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Archives de CO/CO de 1 à 10/CO n°4

CO n°4

Editorial

A PROPOS DU CHANGEMENT DE STATUT : Où veut en venir Messmer ?

Après le passage de Messmer, ministre des D.O.M.- T.O.M. aux Antilles et en Guyane, les déclarations se multiplient sur un changement de statut probable. En Guadeloupe et en Martinique, Messmer a parlé de décentralisation, de « régionalisation ». En Guyane, il a parlé d’ « autonomie proportionnée », tout en faisant une déclaration par la suite pour dire que c'était dans le fond identique à ce qu’il avait proposé aux Conseils généraux de Guadeloupe et de Martinique. C’est à croire que le ministre ne sait pas lui-même ce qu'il veut pour les Antillais, Guyanais et Réunionnais. Toujours est-il que ces déclarations inquiètent à différents titres, tous les milieux politiques. Les départementalistes inconditionnels (U.D.R., S.F.I.O., Mitterandistes et autres) s'effraient de tout changement, même timide, même formel. Mais pour les politiciens à la solde du gouvernement, ces timides propositions peuvent créer une fissure qui, plus tard, pourrait devenir une véritable faille. Et sur ce plan-là ils n’ont pas tort ; personne mieux qu’eux, si ce ne sont les exploités eux-mêmes, ne sait l’importance des matières explosives qui sont accumulées au cœur des milliers de gens qu’ils trompent, qu’ils contribuent à exploiter. Les Bernier, Jalton, Rinaldo, Hélène et Cie savent bien qu’il suffirait de peu pour que le mécontentement explose et déborde, lis ne veulent donc créer pas même l’illusion d'un changement. Pourtant, c’est dans leur intérêt que Messmer agit. D’un autre point de vue, les partis communistes de la Guadeloupe et de la Martinique eux aussi sont inquiets. Et si pour l’instant ils affirment que les propositions de Messmer ne sont que poudre aux yeux, ils n’en répètent pas moins que Messmer a « compris » qu’il fallait un changement : «A part quelques départementalistes viscéraux, il n’existe plus personne qui ne sente aujourd’hui la nécessité d’un changement Comme tout le monde, M. Messmer lui aussi, et peut-être lui davantage que beaucoup d’autres semble avoir compris cette nécessité. Au risque de méduser sa majorité ultra-départementaliste du Conseil général, M. Messmer s’est gardé de nier l’évidence. Il dut reconnaître tout haut que le statut actuel est dépassé.» (Etincelle du 31 juillet 1971.) Evidemment, le P.C.G. ajoute que les changements proposés sont formels. Mais il faut s'attendre à tout avec un parti qui a fait voter Mitterrand, simplement en s’appuyant sur une déclaration de celui-ci pour « une décentralisation audacieuse ». On verra demain les partis communistes martiniquais et guadeloupéen déclarer qu’un statut régional peut permettre de régler certains problèmes, que c’est un pas en avant, etc... Nous sommes habitués à ce genre de volte-face chez les partis staliniens. Mais on peut dire que le problème principal reste pour les P.C.M. et P.C.G. de se faire admettre par le gouvernement comme « interlocuteur valable » pour la préparation d'un changement éventuel de statut. Et ce ne sera pas chose facile. Ce n'est certainement pas dans l'esprit de Messmer. En proposant une régionalisation et en faisant comprendre que le statut des D.O.M. n'est pas sacré et intouchable, il se peut que Messmer se contente de Jeter en pâture aux milieux politiques des Antilles une idée creuse de plus. Peut-être que cela occupera pour quelque temps les dits milieux politiques, mais il ne suffira certes pas à satisfaire ce "désir de changement" dans la population antillaise dont tout le monde parle tant. Mais il existe aussi une deuxième hypothèse. C’est que Messmer ait l’intention de préparer les milieux politiques bourgeois des Antilles à prendre la relève du gouvernement français dans l’avenir. Il veut inciter ces gens-là à se donner une façade autonomiste et même plus tard nationaliste. Car le gouvernement français se rend peut-être compte (L'Etincelle a raison !) qu’il faudra « décrocher » tôt ou tard. S’il n’est pas prêt à s’opposer désespérément et à tout prix au « changement de statut » — les intérêts en jeu dans les D.O.M., du point de vue de la bourgeoisie française dans son ensemble n’étant pas aussi considérable qu’en Algérie, par exemple — il n’empêche que le gouvernement se pose le problème de sa succession ici. On peut penser qu’il n'est pas indifférent à la bourgeoisie que ce soient les Bemier et autres qui soient au pouvoir ici plutôt qu’un parti ouvrier (même réformiste) et à plus forte raison des soviets de travailleurs. Et c’est en somme pour éviter que d’autres, plus radicaux, prennent la tête du mouvement d’émancipation que Messmer incite les réactionnaires locaux à secouer la poussière de leurs vestes. Il va sans dire que même dans cette hypothèse, il existera toujours une couche d’irréductibles ou d’esprits lents qui s’opposeront à Messmer. Il va sans dire que les travailleurs, les paysans et toutes les couches pauvres des peuples des D.O.M. actuels n'ont pas de place dans ces projets ou plutôt ils gardent la même place, celle des exploités. Face à ces « petites manœuvres », il est probable que les mouvements anti-colonialistes plus radicaux vont montrer leur opposition. C’est souhaitable. Quant à nous, à Combat Ouvrier, nous pensons que — à supposer que les projets de Messmer soient plus qu’un joujou pour amuser les politiciens — régionalisé, autonome ou indépendant, le régime qui sera institué ici ne nous satisfera que lorsque les travailleurs y auront apposé leur marque, c’est-à-dire, lorsque, alliés à toutes les couches pauvres, ils auront constitué leur propre organe de pouvoir et auront pris la direction du pays. Notre combat continuera quel que soit le régime existant. Cependant, nous pensons qu’il est utile, dès maintenant, de faire campagne sous différentes formes en vue de démystifier les soi-disant « changements » à la Messmer. Fort-de-France Les ouvriers boulangers en lutte Depuis 1967, le salaire des ouvriers boulangers n’a jamais été révisé. Il y a trois ans, les patrons avaient déclaré que leur bureau syndical avait démissionné et que chaque patron conservait sa pleine autonomie. Malgré la recommandation de la Direction du Travail qui avait porté le prix du colis de farine de 7,40 F à 8,80 F, chaque patron avait pu agir individuellement, tenant compte ou pas de cette recommandation et faisant varier les salaires selon les boulangeries. Devant le refus des patrons de se réunir, faute disaient-ils, de bureau syndical, les ouvriers avaient lancé un mot d’ordre de grève pour le 20 juin. Il a fallu peu de temps aux patrons pour se mettre en branle (comme les choses vont vite !) : ils envoyèrent une lettre aux syndicats des ouvriers leur disant qu’en attendant la reconstitution du syndicat patronal, l’Administration restait leur seul interlocuteur, et ils ménagèrent un rendez-vous entre les ouvriers et la Direction du Travail. La Direction expliqua qu’elle ne pouvait discuter des salaires et qu'elle pouvait seulement faire pression sur les patrons pour qu'ils reconstituent leur syndicat. L’ordre de grève fut donc reporté au dimanche suivant. Enfin, très rapidement, une convocation des patrons en commission paritaire parvint aux ouvriers ; ces derniers réclamèrent donc : — La reconsidération de leur convention collective ; — Le paiement à l’heure au lieu du paiement au colis. Les patrons acceptèrent le premier point, mais maintinrent le principe du paiement au colis ; le paiement au colis de 50 kg passant de 7,40 F à 13,75 (soulignons qu’il s'agit de la seule augmentation entre 1964 et 1971). Le syndicat ouvrier accepta à titre expérimental et provisoire. Mais, dans tout cela, il y a un point noir, et un gros : c'est que les patrons, ces petits malins, veulent augmenter le prix du pain qui passerait de 1 F à 1,25 F, avant de signer l’accord sur les salaires. Ne rien perdre sur leur profit, en faisant payer par les consommateurs une rémunération plus juste de leur main-d’œuvre ouvrière, telle est donc la prétention des patrons boulangers. Les ouvriers ont refusé catégoriquement et ont déclaré qu'ils se mettraient en grève si les patrons persistaient dans leur point de vue. C'est là une excellente décision que tous les consommateurs se doivent de soutenir.
"COMBAT OUVRIER" toujours retenu par Police Air-Frontière
REUNION D’INFORMATION DU COMITE DE SOUTIEN Le vendredi 30 juillet, s’est tenu au Palais de la Mutualité à Pointe-à-Pitre un meeting pour le respect de la liberté de la presse et des libertés démocratiques, organisé par le comité de soutien à Combat Ouvrier. Un peu plus d’une centaine de personnes étaient présentes à cette manifestation. Un premier orateur, membre du comité de soutien à Combat Ouvrier, a pris la parole pour expliquer comment, en tant que correspondant du journal, il lui a été signifié par M. Houel, chef des services de Police Air-Frontière à Raizet, que le numéro 1 du journal a été bloqué par ses services. Le prétexte invoqué variait d’un jour à l’autre. Une première fois, il fallait que « le préfet voie cela ». Une seconde fois, ce fut pour manque de dépôt légal, une troisième fois pour « information ». Ce fut la même chose pour le numéro 2. L’orateur continua en expliquant comment l’Administration portait atteinte, quand cela lui plaisait, aux libertés les plus élémentaires, comment les différents journaux, de l'Etincelle au Progrès Social, eurent en leur temps des ennuis avec l'Administration, comment 2.000 disques en créole du professeur de lettres Henri Bernard étaient bloqués par le même Houel à Raizet. il parla également de toutes les tentatives de l’Etat pour museler en France même la presse d’extrême-gauche, des condamnations et amendes qui pleuvaient sur des journaux comme L’Idiot International, Rouge, Lutte Ouvrière. Un second orateur, membre du Mouvement du 10 janvier, mouvement ayant pris naissance en Martinique, expliqua comment, de son côté, le Mouvement du 10 janvier était en butte à toutes les tracasseries avec l'Administration. Tout en faisant savoir à l’assistance qu’il ne partageait pas les points de vue de Combat Ouvrier, cet orateur appelait à lutter contre les atteintes que l’Administration préfectorale porte à toutes les libertés. Un représentant de la Fédération des Comités de Défense des Travailleurs Guadeloupéens intervint pour appeler à soutenir la lutte pour la libération de Combat Ouvrier, car à son avis Combat Ouvrier est partie prenante dans la lutte que mènent les travailleurs guadeloupéens et martiniquais pour leur émancipation. Le dernier orateur, membre du Comité de soutien à Combat Ouvrier, intervint pour expliquer comment la liberté de la presse et les autres libertés démocratiques sont absolument nécessaires aux travailleurs pour s’organiser, s’éduquer et lutter efficacement contre la bourgeoisie, comment ces libertés arrachées de haute lutte à la bourgeoisie par les ouvriers du monde entier sont constamment menacées par cette bourgeoisie qui tente de les supprimer, et surtout comment en Guadeloupe ces libertés sont bafouées : la liberté de la presse existe en droit, mais Combat Ouvrier est bloqué sans raison ; la liberté de réunion existe mais les ouvriers du bâtiment en grève sont empêchés de se réunir ; la liberté syndicale existe, mais les militants syndicalistes ou ceux de la défense des travailleurs sont pourchassés dans les entreprises et licenciés. L’orateur termina en expliquant que la lutte pour le respect de la liberté de la presse, de la liberté, de réunion, de la liberté syndicale concerne tout le monde et en premier lieu les travailleurs et que seuls ceux-ci sont capables de faire reculer la bourgeoisie dans sa tentative pour porter atteinte à ces libertés.

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Les travailleurs doivent-ils payer pour la crise du dollar ?

Nixon vient de prendre toute une série de mesures monétaires : suppression de la convertibilité du dollar en or, blocage pour trois mois des salaires et des prix, taxe à l’importation de 10%, qui ressemblent fort à une dévaluation déguisée du dollar. Comment la situation du dollar sur le marché monétaire a-t-elle pu se dégrader au point que l’Etat américain en fasse ainsi l’aveu public ? Comme toutes les autres monnaies le dollar n’est qu'un chiffon de papier dont la valeur ne repose en fin de compte que sur la confiance que lui accorde le public. En effet, à l’heure actuelle toutes les monnaies ont cours forcé, c’est-à-dire que derrière toute monnaie se profile l’appareil juridique et policier qui a pour rôle de l’imposer. Et s’il faut le pouvoir de l’Etat pour imposer un chiffon de papier comme monnaie obligatoire à l’intérieur des frontières d’un pays, c’est bien parce que ce chiffon n’a en lui-même aucune valeur. Cette monnaie en papier a cependant pour l’Etat un avantage : il peut en fabriquer lui-même autant qu’il en veut. Et généralement il ne s'en prive pas. Pour financer ses, dépenses improductives (militaires en particulier), pour régler ses dettes, il imprime du papier. Jusqu’à tant qu’il y ait bien plus de signes monétaires qu’il n’est nécessaire pour assurer la circulation des marchandises. Tant que les détenteurs de cette monnaie ont confiance, ils font des économies et immobilisent ainsi le surplus de monnaie fabriquée par l’Etat. Mais si cette confiance se perd, pour une raison ou pour une autre, les porteurs auront tendance à se débarrasser de la monnaie incriminée ; il devient alors patent qu’il y a trop de monnaie par rapport à la circulation des marchandises, et c’est l’inflation. De par leur puissance économique les Etats-Unis ont pu hisser leur monnaie au tout premier rang sur le marché monétaire international. Le dollar est même depuis 1944 monnaie de réserve reconnue par tous les pays tout comme l’or. Et dans l’immédiat après-guerre cette situation privilégiée n’a fait que se renforcer. Or, aujourd'hui, les porteurs, et en particulier les détenteurs étrangers, n'ont plus confiance en le dollar. Cette perte de confiance est alimentée à la fois par la hausse constante des prix aux Etats-Unis même, et aussi par le déficit de la balance des paiements américaine. Depuis plusieurs années, les U.S.A. sont en pleine inflation. En effet, pour faire face aux énormes dépenses que lui cause son rôle de gendarme international, la bourgeoisie U.S. a dû inonder son marché intérieur et le marché mondial de fausse monnaie légale qu'elle fabriquait au fur et à mesure de ses besoins. L’augmentation artificielle de la masse totale de dollars en circulation dans le monde, dans la mesure où elle ne trouvait pas sa contrepartie dans une augmentation correspondante de la production mondiale des différentes marchandises a ainsi entraîné une baisse de la valeur réelle de chaque dollar. De plus, la balance des paiements (différence entre les paiements à l’extérieur et les recettes) des Etats-Unis est largement déficitaire. Rappelons que 60% de ce déficit trouve sa cause dans la guerre du Vietnam. D’une façon générale, lorsque la balance des paiements d’un pays accuse un déficit, ce pays puise dans ses réserves en or ou en dollars pendant une certaine période, le temps de redresser sa situation financière en adoptant une politique économique appropriée. Si le déficit se maintient, ce pays sera contraint de dévaluer, c’est-à-dire de diminuer la valeur de sa monnaie par rapport aux monnaies des autres pays. Le prix des marchandises produites par ce pays exprimé en monnaies étrangères (devises) va donc diminuer, ce qui entraînera une augmentation des exportations, et, inversement, le prix des marchandises étrangères augmentera, ce qui obligera à une certaine restriction les consommateurs de produits étrangers. Si le dollar n’avait pas une position privilégiée, il aurait dû dévaluer depuis longtemps. Mais, justement, sa situation particulière de monnaie de réserve fait du dollar la seule monnaie qui lorsqu’elle est sujette à l’inflation a la possibilité d’exporter son inflation. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela signifie que les U.S.A. peuvent payer leur propre déficit (et du même coup leurs dettes à l’étranger) par leur propre monnaie. S’ils ont un déficit, ils n’ont qu'à faire marcher, une fois de plus, leur planche à billets. Ce qui contribue encore à aggraver l’inflation internationale, sans compter qu'il lèse les créanciers des U.S.A. payés ainsi en fausse monnaie. Mais alors pourquoi Nixon et Cie s’inquiètent-ils pourtant de la situation du dollar puisqu’ils ont le pouvoir de partager avec les autres les conséquences néfastes de la mauvaise situation de leur propre monnaie ? C’est que l’inflation entretenue par l’utilisation abusive de la planche à billets a entraîné la hausse des prix des produits « made in U.S.A. », ce qui, du même coup, rend ces produits moins compétitifs que les produits allemands, japonais ou même français. Et c’est ce qui amène la bourgeoisie américaine à chercher aujourd’hui les moyens de réduire l’inflation. Que les dollars dont elle inonde le marché mondial ne représentent plus qu’une partie de la valeur qu'on continue à leur attribuer, voilà qui dérange fort peu la bourgeoisie américaine, mais que ses marchés, y compris son propre marché intérieur, soit de plus en plus envahis par des marchandises japonaises, allemandes ou autres, cela la bourgeoisie américaine n’est pas prête à le tolérer. Responsable du désordre monétaire international, la bourgeoisie américaine compte une fois de plus faire supporter la note par les travailleurs. Dès aujourd’hui elle précise que prix, mais surtout salaires seront bloqués à leur niveau actuel, c'est-à-dire à un niveau déjà difficilement supportable pour de nombreuses catégories de travailleurs des Etats-Unis. Il est à prévoir, d’autre part qu’à l’instar de leur sœur américaine, les bourgeoisies des pays d’Europe et du monde, pour maintenir la compétitivité de leurs produits vont elles aussi avoir recours au bon vieux protectionnisme et à une pression accrue sur leurs masses travailleuses. Mais là les travailleurs auront eux aussi leur mot à dire... Ainsi, la crise monétaire peut conduire à une crise économique se traduisant par une baisse considérable de la production, par des milliers de chômeurs, par la misère des travailleurs. Et que Nixon finisse par dévaluer ou qu’il se contente de mesures dans le genre de celles qu’il a prises, le résultat pourrait être le même. Il peut paraître aberrant que la plus grande puissance industrielle du globe, disposant d'énormes ressources et de quantités d’économistes qui se veulent éminents, ne parvienne pas à surmonter ses difficultés monétaires. Mais ce qui est aberrant, c'est le système qui a fait sien un chiffon de papier orné d'un portrait et de quelques signatures, et que toute l’activité de l’homme et finalement que sa vie tourne autour de cette fiction peinte. Ce qui est aberrant, c’est qu’une faiblesse de cette fiction puisse se traduire par une véritable catastrophe pour des millions d’hommes. Ce qui est aberrant en un mot, c’est le système capitaliste, et il est urgent d’y mettre un terme. Irlande : Une guerre d’oppression Depuis plusieurs jours, les combats ont repris dans les rues de Belfast, principalement entre les catholiques irlandais et les membres des forces d’intervention britanniques. La presse écrite et parlée continue de prétendre que la situation est due essentiellement à une poignée d’extrémistes membres de l’IRA (armée républicaine irlandaise), et les présente comme des fauteurs de troubles. Quant aux causes profondes de l'affrontement entre les deux communautés, l’explication la plus courante en est toujours la « guerre de religion » entre catholiques et protestants, et des arguments du style : « les catholiques n’ont pas oublié la défaite qu’ils ont subie en 1690, ils se souviennent du temps où l’Irlande était un royaume unique au Ve siècle ». Des causes réelles de la crise, de la domination à caractère colonial de la Grande-Bretagne sur l’Irlande, de la misère et de l’inégalité sociale qui sont le lot des masses catholiques irlandaises parmi lesquelles on trouve, en certains endroits, non moins de 45 % de chômeurs, rien n’est dit, ou presque. Car il s’agit bel et bien d’une guerre sociale, malgré les apparences. Et les troupes britanniques que l’on continue de présenter comme ayant pour unique rôle de « pacifier », de « ramener le calme », de « tenter de concilier les deux communautés irréductiblement opposées », ne constituent en fait qu’une armée destinée à maintenir l’oppression sur les masses irlandaises. Et le comportement des troupes d’occupation, qui tirent sans sommation, tuant ainsi « par erreur » un camionneur dont la seule faute avait été de tomber en panne devant un commissariat, la sauvagerie de la répression, sont à cet égard révélateurs. La bourgeoisie anglaise, par la voix de son gouvernement, se retranche dans une attitude d’une parfaite hypocrisie, feignant d’être surprise par les formes extrêmes qu’a pris la lutte des catholiques irlandais, alors que si la situation en est arrivée là, c’est bien elle qui en est responsable. En effet, la Grande-Bretagne a longtemps exercé sur toute l’Irlande une domination maintenue par une répression constante, et ce n’est qu’après une longue et sanglante guerre civile que la partie sud de l’île obtint d’abord son autonomie, puis son indépendance (toute formelle d’ailleurs). Mais la bourgeoisie anglaise voulut à tout prix conserver les six comtés du nord, s’appuyant sur la majorité protestante. On ne peut que saluer le courage avec lequel les insurgés irlandais, le plus souvent désarmés, combattent pour faire valoir leurs droits. Mais ce qui est tragique, c’est la forme surannée sous laquelle s'exprime leur lutte. Car alors que celle-ci devrait rassembler en un même camp travailleurs catholiques et protestants, unis contre le même oppresseur, la véritable cause du mal, c'est-à-dire le système capitaliste, on voit s’affronter entre eux les petites gens des deux communautés. Et à ce jeu, une chose est certaine, c’est que les uns et les autres seront perdants, tandis que la bourgeoisie de Grande-Bretagne et d’Irlande continuera de s’emplir les poches.

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La Chine sera-t-elle bientôt membre de l’O.N.U. ?

Après l’annonce du voyage de Nixon en Chine, c’est maintenant la déclaration faite le 2 août par W. Rogers représentant les U.S.A. sur l’entrée de la Chine à l'O.N.U. Ainsi, pour ceux qui refuseraient encore de voir, les choses se précisent. L’O.N.U., successeur de la feu « Société des Nations » que Lénine qualifia naguère de « caverne de brigands », est toute prête à recevoir la Chine, car les U.S.A. qui constituaient l’obstacle principal sont maintenant favorables à son entrée. La Chine, loin de rejeter l’idée de se joindre à ce concert de nations bourgeoises, si elle ne s’y précipite pas à n’importe quelle condition, entend bien ne pas laisser se refermer cette porte ouverte et y met le bout du pied. Pourquoi la Chine ne ferait-elle pas partie de l’O.N.U. diront certains, puisque l’U.R.S.S. y est bien entrée ? Le fait que l’U.R.S.S. fasse partie déjà de I’O.N.U. ne change rien à l’affaire. Car il y a déjà bien longtemps que l’Union Soviétique s’est détournée de la défense des intérêts des travailleurs, qu’elle a déjà en maintes fois prouvé qu’elle était prête à marchander, vendre le droit des peuples (à Yalta, par exemple, où elle s’est partagé le monde avec les U.S.A. et l’Angleterre). Mais, pour tous ceux qui voyaient la Chine jeter des imprécations contre les Etats-Unis et les nations impérialistes, il y a peut-être problème. Pour tous ceux qui s’imaginaient que la Chine est un pays socialiste, il y a incompatibilité entre le fait de lutter contre des brigands et cohabiter parallèlement avec eux au sein d’une même assemblée, qui passe par dessus la tête des populations et maintient l’ordre impérialiste dans le monde. Participer à une telle association serait donc une trahison. Mais, pour nous qui n’avons jamais douté du caractère bourgeois de l’Etat chinois, il n’est pas étonnant de voir la Chine, d’une part inviter «cordialement» Nixon, chef des assassins des peuples vietnamien, laotien, cambodgien et de tant d’autres et manifester d’autre part son désir d’entrer à l'O.N.U. Mais la Chine n’entrera pas à l’O.N.U. à n’importe quelle condition, car elle a payé par un blocus de plus de vingt ans son indépendance vis-à-vis des nations qui la pillaient et elle sait qu’il faut tout arracher aux impérialistes, que rien ne lui sera donné. La condition qu’elle a toujours mise à son entrée à l’O.N.U., outre le fait que ce sont les U.S.A., qui s’opposaient à cette entrée, c’est qu’elle soit la seule représentante et que le gouvernement de Tchang Kai Chek à Formose soit évincé. En réalité, la solution de ce problème dépend aussi des U.S.A. et si la Chine maintient sa position, il n’y aurait rien d'étonnant à ce que les Etats-Unis se débarrassent de leur ancien allié de Formose. De même dans les vastes négociations qui vont s’engager entre la Chine et les Etats-Unis, il pourrait très bien se faire que, compte tenu d’autres avantages qui lui seraient offerts par l'impérialisme, la Chine accepte un compromis sur cette position. ECHOS ECHOS ECHOS Quand l’Etincelle verse des larmes de crocodile sur le sort des paysans La récolte de la canne touche maintenant à sa fin. Et l’Etincelle, organe du P.C.G., tire les conclusions de la campagne sucrière, montrant et démontrant que les petits planteurs sont réduits, une fois de plus, à la portion congrue, le gros magot étant réservé pour les coffres des usines. C’est ainsi que l’Etincelle remarque que les usiniers, avec le système de paiement de la canne à la richesse «fraude avec d'autant plus de cynisme que ce mode de paiement en application a été inventé et décrété pour leur permettre d’accumuler du profit », que « les fiches de paye regorgent d’exemples de fraudes et de fantaisies ». Cela est certes plus que vrai. Mais c’est maintenant que la récolte est finie que le P.C.G. semble s’indigner. Mais qu’a-t-il fait tout d’abord pour lutter contre le paiement de la canne à la richesse quand cette loi allait passer au Conseil Général ? Rien. Il n’a rien fait, il n’a organisé aucune protestation, il n’a regroupé personne pour lutter et empêcher que la loi passe. Au moment de la dernière grève des planteurs et ouvriers agricoles, qui a duré trois mois, Qu’est-ce que le P.C.G. a fait ? Rien. Ou plutôt, si, il a tout mis en œuvre, quand il a vu l'ampleur de la grève, pour que le travail reprenne sur les champs. Il n’a pas protesté et n’a pas réagi contre les matraquages des CRS à Ste-Rose, et la présence des « forces de l’ordre» sur les champs. Plus préoccupé des élections que de la lutte des paysans et des ouvriers agricoles, le P.C. a fait tout son possible pour laisser dans l’impasse, donner le moins de publicité à la lutte contre les usiniers. On a même vu un membre du P.C.G. (de Capesterre) transporter des jaunes pour inciter les travailleurs à la reprise. Alors, écraser une larme après sur le sort des paysans, c’est le comble de l’hypocrisie. Pointe-à-Pitre : des chiens, des rats, des moustiques Que font donc les services d’hygiène ? Les directeurs de ces services ont-ils les yeux et les narines bouchés ? Depuis quelque temps Pointe-à-Pitre est envahie de chiens, les rats pullulent, les moustiques vous piquent de partout provoquant des démangeaisons parfois sérieuses. Mais c’est surtout le problème des chiens qui, actuellement, nous semble revêtir une certaine importance. En effet, jour et nuit, des bandes de chiens sillonnent les rues de la ville, renversant les poubelles, faisant la nuit un vacarme épouvantable. Depuis quelque temps, il n’est pas rare de voir des cadavres de chiens étalés sur la chaussée empestant ainsi l'atmosphère. Outre ces inconvénients la D.A.S.S. devrait savoir qu'un grand nombre de chiens errants constitue un danger réel pour la santé et l’hygiène des citadins. Alors qu’attend-on pour prendre les mesures qui s’imposent ? Pour ce qui concerne les moustiques il serait urgent qu’on prenne des mesures radicales pour nous débarrasser de ce fléau. Il est quand même aberrant que, dans des pays qui ne sont pourtant pas grands, on n’ait pas progressé plus que cela contre les moustiques. Bien sûr, le paludisme n’est plus aussi étendu qu’il y a quelques dizaines d’années, mais d’autres maladies sont encore transmises par les moustiques (filarioses par exemple). Actuellement sévit aux U.S.A. une épidémie d’encéphalite équine qui est partie du Venezuela. La D.A.S.S. est-elle au courant de ce fait ? Quelle mesure compte-t-elle prendre préventivement ? Quand on sait que cette maladie est transmise par les moustiques, il y a lieu de s'inquiéter. Martinique : les employés de banque soutiennent l’action des employés de la Caisse centrale Le 12 juillet, le personnel de la caisse centrale de coopération économique et de l’institut d’émission a déclenché une grève illimitée pour faire aboutir ses revendications, c’est-à-dire : — L’attribution du même statut que celui de leurs homologues parisiens, ce que refuse catégoriquement la caisse de Paris, de même que leur alignement sur la fonction publique. — Un planning des rémunérations, des indices, des promotions, administrés de façon anarchique jusque là. En signe de solidarité, le personnel des banques a cessé le travail pour 24 heures le jeudi 22. Soulignons que le secteur des banques et attenant aux banques est, depuis des mois, un des secteurs les plus combatifs et a déjà déclenché des mouvements de grève avec succès. C’est ainsi que le mois dernier, le 8 juillet plus précisément, le personnel du trésor, à Fort-de-France, Trinité, Basse- Pointe, s’est mis en grève pour 24 heures, afin de protester contre la suppression des remises concernant l’octroi de mer, contre la pénurie des locaux et le manque de personnel. Dans le secteur bancaire, comme dans de nombreux autres secteurs, les travailleurs sont décidés à ne pas s’en laisser conter et ont choisi la lutte. Le S.M.I.C. antillais en hausse ! Après le S.M.I.C. en vigueur en France, celui des Antilles vient d’être augmenté. Il passe à 3,23 F de l'heure pour les professions non agricoles (soit 560,60 F par mois) et à 2,69 F de l’heure pour l’agriculture. La radio a lancé des appels répétés pour inciter les patrons à respecter le S.M.I.C. C’est à croire que les services de la préfecture ont de bonnes raisons de penser que nombreux sont les patrons qui ne respectent pas le S.M.I.C. Mais si ce fait est exact, il n’en reste pas moins que ce n’est pas le simple respect du S.M.I.C. qui doit être l’objectif des travailleurs dans leurs luttes quotidiennes. Evidemment, il est élémentaire de dénoncer tout salaire inférieur à ce S.M.I.C., comme tous ceux qui emploient des travailleurs sans les déclarer à la Sécurité Sociale. Mais les luttes des travailleurs agricoles et des ouvriers d bâtiment ont ouvert la voie permettant d’obtenir des augmentations importantes de salaires. Il faut au moins 1.200 à 1.500 F pour vivre à peu près décemment dans le « D.O.M. » où l’on accorde d’ailleurs 40% de prime à la vie chère aux fonctionnaires de l’Etat. C’est grâce à leurs luttes qu’ils l’ont obtenue. C’est aussi par la lutte que les travailleurs du secteur privé imposeront des salaires qui leur permettent de vivre au moins décemment. Guadeloupe : dans le bâtiment la répression patronale continue Les patrons veulent continuer à faire payer aux travailleurs leur grève : la répression quotidienne du patronat est de plus en plus féroce. A la COLAS, les cadences deviennent de plus en plus infernales, les ouvriers se voient souvent contraints de faire 12 heures de travail par jour et même de venir le dimanche sous peine d'être licenciés. Dans la même entreprise, le patron n’a pas cru devoir payer aux ouvriers leur dernière quinzaine. En effet, un cambriolage se serait produit, et les fiches de paye ayant disparu, il faudrait les refaire. Arguant de cela, le patron, non seulement refuse de les payer, mais encore refuse une avance. Les coffres de la COLAS sont suffisamment remplis pour que l’on puisse payer les travailleurs. De toutes façons, ceux-ci n’ont pas à faire les frais de ce cambriolage. Dans beaucoup d'autres entreprises, à la S.A.E., S.A.B., chez PAUMELLE, ce ne sont que propos grossiers et racistes de la part des patrons. Mais les travailleurs ne se laissent pas faire, à UNITE-SEGTA, par exemple, ils ont refusé de faire des heures supplémentaires et par l’intermédiaire de leur syndicat ils répondent du tac au tac, avec tous les moyens dont ils disposent, à chaque attaque patronale.

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Assez des hausses de prix !

Si l’on en croit le ministre français des Finances, Giscard d’Estaing, le franc se porte bien. Suit à l’appui de sa démonstration une série d’affirmations suivant lesquelles la France a rétabli l'équilibre de sa balance commerciale, qu'elle a remboursé sa dette à l’étranger, etc. La situation économique de la bourgeoisie française semble donc florissante. Ceux qui se font encore des illusions sur les bons sentiments qui animent la classe possédante, pourraient être tentés de dire : «puisque la richesse nationale est accrue, cela va se répercuter sur le niveau de vie des travailleurs». A ceux-là, Giscard d’Estaing s’est empressé d’infliger un démenti. Non seulement le gouvernement conseille aux patrons de ne pas augmenter les salaires de façon trop importante, mais encore il leur montre lui-même la voie à suivre en augmentant la quasi-totalité des tarifs dans les services publics : transports, gaz, électricité, téléphone, tarifs postaux, etc. Une fois de plus, ce sont les produits ou services les plus nécessaires qui sont touchés par l'augmentation, le gouvernement s'attaque directement au niveau de vie des travailleurs. Même l’augmentation du coût de la vie, calculée d’après le barème officiel (bien que celui-ci représente fort mal la réalité) a déjà atteint en six mois le niveau prévu par le plan pour toute une année. Mais tout ceci n’empêche nullement le gouvernement de dormir, et Giscard d’annoncer avec une belle assurance que le gouvernement prend toutes les mesures nécessaires pour lutter contre la hausse des prix. Mais jusqu’à quand donc les Giscard, Chaban et ceux pour le compte desquels ils agissent, c'est-à-dire la bourgeoisie, continueront-ils à se moquer des travailleurs avec une telle impudence ? Lorsque les travailleurs, excédés par la dégradation continuelle de leurs conditions de travail et de vie, se lèveront pour leur demander des comptes, gageons qu’ils sauront faire perdre leur belle assurance aux fieffés menteurs qui nous gouvernent. INCULPATION DE TROIS ÉTUDIANTS EN GUADELOUPE Le 13 juillet, trois étudiants ont été inculpés de : 1°) action concertée à force ouverte par un groupe avec violences ou dommages ; 2°) rassemblement illicite avec violences ou dommages. Ils sont actuellement en liberté surveillée et l’instruction se poursuit. En fait, il s’agit d’atteindre ces étudiants en raison de leur présence à Baimbridge lors des violentes bagarres qui avaient éclaté en mai, et où se trouvaient des centaines d’autres personnes. Mais par-delà les simples événements de Baimbridge il s'agit d’une campagne d’intimidation et de répression à rencontre de tous ceux qui, peu ou prou, ont participé ou ont soutenu activement le vaste mouvement de grève qui a bouleversé la Guadeloupe de janvier à mai. Déjà la répression avait frappé trois syndicalistes de l’U.T.A. Gostymen, Ardan, Landro, pendant la grève dans la canne, puis ce fut l’agression de Labade, ouvrier agricole syndicaliste, laissé pour mort sur le chemin par les képis rouges. Ce fut l’arrestation et le procès de Jasor, le matraquage de Dino Gabin, ouvrier du bâtiment, que les képis rouges ont manqué de précipiter d’une falaise sur la route de la traversée, ce qui ressemble fort à une tentative d’assassinat (cf. la lettre de Dino Gabin au garde des Sceaux publiée dans la presse). Actuellement, c'est le tour des trois étudiants, lis avaient soutenu le mouvement des ouvriers en bâtiment, des travailleurs agricoles. Parce que ces étudiants se sont montrés actifs, qu’ils sont dirigeants d’associations étudiantes, on veut désamorcer le mouvement étudiant en frappant à la tête ; mais que le colonialisme sache que par ce procédé, il ne fait que fabriquer plus de « gauchistes », car, plus il réprimera, plus la jeunesse étudiante et lycéenne de ce pays se révoltera. Chacun doit se sentir concerné par cette inculpation, soutenir les étudiants et exiger l’arrêt des poursuites. Le stationnement devient payant à Fort-de-France Pour essayer de régler le problème de la circulation dans le centre de Fort-de- France, la municipalité n’a trouvé comme solution que le stationnement payant. Certes, nous dira-t-on, les parkings, il y en a trois, seront gratuits (encore heureux !) et serviront à contenir les voitures qui stationnent longtemps. Mais, il n’est pas dit que ce soient les voitures devant stationner longtemps qui seront garées là. Beaucoup de gens préféreront garer leur voiture au parking, même pour peu de temps, pour ne pas avoir à payer : ce sera la bousculade aux parkings, et beaucoup d’usagers qui doivent garer leur voiture pour un temps assez long, seront obligés d’avoir recours au stationnement payant. Ce qui leur reviendra cher sans apporter de véritable solution aux problèmes que se pose (avec raison d’ailleurs !) la municipalité de Fort-de- France. Aucune solution sérieuse n’a été trouvée au problème de la circulation dans cette ville où tout se bouscule : voitures de la Tuma, taxis, poids lourds, voitures de tourisme. Aucune aire de stationnement, aucune gare n’ont été prévues ; pour ce qui est des voitures particulières, les parkings sont trop peu nombreux, trop petits : c’est là un problème d’urbanisme important qui se pose dans toutes les grandes villes : pourquoi ne pas y mettre « le paquet », étudier le problème sérieusement, faire appel à des experts, des urbanistes, des architectes, tout en exigeant du gouvernement une subvention à cet effet ? Car le tort de la municipalité c’est précisément de vouloir gérer le mieux possible avec les maigres fonds qui lui sont accordés sans mobiliser la population pour exiger que l’Etat prenne en charge ces dépenses. Pourquoi faire payer l'usager, encore l’usager, toujours l’usager ? 20 août 1940 : Staline faisait assassiner Trotsky Le 20 août 1940, le révolutionnaire russe Léon Trotsky tombait à Coyoacan, dans la banlieue de Mexico, assassiné par un agent de la Guépéou, Jacques Mornard. Les méthodes de lutte inaugurées depuis quinze ans par le stalinisme dans le mouvement ouvrier, russe d’abord, international ensuite, trouvaient leur point culminant dans l’élimination physique de l’adversaire idéologique. Mais qui était Léon Trotsky ? Pourquoi Staline n’a cessé de le poursuivre de sa haine jusqu'à la mort ? Léon Trotsky, de son vrai nom Lev Davidovitch Bronstein, naquit en 1879 dans le sud de la Russie. Dès dix-huit ans, il dirige les cercles ouvriers d’Odessa. Il est élu président du Soviet de Pétrograd en 1905, lors de la première révolution russe. En 1917, de nouveau président du soviet en septembre, il prépare l’insurrection d’Octobre. Commissaire du Peuple aux Affaires Etrangères, puis à la Guerre, il crée l’Armée Rouge qui écrase la contre-révolution blanche en Russie. En 1920, à la fin de la guerre civile, il est, après Lénine, le dirigeant le plus populaire de la Russie des Soviets et de l’internationale Communiste. Cependant, à partir de 1923, de graves faits vont intervenir. Tout d’abord du point de vue international, les ouvriers n'ont pas su ou n’ont pas pu prendre le pouvoir lors de la vague révolutionnaire consécutive à la guerre impérialiste de 14-18. A cet égard, l’échec de l’insurrection allemande d’octobre 1923 et de l’insurrection bulgare de septembre 1923 marque un tournant. La bourgeoisie s’est ressaisie, son pouvoir s'est stabilisé. Il faut attendre plusieurs années avant de voir la possibilité d'une autre révolution. Or, dans le foyer de la révolution, en Union Soviétique, de graves déformations, nées justement de son isolement, ont lieu au sein de l’appareil d’Etat. L’Etat mis en place par la révolution prolétarienne devient de plus en plus l’instrument d’une bureaucratie privilégiée, et se tourne contre le prolétariat. La bureaucratie annonce la théorie du socialisme dans un seul pays. Cette théorie signifiait l’abandon de la révolution mondiale, la liquidation de l’internationale Communiste. La lassitude du prolétariat russe à l’issue d’une guerre de six ans, de famines prolongées, des tueries atroces perpétrées par les impérialistes allait permettre aux plus bornés, aux fonctionnaires de l’appareil d’Etat de prendre en main le parti afin d’infléchir la politique prolétarienne vers la paix avec la bourgeoisie mondiale. Ce rôle de collaboration de classe allait être joué par la fraction de Staline. Mais pour cela, il fallait liquider, éliminer tous ceux qui croyaient en la nécessité de la révolution mondiale. Léon Trotsky fut le dirigeant de tous ceux qui refusaient la politique de compromission avec la bourgeoisie mondiale. Aussi à partir de 1923, il organise l’Opposition de Gauche, vite persécutée et pourchassée. Exclu du Comité central en 1927, exilé à Alma-Ata en 1928, un an plus tard il est expulsé en Turquie. Là, il s’attache à regrouper l’opposition de gauche internationale, composée des militants des différents P.C. exclus lors du cours stalinien de l’I.C. En 1933, à la suite de la défaite sans combat des ouvriers allemands devant le fascisme par la faute du P.C. allemand, il devient clair que le prolétariat ne peut pas compter sur la IIIème Internationale pour le mener à la victoire de la révolution. Trotsky décide alors la fondation de la IVe Internationale. Dès lors, le combat politique qu’il mènera sera celui du renforcement de la IVème Internationale. En effet, du fait que les masses, non éduquées, suivent les partis staliniens, du fait que les révolutionnaires sont coupés de ces masses, le problème qui va se poser sera celui de la défense des acquis théoriques du marxisme la lutte contre l’opportunisme, l’éducation d’une nouvelle génération de militants révolutionnaires. C’est à cette tâche que s’attellera Trotsky, dans ses écrits de l’époque, surtout « La Révolution trahie » et le «Programme de transition». La fondation de la IVème Internationale sera donc le couronnement de son œuvre. Staline mesurait l’importance de l’activité et des idées de Trotsky pour le mouvement révolutionnaire. Et c’est pour mettre fin à cette activité qu’il envoya ses assassins. Mais si Staline a pu faire assassiner l’homme, il n’a pas pu liquider le courant révolutionnaire. Et c’est dans le renforcement de ce courant que réside la chance du prolétariat mondial d’abattre l’ordre bourgeois, pour commencer enfin à bâtir une société basée sur l'égalité, la société socialiste.