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Archives de CO/CO de 1 à 10/CO n°3

CO n°3

Editorial

LE MECONTENTEMENT DES TRAVAILLEURS EST GRAND mais ils manquent d’organisation

La vague de grève qui a déferlé en Guadeloupe depuis le début de l'année 1971 n'est pas complètement retombée. S'il n'y a pas de mouvements qui connaissent l'ampleur des grèves de la canne à sucre et du bâtiment, il n'empêche que le mécontentement existe au sein de nombreuses autres catégories de travailleurs. Ainsi, la grève des hospitaliers a suivi celle du bâtiment ; du reste, ce n'est pas seulement à la Guadeloupe que ces grèves se déroulent. Depuis plus de six mois, il y a eu toute une série de mouvements à la Martinique parmi les employés de banque, ceux de la TUMA (transports), les enseignants, les dockers, les ouvriers du bâtiment, et bien d’autres. De plus, la participation importante des travailleurs aux manifestations qui ont marqué le passage de Messmer à Fort-de-France a montré que le mécontentement des travailleurs martiniquais était grand. Si donc la vague de grèves s'apaise et n'a plus la force qu'elle a connu avec les luttes des travailleurs agricoles et ceux du bâtiment, il n'en reste pas moins que la classe ouvrière n'entend pas se laisser écraser sous l'exploitation féroce des capitalistes. Chaque fois qu’un minimum d'organisation lui est fourni, elle n’hésite pas à entrer en lutte. Et pourtant, les conditions de cette lutte sont dures. La situation générale est telle — vu l’ampleur du chômage — que les patrons n’hésitent pas à recourir au licenciement des ouvriers jugés peu dociles ou à des « compressions de personnel » en fonction des variations de leur chiffre d’affaires. Il n'y a donc aucune sécurité d’emploi pour les ouvriers. On pourrait presque dire que l’ensemble de la classe ouvrière, ici, est composé de chômeurs parmi lesquels les patrons puisent pour leurs besoins et qu’ils rejettent quand les affaires vont moins bien. La masse d'ouvriers et d'employés ayant un emploi stable reste donc faible, le chômage est massif. Et cela aggrave considérablement les difficultés de la lutte ouvrière. La majorité des ouvriers est consciente pourtant qu’il faut se battre pied à pied, mais hésite à se lancer dans des grèves, dans la mesure où elle sait qu'il n'existe aucune organisation qui permette un succès réel de ces luttes. Même l'activité syndicale est réduite à sa plus simple expression. La constitution d’une section syndicale d'entreprise et la participation aux élections de délégués nécessitent une lutte farouche, lutte, il faut le dire, que les syndicats les plus importants refusent de mener, ne voulant faire aucun mal aux patrons. Les responsables syndicaux sont quasi-introuvables quand on a besoin d'eux ou alors, dans beaucoup de cas, font partie des... cadres ou ont des situations qui les placent plutôt du côté des patrons que de l'employé (par exemple, à la Sécurité sociale). Et cela n'a rien d'étonnant. La situation qui est faite aux travailleurs des soit-disant D.G.M. est telle qu'il suffirait d'un minimum d'organisation dans les entreprises et de quelques centaines de militants sérieux, dévoués et combatifs pour que les patrons se trouvent acculés à faire des concessions importantes. Et, c’est aussi pourquoi les organisations qui parlent au nom des travailleurs P.C.M., P.C.G., C.G.T., etc.) préfèrent refuser toute lutte, car si les travailleurs se sentaient soutenus et organisés, ils pourraient assez vite en venir à une lutte générale contre les patrons et, de mouvements en mouvements, déboucher sur un coup de balai général dans la maison. Cela, les partis communistes ne le veulent pas. Les seules luttes qu’ils sont prêts à mener se situent autour d’une hypothétique table ronde avec les représentants du colonialisme et des patrons. La tâche de ceux qui veulent se mettre au service de la classe ouvrière est donc de travailler à la munir de l'organisation indispensable à la lutte contre les patrons. Chaque fois que cela sera possible, les militants qui veulent aider la classe ouvrière à triompher un jour du capitalisme et du colonialisme, devront les aider aussi dans leurs luttes quotidiennes (informations sur les méfaits journaliers des patrons, sur tes luttes des- travailleurs, constitution de sections syndicales d’entreprises, analyse de la situation nationale et internationale, éducation théorique, création de comités de chômeurs). Ce n’est que lorsque les travailleurs se sentiront mieux armés au point de vue de l’organisation que leur mécontentement pourra déboucher sur une amélioration sensible de leur condition de vie et de travail. La visite de Nixon en Chine : un recul de l'impérialisme Dans l’actualité récente, la nouvelle qui, incontestablement, aura fait le plus de bruit et surpris le plus de monde, est l'annonce d'un rapprochement entre les Etats-Unis et la Chine. Rapprochement concrétisé par le prochain voyage du président Nixon en Chine. Mais si les rapports des deux Etats, se proclamant naguère irréductiblement hostiles l'un à l'autre connaît un changement spectaculaire, il n'en reste pas moins que l'impérialisme américain et le gouvernement chinois demeurent pour chacun fidèles à leur logique. Contrairement à ce que d aucuns prétendent, ce n’est pas la Chine qui est en train de changer d'attitude. C'est l'impérialisme américain. Dans la « guerre froide » sino-américaine qui durait depuis plus de vingt ans, c'est le gouvernement américain qui était l’agresseur. C'est lui qui soumettait la Chine à un blocus économique implacable, et si la détente s'amorce, c'est parce que la Maison-Blanche accepte aujourd'hui de reconnaître un état de fait vieux de vingt ans, accepte de reconnaître l'existence de la Chine populaire, et renonce à son blocus politique et économique. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les U.S.A. jouent en Asie, comme ailleurs dans le monde, le rôle du gendarme impérialiste » consistant à briser par la force les mouvements d’émancipation nationale des pays de l’Asie du Sud-Est. Et pour essayer de parvenir à cette fin, les U.S.A. ont mis en œuvre les moyens les plus barbares : blocus économique de la Chine, débarquement armé en Corée, et au Vietnam, napalm, bombes, etc. Et maintenant, Nixon parle de réembarquer ses troupes du Vietnam et de mettre fin au blocus contre la Chine ! Ce qui a poussé l'impérialisme à accomplir ce virage, ce ne peut être que son impuissance à mater les combattants vietnamiens et le peuple chinois. Ceux-ci peuvent donc, à bon droit, considérer l'ouverture de Nixon comme une victoire. Ceci dit, cette victoire ne servira que les intérêts nationaux de l'Etat chinois, et non la cause des peuples opprimés par l'impérialisme dans le sud-est asiatique ou ailleurs. Car si l'impuissance militaire de l'impérialisme américain au Vietnam peut l'amener à y rechercher une solution négociée avec le F.N.L., il n’est pas pour autant prêt à faire des concessions ailleurs. Bien au contraire, l’impérialisme n'envisage de reculer que pour mieux maintenir sa domination. Il n'était pas absolument contraint de faire un pas en arrière. A défaut de pouvoir gagner la guerre, il avait les moyens militaires de se maintenir indéfiniment au Sud-Vietnam et de faire durer le blocus de la Chine. Mais Nixon pense que la tactique de la main tendue sera plus payante, les dirigeants américains ont d'ailleurs clairement exprimé ce point de vue à plusieurs reprises. Il s'agit, pour eux, en un mot, d'essayer de s'entendre avec le plus puissant des Etats d’Extrême-Orient pour obtenir de lui, en échange de sa reconnaissance, qu'il refuse d'aider, voire qu'il incite à la « modération » les mouvements d’émancipation nationale des autres Etats, d’obtenir de lui qu'il se fasse le champion de la coexistence pacifique en Asie, comme l'U.R.S.S., et les différents Partis communistes le sont depuis des années dans le reste du monde. Et quoiqu’en disent les supporters inconditionnels de la Chine, c'est un accord que le gouvernement de Mao-Tsé-Toung est tout à fait capable d'accepter, s'il pense que l'intérêt national de la Chine y trouve son compte. L’attitude de la Chine dans nombre de conflits internationaux (par exemple le cas récent de la crise pakistanaise) a montré que pour elle, comptait uniquement sa propre défense, son propre avenir. Et sa virulente opposition verbale à l'impérialisme ennemi des peuples tenait simplement à ce que, jusqu’à maintenant, celui-ci refusait de reconnaître son existence. De ce changement de la politique américaine vis-à-vis du Vietnam et de la Chine, il y a, pour les travailleurs, deux leçons à tirer. La première, c'est que malgré sa force matérielle et militaire, l'impérialisme n'est pas tout puissant, et que la résistance héroïque des peuples peut l'amener à reculer, comme viennent de le démontrer les combattants vietnamiens. Mais la seconde, c’est que les travailleurs ne doivent pas mettre leurs espoirs dans quelque Etat soi-disant révolutionnaire existant actuellement, car aussi bien l’U.R.S.S., que la Chine ou que Cuba ne se battent que pour la défense de leurs intérêts nationaux. Pour abattre l'impérialisme, les travailleurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes, que sur leur détermination, et que sur les organisations qu’ils auront su se forger dans la lutte. Liberté de la presse ? Il paraît que la France est un pays où règne la liberté : nous avons notamment le droit de dire ce que nous voulons, pourvu que cela ne dépasse pas le cadre de la loi bourgeoise. Cela n’empêche pourtant pas les autorités françaises de bloquer, après le numéro 1, le numéro 2 de Combat Ouvrier à l’aérogare du Raizet, alors qu'il est vendu librement en France. A la même époque, nous apprenons que Sartre est poursuivi en justice pour des articles de la « Cause du Peuple », vieux d'un an. « Rouge », le journal de la Ligue Communiste est, lui aussi, poursuivi pour insultes à la police. De même, « L’Idiot International », mensuel maoïste, a écopé de plus d'un million d’AF d’amende. Cette série d’attaques et de provocations des autorités, parallèle au matraquage du journaliste Jaubert. après une manifestation d’Antillais à Paris, nous prouve une fois de plus que la liberté n’existe pas, aux yeux de la bourgeoisie et de ses représentants zélés, pour ceux qui se dressent et luttent contre l’injustice de ce monde. Pour ceux- ci, il faut la matraque, les amendes, la prison, en attendant mieux. *** Pour protester contre l’interdiction de fait de notre journal à la Guadeloupe, plusieurs personnes faisant partie du « Comité de Soutien à Combat Ouvrier » participaient à une diffusion de tracts à Pointe-à-Pitre. Au cours de la diffusion, une prise de parole permettait d’expliquer aux passants les faits. Plusieurs dizaines de personnes écoutèrent avec sympathie l’orateur et se renseignèrent sur « Çombat Ouvrier » et sur les raisons de son « interdiction ». Des tracts ont été diffusés également à Basse-Terre et à Capesterre. L’action du Comité de Soutien continue !

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ECHOS ECHOS ECHOS Augmentation du S.M.I.C... en France

Le S.M.I.C. a augmenté de 4,6 % au 1er juillet 1971. Le S.M.I.C., c’est le salaire minimum pour lequel les capitalistes ont le droit d’exploiter les travailleurs. Il passe donc de 3,68 F à 3,85 F. Il existe en France près de 800.000 personnes qui touchent ce salaire mensuel, soit 667,32 F (pour 40 heures par semaine) mensuellement. Quant aux Antilles, la situation est encore plus lamentable. Car à l’exploitation capitaliste qui règne en France comme ici, vient s’ajouter l’oppression colonialiste. Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion sont des chasses gardées qui permettent à un certain nombre de grandes entreprises françaises de réaliser des super-profits par l’exploitation d’une « main- d’œuvre » à bon marché. C’est ainsi que tout « département français » que nous sommes, le S.M. I.C. n’est pas applicable ici. Pensez- vous, un salaire de 667 F !! C’est trop, beaucoup trop pour les ouvriers d’une colonie ! Tel est le raisonnement des capitalistes. Alors, Messmer, vous qui prétendiez, avec toute la morgue des « grands chefs » colonialistes qui visitent « leur » colonie, être cartésien : la Guadeloupe, c’est la France ou ce n’est pas la France ? Alors si c’est « la France », si nous sommes « département français », pourquoi les salaires de milliers d’ouvriers sont-ils inférieurs à 3,68 F (ancien S.M.I.C.), sans même parler des 3,85 F ? Allons, répondez avec votre logique... cartésienne ! La Transat ne fait pas toujours ce qu'elle veut Sur les docks de Pointe-à-Pitre, la Direction de la Transat veut, par n’importe quels moyens, accroître ses profits. Dernièrement, lors d’un débarquement de chaux et de scories toxiques, elle refusa aux travailleurs le droit de consommer à ses frais du lait et de passer une visite médicale comme il est obligatoire dans ce genre de travail. En effet, le débarquement de ces produits constitue un risque pour la santé des dockers, tandis que les capitalistes attendent bien au frais que soient acheminées les marchandises dont ils tireront tant de profits. Et c’est la moindre des choses que ce soit la Transat qui débourse, pour assurer une protection élémentaire aux travailleurs, car ceux-ci n’ont pas à mettre en danger leur santé et leur vie pour engraisser leurs exploiteurs. Martinique : grève de la TUMA En Martinique, les chauffeurs de la TUMA, compagnie de transports de Fort- de-France, sont en grève. Les dirigeants de cette coopérative ont depuis un certain temps de sérieuses difficultés, d’autant qu’à partir du 31 juillet 1971, la municipalité de Fort-de-France ne renouvelle pas le contrat par lequel elle aidait cette société à fonctionner. Pour s’en sortir, la Direction, après avoir fait des bénéfices substantiels, ne trouve rien de plus efficace que de donner un préavis de licenciement aux chauffeurs et céder la gestion à de nouveaux actionnaires encore plus rapaces qui proposent aux chauffeurs de les réembaucher dans des conditions de travail absolument ignobles : — 6 h du matin à 22 h ; — suppression de la Sécurité sociale ; — salaire forfaitaire. La bourgeoisie, aux Antilles, comme ailleurs, ne recule devant rien et croit pouvoir opprimer sans vergogne les travailleurs. Lorsqu’une affaire devient difficile à gérer (comprenons lorsque la Direction ne fait plus assez de profit), elle la « cède » mettant ainsi le personnel, nullement responsable des désordres financiers, au chômage ou à la disposition d'exploiteurs plus féroces. Comme première réponse, les travailleurs se sont mis en grève, réclamant : 1) Le paiement de tous les jours de préavis pendant lesquels ils sont restés sans travail. 2) Le paiement d'un rappel depuis novembre 70 jamais payé. 3) Paiement des congés payés 70-71. 4) Une indemnité de licenciement. Jarry : l'envers de la médaille La zone industrielle de Jarry, fleuron de la société capitaliste en Guadeloupe, orgueil du colonialisme et des grandes et moyennes entreprises, est en fait un des hauts lieux d’exploitation féroce de la classe ouvrière. Les salaires sont misérables, bien au-dessous du S.M.I.C. parfois. Ainsi, à la SAGBA, certains ouvriers ne gagnent que 3,10 F de l’heure. Quant aux règles les plus élémentaires d’hygiène et de sécurité, elles n’existent pas : les vestiaires et les W.C. sont crasseux, les ouvriers n’ont ni gants, ni casques, ni souliers adéquats pour travailler. Des charpentes métalliques sont parfois posées sans échafaudage. Il faut déplorer aussi l’absence de cantines à des prix abordables : les travailleurs, à l’heure de la pause, sont obligés de se restaurer en payant 4 F pour un seul plat, c’est-à-dire plus de 90 F par mois pour un salaire de 600 à 700 F ! Voilà un aspect de l’envers du décor à Jarry. Chez SHAB : licenciements massifs Depuis environ un mois, l’entreprise Shab débauche. Actuellement, ce sont environ 60 travailleurs qui se retrouvent à la rue. Le patron déclare sans aucune gêne qu’il n’y a pas de travail alors que le 1er juillet, par exemple, il cherchait parmi des travailleurs en dehors de la boîte, une quinzaine d’ouvriers pour faire un travail sur son chantier de Port-Louis. En réalité, si la Direction de Shab licencie ce n’est que pour faire travailler ceux qui resteront ou ceux qui seront réembauchés comme des forçats, plus de dix heures par jour... et le dimanche. C’est aussi pour faire travailler des ouvriers qui n’ont pas de contrat, ce qui permet à la Direction de Shab de ne payer aucune charge sociale. Quant à l’argument qu’il n'y a pas de travail, il n’est pas fondé : Shab a des chantiers à Port-Louis, un autre va s’ouvrir du côté de Gosier. Ce n’est donc même pas à cause de difficultés économiques que la Shab prive des travailleurs de leur emploi et les ouvriers de cette entreprise sauront s’organiser pour que cessent ces abus. Les examens, échecs au compte de l'administration L'année scolaire s'achève avec la période des examens. Pour nombre de parents peu fortunés, ceux-ci sanctionnent de longues années de privation afin qu’au moins un de leurs enfants arrive au B.E.P.C., au brevet élémentaire et peut-être, qui sait, au bac. Pour ceux-là, la surprise a été dure : au brevet élémentaire, le total des admis avoisine 4 %, au B.E.P.C., à l’issue des épreuves écrites, 10 % de réussite. Les résultats sont à peine meilleurs à Vizioz ou au C.E.S.L. (15 admis en anglais sur 150 inscrits). Quelles sont les causes de ces échecs? Tout d’abord, la non-adaptation des programmes aux conditions du pays, les établissements vétustes et dépourvus de tout matériel moderne (C.E.G. de Saint-François), la politique du tape-à-l’œil (établissements neufs mais sans mobilier ni plateau d’E.P.S. — exemple : C.E.S. du Raizet), ensuite les conditions dans lesquelles se déroulent les examens. Certains enseignants avaient trop de copies à corriger en regard du temps qui leur était laissé et ne pouvaient vérifier la correction de leurs collègues ; d’autres, sans être convoqués, se retrouvaient subitement devant 50 ou 80 copies. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner après cela des échecs successifs et répétés aux examens. Il y a tout lieu de croire que, l’année prochaine, il en sera encore de même, car ces résultats vont finalement dans le sens des désirs de l’Administration, qui serait bien incapable de fournir des postes aux diplômés s’ils étaient plus nombreux. Martinique : grèves des stations-service Depuis déjà plus d’un mois, les détaillants concessionnaires de la Martinique expriment leur mécontentement par une grève du zèle. Ils ont réduit les heures d’ouverture des stations-service de 72 heures hebdomadaires à 42 heures avec fermeture le samedi et le dimanche. Les stations sont donc ouvertes chaque jour de 7 heures à 15 heures et le vendredi de longues files de voitures font la queue pour avoir de l’essence et certaines stations en arrivent même à manquer de carburant. Les détaillants concessionnaires réclament une augmentation de leur marge bénéficiaire qui est actuellement de 7 % par litre d’essence, ce qui correspond à 5,9 centimes par litre de super. Mais, sur cette marge, les détaillants concessionnaires doivent supporter : — la location de la station variant de 1.200 à 1.500 F par mois ; — l’électricité ; — les impôts ; — deux équipes d’employés avec les charges sociales. Pour appliquer à la fois l’horaire d’ouverture d’avant la grève et la semaine de 40 heures, il faudrait embaucher une troisième équipe. Les détaillants concessionnaires ne pourraient financièrement le supporter ; ils revendiquent donc une augmentation de 12 % pour faire face à ces dépenses, et cela est parfaitement possible sans relever le prix de l’essence, car, les grandes sociétés comme Shell, Esso, qui font des superprofits inimaginables peuvent prendre dessus. Dans toute cette affaire, ce sont les petits employés des stations qui risquent d’être les plus grugés, car leur salaire déjà bien maigre, peut diminuer avec la réduction des horaires. Les détaillants concessionnaires ont raison d’entreprendre cette lutte pour les 12 % qu’ils réclament aux grosses sociétés... mais à condition que ces 12 % servent aussi à augmenter le salaire des employés. Sinon, ces derniers doivent l'exiger de même qu’ils doivent exiger l’embauche d’une troisième équipe pour ne pas avoir à faire d’heures supplémentaires.

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A PROPOS DU RAPPROCHEMENT SINO-AMERICAIN

La guerre du Vietnam touche-t-elle à sa fin ? Serions-nous près de voir le retrait américain au Vietnam et se terminer la « sale guerre » ? C’est la question que l'on peut maintenant se poser avec l'évolution rapide de la politique américaine vis-à-vis de la Chine, et ses conséquences probables sur le problème vietnamien. Si le gouvernement américain a fait bon accueil aux dernières offres de paix du F.N.L., si Nixon révise sa politique dans le Sud-Est asiatique, ce n’est pas parce qu'il est devenu pacifiste. C’est que l'armée américaine est démoralisée et que l’opposition à la guerre parmi les « boys » ne fait que grandir. Chaque jour, les jeunes soldats américains sont toujours plus écœurés par cette guerre et beaucoup ne trouvent refuge que dans la drogue qui fait des ravages dans leurs rangs. Déjà, ces dernières années, de nombreuses mutineries ont éclaté, des tracts et des journaux clandestins contre la guerre circulent dans tous les camps. C'est ainsi qu’aux U.S.A. même, l’opposition à la guerre grandit de jour en jour, que la guerre devient de plus en plus impopulaire. C'est enfin que la situation économique et sociale ne fait que s’aggraver. La crise du dollar, l’inflation, les quelques millions de chômeurs, les grèves comme celles du cuivre, des dockers, qui menacent de faire tache d'huile, tout cela est directement ou Indirectement' lié «à la guerre du Vietnam. D'autre part, le G.R.P. est pratiquement prêt, il l'a laissé entendre, à rentrer dans n'importe quel gouvernement à condition que Thieu ne s’y trouve pas. Ne pouvant battre militairement les Américains, le G.R.P. est peut-être obligé d'accepter un tel compromis, ce qui permettra au gouvernement américain, tout en ayant en fait subi une défaite, de pouvoir s’en tirer en sauvant plus ou moins la face. Et les choses étant ce qu’elles sont, on peut difficilement reprocher cela au F.N.L. car, depuis vingt-cinq ans, le peuple vietnamien se bat seul, sans arrêt, contre l’impérialisme, français d'abord, américain ensuite, et endure les pires privations et souffrances. Mais si lé peuple vietnamien se bat seul depuis vingt-cinq ans, c’est aussi parce que ses dirigeants et les dirigeants des pays et des partis dits communistes se sont toujours refusé à mener une politique internationaliste, à organiser une propagande parmi les ouvriers français, américains, parmi les troupes de l’impérialisme, à appeler le prolétariat de tous les pays et surtout celui des pays développés, seul capable d’enrayer la machine de guerre impérialiste, à se mettre en lutte. Si un quart de siècle de lutte acharnée et héroïque du peuple vietnamien devait aboutir à voir à la tête d’un gouvernement de coalition auquel participerait le F.N.L, un quelconque colonel de l'armée sud-vietnamienne, ce serait certes l’un des drames de notre époque. Mais le peuple vietnamien n’a pas dit son dernier mot. Par ailleurs, la guerre continue et la politique américaine peut encore connaître bien des méandres, des reculs, des offensives diplomatiques, enfin toute une tactique visant à continuer la guerre en faisant croire à l’opinion publique que tout est mis en œuvre pour hâter la paix. C’est pour tout cela que les révolutionnaires doivent soutenir les combattants et le peuple sud-vietnamien, soutenir le mouvement d’opposition à la guerre aux U.S.A. et dans d’autres pays. Nationalistes bourgeois ou internationalistes prolétariens ? La visite de Nixon aux dirigeants chinois marquera manifestement le coup d’envoi d’une ère de « coexistence pacifique » entre la Chine et les Etats-Unis. Et de même que la coexistence pacifique affichée ouvertement par Staline et la bureaucratie soviétique à partir de 1934 a signifié concrètement pouf les ouvriers des différents pays toute une série de graves défaites (écrasement de la Révolution espagnole, juin 36 en France, déclenchement de la deuxième guerre impérialiste mondiale), de la même façon les émules chinois du stalinisme se préparent aujourd’hui à échanger la fiction de la sécurité de l’Etat national chinois contre l’abandon du soutien, parfois matériel, souvent moral, accordé par Pékin aux nombreux mouvements de libération des peuples opprimés d'Afrique, d’Asie ou d’Amérique Latine. Il est en effet dans la nature même de l’Etat chinois de n’être soucieux du succès ou de l’insuccès de tel ou tel mouvement anti-impérialiste que dans la mesure où cela sert les intérêts de sa propre politique nationale. Et si l’étroitesse des visées strictement nationalistes de la couche petite-bourgeoise au pouvoir en Chine peut encore étonner certains, Fidel Castro, non loin de nous, et qui, lui aussi, représente la même clause sociale nous a fourni il n’y a pas si longtemps une illustration de la « tactique » des révolutionnaires nationalistes. Castro, en effet, soutint par la propagande et matériellement les mouvements de guérilla d’Amérique Latine en tant que moyen de pression sur l’impérialisme nord-américain. Mais l’Etat cubain n’hésita pas à les désavouer pour se rallier à la politique parlementaire des P.C. pro-soviétiques lorsque l’aide de Moscou devint vitale pour Cuba, pour finalement apporter un soutien inconditionnel (ce qui n’est pas négligeable, étant donné le poids du prestige que conserve encore la personne de Fidel Castro auprès de nombreux Antillais et Sud-Américains) aux régimes péruvien et chilien dont l’un est une dictature militaire tandis que l’autre maintient l’oppression des masses chiliennes. ‘ Et cette similitude entre les pratiques des dirigeants cubains et celle de leurs homologues chinois n’a rien de fortuit. Il s’agit, ici et là, de dirigeants nationalistes petits-bourgeois, ayant pour seuls soucis leurs intérêts nationaux, et menant une politique totalement étrangère aux intérêts du prolétariat mondial. Ceux qui se réclament de la Chine parce qu’elle représente pour eux le seul rempart contre l’impérialisme et un soutien énergique aux revendications nationales des peuples opprimés, devront se rendre à l’évidence, et s’ils sont sincères, si les intérêts de la classe ouvrière leur tiennent réellement à cœur, ils devront apprendre à ne compter que sur cette classe, et non sur les bonnes intentions prétendues des dirigeants de tel ou tel pays, fussent-ils aussi radicaux en paroles que possible. La seule opposition radicale à l’impérialisme, ce ne peut être que le. prolétariat révolutionnaire, car il en va de son intérêt vital. L'internationale révolutionnaire qui, seule, pourra mener une lutte résolue jusqu’à la victoire finale du prolétariat, en ne déterminant jamais sa politique d’un point de vue « national » quelconque, reste à construire ; mais il y a place pour tous ceux qui sont réellement décidés à lutter sur les positions de la classe ouvrière. A moins que, pour certains, la Chine ne demeure un modèle jusqu’au bout, ce qui reviendrait à dire qu’ils n’ont en définitive pour objectif que la création d’un Etat du même type aux Antilles, un Etat national de type bourgeois, prêt à brader les intérêts du prolétariat pour les seuls intérêts des classes dirigeantes antillaises. MAROC Règlement de comptes entre militaires Après la tentative de putsch militaire de Skhirat au Maroc, de nombreuses questions subsistent sur la façon dont se sont déroulés les événements, sur le nombre voire même l’identité des principaux chefs militaires impliqués dans ce coup d’Etat manqué. La grande presse française n’a pas oublié de mettre l’accent sur la sauvagerie inouïe de l’action menée par les putschistes tout comme, sur l’égale férocité qui a présidé à la répression dirigée par le général Oufkir, dès que la situation fut reprise en main par les partisans du roi Hassan II. Ce que la presse bourgeoise a le plus souvent oublié de nous dire c’est que des deux, côtés les organisateurs des massacres qui ont fait plusieurs centaines de morts sont les brillants élèves de l’armée française. Comme Mehdi Ben Barka, le leader de l’opposition libérale bourgeoise marocaine, l’écrivait le 25 octobre 1965, quelques jours avant d’être enlevé, torturé puis assassiné par ces mêmes militaires : « ... Ils ont été formés, ils ont servi, ils se sont distingués et ils ont été récompensés et promus dans les guerres coloniales de l’Empire français, dont les dernières batailles ont été celles de Dien-Bien-Phu et d’Algérie. » La tragédie de Skhirat trouve ses origines dans la situation économique catastrophique du Maroc. Dans cette ancienne colonie française qui, bien qu’indépendante, continue à être terrain d’élection pour les capitaux français et américains, la caste bureaucratique dirigeante n’a pu se maintenir au pouvoir qu’en imposant une exploitation sans merci, souvent féodale, à l’immense majorité des masses marocaines. Cette oppression a pour garantie (pour combien de temps ?) un appareil militaire et policier des plus perfectionnés. Une poursuite systématique de tous les opposants, la chasse aux jeunes, étudiants notamment, la prison, la torture, les assassinats sont monnaie courante dans la vie politique marocaine. La place de l’appareil militaro-policier se fait chaque jour plus grande, en fonction même de l’ampleur de l’action répressive. L’importance personnelle d’un Hassan II diminue. Le roi du Maroc devient une marionnette destinée à masquer les agissements des cliques militaires. Marionnette utile qu’autant qu’elle accepte le rôle de façade dans lequel on la cantonne, et qu’elle laisse les mains libres aux chefs militaires. Ni parmi les chefs militaires putschistes, ni parmi la fraction de l’armée qui a joué la carte Hassan II, on ne saurait trouver le moindre souci d’améliorer en quoi que ce soit le sort des populations marocaines. Pour améliorer leur sort, les travailleurs marocains ne peuvent compter que sur eux-mêmes.

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Cuba, 26 Juillet 1953 Moncada : un putsch manqué

Le 26 juillet 1953, Fidel Castro, à la tête d'un groupe d'hommes armés, se lançait à l’assaut de la caserne Moncada, afin de déclencher un soulèvement contre le régime de Batista. C’est le 10 mars 1952 que le sergent Batista avait, par un putsch militaire, chassé l’ancien président Prio. Le régime de Batista était pourri de partout : une petite caste de gros propriétaires fonciers, de gros bourgeois, accaparaient toute l’économie et les ressources de l’île et édifiaient des fortunes colossales, alors que les trois quarts de la population mourait de faim. Les grosses sociétés américaines avaient l’île dans leurs mains, la corruption, la prostitution, les jeux foisonnaient ; alors que quelques grands magnats se prélassaient dans les hôtels de luxe, des millions de travailleurs et de paysans cubains étaient réduits à un véritable esclavage. C’est dans le même temps qu'un jeune avocat, écœuré par la situation, Fidel Castro, prit la tête du « movimiento » contre Batista. Militant d’abord dans le « parti orthodoxe » dirigé par Chibas, il rompit avec ce mouvement dont il critiquait l'attitude attentiste et opportuniste devant le coup d’Etat de Batista. Un petit groupe de jeunes se constitua dès lors autour de Castro pour former le mouvement "son los mismos" («ce sont les mêmes »), dont une feuille ronéotypée portait le nom. Peu après, une nouvelle feuille : " el accusador " était créée par le groupe, mais en août 1952, les services secrets de Batista saisirent cette feuille. C'est à partir de ce moment-là que le groupe pensa à Moncada, petite forteresse abritant un milliers de soldats, située dans une position excentrique par rapport à La Havane. II s’agissait pour Castro, par un putsch, de se rendre maître d'une ville, puis de soulever une région, de l'isoler du reste de l’île dans un premier temps, et, dans un deuxième temps, avec le soutien populaire, de chasser Batista, et de prendre le pouvoir. Le 26 juillet, donc, 150 jeunes gens, Castro en tête, vont se lancer à l’attaque de la caserne, mais les assaillants, inférieurs en nombre, ploieront sous la contre-attaque de l'armée régulière. La répression sera impitoyable : les trois quarts du groupe seront exécutés, torturés ; Fidel Castro et quelques-uns essaieront de gagner le maquis, mais les soldats de Batista les rejoindront. Ils seront condamnés. L'attaque avait été un échec. Les putschistes n'avaient pas obtenu le soutien populaire sur lequel ils comptaient et la forme d’action choisie elle-même les plaçait en dehors des masses populaires. En effet, ce n’est pas en montant une opération armée avec un groupe d'hommes, si courageux, si entraînés et préparés soient-ils que l’on peut espérer soulever tout un peuple contre un régime. Et quand bien même une telle opération réussirait-elle, quelles garanties sérieuses pourraient avoir les masses de ne pas être trompées par le nouveau régime, par des gens prétendant peut-être exercer le pouvoir en leur nom, mais se contentant de leur demander de faire confiance à un homme ou à un groupe d’hommes. Aucune. Et le seul pouvoir qui puisse réellement être celui des travailleurs, c’est celui qu’ils exercent eux-mêmes. L'action putschiste est généralement propre à la petite bourgeoisie révoltée qui veut en finir avec un régime qui la muselle par le manque total de libertés. La véritable action communiste révolutionnaire, celle d'une organisation réellement prolétarienne est tout autre. Il s’agit pour elle, par un travail de propagande, de formation, de préparation en premier lieu, d’éduquer les masses au travers de la lutte de classe, du syndicalisme révolutionnaire, de la grève, de se préparer elle-même à être capable de jouer le rôle de direction des luttes ouvrières qu'elle revendique. C’est dans une telle activité que peut se forger le Parti révolutionnaire rassemblant l'avant- garde ouvrière et les intellectuels se plaçant sur le terrain de classe du prolétariat. Et enfin, lorsque le prolétariat se décide, lui, à prendre le pouvoir, c’est qu'il estime que les conditions sont assez mûres pour le faire et qu’il apparaît comme la seule force capable de diriger la société à la place de la bourgeoisie déliquescente. L'insurrection du prolétariat n'apparaît alors que comme l’opération finale de tout un travail préalable, sûr qu’il aura avec lui tous les mécontents, paysans, petits bourgeois dont il aura gagné la confiance par la propagande constante, par l’éducation politique qu’il aura accomplies, par le programme clair et précis qu'il leur aura expliqué. Voilà pourquoi l’attaque de Moncada, comme toutes les actions de ce type, n'ont rien à avoir avec la forme d’action prolétarienne révolutionnaire. Et si cinq ans après Moncada, Castro et les guérilleros ont pu obtenir le soutien des masses populaires et s'emparer du pouvoir, c’est tout simplement parce que les masses en avaient assez du régime de Batista et voulaient que cela change à tout prix. Mais ce ne fut pas la classe ouvrière qui dirigea la révolution cubaine. Elle n’apparut même pas en tant que telle sur la scène politique. C'est bien pourquoi la révolution cubaine ne fut socialiste que de nom. SIDOINE. Fin de la grève : Les hospitaliers ont marqué un point Après les coupeurs de cannes, les ouvriers du bâtiment, les agents de la S.P.E.D.E.G., les dockers, etc., le personnel hospitalier a été en grève du 5 au 24 juin. Comme dans tous les autres secteurs, la détermination des grévistes a été très grande et, du début à la fin, leur nombre a été important : — 80 % à l’hôpital psychiatrique ; — 50 % à Saint-Hyacinthe ; — 35 % à Camp Jacob. Cependant l’Administration a tout fait pour ne pas accorder satisfaction aux grévistes. C’est ainsi que, le mardi 23 juin, les Képis rouges firent leur apparition pour « défendre » la liberté du travail. En réalité, il s’agissait pour eux de protéger les jaunes qui sabotaient la grève. Le mercredi matin aussi, ils étaient sur les lieux. Malgré leur présence, il n’y eut pas de heurts au cours de la grève. L’Administration, pour essayer d’assurer les différents services, mais surtout pour saboter la grève, embaucha du personnel temporaire et fit exécuter le travail des infirmiers par du personnel non qualifié, mettant en danger la vie des malades. Malgré tout, l’Administration dut accepter les revendications des grévistes, et le préfet apposa sa signature au bas de l’accord. Signature à laquelle les grévistes tenaient beaucoup, parce que, jusqu’alors, les accords passés avec l'Administration par les syndicats (surtout le syndicat U.D.I.C., Union pour la Défense des Intérêts Communs, majoritaire à l'hôpital psychiatrique), restaient lettre morte. Et les dirigeants de l’U.D.I.C. pensent qu’avec la signature du préfet, les accords prennent force de loi. A l’heure où nous écrivons, le personnel hospitalier attend de voir si l’accord sera respecté, accord prévoyant : — Le paiement de la prime en service (en fait, il s’agit du paiement d’un 13e mois) ; — La création d’un comité d’hygiène et de sécurité qui, lui, a déjà vu le jour dès la fin de la grève ; — Les relèvements des salaires ; — Un Reclassement des aide-soignantes ; — La titularisation d’employés qui, travaillant depuis parfois quinze ans, attendaient encore cette titularisation ; — La création de nouveaux postes d’agents hospitaliers et d’aide-soignantes ; — La validation du service militaire qui comptera désormais pour l’ancienneté. On le voit donc, la liste des revendications est longue. Et pourtant, les grévistes n’ont pu obtenir le paiement des jours de grève, mais seulement l’étalement des retenues sur cinq mois. Maintenant que les accords ont été signés, le personnel devra rester vigilant pour qu’ils soient effectivement appliqués dans les différents hôpitaux. L'U.D.R. et les escroqueries immobilières Un nouveau scandale, après La Villette tout près de nous et bien d’autres encore, vient d’éclater. Il met au grand jour les dessous du monde des affaires et plus particulièrement des sociétés immobilières. Dans cette affaire, la Garantie Foncière, société chargée de rassembler l’argent de petits épargnants (il suffisait de mille francs pour être membre de la société) aurait racheté au prix fort à la Société Civile Immobilière des immeubles que celle-ci avait acquis à des prix courants. La particularité de ces deux sociétés apparemment distinctes l’une de l’autre, c’est qu’elles étaient dirigées par les mêmes personnages. Le jeu aurait donc consisté à faire payer aux épargnants, dépourvus de moyen de contrôle, les immeubles beaucoup plus chers que leur prix réel. La différence entrant dans la poche des responsables. Le gouvernement s’est empressé, par la bouche du premier ministre, de dénoncer pareille escroquerie et a promis que toute la lumière serait faite sur cette affaire quitte à taper sur les doigts de gens bien placés dans les sphères politiques (entendons de l'U.D.R.) et financières. Si la bourgeoisie ne nous avait accoutumés à l’hypocrisie permanente et puante, une pareille prise de position aurait pu nous étonner. En effet, à qui Chaban voudrait-il faire croire que son gouvernement ignore toutes les crapuleries liées aux affaires financières et plus particulièrement dans le domaine de l’immobilier ? Toutes les grandes entreprises emploient les mêmes méthodes que la Garantie Foncière, toutes les opérations de rénovation entraînent des spéculations effrénées dans lesquelles certains (très peu) ramassent des millions à la pelle. Zola nous montré dans La Curée que, loin d’être accidentelle ou nouvelle, la méthode est née avec la bourgeoisie dont la raison d’être est de s’enrichir. Dans toute cette boue, soulevée semble-t-il pour régler un compte et qui illustre bien ce qu’est le système capitaliste, l’escroquerie dont sont victimes les petits « associés » commande apparemment à l’indignation de ceux qui crient au scandale et menacent. Mais on oublie les véritables victimes de tous ces « magouillages » immobiliers, que sont les travailleurs que l’on expulse et qui sont obligés d’accepter des logements souvent très éloignés de leur lieu de travail parce qu’ils n’ont pas les moyens de se loger sur place. Ce n’est pas en s’amputant des Frenkel, Rives-Henrys, Rochenoir et consorts que le système sera assaini ; ce n’est qu’en supprimant les causes du pourrissement qui est le système lui-même que toutes ces plaies disparaitront.