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CO n°6

Editorial A BAS LA REPRESSION COLONIALE Mercredi 6 octobre a eu lieu le premier procès d’une série qui se déroulera en octobre et novembre contre des étudiants et des militants anti-colonialistes. En effet, depuis le fin des grandes grèves qui ont marqué le premier trimestre de 1971, la répression s’est abattue sur ceux qui avaient participé, à un titre ou un autre, aux événements de cette période. Ce sont les étudiants et les ouvriers du bâtiment qui ont été touchés. Ce fut le procès Jasor, ce furent des licenciements dans les entreprises du bâtiment. Depuis lors, la répression s’est faite plus hardie et forte de la passivité du Parti communiste guadeloupéen, elle veut, aujourd’hui, frapper des militants d’organisations anti-colonialistes. Simeon René, Deglas, Rovelas, Casimir, Gamby, Delvecchio, Democrite, Anicet, sont inculpés pour : — action concertée menée à force ouverte par un groupe avec violence ou dommages ; — rassemblement illicite avec dommages ou violence. Les inculpés sont placés sous contrôle judiciaire et voient ainsi, leurs libertés réduites. En réalité, il s’agit d’une comédie organisée pour faire payer à ces militants et étudiants leur attitude au moment de la grève qui déferla sur la Guadeloupe. On veut intimider tous ceux que seraient tentés de s’opposer au colonialisme. Mais le pouvoir colonial se trompe lourdement s’il pense arrêter ainsi la vague de mécontentement qui se gonfle sourdement dans les villes et les campagnes au sein de la majorité de la population ouvrière et paysanne ; au sein de la masse de jeunes qui végète sans travail et sans avenir. En faisant le procès de quelques militants anti-colonialistes, c’est son propre procès qu’il prépare pour demain. Car, ouvriers, paysans pauvres, jeunes, femmes, se ren­dront compte que l’administration colonialiste est plus rapide à organiser des procès qu’à s’occuper des patrons qui ne déclarent pas leurs employés à la Sécurité sociale, qui licencient pour un oui ou un non des ouvriers ; que cette administration se moque complètement de ce qui arrivera aux petits planteurs victimes de la sécheresse qui sévit en Grande-Terre, qu’elle n’a pris aucune mesure pour aider ces petits paysans à faire face à cette sécheresse. Non ! Ces messieurs n’intimideront personne. Bien au contraire, leur répression contribuera à faire prendre conscience à des milliers de gens qu’il y a nécessité de s’organiser pour abattre le vieux système colonial qui sévit ici depuis plus de trois siècles. Halte au scandale des cantines scolaires IL FAUT ROUVRIR LES CANTINES GRATUITES Comme les années précédentes, la rentrée scolaire ne se fera pas sans d'énormes difficultés il en est une qui vient s’ajouter à tous les problèmes d’achats de livres, de vêtements, et d’autres fournitures scolaires, c’est celle que crée la fermeture de nombreuses cantines, faute d’argent, prétend l’administration. Longtemps subventionnées par le F.A.S.S. (Fonds d'action sanitaire et sociale), ces dernières assuraient un repas gratuit à bon nombre d’élèves de Pointe-à-Pitre et des communes ; encore qu’il faille signaler que de nombreuses communes et de nombreux hameaux n’en étaient point pourvus. Certaines communes même, tel est le cas du Lamentin, connaissaient des situations aberrantes : les locaux destinés aux cantines en même temps que les écoles restaient fermés, les finances faisant défaut ! Il en est ainsi du groupe scolaire de La Rozière où la cantine reste close, et le restera peut-être très longtemps encore, tandis que les classes, elles, sont fréquentées depuis environ trois ans. On le constate, la situation intérieure des cantines scolaires n’était déjà pas bien brillante, celle devant laquelle les place la dernière décision du F.A.S.S. de réduire de moitié ses subventions aux communes, entraîne la fermeture pure et simple de toutes les cantines. En effet, à la suite de cette décision, il reviendrait aux caisses des communes et aux parents d’avancer la part non payée par le F.A.S.S. Or l’état actuel des caisses municipales ne permet à aucune commune, y compris les villes de Pointe-à-Pitre et de Basse-Terre, d’apporter une contribution au fonctionnement des cantines scolaires et encore moins de continuer à assurer la gratuité des repas. Non qu’il soit impossible d’arriver à un tel résultat ! Mais il faudrait pour y arriver que nos maires et les autorités départementales se décident à aller chercher l’argent où il est, c'est-à-dire dans la poche des usiniers et des capitalistes. Mais cela ce serait trop leur demander. Prendre de pareilles mesures ne peut-être aucunement le fait de gens qui sont payés pour défendre l’ordre capitaliste, et encore moins de gens qui, tout en se réclamant des travailleurs, s’accommodent très bien de l’ordre des usiniers et des banquiers. Et c’est pourquoi quand bien même certaines communes accompliraient l’exploit de faire fonctionner leurs cantines, elles ne le pourraient qu’au prix de lourdes impositions aux « petits contribuables ». Grever de lourds impôts le budget déjà très rogné de l’ouvrier, de l’ouvrier agricole, du petit paysan et du petit commerçant, voilà ce à quoi aboutit le décret préfectoral du 3 septembre dernier relatif au F.A.S.S. Car payer pour faire manger ses enfants, alors que jusque-là cela avait été gratuit, qu’est-ce si ce n’est un nouvel impôt ? Non, les parents d'élèves ne devront pas accepter de payer à cause de l’incurie de nos actuels dirigeants. Ils diront non à ce décret qui équivaut, pour la majeure partie des enfants scolarisés, au choix entre le pain sec le midi et des kilomètres supplémentaires s’ils désirent avoir un repas normal. Ils sauront s’organiser, se constituer en Comité de défense pour exiger la réouverture des cantines avec repas gratuits car, en réalité, il y a beaucoup de choses louches qui se passent avec les fonds du F.A.S.S. et donc avec de l'argent qui appartient bel et bien aux assurés sociaux, car ces sommes importantes sont une partie des allocations familiales qui n’est pas versée directement aux familles, mais dans les caisses du F.A.S.S. C’est un véritable scandale. Les parents devront exiger : 1) qu’on leur verse intégralement et en main propre leurs allocations familiales ; 2) que l’administration prenne en charge le paiement des cantines pour maintenir le repas gratuit ; 3) que la préfecture publie des comptes détaillés de l’utilisation des fonds du F.A.S.S. Sans contrôle, qui peut garantir que l’argent du F.A.S.S. n’est pas utilisé à des fins inavouables ? Cela porte un nom quand on utilise de l'argent qui ne vous appartient pas. Que Brunon publie les comptes détaillés s’il est sûr que personne n'a puisé malhonnêtement dans les fonds ; 4) la réouverture immédiate des cantines gratuites. Seule une action énergique et organisée pourra faire céder l'administration. Les motions et déclarations ne serviront à rien. Ce n’est que lorsque la colère des parents se fera sentir que Brunon cédera. Ravages, assassinats, répression L'ordre de l'impérialisme britannique en Irlande Déjà en 1916, des Irlandais tombaient sous les balles de l’armée britannique ; ils se battaient pour obtenir l’indépendance de l’Irlande, l’une des premières colonies anglaises. Et depuis la fin du XIXe siècle, Marx avait réclamé le départ pur et simple des colonisateurs anglais. Aujourd’hui, le problème irlandais continue à provoquer des morts tant au sein de la population irlandaise, que parmi les troupes britanniques venues maintenir l’ordre. De cet ordre destiné à perpétuer la domination des gros propriétaires fonciers et autres capitalistes — qu’ils soient irlandais ou britanniques, d’ailleurs — sur le reste de la population : petits fermiers, ouvriers agricoles, ouvriers d’usine. Aujourd’hui encore, la répression est impitoyable. Le nombre de soldats britanniques présents en Irlande augmente sans cesse car pour les impérialistes que sont les britanniques, la seule solution possible, c’est la force des armes. En août dernier, soit-disant pour prévenir des incidents, 300 militants irlandais ont été arrêtés et une loi permettant d’arrêter et d’interner qui que ce soit, sans jugement, fut mise en vigueur. Après cette mesure, le gouvernement de l’Ulster (Irlande du Nord), suivant les directives du Premier ministre britannique, Heath, croyait avoir décapité le mouvement nationaliste irlandais. Les événements lui ont prouvé le contraire. La situation est plus que dramatique : des enfants sont tués, des quartiers entiers sont ravagés, la nourriture manque presque ; et des familles entières sont dans le désarroi. Certaines se réfugient en Irlande du Sud, d'autres en Angleterre. Et, pendant ce temps, le « corps expéditionnaire » britannique s’accroît sans cesse et le conflit entre les deux communautés nationales (et religieuse) s’aggrave. Le lundi 27 septembre, le Premier ministre anglais, Heath, s’est réuni avec Lynch et Faulkner, respectivement Premier ministre de l'Irlande du Sud et de l’Irlande du Nord. Personne ne sait quelle a été leur décision, mais rien de bon ne peut sortir de ces tête-à-tête entre gens du même monde, du monde des exploiteurs. L'impérialisme anglais ne consentira à un changement que contraint et forcé par la résistance active des opprimés. Son attitude est criminelle. Il sait qu'il devra quitter l'Irlande du Nord. Et, pourtant, il continue à causer des massacres et perpétrer des destructions en Irlande du Nord. Dans la lutte qui se déroule en Irlande, les révolutionnaires sont solidaires des opprimés catholiques irlandais contre l’oppression britannique. Mais ils savent aussi que le terrain sur lequel se battent les travailleurs de Bogside, de Derry ou d'ailleurs, celui du nationalisme ou de la religion, est un mauvais terrain. Engagée de cette manière, qui dresse travailleur catholique contre travailleur protestant et qui, en même temps, met travailleurs et exploiteurs d’une même religion dans le même camp, la lutte mène vers l’impasse. PAGE 2 A CHLOREX Les patrons ne sont pas heureux... de voir dénoncer les conditions de travail Chlorex est une entreprise qui met en bouteilles des produits chimiques : javel, grésil, vinaigre... Nous sommes 45 ouvrières qui travaillons toute la journée, debout, à nettoyer les bouteilles, les encapsuler, et donc toujours en contact avec ces produits caustiques. Pour le patron, les affaires tournent, et elles tournent d’autant mieux que, pas la plus petite dépense n’est faite pour notre sécurité. De notre santé, le patron se moque complètement. Jusqu'à ces derniers temps, on ne nous accordait que des tabliers et des gants en plastique très peu solides. Ils étaient déchirés ou troués en moins de dix ou quinze jours et lorsque nous voulions les faire remplacer, c’est encore nous qui nous faisions engueuler... Dans l'établissement, il n’y a qu'une seule douche et, encore, elle se trouve dehors, au grand air et sans fermeture... De médecine du travail, de visite médicale, nous n’avons jamais entendu parler (du moins, pas dans la boîte). Pourtant, les produits avec lesquels nous sommes en contact sont caustiques et attaquent la peau et les muqueuses. Pour tout cela, notre temps, notre force, notre santé qu'il nous vole, le patron ne nous paie même pas au S.M.I.C. ! A la suite du supplément à Combat Ouvrier dénonçant ces conditions de travail scandaleuses, ces messieurs de la direction étaient « enragés ». Nous étions surveillées par les « petits chefs » pour empêcher toute discussion entre nous. Si deux d'entre nous parlaient, elles se faisaient renvoyer brutalement à leur poste. Ce qui les rend les plus hargneux, c’est bien le fait de savoir que, dorénavant, beaucoup de gens savent comment les affaires « marchent » à Chlorex... Et puis, on ne sait jamais, peut-être qu’un jour, sous notre pression, la direction du travail viendra mettre son nez par là, de même que la D.A.S.S. (direction d'aide et d’action sanitaire). Nous voulions des tabliers, ils nous en ont collé, par méchanceté, en gros ciré — caoutchouc sous lequel nous suons comme des bourreaux. Vraiment, ils se moquent de nous. Mais nous n’attendrons pas passivement la direction du travail ni la D.A.S.S. C’est la lutte qui paiera. Il faudra que nous nous organisions pour arracher nos droits. ECHOS ECHOS ECHOS Chômage et heures supplémentaires... Le chômage qui règne ici pèse de tout son poids sur les conditions de travail. Les patrons sont arrogants, sachant bien qu’ils trouveront toujours du personnel aux conditions fixées par eux. C'est ainsi qu’il n’est pas rare de voir des entreprises faire des semaines de plus de 50 heures. Sans compter que les heures supplémentaires en question sont payées selon le bon vouloir du patron. Ceux-ci ne respectant même pas la légalité en vigueur à ce sujet. Il est vrai que, tant au point de vue de la sécurité, qu’à celui des conditions de travail, ou des salaires, ces messieurs bénéficient de la protection de l'administration qui est à leur service. Celle-ci feint d'ignorer que beaucoup d’employeurs ne déclarent pas leurs personnels à la Sécurité sociale, que les préavis de licenciement sont rarement respectés. Si un travailleur va porter plainte, il risque fort d’être renvoyé. Cette situation, où des patrons (et ils ne sont pas rares) peuvent payer des salaires inférieurs au S.M.I.C. local, c'est-à-dire moins de 3 F 23 de l’heure, est due à l’importance du chômage. Face à cette situation, les travailleurs auront à s'organiser sur deux plans : sur celui des ouvriers en activité et sur celui des chômeurs. Nous devons prendre conscience du fait que, chômeurs ou pas chômeurs, nous sommes la même classe ; de plus, ceux qui ont un emploi aujourd’hui se voient passer très vite le lendemain dans l’autre catégorie. Lorsque les patrons verront chômeurs et non-chômeurs se donner la main pour lutter ensemble, ils se montreront beaucoup moins rapaces et arrogants ; nous pourrons leur imposer de meilleures conditions de travail. Pour lier ensemble tous les travailleurs, il est nécessaire de s’opposer aux heures supplémentaires sans diminution de salaire. Les patrons n’ont qu’à embaucher du personnel supplémentaire. Nous devons pousser nos syndicats à entreprendre immédiatement une campagne d'information auprès des chômeurs afin d’aboutir à la création de Comités de chômeurs qui lutteront pour obliger l’administration à prendre des mesures en leur faveur. Ce sont les colonialistes français et leurs compères antillais qui nous ont mis dans la triste situation où nous nous trouvons, à eux donc de prendre les dispositions nécessaires, à eux de payer pour que nous puissions vivre sans avoir besoin de nous exiler. FORT-DE-FRANCE : Encore un travailleur victime de l’incurie Le mardi 12 septembre, à Fort-de-France, lors du débarquement d’un navire, un docker qui travaillait à fond de cale fut tué par une galiote (poutre métallique) qui s’était déplacée on ne sait comment. Cette galiote commandait l’ouverture de la cale. Le docker fut tué sur le coup. Ce n’est pas la première fois que de tels accidents se produisent sur le port. En août, déjà, un docker avait été écrasé par une chenillette. Ce sont les patrons de la Transat qui sont directement responsables. La vie des travailleurs ne vaut rien pour eux : « un de perdu, dix de retrouvés », pensent-ils, et c’est ainsi que les normes de sécurité sont totalement ignorées. La surveillance s’exerce bien en direction des dockers, mais est inexistante lorsqu’il s’agit de veiller à leur sécurité. Pendant ce temps, les petits millions affluent dans les caisses de la Transat. Combien d’assassinats « légaux » sont-ils ainsi, chaque jour, perpétrés par les capitalistes ! MARTINIQUE : Des petits propriétaires expulsés A Manzo, quartier situé à l’intersection des communes de Ducos, St-Esprit et François, une centaine de petits propriétaires sont menacés d’expulsion par la direction départementale de l'Agriculture : celle-ci projette la construction d’un barrage dans leur quartier. Là, précisément, la terre est, parait-il, fertile et de nombreuses cultures permettant à toutes les familles du secteur de vivre, y sont pratiquées. Bien sûr, l’existence d’un barrage modifierait sensiblement les terres sèches et arides, impropres aux cultures qui ne manquent pas dans le sud. Mais pourquoi faut-il qu’une mesure positive s’accompagne de mesures néfastes et répressives ? Donnera-t-on aux paysans de Manzo des terres équivalentes, les aidera-t-on à s’installer de manière qu'ils peuvent considérer satisfaisante ? Il n’y a pas de raison que même les quelques initiatives qui sont prises, prétendument pour améliorer les conditions d’existence dans les régions déshéritées, commencent par faire des victimes parmi les pauvres. Quand les usiniers volent les petits planteurs La récolte sucrière est terminée depuis la mi-juillet. Et le sucre et le rhum obtenus avec les cannes des petits planteurs sont certainement vendus déjà. N’empêche que ces derniers n’ont pas encore touché la totalité des sommes que les usiniers leur doivent pour leurs cannes. Ainsi, les usiniers, non contents de payer aux petits planteurs le prix qui leur plaît pour les cannes que ceux-ci leur vendent (n’est-ce pas dans les laboratoires de l’usine, et sans contrôle de la part des planteurs qu’est déterminée la richesse saccharine des cannes ?), gardent dans leur caisse, pour un temps plus ou moins long (tout dépend de leur volonté), les maigres sommes qu’ils leur doivent. Et avec les problèmes de la rentrée, des enfants à scolariser, les petits planteurs ont plus que jamais besoin de leur argent. MARTINIQUE : Les gendarmes à la maternelle A Sainte-Anne, en Martinique, on pourrait penser que les gendarmes sont retournés à l’école maternelle pour se recycler. Le recyclage est à la mode et, au fond, ce ne serait peut- être pas si mal car nous savons bien que le fort des gendarmes n’est précisément pas l’intelligence. Serait-ce les enfants qui, voulant jouer aux gendarmes et aux voleurs, auraient transformé leur école en camp retranché ? Mais non, mais non, vous n’y êtes pas, ce sont bel et bien les gendarmes qui se sont installés à la nouvelle école maternelle de Sainte-Anne, toute neuve et entièrement achevée le trimestre dernier. A moins de trois semaines de la rentrée, les gendarmes y étaient toujours. Y sont-ils encore ? Nous ne le savons pas. En logeant sa poulaille dans les écoles, le ministre de l’intérieur a-t-il trouvé là un nouveau moyen d’inscrire les dépenses de sa police au budget de l’Education nationale ? Dumez se prépare à licencier La Sté Dumez, qui construit actuellement le nouveau pont de la Gabarre, se préparait à licencier 13 à 14 travailleurs d’ici la fin du mois de septembre, mais Dumez n’a pas le courage d’appeler un chat un chat, et c’est pourquoi il a préféré parler de... suspension. Mais ce n’est pas la première fois que Dumez agit ainsi et nous savons bien que c’est de licenciement qu’il s’agit. Nous sommes presque tous dans l’entreprise depuis six mois, certains ont plus de deux ans d’ancienneté. Dumez veut se débarrasser des plus anciens et comme il y a pas mal de manœuvres parmi nous, c’est encore un subterfuge pour que nous ne passions pas à l’échelon d’ouvrier même de troisième catégorie. Comme nous sommes trop anciens, Dumez préfère parler de... suspension que de licenciement, pour ne pas être obligé de nous verser l’indemnité de licenciement. Tous les travailleurs de Dumez doivent se solidariser avec les camarades suspendus », nous devons nous mobiliser, faire pression sur les syndicats (fraternité ouvrière, C.G.T., etc.) pour entreprendre une action. Perdre notre travail actuellement, ce n’est pas une petite affaire. La Sté Dumez peut nous garder, elle n’a qu’à réduire la durée du travail de 53 h à 40 h et elle peut le faire sans diminution de salaire. A propos du budget 1971 Nombreux sont ceux qui, chaque année, se plaignent de la façon dont est établi le budget de l’Etat. Alors que le poids de nos impôts se fait d’année en année plus insupportable, la masse des crédits alloués à la fonction publique, plus particulièrement, demeure dérisoirement faible. Pour ce qui concerne le budget voté actuellement à l’Assemblée, nous devons cependant reconnaître qu’il existe au moins un secteur de la Fonction publique qui, cette année encore, n’aura pas trop à se plaindre, il s’agit du ministère de l’intérieur. Le gouvernement propose, en effet, pour l’année prochaine la création de 2.599 emplois dans la police et de 414 emplois dans l'administration pénitentiaire. Alors, s’il est vrai que le nombre de places dans les lycées et le nombre de postes d’enseignants resteront limités, s’il est vrai que les travailleurs de la région parisienne continueront à utiliser des métros et des trains bondés et sans aucun respect des normes requises pour la sécurité des usagers, nous pourrons être néanmoins certains qu’en 1972, nous aurons davantage de flics pour nous matraquer et davantage de prisons pour nous accueillir s'il nous vient à l’idée de manifester trop fermement notre mécontentement. PAGE 3 Pourquoi l'administration s'intéresse-t-elle à la mutuelle de Mare-Gaillard ? La mutuelle de Mare-Gaillard, connaît depuis un certain temps des déboires avec la justice et l’administration. L’affaire remonte en fait, à l'inculpation, il y a deux ou trois ans, des anciens dirigeants de cette association pour détournement de fonds. Emprisonnés pendant un court instant puis relâchés, ces derniers sembleraient, selon le syndicat des mutualistes, qui regroupe nombre de ceux-ci, en tout dernier lieu, bénéficier du concours des autorités administratives et judiciaires. Que cette hypothèse soit fondée ou pas, ce n’est là qu’une question de second ordre. Néanmoins, une chose est certaine : c’est la volonté actuelle de l’administration d’interdire toute gestion un tant soit peu démocratique de cette mutuelle. Créée par un petit nombre de sociétaires et avec leur argent, celle-ci devait avoir pour but de venir en aide aux adhérents qui avaient perdu un parent. On le voit donc : à son origine, cette mutuelle est non pas l’œuvre d’une tutelle administrative coloniale, mais celle d’hommes désireux de manifester entre eux une certaine solidarité. L’administration n’intervenait pas dans la désignation de son Conseil d’administration. Les ex-dirigeants mêmes avaient été élus ou cooptés par l’ensemble des sociétaires. Il va sans dire que cette association allait connaître un essor très rapide... et bien vite, les sommes brassées atteignirent un chiffre colossal. Le syndicat des mutualistes cite celui de 1 milliard d’anciens francs. D'où l’intérêt que lui portent certaines banques et l’administration. Tout ce beau monde, la famille réunie du «fric», entend mettre le grappin sur l’argent du « petit mutualiste », en fait, l’unique épargne qu’il puisse réaliser et qui par ce biais échappe aux capitalistes et aux banquiers. Voilà les mobiles qui expliquent ce qui suit : afin de combler le vide laissé par l’ex-Conseil d’administration de Mare-Gaillard, et pour permettre l’élection d’un nouveau conseil, le tribunal, avec l’accord des autorités, avait cru bon de désigner un administrateur judiciaire. C’est ce dernier qui se chargea des élections qui virent le choix du conseil actuellement en place et composé pour la plupart de membres du syndicat des mutualistes. Lequel syndicat, qui, sentant le vent souffler du mauvais côté, avait très vite réagi, pour contrer toute velléité des pouvoirs coloniaux, de faire durer la situation provisoire. Elu le plus régulièrement du monde, ce conseil se voyait, quelques mois seulement après que les élections eurent lieu, à nouveau traîné devant les tribunaux. La cause en serait le retard apporté dans la proclamation des résultats, mais s’il en était ainsi, à qui donc en incombait la faute, si ce n’est à l’administrateur judiciaire dont le mandat, à ce moment, n’avait pas encore expiré ? Qu'à cela ne tienne ! Il fallait un prétexte pour contester les élections, et l’administration l’avait trouvé dans le motif ci-dessus... Depuis, plusieurs jugements ont été rendus condamnant tous d'irrégularité les dernières élections. Mais à cela, le syndicat des mutualistes répondit par le refus de se plier à toutes ces décisions des tribunaux. Cependant, pour mettre un terme à tous les bruits qui circulaient, et surtout pour faire la preuve de leur honnêteté, le Conseil d’administration acceptait de nouvelles élections. Celles-ci avaient été prévues pour les 19 et 25 septembre. En dernier ressort, un dernier arrêt du tribunal (26-6-71) décidait de faire interdire ces élections et les reportait à une date ultérieure, bafouant ainsi la volonté unanime de milliers de mutualistes ! Ainsi donc, sans raison, un nouvel administrateur judiciaire était désigné, en la personne d’un certain monsieur Dorville Nérée. Face à une telle situation, le syndicat des mutualistes n'est pas resté les bras croisés. De nombreux tracts ont été distribués à tous les adhérents de Mare-Gaillard, les appelant à se préparer pour riposter contre cette menace que fait planer sur leur mutuelle, l’administration. JEUNES : La société les condamne comme voleurs et en fait des révoltés Dans notre dernier numéro, nous relations de nombreux vols à l'étalage commis par des jeunes poussés à bout par le besoin et la misère, et qui subissaient de lourdes peines de prison. Ce mois-ci, c’est en Martinique, à Fort-de-France et à Schoelcher, qu’un groupe de jeunes de 13 à 22 ans qui cambriolaient les villas ou visitaient les chambres d’hôtel et maisons d’habitation, vient d’être arrêté par la police. Ce groupe de très jeunes gens procédait la nuit et s’introduisait à l’intérieur des maisons, d’autres faisaient le guet. Ils fouillaient les pièces de fond en comble. Ce qui est caractéristique, c’est que de leurs visites nocturnes, ces jeunes n’emportaient pas seulement de l’argent et des objets de valeur mais aussi des vivres et denrées alimentaires. C’est qu’il faut comprendre réellement ce qui pousse les jeunes Antillais à de tels actes. La misère est grande dans les familles de travailleurs et de paysans, elle est insupportable. Depuis leur naissance, les enfants vivent privés de tout ce qu’il faut pour s'épanouir normalement. Souvent, c’est le ventre creux ou presque, qu'ils partent à l’école ; les cinémas, les livres, les journaux, les magasins leur sont interdits de fait alors qu’ils côtoient constamment la richesse et l’opulence. Lorsqu’il leur arrive d’aller au cinéma, c’est pour s’exciter devant un «django» ou un «santana» gangsters et tueurs impunis et quelquefois même félicités par les autorités. A force de rêver de bien-être, de côtoyer les tonnes de vivres frais, exposés insolemment dans les grands magasins qui pullulent, ces jeunes excédés s’organisent et « prévoient à la défense » comme on dit en créole. Ils vivent alors soit d’expédients, soit de menus jobs plus ou moins douteux car la plupart du temps, ils ont quitté l’école à 16 ans ou bien plus jeunes encore. Certains savent à peine lire et écrire ; de cette situation au vol organisé, le pas est vite franchi. On vole pour survivre d’abord, pour manger, pour se vêtir décemment, pour avoir ne serait-ce que l’illusion d’être un homme qu'on doit respecter. Et c’est ainsi que, « France Antilles » souligne triomphalement « les gendarmes de la brigade de Schoelcher qui viennent, une fois de plus, de réussir un très beau coup de filet ». Ces jeunes, donc, seront jugés, emprisonnés ou envoyés en maison de correction, où ils subiront les pires vexations et sévices. Voilà à quoi la bourgeoisie et le colonialisme acculent des dizaines de jeunes ; c’est en les privant de tout en les affamant, en leur refusant du travail, en les exploitant, eux ou leurs parents, comme des bêtes que la société bourgeoise coloniale engendre des délinquants. Mais qu’elle prenne garde, car ce sont aussi ces jeunes qui se trouvent en première ligne dans les manifestations, ce sont eux qui font face aux C.R.S., aux képis rouges les narguant, l'ironie et l’injure à la bouche, armés de témérité face aux fusils, aux auto-mitrailleuses, ce sont eux qu’on a vus pierres en mains, par petits groupes, s’attaquer aux colonnes de képis rouges, monter des barricades dans les rues de Point-à-Pitre en 1967 et dernièrement le jour du procès Jasor et lors du passage de Messmer dans les rues de Fort-de-France. Quant à nous, nous ne condamnons pas ces jeunes. Nous les appelons à lutter par d’autres moyens contre le monde qu’ils exècrent, nous les appelons à s’organiser, à s’éduquer politiquement, à transformer leur haine contre les riches et leur courage devant les C.R.S. en une seule force qu’ils devront contrôler pour pouvoir frapper plus sûrement. Ainsi, toutes les volontés réunies pourront devenir une force irrésistible, capable de pulvériser la société qui les exploite et d’en construire une plus juste. Ceci est aussi vrai pour le jeune de Harlem, de Watts, que pour celui de Lauricisque, de Volga-Plage ou de Trénelle. La grève des travailleurs de la R.A.T.P. On n’a jamais vu le gouvernement et la presse à son service) faire mine de s’occuper autant des usagers des transports public de la région parisienne que pendant la durée de la grève des conducteurs de métro. Il ne cessait de se lamenter sur les marches forcées ; les longues heures perdues dans les embouteillages et sur la fatigue que tout cela entraînait pour les usagers. Il semblait atteint d’amnésie et ne se souvenait pas que si l’absence de métro aggravait la circulation dans les rues, c’est toute Vannée que les usagers souffrent de l’exiguïté du métro, des longues attentes pour l’autobus et des embouteillages à toutes les heures de la journée. Mais si l’on essayait de voir ce que cachait cette sollicitude pour le moins inhabituelle, et que l’on savait que pour certains secteurs (tels les grands magasins), le manque à gagner se situait entre 35 et 55 %, on comprenait mieux que nos dirigeants ne ménageaient aucun effort pour trouver une solution (sauf ceux que réclamaient les travailleurs) pour faire reprendre le travail. Seule la bonne marche des entreprises intéressait le gouvernement, la preuve est que les transports de remplacement n’étaient prévus qu’aux heures d’entrée et de sortie des bureaux ; le reste du temps, les travailleurs devaient rester chez eux ou bien se fatiguer à marcher... Certes, la grève des conducteurs du métro est partie sur des revendications catégorielles. En formulant de cette manière les justes aspirations des conducteurs du métro à un meilleur salaire et à de meilleures conditions de travail, leurs syndicats leur ont rendu le plus mauvais service qui soit. Le caractère corporatiste de la grève a fait que les autres agents de la R.A.T.P. ne se sont guère sentis concernés par la grève de leurs camarades et que les travailleurs parisiens, contraints à la marche forcée, avaient bien du mal à comprendre les raisons de la grève. Heureusement cependant, la grande majorité des travailleurs parisiens a montré, en l’occurrence, plus de conscience que les syndicats des conducteurs du métro et malgré toute la campagne de presse orchestrée par le gouvernement, ce dernier n’a pas réussi à les dresser contre les agents de la R.A.T.P. Quelle qu’ait pu être la façon dont la lutte a été engagée dans l’affrontement entre le gouvernement et les conducteurs du métro, la place des travailleurs était du côté de ces derniers. PAGE 4 22ème anniversaire de la Révolution Chinoise Le 1er octobre 1949 fut proclamée la République populaire de Chine. Un vaste soulèvement paysan venait de porter au pouvoir le P.C. Chinois et l’équipe de Mao. Le régime corrompu, sanguinaire de Tchang Kaï-chek, entretenu par l'impérialisme étranger, devenu insupportable à une grande partie des classes dirigeantes chinoises elles-mêmes, s’effondrait lamentablement. Une révolution... La proclamation de la République populaire a été l'aboutissement de près de vingt ans de luttes de guérilla, pendant lesquelles Mao et ses compagnons avaient forgé l’Armée de libération du peuple qui deviendra l'instrument de leur prise de pouvoir. Cette armée, composée de paysans, dirigée par des intellectuels petits bourgeois, avait appris — pendant les années de guérilla où c'était pour elle une question de vie ou de mort — à gagner par l’attitude honnête et courageuse de ses membres, la sympathie puis la confiance des paysans. Contre la soldatesque pillarde de Tchang Kaï-chek, contre l'Etat pourri de la tête aux pieds, elle finit par cristalliser les espoirs de millions de paysans, rançonnés et humiliés. De même, du point de vue national, alors que Tchang harcelait sans cesse les troupes de Mao Tsé-toung, il n’était guère actif contre les étrangers qui occupaient une partie de la Chine (occupation du nord-est et du Jehol en 1932, par le Japon). Les troupes de Mao, et le « Parti communiste chinois » apparaissaient comme les plus décidés à libérer la Chine de l’emprise impérialiste. Ainsi, à ces différents titres, à partir de 1945, la majorité du peuple chinois (du paysan le plus pauvre à certaines fractions de la bourgeoisie) mit sa confiance sur Mao Tsé-toung, le P.C.C. et l'Armée de libération. Tchang, lui, à la tête d’une administration pourrie par la corruption, incapable de gouverner toute la Chine, faisant figure de marionnette aux mains de l'impérialiste, ne put s’opposer à l’avance des troupes de Mao Tsé-toung portées par une véritable insurrection paysanne. ...mais pas celle du prolétariat Mais si le nouveau régime mettait fin au pillage et au dépeçage éhontés de la Chine par les puissances impérialistes, il n’avait rien à voir avec le communisme. Et l’Etat de Mao Tsé-toug n’était pas plus que celui de Tchang, l’Etat de la classe ouvrière. Au moment de la prise du pouvoir, le P.C.C. n’était plus depuis longtemps un parti représentant les intérêts des travailleurs. Décimé par la répression après 1927, il avait perdu progressivement tout lien avec le prolétariat des villes. Quelques-uns de ses cadres, autour de Mao, avaient pris la direction des campagnes, et tout en gardant abusivement l'étiquette communiste, avaient abandonné le programme de la révolution socialiste prolétarienne, pour celui d’une révolution nationale démocratique. C'est avec ce programme, en s'appuyant sur les masses paysannes, sur la petite bourgeoisie urbaine et bénéficiant même, du moins pendant la période précédant la crise du pouvoir, de la sympathie de la bourgeoisie, qu'ils devaient conquérir le pouvoir. Non seulement l’Etat de Mao n'était pas celui de la classe ouvrière, mais celle-ci n'avait joué aucun rôle pendant toute cette période en tant que classe consciente de ses intérêts propres. A aucun moment, ils ne construisent ni soviets, ni comités d'usines, ni aucune sorte d'organes de pouvoir ouvrier. La révolution socialiste reste à faire La révolution bourgeoisie démocratique qui a triomphé sous l'égide de Mao, a pu, certes, faire place nette, éliminer de ta société chinoise les survivances les plus anachroniques du féodalisme, les inégalités les plus odieuses, la famine. Elle a doté la Chine d’un Etat indépendant et l’a arrachée de l’emprise de l'impérialisme. Tout cela, elle l’a fait, mais elle n’a pas fait plus et elle ne pouvait pas faire plus. Malgré la rupture avec l'impérialisme, malgré le fait que celui-ci ne peut plus exploiter la Chine comme par le passé, la Chine n’a pas pu sortir du sous-développement et rattraper les riches pays d’Occident comme l’avait proclamé naguère fièrement le nouveau régime. Le prolétariat au pouvoir en Chine aurait mené une action vigoureuse pour étendre la révolution, pour favoriser la prise du pouvoir par la classe ouvrière dans les autres pays, en particulier dans les pays impérialistes riches. Le triomphe du prolétariat dans les pays impérialistes permettrait non seulement à ta Chine d’échapper à l'étouffant encerclement qui est le sien, de ne plus dépenser une part Importante de ses revenus si désespérément faibles pour sa défense. Ce serait la seule voie qui ouvrirait aux travailleurs chinois la possibilité de récupérer tout ce qui leur a été volé au cours des décennies d’exploitation par l'impérialisme étranger, toutes les richesses créées grâce à leur travail, mais accumulées par les capitalistes occidentaux à Londres, New York ou Paris. Faute de représenter la révolution prolétarienne, le régime de Mao mène les travailleurs chinois vers l'impasse. En cherchant à développer l'industrie dans l'isolement, dans le cadre national, il ne peut dégager les ressources nécessaires que sur le dos des travailleurs des campagnes et des villes, par l'exploitation maximum de toutes les couches travailleuses. Un tel choix n'autorise aucune démocratie, il passe par le renforcement de l'Etat, par l'aggravation de son caractère dictatorial. La classe ouvrière chinoise, dès qu'elle commencera à prendre conscience de ses intérêts propres, dès qu’elle cherchera à s’organiser d'une manière autonome, se heurtera à l'appareil d’Etat qui n’est pas le sien. De tels conflits commençaient à poindre au moment de la « révolution culturelle ». Ils seront inévitables dans l'avenir. Une autre révolution, la révolution socialiste, reste à accomplir en Chine. Elle sera l’œuvre du prolétariat. Claude ROCHE. Les assassins d'Attica Le 13 septembre, à la prison d’Attica, aux Etats-Unis, 1.000 policiers puissamment armés, se sont lancés à l’assaut d’un bloc de la prison où des détenus s’étaient barricadés avec pour toute arme, des bâtons. Les prisonniers avaient accompli ce geste pour protester contre le régime de la prison et aussi en signe de solidarité avec la militante noire, Angela Davis, actuellement détenue par la police américaine. Les policiers se sont lancés à l’assaut après quatre jours de pourparlers que l’opinion publique avait plus ou moins forcé les autorités à accepter. En fin de compte, c’est par 41 morts que se solde cette tragédie : 32 prisonniers, et 9 gardiens que les prisonniers avaient pris comme otages. Et tous tués par balles, celles de la police contrairement aux allégations du directeur de la prison qui prétendait que les gardiens avaient été tués par les prisonniers. Tout cela n’empêcha pas Rockefeller, le gouverneur « libéral », qui avait déjà envoyé ses félicitations à la police de son Etat pour la manière dont elle s’était acquittée de sa tâche, de déclarer qu’il était, malgré tout, certain que toutes ces morts étaient justifiées, tandis que Nixon réaffirmait son soutien à Rockefeller. Si dans leur propre pays, et pour ainsi dire devant les caméras de la télévision, les dirigeants américains font preuve d’un si total mépris de la vie humaine, y compris de celle de leurs propres mercenaires, on s’imagine ce que cela peut être au Vietnam ou ailleurs, lorsque pas même l’opinion publique ne les contrôle. Attica est sur le territoire américain, et le massacre a été perpétré sous les yeux du peuple américain qui est scandalisé. Nixon risque pour une fois de payer le prix de cette ignominie.