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Archives de CO/CO de 1 à 10/CO n°2

CO n°2

Editorial

Mai-Juin 1971 : le prolétariat de France en lutte

Depuis une douzaine de jours, à l’heure où nous écrivons, une puissante grève de cheminots paralyse la France. Déclenchée contre l’avis de cinq syndicats sur sept, les deux autres la soutenant d’abord timidement puis s’y opposant franchement au bout de dix jours, elle ne s’en poursuit pas moins. Cette grève des cheminots, loin d’être un phénomène isolé, fait suite à toute une série de grèves qui ont éclaté en France depuis le début du mois de mai. Le manque de liens entre celles-ci n’est dû qu’à la volonté des syndicats, qui ont tout fait pour les isoler les unes des autres et les présenter comme telles. Sans cette attitude, tout tend à prouver qu’on aurait assisté à un « nouveau mai » dont l'ampleur et la profondeur ne l’auraient cédé en rien à Mai 68. C’est ainsi que l'on a vu la grève se déclencher d’abord chez Renault, parmi les ouvriers spécialisés, puis à la Polymécanique, à Pantin, puis chez Usinor, à Dunkerque, ainsi que dans une série d’autres entreprises. Enfin, au mois de juin, ce furent les cheminots qui prirent le relais, avec une combativité extrêmement grande, la manifestation du mercredi 16 mai l’ayant montré à l’évidence, de par l’ambiance qui y régnait et le nombre des participants. L’origine du mécontentement des travailleurs, il faut la chercher essentiellement dans la dégradation des conditions de travail et de vie. Le gouvernement, une fois de plus, cherche à faire payer aux travailleurs, et à eux seuls, les conséquences de l’inflation. Alors que ceux-ci, pour faire face à la continuelle montée des prix, réclament ne serait-ce que le maintien de leur pouvoir d’achat, le gouvernement et le patronat refusent avec cynisme. C’est pour répondre à cette attitude que les travailleurs se sont mis en lutte. Ils se sont alors rendu compte qu’ils devraient non seulement affronter l’ennemi de classe, mais aussi faire face aux appareils syndicaux qui, ouvertement ou non, veulent aider gouvernement et patronat à traverser cette période avec le moins de «casse» possible. C’est ainsi que chez Renault, alors que les travailleurs occupaient l’usine, la C.G.T. n’a cessé d’affirmer que seuls les ouvriers du Mans étalent en grève, et qu’à Billancourt il s’agissait d’un « lock-out ». C'est ainsi que chez les cheminots, alors que ceux-ci sont animés d’une rare détermination, alors qu’on peut parler d’une véritable grève générale bien qu’aucun mot d’ordre n’ait été lancé, on constate que les syndicats ne font rien pour l’organiser, et continuent de prétendre qu’il s’agit de grèves décidées à l’échelon local et reconductibles toutes les vingt-quatre heures. Les syndicats, dans les divers dépôts, tentent de faire reprendre le travail sans que la moindre satisfaction ait été obtenue. Les tergiversations, les trahisons des syndicats ont abouti à ce que dans bien des endroits, malgré leur combativité, les travailleurs ont repris le travail avant d’avoir fait plier les genoux au patron. Pourtant, là où les travailleurs ont su tenir le temps qu’il fallait, là où, sous l’influence de militants révolutionnaires, ils ont su donner à leur grève une direction représentative comme à l’usine Polymécanique, ils ont réussi à arracher des succès significatifs. Mais en général, les immenses forces mises en œuvre au cours de cette vague de grèves, dispersées, atomisées, n'ont pas réussi à se joindre, à passer à un niveau supérieur. Une fois de plus, l'absence d’une direction révolutionnaire s’est fait cruellement sentir. Mais on a vu apparaître partout un courant important de travailleurs qui ont pris conscience du rôle de frein joué par les syndicats. Et le fait qu’un tel courant existe est à la fois peu et beaucoup ; car si les organisations révolutionnaires réussissent à y trouver audience, alors, la situation sociale en France pourrait se modifier dans des proportions considérables. Grève du personnel hospitalier dans la région de Basse-Terre Depuis le 3 juin, 300 membres du personnel des hôpitaux, dispensaires et autres services de la D.A.S.S. (Direction de l’action Sanitaire et Sociale) sont entrés en grève après un délai de trois semaines d'attente que leur avait demandé la direction de la D.A. S.S. pour régler leurs problèmes. Les grévistes constituent la majorité du personnel des hôpitaux et dispensaires de St-Claude, de l’hôpital psychiatrique, de l'hôpital du Camp Jacob, de St-Hyacinthe, du sanatorium de Pigeon. Les revendications les plus importantes portent sur : — L’amélioration des conditions de travail. — La création d’un comité technique paritaire et d’un comité d’hygiène et de sécurité dans les établissements où ces comités ne sont pas encore mis en place, notamment à l'hôpital St-Hyacinthe, à l'hôpital Hansenien, au sanatorium de Pigeon, au foyer départemental de l’enfance. — L'agrément du laboratoire d’analyses médicales de l’hôpital psychiatrique de St-Claude. — L’extension à la Guadeloupe des dispositions de la santé publique tendant à favoriser l'organisation de la session d'examen final des élèves-infirmiers, dispositions déjà appliquées en France, en Martinique, en Guyane. On sait en effet que les élèves- infirmiers de dernière année avaient refusé de composer lors de leur examen puisque le diplôme qu’ils auraient obtenu n’aurait eu aucune valeur. La presse officielle colonialiste et l’O.R.T.F. se refusent systématiquement à parler de cette grève. L’O.R.T.F. refusa même de passer un communiqué présenté par un délégué de l'U.D.I.C. (Union pour la défense des intérêts communs), syndicat qui mène la grève. C’est alors que les militants de l’U.D.I.C. inondèrent les grandes communes et les villes de la Guadeloupe de tracts expliquant leur mouvement. Voilà donc un autre mouvement de grève à ajouter à tous ceux qui se sont déroulés cette année. Actuellement, les hospitaliers de St-Claude et de la région ne sont pas décidés à céder ; ils doivent recevoir le soutien actif de tous les travailleurs. SIDOINE. La reprise dans le bâtiment Après trois mois de grève, les ouvriers du bâtiment ont donc repris le travail, après qu’une sentence arbitrale ait été rendue conformément aux accords passés entre l’intersyndicale (C.F.D.T., C.G.T., Fraternité Ouvrière) et le patronat. La sentence rendue par Belmont Maurice, directeur départemental de l'Equipement, accordait 12,50% d’augmentation aux travailleurs, soit 3,75 F de salaire minimum. On est donc bien loin des 47,9 % demandés par les travailleurs. La formule de l'arbitrage n'a fait que défavoriser les travailleurs car l’arbitre ne pouvait être qu'un homme qui, tout en paraissant quelque peu favorable aux intérêts des travailleurs, n’en reste pas moins un homme se situant sur le terrain du patronat. Ainsi, par un certain nombre de « considérants » cyniques contenus dans la sentence arbitrale, il accule les ouvriers à accepter des salaires de misère sous prétexte que ce sont ceux qui « se rapprochent le plus du minimum vital » (avoue-t-il sans honte) ou qu’une évolution « désordonnée » des salaires entraînerait des préjudices graves le département (il faudrait comprendre que cette évolution porterait préjudice aux profits colossaux des patrons). De plus, beaucoup de revendications telle la prime de Noël ou la mensualisation des salaires doivent faire l’objet de négociations ultérieures. Les travailleurs du bâtiment n'ont même pas obtenu la moitié de ce qu’ils demandaient. Ils ont manqué de l'appui nécessaire de l’ensemble des travailleurs. Car le P.C.G. et la C.G.t.G. se sont, dès le début, opposés à cette grève ou ne l’ont soutenue que du bout des lèvres, préférant aller casser du « gauchiste » à Baimbridge ; à aucun moment ils n’ont cherché à étendre le mouvement, à informer les autres catégories de travailleurs, ils ont pourri la grève en sapant le moral des travailleurs, en sous main. Et maintenant que le travail a repris, comme il fallait s’y attendre, la répression patronale s’abat sur les travailleurs ; déjà de nombreux licenciements ont eu lieu, dans diverses entreprises tel Jardin-Billard, sur divers chantiers ; et les ouvriers en chômage se voient claquer la porte au nez lorsqu'ils viennent réclamer du travail. Mais les travailleurs du bâtiment ne sont pas rentrés la tête basse et les mains vides. Déjà on parle de « remettre ça » dans deux ou trois mois, et si le patronat s'en sort relativement bien cette fois-ci, gageons qu'il n'en sera pas de même la prochaine fois. Le préfet empêche la diffusion de " COMBAT OUVRIER " Le numéro 1 de Combat Ouvrier, vendu librement en France depuis un mois, n’a pu voir le jour à la Guadeloupe où il a été expédié pour être diffusé. La police-frontière, aux ordres du préfet, retient les journaux sans aucun motif valable ; et ceci au mépris des affirmations grandiloquentes de Messmer sur la « liberté » aux Antilles. Le préfet, représentant de l’Etat des bourgeois, empêche la distribution du Combat Ouvrier parce que ce journal ne se cantonne pas aux pages sportives ou mondaines, parce qu’il ne raconte pas de contes à l’eau de rose sur les bienfaits de la colonisation, mais parce qu’il se fixe pour tâche d’informer et d’instruire les classes laborieuses pour les aider dans leur combat contre l’exploitation et la misère. Le préfet veut, en un mot, interdire de fait Combat Ouvrier parce que c’est un journal ouvrier révolutionnaire qui lutte à la fois pour l’émancipation des Antilles et pour l’émancipation de tous les travailleurs, de toute espèce d’exploitation. Combat Ouvrier doit paraître. Tous les travailleurs qui le désirent doivent le connaître. C’est pour cela que nous faisons appel à tous ceux qui, même s’ils ne partagent pas nos idées, tiennent à la « liberté d’expression », pour qu’ils manifestent leur indignation, et nous apportent leur soutien.

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Occupation du foyer Rush-Del-Campo

Depuis le jeudi 3 juin, les résidents occupent le foyer Rush-Del-Campo, situé rue de Charenton, dans le 12ème arrondissement de Paris. Cette occupation fait suite à la décision prise par le BUMIDOM de rompre le contrat qui le liait avec le propriétaire de ce foyer, lequel contrat assurait l’hébergement en transit de jeunes Antillais sans travail, arrivés en France, par l’intermédiaire du BUMIDOM Le transitaire y demeurait jusqu'à ce qu’il trouve un emploi, ses bons de transit étant délivrés chaque semaine ou quinzaine par le Bureau de la migration. Une fois embauché, ce dernier disposait d’un délai minimum de deux mois pour se reloger par ses propres moyens ou, parfois, avec l’aide d'un prêt-logement du BUMIDOM Or, au début du mois de mai, le BUMIDOM décidait de ramener ce délai à un mois. C’était là les premières mesures répressives prises à rencontre des résidents, jugés particulièrement turbulents. En effet, ces derniers avaient mis sur pied un Comité afin de lutter contre le mauvais traitement qui leur était infligé dans ce foyer, ils étaient en butte au racisme du couple-gérant, ils ne recevaient pas nombre dé leurs lettres, en outre, un seul repas leur était servi, celui du soir. Ils protestaient contre la , vétusté des lieux, le manque d'hygiène manifeste, l'absence de douches, de lavabos, de W.C. propres. De nombreux tracts furent distribués, des contacts furent pris, avec les résidents d’autres foyers. Tout cela n’eut pas l’heur de plaire aux dirigeants du BUMIDOM Il fallait couper court à toute cette agitation, qui n’allait pas manquer de rencontrer la sympathie de larges couches de l’émigration antillaise. En plus, cela se produisait au moment même où Messmer, nouveau ministre des D.O.M., vantait en Martinique et en Guadeloupe les bienfaits de la politique de migration. La fameuse phrase « la prospérité avec la France... ou la misère sans elle » sonnait faux dans les oreilles de ceux qui, en même temps, apprenaient les conditions d'hébergement faites aux jeunes travailleurs immigrés. Pour le BUMIDOM, il ne fallait pas que le mouvement s’étende. Pour cela, il s’emploiera, dans un premier temps, à frapper individuellement. Ainsi, certains résidents, soupçonnés d’être à l’origine de l’agitation, se verront refuser purement et simplement un t bon de transit. Parmi eux, il ,y en a qui ont commencé à travailler depuis huit jours, d’autres sont toujours au chômage... une telle mesure équivaut donc pour eux à être jetés à la rue... Face à cette expulsion déguisée, les résidents se serrent les coudes et décident le mercredi 2 juin au matin de se rendre en délégation au siège du BUMIDOM, en vue d’obtenir de nouveaux bons de transit, pour tous sans exception, et une prolongation du séjour au foyer pour ceux qui viennent tout juste de commencer à travailler. La délégation discute calmement quand, subitement, débarqué la police... Celle-ci procède à un contrôle d’identité et va jusqu’à l’arrestation de certains délégués. Ceux-ci seront relâchés le jour-même. Loin d'être intimidés par tous ces procédés, les résidents chez qui la colère monte et qui viennent d'apprendre la fermeture du foyer décident d’occuper jusqu'à satisfaction de l’ensemble de leurs revendications, à savoir : 1° — la non-fermeture du foyer; 2° — l’amélioration des conditions d'hébergement ; 3° — la garantie d'un séjour minimum de trois mois au foyer, afin d’avoir le temps et les moyens de se loger ailleurs. Face à la détermination des résidents, le BUMIDOM reçoit le mardi 8, une nouvelle délégation. Néanmoins cela ne se fera pas sans mal. Les autorités proposent d’examiner chaque cas séparément. La délégation refuse et entend que tout le monde soit reçu. Au bout d’un quart d’heure, toute la délégation sera reçue. Cette entrevue, comme la première, n’aboutira pas, le directeur du bureau pour la migration proposant de reloger tout le monde, mais pas dans le même foyer. Pour les résidents, cela équivaut à les disperser pour mieux les diviser. En rompant le contrat d’hébergement, le BUMIDOM a cru trouver la solution la plus efficace pour empêcher l’organisation des résidents. Mal lui en prit. Car l’occupation du foyer a déjoué son plan. Le courant de sympathie qu'ont rencontré les camarades qui occupent va en s’élargissant. L’intervention de personnalités comme Michel Leiris et Aimé Césaire, dont un communiqué a été adressé au ministre des D.O.M., illustre ce fait. Actuellement, malgré l’intransigeance du BUMIDOM, l’occupation continue pour la satisfaction complète des revendications. Trouver les moyens d'y parvenir, telle est la tâche du Comité de lutte du foyer Rush-del-Campo et de tous les travailleurs antillais.

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La scission au sein du GONG, les scissionnistes n'offrent pas mieux au prolétariat

Un « groupe d’ouvriers, de paysans et d’intellectuels » vient de rendre publique sa démission du G.O.N.G. (Groupe d’Organisation Nationale de la Guadeloupe). Dans un texte intitulé « Le révisionnisme et l'opportunisme de « gauche », deux ennemis de la classe ouvrière, le « groupe » explique les raisons de sa démission. On peut y lire notamment : « Mais ces actions de masse ont aussi permis de démasquer une poignée de traîtres d’un nouveau genre. « En effet, à la faveur des différents mouvements de masse, quelques individus, utilisant à des fins démagogiques le nom du G.O.N.G., se sont livrés à un travail de sabotage en règle des luttes des travailleurs. » Voilà qui donne le ton du texte en question. Alors même que ce « groupe » se sépare de l’organisation dans laquelle il s’était trouvé à l'aise jusqu’ici, il n’a comme premier argument que celui-ci : « utilisant à des fins démagogiques le nom du G.O.N.G. ». Leurs anciens camarades d’organisation deviennent du jour au lendemain des « traîtres d’un nouveau genre ». Les ouvriers pourraient alors demander à ce «groupe» : « Comment se fait-il que vous ayez pu travailler au sein du G.O.N.G. sans faire la moindre critique publique montrant l'évolution du G.O.N.G. vers la traîtrise. ». ... Nous apprenons aussi que « ces individus qui se prétendent avant-garde révolutionnaire des travailleurs guadeloupéens » (...), « en réalité ne représentent personne d’autres qu’eux-mêmes (...) qu’ils ont essayé, aussitôt déclenché le mouvement de masse, d’en usurper la direction en pensant que l’heure de gloire était arrivée ». En tout cas, à défaut d’être politiques, ces affirmations renseignent les travailleurs sur les méthodes de l’organisation à laquelle appartenait le « groupe ». Signalons en passant que ces mêmes démissionnaires du G.O.N.G. ont, eux aussi, eu l'occasion d'utiliser, lorsqu’ils étaient au sein du G.O.N.G., de telles méthodes ; en tout cas, lorsque le G.O.N.G. agissait ainsi dans le passé, les membres du « groupe » n’ont jamais élevé la moindre protestation publique. Lorsque certains militants de l’A.G.E.G. et d’autres qui sympathisaient avec les idées trotskystes étaient l'objet de dénonciations et de calomnies qui confinaient à la délation, les membres du groupe étaient alors au G.O. N.G. et ils se taisaient. Aujourd’hui, ils se plaignent : « Nous condamnons le travail de sabotage, de division du mouvement ouvrier et paysan et l’œuvre de délation policière contre certains de nos meilleurs camarades. » Comme on plante, on récolte, dit le proverbe ! Nous passons sur une page de démêlés entre les ex-membres du G.O.N.G. et le G.O.N.G. qui relève plus du règlement de comptes en­tre gens qui utilisent les mêmes méthodes que de questions politiques sérieuses, nous passons sur un certain nombre de phrases générales et sentencieusement assénées sur « l’opportunisme de gauche et de droite ». Les ex-membres du G.O.N.G. avouent alors, et c’est la première fois qu'ils le disent, que : « Du fait de la composition de classe du G.O.N.G. à sa création, des conditions et des circonstances dans lesquelles il est apparu en 1963, comme conséquence de la lutte contre le révisionnisme du P.C.G. et de la répression impérialiste en 1967, un courant opportuniste de droite est né au sein du G.O.N.G. en 1965, s’est développé en 1967 et atteint son point culminant en 1968 lors de la signature à Paris du « Manifeste ». Comment les travailleurs pourraient-ils avoir plus confiance dans le « groupe » que dans le G.O.N.G. officiel, puisque les membres du « groupe » n’ont jamais élevé la moindre critique publique contre le développement de cet « opportunisme de droite ». Si encore ils proposaient des objectifs clairs à la classe ouvrière au travers de la critique qu'ils font maintenant du courant «opportuniste de droite». Ce que le « groupe » reproche à ce courant c’est son « opposition à la révolution nationale démocratique sous la direction de la classe ouvrière comme première étape de la révolution guadeloupéenne » (souligné par C.O.). C’est dire donc que cet objectif reste celui du « groupe ». Sur ce plan là rien de nouveau par rapport aux positions officielles du G.O.N.G. et les marxistes révolutionnaires (le courant trotskyste antillais) ont déjà eu l'occasion de montrer que sous cette formulation de révolution par étapes, se cachait en fait une ligne qui aboutit à détourner les ouvriers d'une action en tant que classe indépendante. Si la classe ouvrière se bat au premier rang contre le colonialisme et pour l’émancipation nationale des colonies que sont les prétendus D.O.M., elle ne confond pas sa propre lutte avec celle d'aucune autre classe. Si elle peut faire alliance contre la bourgeoisie impérialiste avec d’autres classes sociales, elle ne brade pas la possibilité de conquérir le pouvoir (par la dictature du prolétariat) pour préserver ces alliances ou fronts unis circonstanciels. Et c’est précisément ce que et le « groupe » et le G.O.N.G. officiel veulent faire accepter à la classe ouvrière sous la forme d’une première étape « nationale démocratique ». Quant à la notion de révolution guadeloupéenne, si elle a une valeur indicative du lieu où se déroule la révolution, du point de vue politique elle n’en a aucune pour la classe ouvrière. Il y a des exploiteurs guadeloupéens et il y a des exploités guadeloupéens aux intérêts diamétralement opposés. Les exploités guadeloupéens doivent lutter à la fois contre l'impérialisme et contre les exploiteurs guadeloupéens, et lutter en commun avec tous les exploités du monde. Que vient faire ici l’expression « révolution guadeloupéenne », si ce n’est pour brouiller la conscience des travailleurs, sous-entendre qu'il y a quelque chose de commun entre tous les Guadeloupéens, qu'ils soient exploiteurs ou exploités ? Ce n’est donc ni pour la « révolution nationale démocratique », « ni pour la « révolution guadéloupéenne » que les ouvriers combattent. La classe ouvrière se fait contre le colonialisme tout en luttant pour la réalisation de ses objectifs propres, à savoir la société socialiste. Le « groupe » reproche encore au courant « opportuniste de droite » d’être en opposition à l’édification d’un parti des travailleurs » et lui-même annonce dans son texte qu'au cours des batailles de classes sur le « front économique » « se forgera et se trempera l’armée politique des travailleurs et que s'édifiera progressivement sur les plans idéologique, politique et organisationnel le parti des travailleurs guadeloupéens». C’est bien ! Mais si c'est sur la base du programme de « révolution nationale démocratique » et de la révolution par étapes, les travailleurs risquent d'aller à de graves désillusions. Dans la question du parti, le prolétariat a besoin d’un parti ouvrier, luttant ouvertement pour la destruction de l’Etat bourgeois et la construction d’un état ouvrier. Il ne s’agit nullement d’un rassemblement « populaire » aux contours flous et dont l’assise sociale est si vague qu’il favorise en définitive la prise en main du mouvement des ouvriers par... la petite bourgeoisie. Evidemment, on pourrait se satisfaire du troisième reproche fait à l’« opportunisme de droite » au sein du G.O.N.G. : « rejet de la violence révolutionnaire comme forme fondamentale de lutte contre la violence réactionnaire de l’impérialisme français ». Mais cela ne montre pas plus que le « groupe » offre mieux à la classe ouvrière que le G.O.N.G. officiel, car ce n’est pas être ou n’être pas partisan de la violence qui fait la différence entre révolutionnaire prolétarien et bourgeois. Bien des mouvements nationalistes bourgeois utilisent la violence ; le F.L.N. algérien, pour ne citer1 que celui-ci, utilise la violence contre l’impérialisme français et pourtant n’offrit aucune perspective socialiste à la classe ouvrière algérienne. Bien plus, l’Etat mis en place aujourd'hui par le F.L.N. est dirigé contre la classe ouvrière algérienne, même si au cours des aléas de la politique internationale, il lui arrive de s’opposer à l’impérialisme pour défendre les intérêts nationaux de l'Algérie. En bref, toutes ces questions, question du parti de la violence sont liées à une position de classe prolétarienne claire. Nous ne pensons donc pas que les militants du « groupe » qui a scissionné du G.O.N.G. ont des positions plus avancées sur ces questions. Il se peut que, s’étant libérés du frein constitué par les habitudes bureaucratiques et sectaires du G.O.N.G., ils puissent évoluer par la suite vers des positions prolétariennes, mais cela leur demandera bien des efforts. Cela n’a pourtant rien d’impossible. En politique, l’essentiel est de choisir clairement la classe à laquelle on veut lier son avenir. Cl. R. Comment “ MATCH ” informe ses lecteurs Dans le numéro 517 du 1er juin, le journal guadeloupéen Match informe ses lecteurs sur les événements qui se sont déroulés le mercredi 26 mai et le jeudi 27 mai dans la commune de Capesterre. Le titre lui-même est assez parlant : « Violentes bagarres entre les gauchistes et les communistes à Capesterre »... « Intervention utile des forces de l’ordre ». On se demande quelles sont les sources d’information de ce journal quand on sait qu’il n’y a pas eu d'affrontements violents entre les 400 jeunes et travailleurs de Capesterre venus réclamer une salle pour tenir un meeting à la municipalité et les membres du P.C.G. Ce n’est que lorsque les képis rouges sont intervenus avec pour mission de disperser la population, qu’il y eut quelques jets de pierres contre eux. On peut aussi se demander quels sont les buts de ce journal qui veut nous faire croire qu’il est juste que les képis rouges alias forces de l’ordre distribuent des coups de matraque à des jeunes et des travailleurs qui revendiquent le droit le plus élémentaire, celui de réunion. En fait, il ne s'agit pas d’un manque d’information mais bien de mensonge pur et simple. Mais qu’attendre d’autre de la part d’un organe qui craint toute revendication, toute organisation de travailleurs et pense qu’il vaut mieux qu’il y ait des forces de l’« ordre » pour faire taire tous ceux qui voudraient un changement ? Exclusion de 8 élèves au lycée de Baimbridge Au lycée de Baimbridge, 8 élèves dont la faute disciplinaire avait été de participer activement à la grève des lycéens en solidarité avec les grévistes du secteur agricole puis du bâtiment, ont été déférés devant le conseil de discipline de l’établissement puis exclus purement et simplement. L'exclusion a été prononcée le 14 mai sans que les intéressés aient pu se défendre. Ce droit élémentaire leur fut refusé sous le prétexte que les intéressés voulaient comparaître ensemble, conscients d’être visés par la même accusation. Mais, là encore, la direction du lycée Baimbridge se sent forte. La section P.C.G. n’avait-elle pas dans un tract nommé ces lycéens et suggéré leur exclusion en disant « Nous n’avons plus le droit de laisser faire cette poignée de gauchistes... ». En s’exprimant de de la sorte, elle montrait clairement qu’elle n’était absolument pas décidée à agir ni à répondre à cette mesure arbitraire autant qu’injuste. Bien au contraire, le P.C.G. cautionne de telles interventions quand il ne les réclame pas. Comment pourrait-il alors entreprendre quoi que ce soit pour la défense des libertés démocratiques ? Bâtiment : Jardin- Billard licencie par étapes A l’entreprise Jardin-Billard, un ouvrier plombier qualifié s’est vu signifier son licenciement pur et simple. Mais les patrons auraient-ils opté pour une nouvelle forme de licenciement, le licenciement par étapes pourrait-on dire ? En effet, ce travailleur, depuis quelque temps, était licencié puis repris quinze jours après et ainsi de suite jusqu’à ce qu'il ne soit plus du tout réembauché et ceci après la grève. A jouer ainsi au chat et à la souris avec les travailleurs, le patronat doit savoir que les petits jeux de ce genre ont une limite. Car « toute jé cé jé, mais... » on connaît la suite.

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Juin 36 en France

Il y a 35 ans éclatait l’une des plus grandes grèves du mouvement ouvrier français. Depuis quelques années déjà, la classe ouvrière française était en proie au chômage. En 1934, on comptait plus d’un million cinq cent mille chômeurs. La France n’était pas la seule en crise. Les, U.S.A. étaient eux aussi en proie à un chômage massif (20 millions de chômeurs), aux soupes populaires, aux convois de « crève-la-faim » le long des routes. En Allemagne, Hitler avait pris le pouvoir et écrasé dans un bain de sang la classe ouvrière allemande. Pour sortir de cette crise, les Etats bourgeois entreprirent une course aux armements pour relancer leur production et procéder à un nouveau partage du monde, en déclenchant la guerre impérialiste mondiale... La seule chose qui permettait d’espérer d’éviter cette nouvelle guerre mondiale, c’était un nouveau soulèvement révolutionnaire de la classe ouvrière, un soulèvement victorieux. C’est justement à cette époque qu’éclate en France un mouvement de grève qui va culminer en juin 1936. Face au chômage, aux faillites en chaîne, aux scandales financiers dans les milieux parlementaires, les ouvriers sont en pleine misère et la petite bourgeoisie ressentant les effets de la crise s’agite et commence à ne plus vouloir attendre des institutions parlementaires une solution qui ne vient pas. Différents partis vont alors proposer une alternative.