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CO n°5

Editorial

CONSEQUENCES DE LA CRISE MONETAIRE

Une chose est certaine, quels que soient les arrangements qui seront pris par les grandes puissances impérialistes, la crise monétaire aura des répercussions sur l’économie mondiale. Conduira-t-elle à une crise économique grave ? Ce n’est pas une certitude encore. Mais désormais, le processus qui peut y conduire est perceptible. Nixon vient de répéter à plusieurs reprises que, dorénavant, les Etats-Unis n’acceptent plus de lutter contre la concurrence des puissances capitalistes de second rang « une main liée derrière le dos ». Ce qui laisse penser que non seulement les U.S.A. peuvent renforcer la politique protectionniste qu’ils ont engagée, mais qu’ils peuvent aller jusqu’à dévaluer le dollar pour placer les capitalistes américains en meilleure position face à leurs concurrents. Les marchandises étrangères exclues du marché américain chercheront à se placer ailleurs, rendant la concurrence internationale exacerbée. Tous les Etats capitalistes risquent d’être amenés les uns après les autres à s’entourer à leur tour de barrières protectionnistes. Cela, ajouté à la perte générale de la confiance dans toutes les monnaies — qui serait aggravée encore par une dévaluation parfaitement envisageable du dollar — conduira à un ralentissement sérieux des échanges internationaux. Ces échanges internationaux ressembleront plus au troc des temps anciens qu’à un véritable commerce mondial. C’est d’ailleurs symptomatique, du déclin du système capitaliste qui, après avoir porté les échanges à un niveau mondial, est contraint, pour faire face à ses propres contradictions, de revenir à des pratiques rétrogrades. En effet, ce système monétaire — avec un dollar en perte de confiance, auquel la bourgeoisie sera obligée de se référer tout en se méfiant — avec un appareil aberrant de « cours flottants » ou de « double marché » tout aussi stupide — ne permettra pas de contrats à long terme. Chaque transaction sera accompagnée de discussions et de négociations interminables qui provoqueront un ralentissement considérable dans les échanges. Avec évidemment le corollaire : une baisse considérable de la production, et donc le chômage accru et massif, la misère pour les travailleurs. Quelles seront les conséquences de cette situation pour les pays pauvres ? Si l’impérialisme a été incapable de développer harmonieusement les pays sous-développés, à l’inverse même, il a tiré une grande part de sa puissance de l’exploitation éhontée de ces pays, par contre, il est à craindre que la crise économique qui suivrait cette crise monétaire, soit, elle, généreusement exportée dans les pays pauvres. En effet, les rares exportations que ces pays réalisent — essentiellement des matières premières — risquent de connaître un fléchissement important en cas de baisse forte de la production dans les pays impérialistes et d'un retour au protectionnisme. Quant aux pays dépendant directement de l’impérialisme comme les soi-disant DOM, ceux-ci risquent de connaître une situation catastrophique. Car une grande partie de l’activité économique de ces pays tournent autour du commerce. D’autre part, les rares activités productives sont le fait des sociétés métropolitaines (Bâtiment et Travaux publics). Même la production de sucre, de bananes et d’ananas pourront connaître une crise importante. Car la situation sur ce plan-là n’est guère florissante et les capitalistes de cette branche misent beaucoup sur l’exportation vers les pays du Marché commun. Or, on voit mal comment ce fameux Marché commun pourrait tenir le coup devant les intérêts contradictoires, aiguisés par la crise, des bourgeoisies qui en font partie. Cela signifie donc que les conséquences de la crise monétaire, si elle se prolongeait en crise économique, seraient dévastatrices pour les populations des colonies. Et l’on verrait ici une situation semblable à "l’époque Serin" (pendant la Deuxième Guerre mondiale) : c’est-à- dire une quasi-famine. Il n’existe aucune autre voie pour éviter cette perspective sombre que le combat contre le vieux système impérialiste qui, de crise en guerre, conduit l'humanité au retour vers la barbarie. Les travailleurs des DOM, à la fois exploités et opprimés nationalement, ont une double raison de prendre part à cette lutte, d’une nécessité vitale, pour abattre l'impérialisme. Pour le faire, ils ont à conquérir le pouvoir politique, à instaurer un pouvoir ouvrier. Celui-ci ne pourra certes accomplir de miracles économiques. Mais il pourra reconvertir l’économie des îles pour satisfaire les besoins élémentaires et vitaux de la population. Ils pourront commencer à créer une société débarrassée des larbins et des porteurs de matraques de tous poils. Mais surtout, ils pourront (et même dans une faible mesure, ce sera important), grâce à leur exemple et aux appels incessants adressés à la classe ouvrière des pays impérialistes hâter le moment où celle-ci se débarrassera du système impérialiste en faillite. Où veut en venir la Direction de l’usine de Bonne-Mère ? A l’usine de Bonne-Mère, actuellement rattachée à la S.I.A.P.A.P. (Darboussier-Blanchet), le bruit court depuis quelques jours que le budget est déficitaire. La raison en serait (ce sont les usiniers qui parlent) que la récolte a débuté avec trois mois de retard ? Il y aurait, semble-t-il, et cela en dépit de la mécanisation, de la coupe de la canne à la surface et de la politique de la canne brûlée un tonnage assez important de cannes non coupées. L’on comprend, tout de suite à qui les usiniers de Bonne-Mère s’en prennent. Ils entendent tout simplement faire endosser la responsabilité de cette situation (à supposer qu’elle ne soit pas inventée purement et simplement) aux nombreux travailleurs agricoles, qui, afin d’obtenir un salaire et des conditions de travail décents, ont été contraints par ceux-là mêmes qui, aujourd’hui crient à la faillite, de faire plus de deux mois de grève. En fait, par ce bruit, Bonne-Mère tente de faire accréditer par l’opinion publique et avant tout par les travailleurs que la grève n’est en rien favorable à l’économie de la Guadeloupe, et qu’en faisant grève, ceux-ci contribuaient à rendre eux-mêmes leurs conditions de vie plus difficiles. Mais les travailleurs auront à cœur de démasquer cette propagande mensongère et de faire toute la vérité sur cette affaire. Car la réalité est toute autre ! Il s’agit pour les usiniers de Bonne-Mère, en refusant toute augmentation de salaire aux ouvriers, agricoles, en pratiquant la coupe de la canne à la surface, de réaliser de substantiels bénéfices sur le dos des travailleurs et d’être, du même coup, en meilleure posture, pour affronter la concurrence des autres usiniers et des betteraviers pour l’année 1972. C’est à cette date, en effet, que les subventions accordées par l’Etat français aux usiniers des D.O.M, cesseront. Rappelons, s’il en est besoin, que les autorités gouvernementales achètent le sucre en provenance des D.O.M. à un taux de trois fois supérieur au cours mondial. C’est cette faveur jadis faite aux magnats du sucre qui va bientôt être supprimée, et qui explique, et la politique de mécanisation et cette volonté de faire avaler la couleuvre aux ouvriers agricoles. A preuve, au moment même où Bonne-Mère se dit en faillite, elle s’apprête à acheter plusieurs machines à couper la canne, pour la récolte à venir... Si, pour honorer ses dettes, cette usine entend faire supporter les frais de la mécanisation aux travailleurs, il n’est pas du tout certain que ceux-ci l’entendent de cette oreille. Et il y a de fortes chances qu’en dépit de ce chantage à la faillite, en dépit de ce marché de dupe, les usiniers soient bien obligés de compter avec la volonté des ouvriers agricoles. Convention des organisations autonomistes à la Martinique Les travailleurs n’ont rien à en attendre Les 16, 17, 18 août dernier, une quinzaine de délégations, de partis, organisations et groupements des quatre «départements d’outre-mer» se réunissaient à Morne-Rouge, à la Martinique, au sein d’une « convention pour l’autonomie », afin de discuter « des lignes principales d’un statut d’autonomie et d’un programme économique, social et culturel qu’ils s'engagent à mettre en œuvre dans le cadre de ce statut ». La presse de ces partis, P.C.G., P.C.M., P.C.R (Réunion), P.P.M., parlait de ces journées comme d’un moment historique, d’une grande victoire. Le titre d’un des derniers numéros de l’Etincelle est net : «Accord total des participants sur l’objectif : l’autonomie par l’exercice du droit à l’autodétermination, sur les moyens, la lutte politique» ! Face au projet de régionalisation, de «statut nouveau» dont parle le gouvernement, en particulier depuis la tournée de Messmer aux Antilles, ces partis, organisations voudraient faire croire qu’elles ne sont pas de reste et qu’elles ont un programme de rechange capable de susciter un soutien populaire, qu’elles peuvent donc et même qu’elles doivent être considérées comme des interlocuteurs valables par le gouvernement français. Il s’agissait, au cours de ces journées de donner un contenu au mot d’ordre d’autonomie, un contenu le distinguant aux yeux des masses laborieuses de celui bien maigre, il est vrai, de régionalisation de Messmer. Alors on a parlé de reconnaissance du «fait national», du colonialisme qui engendrait misère et chômage, et donc de la nécessité d'un changement de statut. Un Etat autonome, disaient-ils, développerait une économie au profit des travailleurs et des masses déshéritées, pourrait entreprendre une réforme agraire en faveur des petits paysans, etc... En fait, cette convention et sa déclaration finale constituent une vaste tromperie pour les travailleurs, les paysans pauvres et tous les exploités des « D.O.M. ». Ces organisations nous trompent en nous disant que le statut d’autonomie correspond à la nécessité du moment. Dans la mesure où elles ont compris que la misère et le chômage venaient en grande partie de la situation coloniale, il est naïf ou malhonnête de penser que ces mêmes capitalistes accepteraient de financer un Etat qui ne serait pas à leur solde et qui ne défendrait pas leurs intérêts. Voudraient-elles faire croire aux travailleurs que l’on peut en même temps servir son seigneur et être maître ? Voudraient-elles faire croire aux travailleurs que leur situation peut réellement changer et que les capitalistes vont les aider, leur restituer ce qu’ils leur ont volé depuis 300 ans comme richesses, force et énergie, et simplement les « protéger » grâce à leurs forces armées ? Mais de qui se moquent-elles ? Ces organisations nous trompent encore en voulant faire croire que pour ce changement radical, il suffirait que les travailleurs « votent bien », pour quelques « démocrates honnêtes ». Quand bien même le colonialisme permettrait l’organisation d’élections libres, cela ne pourrait en aucune façon constituer une solution pour les masses exploitées. A fortiori des élections dont nous savons qu’elles seront invariablement truquées par le colonialisme comme l’histoire le montre, des élections frauduleuses, avec le soutien des légionnaires, des képis rouges, après que les représentants du colonialisme aient fait enfermer ou peut-être même supprimer, comme à Djibouti, les dirigeants politiques opposés à cette nouvelle perspective, et après avoir bâillonné et intimidé à coups de mitraillette les masses qui les écoutent. Pour qu’il y ait changement pour les travailleurs, les intérêts des rapaces colonialistes doivent être visés en premier. Ces messieurs de la Convention croiraient-ils vraiment que les représentants de la bourgeoisie française ne chercheraient pas à sauvegarder leurs intérêts et ceux de leurs confrères locaux par tous les moyens ? et, que en face de cela, les travailleurs n’auraient qu’à attendre et... continuer de « bien voter » ? En fait, ces petits-bourgeois de tout poil pensent que s’ils obtiennent le mandat des populations, ils pourront faire toutes les concessions nécessaires afin que la solution autonomiste soit acceptable pour le gouvernement colonialiste. Ils se retrouveraient alors à la tête de la gestion des intérêts capitalistes français et antillais, car le gouvernement sait que les masses antillaises en ont assez et aspirent à un changement et que ce serait l’une des meilleures solutions pour lui. Non, les travailleurs des « départements d’outre-mer » n’ont rien à attendre de ce genre de convention ou autre colloque ! Pour eux, la seule garantie qu’ils ne soient pas trompés est qu’ils apparaissent en tant que force indépendante. Car en dernière analyse, pour la classe ouvrière, la véritable ligne de démarcation ne passe pas entre autonomie et indépendance mais bien entre elle et la bourgeoisie, qu’elle soit française ou antillaise.

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HOPITAL GENERAL, conditions de travail déplorables

A l’hôpital général de Pointe-à-Pitre, les conditions de travail sont vraiment déplorables. C’est ainsi qu'actuellement, deux filles de salle ont à nettoyer deux étages, à laver et à servir 21 malades à chacun des étages, et cela avant le passage des médecins. C’est dire que les filles de salle sont débordées et ne peuvent pas s’occuper convenablement des malades. D’un autre côté, il en résulte une fatigue accrue pour le personnel qui est toujours sur la brèche. Quand les filles de salle sont en vacances, la direction de l’hôpital n’engage pas de personnel en remplacement des absents et elle fait retomber la surcharge de travail sur ceux qui restent. Et l’on s’étonne après ça de la propreté douteuse de l’hôpital général ! Mais ce n’est pas tout. Les horaires de travail établis par la direction ne tiennent absolument pas, compte de la question des transports : la sortie et l’entrée à 22 heures pose des problèmes à tout le personnel qui habite en dehors de Pointe-à-Pitre. Tout le monde sait bien qu’à cette heure-là il n’y a plus de Transports en Commun. Mais la haute direction s’en moque, le personnel ayant réclamé un changement de l’horaire, la direction promit d’organiser des transports. Les mois ont passé et rien n’est venu. Les syndicats se désintéressent de ces problèmes. Mais c’est au personnel de forcer la main aux syndicats, de se mobiliser pour réclamer des réunions syndicales où ils pourraient s’organiser pour entreprendre des actions efficaces pour l'amélioration des conditions de travail.
MORT POUR LE CAPITAL Récemment à l’usine de Grosse-Montagne, près du Lamentin, un incendie se déclarait et 20.000 litres de rhum explosaient, brûlant mortellement l’ouvrier Francius. Quand on connaît l’état de délabrement de certaines distilleries et usines on pourrait s’attendre à ce que ces accidents soient plus fréquents. Il est quand même anormal que des locaux contenant des matières inflammables ne soient pas pourvus de systèmes de sécurité et ne fassent pas l’objet d’une surveillance attentive. Les débuts de l’enquête font penser que l'incendie est dû à un court-circuit. Mais voilà, pour mettre des installations neuves, installer des systèmes de sécurité, il faut sortir de l'argent et les capitalistes préfèrent garder ces sommes dans leurs poches. Chaque fois ce sont les travailleurs qui font les frais de l’incurie et de l’âpreté au gain des patrons, au prix de leur vie. Pour ceux qui ont un porte-monnaie à la place du cœur, la vie d’un ouvrier c’est peu de chose.
ECHOS ECHOS ECHOS SOPICO : des promesses à la réalité Depuis la grève du bâtiment, les ouvriers de Sopico Dubouchage travaillaient par roulement, quatre ouvriers une semaine, quatre autres la semaine suivante. C’était un « arrangement » pris avec le patron pendant la grève. Après la reprise du travail dans les autres secteurs, le provisoire dura. Le patron de SOPICO prétendait que les affaires marchaient mal à cause de la grève. Finalement, quatre des ouvriers sont renvoyés. Espérons que ce fait ouvrira les yeux des ouvriers de SOPICO sur la valeur des promesses patronales. Car déjà pendant la grève du bâtiment, les travailleurs de SOPICO se fièrent à de vagues promesses faites par Pravaz, et reprirent le travail après quelques jours de grève. D’autre part, si la SOPICO a pu facilement renvoyer ces quatre ouvriers, c’est aussi à cause de l’absence de syndicat dans les ateliers SOPICO. Pourtant certains ouvriers étaient prêts à monter une section syndicale C.G.T. Songeons était au courant et chez SOPICO, il y a des travailleurs qui sont membres ou sympathisants du P.C.G. La section est restée à l’état de projet dans le bureau de Songeons, et ceux des ouvriers qui étaient prêts il y a quelques mois à agir, sont aujourd’hui plutôt découragés. Cela encore, c’est la faute de Songeons et compagnie. Car si les ouvriers avaient trouvé l’appui de la C.G.T., ils auraient monté le syndicat plutôt que de compter sur les promesses patronales. Morne-à-l’Eau : les gendarmes saccagent un café Une fois de plus gendarmes et képis rouges ont montré leur facilité à jouer de la matraque. A propos d’une banale histoire de jeux, dans un bar de Morne-à-l’Eau, la gendarmerie est intervenue, confisquant la licence du propriétaire du bar. L’un des consommateurs présents intervint en tentant de reprendre la licence. Aussitôt, l’un des gendarmes sortit son revolver. L’un des consommateurs assomma alors le gendarme. Il s’ensuivit une bagarre, les gendarmes s'enfuirent. Une heure plus tard les képis rouges débarquèrent à Morne-à-l’Eau brisant la porte, ils firent irruption dans le bar où ils brisèrent tout, puis ils saccagèrent la maison d’un employé du café, arrêtèrent une des serveuses, la relâchant peu après ; ils arrêtèrent ensuite un des joueurs ainsi que le patron du bar qui devait passer un sale quart d’heure dans les locaux de la gendarmerie. Une fois de plus les forces dites de l’ordre sous le prétexte, de faire « régner l’ordre » ne font que se livrer à des brutalités contre la population. Celle-ci n’assistera pas éternellement à de tels actes sans réagir. Club Méditerranée grève victorieuse contre un licenciement ! Les travailleurs du Club Méditerranée syndiqués à la C.G.T.M., se sont mis en grève pendant trois jours à partir du 12 août. Ils en avaient assez des brimades qu’ils supportaient, des renvois abusifs, des menaces. Le renvoi d'un gardien accusé par la direction de dormir a fait déborder le vase. Le gardien affirme le contraire. La C.G.T.M. a alors déclenché une grève devant le refus de la direction de revenir sur sa position. Finalement une commission paritaire eut lieu et la direction accepta de réembaucher le gardien. La commission doit se réunir à nouveau pour examiner d’autres questions, notamment la mise sur pied d’une convention collective. C’est une victoire des travailleurs du Club Méditerranée ! La direction ne fera plus ce qu’elle veut. Seule la lutte paie ! La Sécurité Sociale, une réorganisation qui n’en finit pas Décidément, on se demande quand finira la prétendue réorganisation de la Sécurité Sociale. La direction de celle-ci, dans un entrefilet sur France-Antilles, annonce que le paiement des allocations familiales du mois de juin aura lieu fin août ! Il est vraiment incroyable d’être obligé d’attendre trois mois avant de pouvoir toucher les allocations, surtout lorsqu’on sait qu’elles sont la ressource principale de nombreuses familles. La colère des allocataires avait, à un moment donné, obligé la Sécurité Sociale à se réorganiser, et à ouvrir des centres de paiement un peu partout. Faudra-t-il que les allocataires manifestent encore leur mécontentement pour qu’ils soient payés régulièrement ?

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A propos de l’Unité d'Action Oui à l’action commune Non à la fusion dans un Front

Depuis plusieurs semaines, notre tendance a participé à des discussions avec différentes organisations et tendances nationalistes. Ces discussions avaient pour objet de tenter la mise sur pied d’un comité coordonnant des actions communes de plusieurs groupes, organisations et tendances d’opinions politiques différentes. Ces actions devaient porter essentiellement sur la dénonciation de toutes les soi-disant solutions proposées par le gouvernement français (régionalisation à la Messmer) ou celles des partis « communistes » (autonomie en union avec la France). Ce qu’il était question de faire c’était défendre publiquement l’opinion que face à la situation coloniale qui règne ici, l’indépendance politique des soit-disant D.O.M. était le premier pas vers la solution des problèmes qui se posent ici. Quoique notre position politique sur l’avenir des « D.O.M. » ne se limite pas à l’indépendance, nous étions cependant prêts à participer à une action commune avec d’autres tendances et organisations. Signalons que parmi les participants à cette discussion se trouvaient le Progrès Social, la Vérité, le Parti Mystico-Rationaliste, la Fédération des Comités de Défense des travailleurs guadeloupéens, le M.P.G., Fraternité Ouvrière, l’A.G.T.A.G., le G.O.N.G. D’entrée, il nous est apparu que certains participants voulaient faire, non pas un comité de coordination, mais en quelque sorte, un nouveau front, du genre du Front guadeloupéen pour l’Autonomie de 1965. En effet, dès la première réunion, l’un des groupes présents nous faisait parvenir une plate-forme politique axée évidemment sur un programme politique nationaliste. Le G.O.N.G. estimait ne pas pouvoir participer actuellement à un Front. Quant à nous, nous avons expliqué que nous ne voulions participer qu’à une action commune, sur des bases claires et sur des points précis, en écartant toute discussion tendant à réaliser un compromis politique entre tendances et groupes différents politiquement. Dès lors, les réunions portèrent sur les types d’actions à envisager. Nos camarades proposaient alors : — Une campagne d’information pour dénoncer les solutions de replâtrage à la Messmer. — Une action en direction des chômeurs visant à la constitution de comités de chômeurs. — Une action pour dénoncer les entraves aux libertés syndicales et aider les travailleurs à constituer des sections syndicales. — Une action contre les atteintes aux libertés démocratiques. A ces points vinrent s’ajouter ceux proposé par d’autres participants (action en direction de l'Enseignement). Cela prenait donc une tournure sérieuse. Le problème majeur devait être la forme que prendrait le Comité. Toujours dans la ligne de notre position de départ, nous ne pouvions accepter qu’une forme de Comité d'Action. A savoir, que toutes les décisions devaient être prises soit à l’unanimité, soit à la majorité, mais sans aucune obligation pour ceux qui ne serait pas d’accord avec une action quelconque d’y participer. Et non seulement cela, avec l’entière liberté pour ceux-ci d'expliquer publiquement leur désaccord et leur non-participation. Le principe des votes à l'unanimité fut adopté. C’est-à-dire que toute action sur laquelle un groupe ne serait pas d'accord serait écartée. Nous devions préciser aussi que dans le cadre des actions en commun, chacun participerait sur la base de ses propres idées politiques et sous ses propres mots d’ordre. Cela fut accepté. Dès lors, il nous semblait qu’il n’y avait plus qu’à commencer à travailler ensemble. Mais il n’en fut rien, au dernier moment, tous les groupes nationalistes se trouvèrent d’accord (sauf la Vérité qui, devant des attaques personnelles du Parti Mystico-rationaliste, ne revint pas à la discussion) pour revenir sur la fameuse « plate-forme politique ». Il ne se trouva que la Fédération et nous mêmes pour rejeter le principe de la plate-forme. Qui plus est, aux pressions de toutes sortes que les groupes nationalistes tentaient de faire sur notre délégation (« vous discutez trop », « vous monopolisez la parole »), la direction de Fraternité Ouvrière crut devoir ajouter la sienne. Jouant démagogiquement du caractère ouvrier du syndicat F.O., certains dirigeants de cette organisation tentèrent de nous faire passer pour des discutailleurs qui refusent d'agir, des coupeurs de cheveux en quatre, etc. On voulait nous faire discuter et accepter une plate-forme politique, nous ne voulions pas le faire. Cela nous fit douter de la sincérité des engagements pris sur la règle de l’unanimité et sur le respect de l’indépendance de chaque groupe ; la manière même de ces groupes de se comporter pour nous faire avaler de toute force une plate-forme politique, ajoutée à tout cela, nous détermina à quitter la discussion. Cela nous montre, une fois de plus, que les nationalistes comprennent la démocratie d’une bien curieuse façon. Si ces groupes souhaitaient notre participation, c’était uniquement en vue de cautionner leur politique. Ils nous demandaient de nous lier les mains en signant une plate-forme politique qui ne pouvait ouvrir la voie qu'à un Front. S’ils veulent bien nous fondre dans un regroupement basé sur un compromis politique, ils refusent, par contre, de mener une action commune sur des objectifs délimités et précis, à partir d’un accord clair et en bonne forme. En définitive, leur position aboutit à saboter toute unité d’action. Pour des gens qui traitent si facilement les autres de diviseurs, c’est significatif. En particulier, nous regrettons profondément et sincèrement que Fraternité Ouvrière se soit prêtée à une telle manœuvre, mais cela s’explique aussi. Car ce ne sont pas les ouvriers membres de la base de F.O. qui ont agi ainsi mais des membres de la direction nationaliste. En résumé, nous réaffirmons que nous sommes prêts à mener en commun toute action avec tous ceux qui s’opposent au colonialisme, mais nous ne sommes nullement décidés à cautionner ni une politique, ni aucune manœuvre visant à fondre la classe ouvrière dans un regroupement nationaliste bourgeois ou petit bourgeois. Pour vaincre, la classe ouvrière a besoin d’une ligne claire et scientifique. Nous serons d’autant plus intransigeants sur ces principes que nous sommes conscients d’être, malheureusement — mais c’est comme cela — les seuls à défendre ici de manière nette et stricte le point de vue politique de la classe ouvrière. Claude ROCHA.
FRATERNITE OUVRIERE, servir les ouvriers ou s'en servir ? Il est bon de revenir, en particulier sur l’attitude adoptée par les dirigeants de Fraternité Ouvrière lors des discussions qui eurent lieu pour une action commune de plusieurs organisations anti-colonialistes. En effet, à la dernière séance (à laquelle nous avons quitté la discussion) où devait commencer l’examen des prochaines tâches à accomplir, les dirigeants de Fraternité Ouvrière sont arrivés accompagnés de deux cars d'ouvriers membres du syndicat. C’était en fait, une pression organisée avec l’assentiment des autres groupes nationalistes, F.O. entendait ainsi faire pression sur nous et sur la Fédération pour nous obliger à adopter une plate-forme politique nationaliste. C’est ainsi que les dirigeants de F.O. nous taxant d’ « intellectuels », « d’internationalistes » (ce qui, pour nous, n’a rien d’infâmant) voulaient nous faire passer pour des gens qui freinent l’action, qui veulent toujours « parlotter ». On pensait monter contre nous les ouvriers présents et nous faire céder. Mais les choses tournèrent autrement. Un de nos camarades, ouvrier lui-même, expliqua que la manœuvre des dirigeants de F.O. était démagogique et servait à faire des ouvriers qui sont à F.O. une masse de manœuvre aux mains des nationalistes. Il rappela que « aller de l’avant » sans éclairer la route pouvait tout simplement nous conduire à une situation comme celle de l’Algérie, où après sept ans de lutte, l’impérialisme français a été remplacé par un régime bourgeois où règne la dictature militaire. Contrairement à l’attente de ces messieurs, nos positions furent accueillies sans hostilité par la majorité des ouvriers membres de F.O. Plusieurs d’entre eux nous demandèrent des explications, certains exprimant même nettement leur désaccord avec la manœuvre qu’on voulait monter en se servant d’eux. Si nous insistons sur ce fait, c’est qu'il illustre bien la différence qu'il y a entre notre politique ouvrière, communiste, révolutionnaire et celle du nationalisme. Alors que nous voulons aider les ouvriers à s’organiser sur leurs propres bases de classe, le nationalisme, lui, tente d'utiliser les forces ouvrières pour des objectifs nationalistes bourgeois. Le nationalisme voudrait que l'ouvrier se fixe comme objectif une carte d’identité guadeloupéenne et un drapeau vert-blanc-rouge, alors que nous, communistes révolutionnaires, voulons aider les travailleurs à conquérir le pouvoir. Beaucoup de travailleurs qui sont à F.O. se laisseront abuser par la politique nationaliste, pendant un temps. Mais par des explications et des discussions sans relâche, nous sommes sûrs qu’ils comprendront la fausseté de l’orientation nationaliste, quelle que soit, par ailleurs, la valeur et le courage personnels de leurs dirigeants qui se battent suivant le programme nationaliste. SIDOINE. VICTOIRE DE FRATERNITE OUVRIERE AUX ELECTIONS DE DELEGUES DU PERSONNEL A LA COLAS Le 28 août dernier, le syndicat Fraternité Ouvrière enlevait 80 % des suffrages exprimés aux élections de délégués du personnel de l’entreprise Colas. Sur 125 suffrages exprimés, la liste Fraternité Ouvrière remportait 100 voix, et la liste indépendante 25 voix. Depuis la fin de la grève, la Sté Colas s’était donné comme tâche de réduire l'activité de F.O. dans l’entreprise, voire de faire disparaître le syndicat. Déjà, la société n’avait pas voulu reconnaître la représentativité du syndicat, son délégué, Boisdur, et ses 36 salariés syndiqués. Une action en justice avait donné raison à F.O. Ensuite, le syndicat fut brutalement informé par la Colas, le 23 août, que le deuxième tour (où est le premier tour ?) des élections de délégués du personnel aurait lieu le 28. Le 26, la société envoyait une autre lettre au syndicat, lui donnant un délai expirant à 18 heures, ce même jour, pour préparer les élections. Ainsi, malgré toutes les manœuvres patronales, malgré tous les coups dans le dos, le syndicat F.O. a remporté une victoire. Il a obtenu 4 sièges sur 5, et 4 sièges de suppléants. Lorsqu’on sait que les ouvriers de la Colas ont été à peu près les seuls, à part une minorité, à ne pas se joindre à la grève générale du Bâtiment, nous voyons que cette grève a quand même touché la conscience des travailleurs et que ceux-ci font confiance au syndicat qui leur apparaît comme le plus combatif et le plus capable de défendre leurs intérêts.

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U.S.A. Assassinat d’un militant noir en prison

George Jackson vient d’être assassiné à la prison de St-Quentin, aux Etats-Unis. George Jackson était l’un des milliers de jeunes Noirs Américains emprisonnés pour un oui pour un non. Il y a onze ans, il fut accusé de complicité dans un vol de 70 dollars, et, comme la loi californienne le permet, il fut emprisonné pour un temps « indéterminé ». En fait, il aurait pu faire un an de prison s’il s’était comporté comme un « bon Nègre », « prisonnier exemplaire », c'est-à-dire acceptant toutes les brimades, les vexations, le racisme hystérique des geôliers. Mais, Jackson avait choisi de se battre : il ripostait à chaque brimade, organisait ses camarades noirs de la prison, écrivait à sa famille des lettres qui constituent un témoignage vibrant de la condition des prisonniers noirs. Depuis onze ans, Jackson luttait en prison avec les «Soledad brothers», ses compagnons, du nom de la prison où il était. Le 13 janvier 1969, un gardien de la prison tire sur quinze prisonniers, trois Noirs tombent, trois jours plus tard, le gardien est retrouvé mort. Jackson et deux de ses camarades, connus pour leurs idées, sont accusés du meurtre. Un procès s’en suit, le jeune frère de Jackson, Jonathan, tente d’enlever le juge pour l’échanger contre son frère, en plein tribunal ; dans la fusillade, le juge et le jeune frère sont tués. Angela Davis sera accusée d’avoir fourni des armes à Jonathan. A l’heure qu’il est, elle moisit en prison en attendant son procès. Après cette aventure, Jackson sait que l’on veut sa peau et s’y attend. Le 21 août, il tombe sous les balles de ses bourreaux. Tentait-il effectivement de s’enfuir, armé, avec d’autres prisonniers ? ce qu’il était certes capable de faire. Est-ce une provocation montée de toutes pièces ? Nous ne le saurons peut-être jamais. Quoiqu’il en soit, Jackson a été tué parce qu’il a osé se battre, qu’il n’a pas accepté sa condition, qu’il a refusé de se courber devant ses gardes, ses juges, devant la haine que la bourgeoisie américaine cultive contre les Noirs. Tous le jours, de jeunes Noirs sont ainsi supprimés « en tentant de fuir », tous les jours, la police américaine assassine les jeunes militants des mouvements noirs, brime, vexe, arrête, impunément les Noirs qui n’acceptent pas leurs conditions. Jackson était de ceux là. Son exemple ne sera pas vain, d'autres se chargeront de faire payer aux assassins chaque goutte du sang de Jackson et de celui de milliers de jeunes Noirs assassinés par la police U.S. PRISON POUR LES JEUNES ANTILLAIS Depuis quelque temps, le journal France-Antilles relate les nombreux vols à l’étalage qui ont eu lieu à Pointe-à-Pitre. Chaque fois la raison qui pousse ces jeunes à des vols est la même : manque de travail, manque de moyens de subvenir à leurs besoins. Cela n’a rien d’étonnant vu l’importance du chômage ici. Chaque semaine, plusieurs personnes sont arrêtées et c’est toujours le même processus, les jeunes gens passent presque immédiatement devant le juge sans conseil, sans avocat et échouent en prison. C’est ainsi qu’un jeune de dix-neuf ans, pour avoir dérobé des produits alimentaires, était arrêté. Le juge reconnut que le jeune était un débile mental, incapable de travailler, qu’il était réduit à voler de gauche et de droite pour subvenir à ses besoins. Mais on estime qu'il pouvait supporter une peine de prison. Comparaissant devant le juge, sans avocat, le jeune homme fut condamné à six mois de prison. Sans commentaires. BOLIVIE , Un nouveau coup d'Etat militaire Après un peu plus de dix mois à la tête de l’Etat bolivien, le général José Torres a été renversé et remplacé par le colonel Hugo Benzer. C’est le 185e coup d’Etat depuis 1825. Et encore une fois, le rôle essentiel a été tenu par l’armée. Cette armée qui compte 25.000 hommes, entraînée et ravitaillée par les Etats-Unis. A son arrivée au pouvoir, le général Torrès a pu susciter quelques illusions au sein des masses ouvrières boliviennes. Il a été aidé dans cette tâche par les chefs du puissant syndicat ouvrier bolivien, la C.O.B., qui l’ont appuyé lors de son arrivée au pouvoir. En effet, après le départ forcé du général Ovendo, on ne savait pas encore qui aurait occupé sa place. Et c’est un peu grâce à l’appui du C.O.B. (Centrale Ouvrière Bolivienne), des manifestations de rues, que le général Torrès put occuper le poste de président. Mais là encore, le rôle essentiel fut joué par l’armée. Et c’est parce qu’il a été abandonné par certaines fractions de cette armée que le général Torrès a été renversé. Mais malgré les illusions suscitées au sein des masses, les mesures prises par Torrès, dès son arrivée au pouvoir, marquaient les limites de son programme ; et notamment la décision d’indemniser la Cie américaine, la Gulf Oil Cie, dont les installations en Bolivie avaient été nationalisées, puis le refus de nationaliser les banques dominées par les Américains et la liberté relative laissée aux organisations d’extrême-gauche ne pouvait rien changer à cette situation. Le général Torrès alla jusqu'à laisser se réunir une assemblée populaire, où les militants révolutionnaires pouvaient s’exprimer et déclarer leur appui au régime. Mais aussi critiquer l'extrême-droite, non satisfaite par les mesures prises par le gouvernement du général Torrès. Il est vrai que cette assemblée n’intervenait aucunement dans la direction des affaires. Elle pouvait critiquer les mesures prises par le gouvernement mais rien d'autre. Ainsi, Torrès passait à bon compte pour bénéficier de l’appui d’une bonne partie des masses travailleuses. Mais il n’entendait nullement s’appuyer sur cette assemblée populaire et les syndicats ; il essaya surtout de s’attirer des régiments de l'armée et une fois son pouvoir menacé, il s’est contenté de distribuer quelques revolvers aux milices populaires pour lutter contre les partisans du colonel Hugo Banzer. Que pouvaient ces milices, armées de vieux revolvers, contre les chars et les avions de l’armée ? Si l’armée fait encore la pluie et le beau temps en Bolivie, la faute incombe en grande partie aux dirigeants des organisations ouvrières. Au lieu d’organiser d’une façon indépendante les ouvriers, au lieu de les mettre en garde contre des démagogues « progressistes » en uniforme, elles ont mis tous leurs poids dans la balance pour accréditer des illusions sur Torrès. Les ouvriers et les couches pauvres en général, payent cher aujourd’hui cette politique. Liberté de presse toujours bafouée aux Antilles ! Le numéro 4 de Combat Ouvrier, tout comme les numéros 1, 2, 3, est retenu à l'aéroport de Raizet, toujours pour «information», par ordre du préfet Brunon. Nous continuons à lutter, pour que soit respectée la liberté de presse et le droit des travailleurs antillais à choisir eux-mêmes les journaux qu’ils entendent lire. Nous invitons tous nos lecteurs et sympathisants à appuyer l’action engagée par le Comité de Soutien de Combat Ouvrier pour que l'Etat français respecte les lois démocratiques qu’il prétend avoir instituées. Dans cette nouvelle lutte pour le respect du droit d'expression, Combat Ouvrier a rencontré la sympathie et le soutien de certaines personnalités, notamment celles de Daniel Guérin (auteur des « Antilles décolonisées ») et de Michel Rocard, député des Yvelines et secrétaire général du P.S.U., qui a adressé à Messmer, la question écrite dont le texte suit : M. Michel Rocard demande à M. le ministre des Territoires et Départements d’Outre-Mer, s’il est exact que tous les numéros du journal Combat Ouvrier, imprimé légalement en France, ont été l’objet d'une mesure de saisie déguisée à l’aérodrome du Raizet, en Guadeloupe ? Est-il exact que dans l’impossibilité juridique dans laquelle se trouvent ses services, de faire procéder à une saisie du journal, ces derniers sont simplement retenus pour vérification ? Est-il exact que malgré le décret n° 64-578 du 17 juin 1964 rendant applicable aux D.O.M. la loi du 21 juin 1943 modifiant le régime du dépôt légal, existe toujours en Guadeloupe une Commission de Censure ? Si ce fait est exact, sur quel texte s’appuie l’existence de cette Commission de Censure et quels sont ses pouvoirs ? Quelles saisies ont été ordonnées par cette Commission depuis 1964 ? Est-il exact notamment qu’elle a procédé à la saisie de 2.000 disques créoles du professeur Henri Bernard ? Sachant que la liberté de la presse est au rang des droits civiques et des garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques que l’article 34 de la Constitution a expressément réservé au domaine de la loi, quels textes législatifs permettent actuellement d'empêcher la diffusion sur le territoire d’un département d’Outre-Mer d’écrits imprimés en France ? Quel fonctionnaire public, agent ou préposé du gouvernement, a ordonné cet acte ? A-t-il agi par ordre de ses supérieurs pour des objets du ressort de ceux-ci ? Quelles dispositions entend prendre M. le ministre des Départements d’Outre-Mer pour faire réparer ces actes ? Les dispositions des articles 114 et 115 du Code pénal ne lui paraissent-elles pas applicables en la circonstance ?