cuivre à Allende a pris position, résolument contre les ouvriers et pour le gouvernement d’Allende. De la même façon, le 13 novembre, devant les mineurs du salpêtre, Castro a non seulement vanté la méthode pacifique et électoraliste qui a permis la venue au pouvoir du gouvernement d'Unité populaire, mais il a, qui plus est, déclaré formellement que la révolution armée telle qu'elle s'était réalisée à Cuba était une voie spécifiquement cubaine, inapplicable ailleurs. Et ce sont encore les vertus du « légalisme » qu'il fit miroiter devant les étudiants de l’université de Concepcion dont beaucoup appartiennent pourtant à la gauche révolutionnaire pro-castriste. Mais toutes ces déclarations et prises de position de Castro n’ont en fait rien qui puisse étonner. En effet, si Castro est venu au pouvoir par la guérilla et Allende par les élections, ni l'un ni l'autre de ces chefs d’Etats ne se situe dans le cadre de la révolution socialiste mondiale. Et ils ne le prétendent d’ailleurs pas. Si tel avait été le cas, dès le début, ils auraient situé toute leur action dans le cadre des perspectives historiques de la lutte du prolétariat et lié la consolidation de l’Etat ouvrier dans leur pays à l'extension de la révolution prolétarienne dans les autres pays, en particulier à sa victoire dans les pays déjà développés industriellement. Ce sont, en effet, ces pays qui sont actuellement les détenteurs des richesses volées pendant des siècles d'exploitation coloniale à l'ensemble de ce qui constitue aujourd'hui les pays sous-développés. Et c'est faute d’être en mesure de tenir aux masses populaires de leurs pays un langage résolument . internationaliste prolétarien que Castro tout comme Allende ne peuvent que raisonner en termes de problèmes nationaux, c'est-à-dire essayer de desserrer un tant soit peu le carcan de l'impérialisme sans remettre en question les bases mêmes de ce système impérialiste. Et ceci revient dans la pratique à organiser systématiquement la surexploitation des populations locales, et à demander de plus en plus de sacrifices aux couches laborieuses déjà misérables. Au Chili, comme à Cuba, comme partout ailleurs dans le monde, l’alternative est claire pour tous les révolutionnaires sincères : ou se battre aux côtés du prolétariat pour la révolution socialiste mondiale, ou se tourner à plus ou moins brève échéance contre le prolétariat.