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Archives de CO/CO de 1 à 10/CO n°1

CO n°1

COMBAT OUVRIER"

Un Journal communiste révolutionnaire

COMBAT OUVRIER paraît aujourd’hui pour la première fois. Ce n’est le journal d’aucun parti. La rédaction de notre organe se donne pour but de défendre le point de vue de la classe ouvrière dans toutes les questions nationales et internationales. Nous voulons que nos analyses servent d’instrument au prolétariat pour sa libération définitive du joug capitaliste. A l’heure où dans le monde — et il en va aux Antilles comme partout ailleurs — le prolétariat relève la tête pour affronter de plus en plus durement la bourgeoisie ; à l’heure où la crise du système capitaliste apparaît dans toutes les manifestations de la vie de la planète (fermetures d’usines, licenciements massifs, chômage, guerres coloniales, révolte des jeunes, crises financières, etc.), il est urgent que la classe ouvrière se forge une nouvelle direction politique à l’échelle mondiale et donc aussi à l’échelle de chaque pays. C’est à cette tâche que nous voulons consacrer nos efforts, en ce qui concerne la Guadeloupe et la Martinique. Au travers de la crise sociale et politique que vivent les Antilles dites françaises, nous voulons par nos prises de position, par nos analyses, aider le prolétariat à retrouver le chemin des traditions révolutionnaires prolétariennes. Nous voulons l’aider à prendre conscience, au cours de la lutte pour l’émancipation nationale, de son propre intérêt de classe. Dans cette lutte, nous savons que les travailleurs auront à affronter les vieux partis qui continuent à se réclamer du socialisme et du communisme. Nous aurons à charge de montrer en quoi ces partis staliniens (P.C.G. et P.C.M.), ou sociaux-démocrates de la S.F.I.O. moribonde, ne représentent nullement les idées révolutionnaires socialistes. Il est vrai qu’en ce qui concerne la S.F.I.O. il n’y a guère plus d’ouvriers pour se faire d’illusions à son sujet. Pour les P.C.G. et P.C.M., ceux-ci continuent à avoir la confiance de nombreux ouvriers. C’est au travers de leurs actions ou leur inaction que nous ferons ressortir la fausseté de leur politique. Nous nous opposerons également à l’utilisation des forces du prolétariat comme appoint à une lutte nationaliste. Si la lutte pour renverser le joug de l’impérialisme français et pour émanciper la Guadeloupe et la Martinique de la domination coloniale est primordiale, il est non moins primordial qu’elle soit menée sous la direction du prolétariat conscient de ses intérêts propres et de sa tâche historique propre, tâche qui ne se limite pas à l’émancipation nationale, mais à l’émancipation des masses ouvrières et paysannes pauvres de toute espèce d’exploitation et d’oppression. Tout en étant solidaires, face à la répression coloniale, de tous les groupes qui luttent pour l’indépendance ou l'autonomie, nous nous opposerons à la politique de tous ceux qui cherchent à dissoudre le prolétariat conscient dans des « blocs » ou « fronts » substituant la lutte nationale à la lutte des classes et identifiant sous quelque forme que ce soit les intérêts des exploités antillais à ceux des exploiteurs antillais. Nous chercherons au contraire à développer les sentiments de classe indépendante dans les masses ouvrières. Et la seule garantie pour que l’émancipation nationale profite aux couches les plus pauvres de la population et pour que les masses ouvrières et paysannes ne jouent pas le rôle de masse de manœuvre pour les forces bourgeoises nationales, réside dans la prise du pouvoir par le prolétariat. Cette tâche, le prolétariat ne pourra l’accomplir que s’il construit son propre parti révolutionnaire et conserve son indépendance politique vis-à-vis de toutes les autres couches sociales, quelles que soient les alliances qu’il pourra être amené à contracter. Ce journal ne pourra vivre que si les travailleurs, les jeunes, les intellectuels l’entourent de leur chaude sympathie. Qu’ils le fassent connaître, qu’ils le diffusent autour d’eux, qu’ils organisent autour de lui des séances de lecture et de discussions, qu’ils envoient à l’adresse du directeur de publication leurs soutiens financiers, et « Combat Ouvrier » vivra le temps nécessaire pour la pénétration des idées socialistes révolutionnaires dans la classe ouvrière. Les ouvriers du bâtiment nous montrent la voie Voilà trois mois que les travailleurs du bâtiment de la Guadeloupe sont en grève, voilà trois mois que leur grève est totale, suivie à 100% par les travailleurs, que les chantiers de construction, les petits comme les grands de toutes les entreprises : SOGET-UNITE, STE, Colas, SOTRAGEG, Paumelle et Cie sont déserts. C’est autour du Syndicat Fraternité Ouvrière que s’est regroupée la majorité des travailleurs. Leurs revendications portent sur : — l’acquisition des 40% de vie chère dont la catégorie des fonctionnaires bénéficie déjà ; — 7,9 % d’augmentation réelle de salaire. Soit au total 47,9% d’augmentation, c’est-à-dire 4,90 F de salaire horaire minimum. Beaucoup de gens, les patrons bien sûr, la bourgeoisie, une partie de la petite bourgeoisie de ce pays, certains fonctionnaires, trouvent que les ouvriers sont trop gourmands. Il est fréquent de les entendre dire : « Jamais, dans aucun pays, on n’a vu une telle augmentation de salaire », ou : « Ils demandent trop, les prix augmenteront, principalement les loyers, etc. » Et même le parti qui se dit communiste, de s’associer à ce concert de critiques et de protestations, lorsqu’il écrit dans « l’Etincelle » du 17 avril : « Qu’on veuille bien nous comprendre, nous pensons profondément que la revendication des ouvriers du bâtiment, 40 % d’augmentation, n’a en soit rien d’excessif, compte tenu surtout du coût de la vie. Mais le problème selon nous, n'est pas là. Il s’agit de savoir s'il est raisonnable de penser qu’il soit possible aux ouvriers du bâtiment d'obtenir d’un coup une telle augmentation et si, s’accrochant par une grève illimitée à une telle revendication, on sert les intérêts de la classe.» Les dirigeants syndicaux de la CGT quant à eux, tentaient de faire reprendre le travail aux ouvriers au prix de 3,65 F de l'heure. Quant à nous, nous pensons que les travailleurs ont raison de réclamer les 4,90 F, car aucune revendication ouvrière ne peut être démesurée. Les travailleurs ne demanderont jamais trop, car c'est bien avec leur sueur, leur sang, leurs blessures, leurs morts que les patrons de toutes ces sociétés de construction ont toujours leurs assiettes pleines, leurs villas, leurs petits voyages, leur vie de luxe. C'est avec les profits qu’ils font sur le dos des travailleurs que ces messieurs vivent comme des princes. Si les capitalistes diminuaient sur leurs profits pour accorder aux ouvriers du bâtiment leurs 4,90 F, les prix n’augmenteraient pas. Les loyers et autres prix augmentent parce que les patrons ne veulent pas rogner sur leurs profits. Ils pourraient se remplir un peu moins la panse, boire moins de whisky, acheter moins de yachts et faire moins de réceptions somptueuses. Voilà pourquoi les travailleurs ont raison de se battre pour les « 4,90 F » horaires, minimums. Ainsi, malgré les pressions de toutes sortes, malgré la rapacité des patrons, malgré le quasi-abandon du P.C.G. et de la CGT, les travailleurs du bâtiment tiennent. C’est ainsi que le patronat utilisa, il y a quelques jours, une méthode classique : certaines entreprises telles Quillery - Saint-Maur et Unité expédiaient des lettres aux travailleurs, les invitant à reprendre le travail en toute sécurité, comprenons « sous la protection des képis ». Malgré ce battage du patronat, une dizaine de travailleurs, à peine, se présentent à l’embauche à la COLAS et trois à Quillery-Saint-Maur, protégés par les « forces de l’ordre ». Les travailleurs, pris de colère à la vue des képis rouges, abandonnèrent les lieux. Depuis la mi-avril donc, un processus de répression quotidienne a été entamé contre les travailleurs du bâtiment. Un meeting devant se tenir sur le chantier de Grand-Camp fut interdit par les autorités. Le mercredi 21 avril, Barraut, ouvrier en grève, fut arrêté et passé à tabac dans les locaux de la rue Gambetta. Belson, militant de « Fraternité Ouvrière », fut arrêté pendant une diffusion de tracts puis relâché. Cette grève prouve la grande combativité de la classe ouvrière guadeloupéenne, survenant après la dure lutte menée par les coupeurs de canne, elle montre que ce sont les travailleurs qui sont à la tête de la lutte en Guadeloupe. Mais on voit aussi que, et les patrons, et les organisations réformistes, veulent prouver aux travailleurs que la lutte ne paie pas. Plus que jamais la classe ouvrière a besoin de son propre parti révolutionnaire, car seul cet instrument lui permettra de répondre aux manigances. Ainsi les patrons tentent d’embaucher du personnel pris parmi les chômeurs, qui représentent comme chacun sait, une importante catégorie de la population en âge de travailler. Et, soutenus par le préfet, ils s’en tiennent à leur misérable aumône de 3,65 F de l’heure sans vouloir entendre parler de la prime de vie chère réclamée par les ouvriers du bâtiment. Quant aux organisations traîtres C.G.T et C.F.D.T., elles multiplient les manœuvres visant à démobiliser les travailleurs et à leur faire reprendre le travail. Certains de leurs militants n’hésitent pas à jouer le rôle de briseurs de grève. Seule la détermination dont les ouvriers du bâtiment ont fait preuve jusqu’ici pourra réduire à néant toutes ces manœuvres. En dernière heure, nous apprenons qu’à la demande de l’intersyndicale réunissant C.G.T., C.F.D.T. et « Fraternité Ouvrière », une commission de conciliation réunie à la Direction départementale du Travail et de la Main-d’œuvre a rendu l’arbitrage suivant : — 12,50% d’augmentation plus primes ; — Salaire minimum : 3,75 F de l’heure. Nous ne savons pas, au moment où nous écrivons, la réponse donnée à ces propositions patronales par nos camarades ouvriers du bâtiment. Pendant que Messmer bavarde la police colonialiste tue Une fois de plus, du 8 au 15 mai, un ministre des « D.O.M. » est passé aux Antilles pour rappeler que le colonialisme français est bien là. Le nouveau ministre a effectué sa visite d’intronisation en pleine crise sociale marquée par la lutte des travailleurs, des lycéens, des jeunes. Mais il n'envisageait de régler les problèmes sociaux qu’à la manière habituelle du colonialisme ; c’est-à-dire que son plan était de tromper — ou d’essayer de tromper — au moins une partie de la population avec de belles paroles et de briser avec la violence la plus sauvage ceux qu’il n’y a plus moyen de tromper. Et, cette fois encore, c’est exactement ce qui s’est produit. A ceci près que Messmer n’a pas dû tromper grand monde. Les bavardages du ministre n’ont pu satisfaire que les béni-oui-oui serviles venus se traîner à ses pieds. Mais les travailleurs ont bien compris que Messmer, comme ses prédécesseurs, n'avait pas daigné s’intéresser à leurs problèmes. Mais, dans le même temps où quelques pitres ergotaient sur la « générosité » de la France, les brutes armées au service du colonialisme français faisaient la loi dans le pays. Les faits sont trop connus de tous pour les citer en détail. Il suffisait parfois d’être simplement suspect pour être arrêté et frappé. A Fort-de-France, à coups de matraque, de crosse, de grenades, les képis rouges se sont déchaînés des heures durant, contre les manifestants, faisant de nombreux blessés, et le jeune Gérard Nouvet, qui ne manifestait même pas a été tué par une grenade lacrymogène tirée à bout portant. Pourtant, son assassin n’a même pas été inquiété. Mais, de toute façon, l’abruti qui l’a tué n’était qu’un instrument. Par son bras c’est le colonialisme qui a assassiné une fois de plus. Messmer avait beau discourir sur la générosité de la métropole et dépeindre avec des couleurs sombres tout ce qui arriverait aux Antilles en cas de séparation. La grenade qui a explosé au visage du jeune Gérard Nouvet a jeté une lumière crue sur la nature véritable des liens entre l’impérialisme français et ses colonies antillaises. Ces liens coloniaux ne peuvent se maintenir que par la répression. Et ceux qui prétendent, qu'entre l’impérialisme français et les masses travailleuses des colonies le dialogue est possible, mentent sciemment. La seule forme de dialogue, c’est celle dont les policiers ont donné un exemple sanglant ce jour-là, à Fort-de-France. Claude ROCHA

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La section C.G.T. du Bâtiment de Basse-Terre entre à Fraternité Ouvrière

Basse-Terre : le 4 avril 1971, lors d'une assemblée générale, la section syndicale C.G.T. des ouvriers du bâtiment de Basse-Terre a décidé de rompre avec la C.G.T. et de constituer la section « Fraternité Ouvrière » de Basse-Terre. Cette attitude est motivée par la trahison des chefs syndicaux de la C.G.T. qui, après les avoir mobilisés pour la grève des ouvriers du bâtiment, leur disaient en fin de compte de ne pas suivre les « aventuristes » et les «gauchistes ». Après leur entrée en grève le 1er mars, Songeons voulait leur faire reprendre le travail à tout prix en leur disant que 40 % c’était trop. Ne recevant plus d’autre directive que celle de cesser la grève, le secrétaire général de la section de Basse-Terre décida alors de rompre avec la C.G.T. S’il se trouve qu’une section de la C.G.T. l’a quittée pour adhérer à la « Fraternité Quvrière », c’est que ce dernier syndicat apparaît comme plus dynamique, plus combatif et plus démocratique. Alors une question : les Songeons et compagnie, qui dirigent la C.G.T. se sont-ils donné pour tâche la destruction de ce syndicat ? ? Mort de Balagne secrétaire de l'U.T.A. Dans la nuit du 5 avril, mourait Balagne, secrétaire général de l’Union des travailleurs agricoles (UTA), happé par une voiture alors qu’il rentrait chez lui, au sortir d’une réunion. Toute la lumière devra être faite ’sur cet « accident ». Tous les travailleurs agricoles souhaitent que l’enquête soit menée minutieusement et poussée jusqu’au bout. Mais les plus conscients d’entre-eux pensent que l’affaire sera purement et simplement classée. Ce n’est pas nous qui les démentirons. Car il y a trop d’exemples, de par le monde, d’accidents de ce genre, dont ont été victimes des défenseurs de la classe ouvrière, si ce n’est franchement des crimes, pour nier l’argument de ces ouvriers agricoles. Balagne est mort alors qu’il avait la confiance de milliers d’ouvriers avec qui il avait lutté durement au début de la récolte. Et, comme beaucoup d’autres travailleurs des champs, il pensait reprendre la lutte arrêtée en février. Les trois mois de grève, comme aux autres, lui avaient appris, sans doute, à mieux lutter. Que les ouvriers agricoles ne soient ni découragés ni intimidés - par cette disparition troublante de Balagne. La lutte continuera. SIDOINE ECHOS ECHOS ECHOS LA PREMIERE SESSION ORDINAIRE DU CONSEIL GENERAL DE LA GUADELOUPE Le vendredi 16 avril s’est ouverte la première session ordinaire du Conseil Général de la Guadeloupe. Cette session commençait dans une atmosphère « lourde ». En effet, le climat social avait déjà nécessité une session extraordinaire en fin février pour traiter des problèmes de la grève des ouvriers agricoles. Maintenant, il y avait la grève des ouvriers du bâtiment, celle des lycées et C.E.T. de Baimbridge, des C.E.S. de Morne-à-l’eau et du Lamentin, celle du Centre d’Enseignement Supérieur Littéraire et de l’institut Vizioz. Le 13 avril, un meeting des ouvriers du bâtiment qui devait se tenir à Grand’Camp avait été interdit. Malgré cela, la réunion de Vizioz qui avait lieu après, avait groupé une foule de 600 personnes. Bref, tout n’allait pas très bien. Le Conseil Général voyait une augmentation inquiétante du nombre des auditeurs, parmi lesquels environ 80 ouvriers du bâtiment de Pointe-à-Pitre venus écouter les conseillers généraux. On pouvait remarquer l’absence de Bangou, qui ne se mouille jamais, et celle de Lacavé qui, le lendemain, était venu spécialement de France pour décerner les médailles des Jeux de la Guadeloupe en compagnie de Brunon. Après le discours de Rinaldo, sans aucun intérêt et celui de Brunon, qui se plaignait lui aussi du fait que le climat s’était alourdi, commença alors la mascarade. Il ne s’est trouvé que Ludger, l’opportuniste et le « progressiste » Mathieu, pour tenir un langage un tant soit peu énergique en face de Brunon, dénoncer la répression et... déposer des vœux demandant le retrait des képis rouges des abords des lieux de travail ! En effet, Archimède (P.C.G.) demandait que... l’usine ne pollue plus le canal des Rotours à Morne-à-l’eau et Pentier (UDR) déposait un vœu afin que les crédits alloués aux cantines scolaires soient augmentés ! La foule qui s’était amassée pour écouter la séance croyait que les débats allaient continuer. Soudain, sur un signe de Brunon, de plus en plus mal à l’aise face à ces quelques critiques, Rinaldo déclarait la séance levée. Ce fut alors un beau tollé. L’assistance se dispersa aux cris de « La parole au peuple », « Brunon raciste». Bref, beaucoup de bavardage, un peu de cinéma de la part des élus et une fin de séance lamentable. Mais quoi d’autre pourrait-il bien se passer dans cette assemblée-croupion qui, de toute façon, ne décide de rien ? Chacun sait que les conseillers sont là pour « proposer », pour « émettre des vœux », en un mot, pour bavarder, mais la décision appartient au préfet. UN MOUVEMENT DE GREVE AVORTE A LA SOPICO A la SOPICO, secteur attenant au bâtiment, la grève n’a duré que quelques jours. Le directeur de SOPICO, qui est aussi celui de la STE où la grève est par contre effective, a fait des promesses et les travailleurs ont repris le travail. En fait, à la SOPICO, personne ne se sentait assez organisé pour tenir la grève plus longtemps. La CGT parle depuis longtemps de monter une section syndicale mais rien n’a été fait jusqu’ici. Alors combien faudra-t-il attendre de mois pour que cette section voie le jour ? A moins que les travailleurs s’occupent eux-mêmes de cette affaire ! ! ! APRÈS L'ACCIDENT DE RIVIÈRE PILOTE : sur les routes des Antilles, la mort à chaque tournant vous attend Le vendredi 23 avril, un accident de la circulation se produisait près de Fougainville (Rivière-Pilote). Un homme au volant d’une camionnette croise l'un de ces gros engins agricoles qui depuis quelque temps sillonnent les routes de Martinique et de Guadeloupe. Ces engins obstruent les trois-quarts de la chaussée et le plus souvent, les voitures venant en sens inverse sont obligées de se déporter presque sur les accotements, risquant ainsi de verser dans le fossé, périodiquement c’est d’ailleurs ce qui se passe et c’est ce qui est arrivé dans l’accident de Fougainville. L’homme de la camionnette est mort. Ce n’est pas la première victime de ces engins. Mais ceux qui les ont fait venir, ceux à qui ils appartiennent, en l'occurrence les grosses sociétés sucrières et agricoles, se moquent de savoir que leurs engins sont capables de tuer des gens, pourvu qu’ils fassent monter leurs profits. Et l’Administration qui est si prompte à voler au secours des grosses sociétés quand les travailleurs agricoles sont en grève, ne fait rien pour régler cette situation. Comment a-t-on pu autoriser la circulation de tels véhicules avant d’avoir révisé l’ensemble du réseau routier ? Chaque semaine il y a au moins un de ces engins qui, soit verse dans le fossé, soit occasionne un accident, mettant en danger, et la vie des automobilistes, et celle des conducteurs d’engins. Quand on sait de plus que ces conducteurs travaillent 12 h par jour d’affilée, on ne peut plus s’étonner de la fréquence des accidents. Evidemment, il est plus facile de dépenser de l’argent pour accumuler ici des forces de répression de plus en plus nombreuses que de réviser les routes. Faudra-t-il attendre que se manifeste la colère des usagers de la route et des riverains pour que cela change ?

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Quand le Parti Communiste Guadeloupéen met l'ordre à la Cité Scolaire de Baimbridge

Le 23 mars, lors du procès des syndicalistes de l’U.T.A., les forces de répression se livrèrent à des brutalités contre les manifestants ouvriers et lycéens venus apporter leur soutien aux accusés. Quelques jours plus tard, les étudiants et lycéens de Baimbridge et Vizioz se mettaient en grève illimitée pour protester contre ces brutalités et pour soutenir la grève du bâtiment. De nombreux meetings et conférences se tenaient à Baimbridge, mais surtout à l’institut Vizioz. C’est ainsi que des militants de toutes tendances, nationalistes, socialistes, révolutionnaires, sans tendance pouvaient s’exprimer et expliquer leur vision de l’avenir pour la Guadeloupe. Des grévistes ouvriers, des syndicalistes de l'U.T.A. et de Fraternité Ouvrière, des petits planteurs, purent aussi expliquer au fil des jours les raisons de leur mécontentement. Cela ne pouvait évidemment plaire à l'Administration coloniale Mais le Parti communiste guadeloupéen, lui, n’était pas content du tout de cette situation. Car. nombre d’ouvriers, de syndicalistes, de militants, venaient dénoncer sa politique hypocrite et démobilisatrice. Que des ouvriers, des étudiants soient en train de, prendre conscience que la seule lutte que le P.C.G. soit prêt à mener, est de type électoraliste, qu’on le dise à des centaines de gens qui eux le répétaient à des centaines d’autres, cela ne pouvait satisfaire le Parti des staliniens enragés que sont les Géniès, Songeons et compagnie. Aussi, tout au long des vacances de Pâques menèrent-ils une violente campagne dans l’« Etincelle » par tracts signés de la C.G.T., du P.C.G. ou de la municipalité de Pointe-à-Pitre qu’ils contrôlent. Ces tracts conviaient les « parents » d’élèves à venir mettre les gauchistes à la raison (l’Etincelle du 3 avril). Puis, le 10 avril, l'Etincelle parlait de « commando gauchiste » et appelait les « parents » et les « démocrates » à passer à l’action et à venir administrer la riposte et mettre fin à l’action néfaste des gauchistes ». Pour exciter ses partisans contre les étudiants grévistes, le P.C.G. fit flèche de tout bois. Un odieux chauvinisme anïi-Martini- quais fut développé. Puis ce fut le couplet sur « les éléments étrangers» à la cité scolaire, etc., etc. Tout y passa. Toujours est-il que le lundi de la rentrée, les membres du PCG déguisés pour la circonstance en « parents d’élèves » vinrent aux portes de Baimbridge pour expliquer aux jeunes qu’il fallait reprendre les cours. Il n’y eut que quelques bousculades, les nervis staliniens se contentant de s’en prendre aux diffuseurs de tracts. Un meeting se tenait rassemblant près de 150 participants, pendant que des petits groupes se formaient dans les cours et allées de la cité. Un flottement se faisait sentir. Beaucoup d'élèves étaient alors prêts à reprendre. Finalement, c’est le mardi qu’un meeting devait avoir lieu pour décider de la reprise ou pas. Le mardi, des incidents plus ou moins confus avaient lieu, provoqués par le proviseur et certains employés du lycée. Ceux-ci s’en prenaient avec violence aux étudiants, voulant empêcher le meeting. Le mercredi, dès 6 heures du matin, les nervis du P.C.G. se dirigeaient vers les établissements scolaires en vue d’en chasser définitivement les «gauchistes». Cette fois toute la bande y était : Génies, le super-stalinien de choc qui s’était déjà distingué le lundi, les Verdol, Thole, Vrécor (accompagnés d’employés municipaux que le P.C.G. tient par le ventre). Tout ce beau monde était généreusement pourvu d’instruments contondants (barre de fer, de bois, bouteilles, cailloux, rasoirs, etc.). Ils commençaient par frapper sauvagement un jeune, considéré comme, un meneur. Puis ils se lançaient à l’assaut de la cité scolaire. Courageux, mais pas téméraires, ils s’étaient auparavant assurés de la présence aux environs de plusieurs cars de képis rouges. Echauffourées, jets de pierres, bastonnades se déroulèrent pendant les premières heures la matinée. Plusieurs étudiants et ly­céens furent malmenés. Michel Rovelas, candidat révolutionnaire aux élections municipales, qui tentait de faire entendre raison aux staliniens, fut sauvagement frappé par derrière, à la tête, par des nervis staliniens, qui se jetèrent sur lui et le rouèrent de coups. Devant l’attitude agressive du P.C.G., tous les lycéens, y compris ceux qui avaient repris les cours, tous les étudiants firent front et chassèrent les staliniens enragés. Ceux-ci durent se replier et laissèrent alors la place aux képis rouges qui jusque là étaient restés spectateurs. La collusion était évidente pour tous entre képis rouges et nervis staliniens. Des arrestations furent opérées, plusieurs manifestants furent arrêtés dont le jeune Jean- Louis Jasor. Rovelas était conduit dans une clinique ; le centre scolaire était fermé. Aussitôt des groupes de jeunes se répandirent dans Pointe-à-Pitre pour réclamer la libération de Jasor. Malgré le quadrillage de la ville, les manifestations se poursuivirent jusqu'au soir vers 20 heures. La panique s’emparait de la ville. Les magasins fermaient leurs portes, tandis que des groupes de jeunes étudiants, lycéens, chômeurs, ouvriers, lançaient des projectiles divers sur les forces de répression. Quelques-uns d’entre-eux devaient être assez sérieusement blessés. La journée fut chaude, chacun avait en tête les massacres de 1967, mais rien de grave n’eut lieu. Près de 15 personnes, manifestants ou non, ont été arrêtées. Ainsi, voilà les méthodes par lesquelles les Bangou et autres entendent soutenir la lutte des travailleurs du bâtiment. Le PCG, bien que se prétendant Parti des travailleurs, n’a en rien aidé les ouvriers du bâtiment à réussir leur grève. Bangou et la municipalité de Pointe-à-Pitre se vantent d’avoir distribué des secours en espèces et en nature aux grévistes. Cela ne suffit pas et de loin. Par contre, un tel mode de soutien, en l’absence de toute organisation véritable de la lutte dans le secteur du bâtiment comme dans les autres secteurs, est bien à la mesure du PCG, parti de réformistes avérés qui prétendent pouvoir améliorer la société capitaliste et non la détruire, pour la remplacer par une société dirigée par le prolétariat et dans l’intérêt des masses exploitées. Le P.C. n’ayant pu entraîner les lycéens à reprendre les cours, ce qui signifiait en l’occurrence : ne plus soutenir la grève des ouvriers du bâtiment, a décidé de détruire leur mouvement. Il y a peut-être très provisoirement réussi, mais travailleurs et lycéens s'en souviendront. Et cette réflexion d’une manifestante du samedi à Pointe-à-Pitre, pendant les affrontements avec les képis rouges : « Où, sont les gens du P.C.G. ? On ne les voit que quand il s’agit de voter ou de. combattre les lycéens», n’annonce pas des jours meilleurs pour le P.C.G. * * * Malgré l’interdiction de manifester sur tout le territoire de la Guadeloupe, trois rassemblements et défilés ont eu lieu, suivis de meetings à Sainte-Rose, Capesterre et Abymes. Rassemblant globalement quelques centaines de personnes, ces manifestations qui se déroulèrent sous les plis du drapeau rouge, aux cris de « LE POUVOIR AUX OUVRIERS », « KIMBE RAID POU 4,90 LA », « INDEPENDANCE NATIONALE », etc. permirent de remonter le moral de tous. Car, malgré le climat répressif qui pèse, on avait osé descendre dans les rues, peu nombreux, certes, mais bien accueillis par la population. Quand les résidents s’organisent pour dénoncer les foyers du B.U.M.I.D.O.M. PARIS XIIe Le foyer Ruche-del-Campo, situé rue de Charenton, dans le 12ème arrondissement, appartient au Bumidom qui y loge pêle-mêle un certain nombre de jeunes travailleurs antillais, à la recherche d’un emploi. Ce foyer a le triste privilège d’être géré par un couple, dont la qualité morale première est le racisme... Ainsi, comme toute réponse à un résident qui voulait savoir pourquoi les draps n’étaient pas changés plus souvent, la gérante rétorquait que « la couleur de sa peau risquait de les noircir trop vite... ». N’eût été que le racisme de ces gérants (notons au passage que leur racisme a pu être à l’origine de leur choix comme gérants), l’on pourrait penser qu’il n’y a qu’à les jeter dehors, pour que les choses aillent mieux. Mais il y a pire. Non seulement les jeunes résidents sont entassés à 5 ou 6 dans une chambre exiguë (15 mètres carrés, une seule fenêtre donnant sur la cour), où l’hygiène et la salubrité sont quasi-inexistantes, mais ils ne disposent pour se laver que d’un lavabo situé dans les W.C., sur le palier, et pour lequel ils sont 26. En outre, chambres et placards sont dépourvus de clé. Ce serait, paraît-il, pour faciliter les inspections. En effet, à n’importe quel moment de la journée, les résidents peuvent avoir la visite du gérant ou de la gérante. Pour ce qui est des repas, les jeunes occupants du foyer n’ont droit qu’à celui du soir, fait très souvent avec des restes. Et s’il leur vient à l’idée de se plaindre, comme cela s’est produit à maintes reprises, il n’est pas rare que la gérante refuse carrément de les servir. Ajouté à cela, le fait que le foyer ne met aucune salle commune (de jeux ou de réunion) à ta disposition des résidents, justifie que ceux-ci en ont assez de ce foyer-prison du Bumidom, et sont bien décidés à ne plus se laisser faire. C’est pourquoi ils ont mis sur pied un comité de lutte, au sein duquel les discussions, fort nombreuses et ouvertes à tous sans exception, ont porté jusqu’ici sur la façon de contraindre le Bumidom à entendre directement leurs revendications quant aux conditions de vie dans ses différents foyers. Le comité se fixe comme objectif immédiat de rencontrer les résidents d’autres foyers, et de faire connaître leur lutte à l’extérieur par voie de tracts, affiches, etc... A l’heure où nous écrivons, les occupants du foyer Ruche-del-Campo n'ont pu obtenir aucune amélioration notable. Cependant, ils ont compris que, seule une action d’ensemble pouvait amener le Bumidom à les loger de façon plus décente, et les gérants à les considérer comme des hommes, non comme des bêtes.

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MAI 1971 : Un tournant dans les luttes ouvrières en France

Depuis environ un mois, les grèves et les mouvements revendicatifs se multiplient en France. Certes, il ne s’agit pas comme en mai 68 d’une grève générale paralysant tout le pays mais, par bien des aspects, mai 71 rappelle la situation d’il y a trois ans. Le mouvement a débuté chez les ou­vriers spécialisés des usines Renault, au Mans. Menacés de lock-out par la Direction, les travailleurs de Billancourt répliquèrent en votant la grève avec occupation de l’usine. D'autres entreprises se mirent en grève, comme la Polymécanique, à Pantin, ou l'usine Bourgeois, à Besançon, et là encore, les ouvriers décidèrent d’occuper les locaux. Une série de débrayages eurent lieu dans les secteurs les plus divers banques, métallurgie, transports, etc. Certes, rien de concerté, rien de précisément organisé dans tous ces mouvements. Mais ce qui ressort essentiellement de tout ceci, c’est que les travailleurs en ont assez, et qu’ils veulent montrer au gouvernement qu’ils ne sont pas prêts à accepter de faire les frais de sa politique actuelle. Celui-ci n’hésite pas à accuser cyniquement les travailleurs d’entretenir l’inflation en demandant des augmentations de salaire. Quant à ceux qui spéculent et sont les véritables responsables de l’inflation, ils peuvent agir en toute quiétude. C’est parce qu’ils en ont assez de tout cela, assez de l’augmentation du coût de la vie, des cadences de travail, assez de la crise actuelle du logement et du scandale des transports, que les travailleurs se sont mis en grève. Mais les appareils syndicaux, loin d’organiser leur lutte, firent des pieds et des mains pour la freiner, pour en empêcher l’extension. Chez Renault, la C.G.T. s’était d’abord prononcée contre l'occupation et c’est devant la détermination des travailleurs qu’elle dut s’incliner. Il en va de même dans les différentes entreprises. Georges Séguy, secrétaire général de la CGT, a bien précisé dans un de ses discours qu’il n’était pas question de faire un nouveau mai 68, qu’il fallait se garder des « aventuristes » qui parlent de grève générale. Mais c’est là précisément que le mouvement actuel se distingue des précédents. Alors qu’en mai-juin 68, la CGT, laissant se développer le mouvement, avait pu le récupérer sans encombre, cette fois-ci, dès le début, ses représentants se sont ouvertement opposés au déclenchement de la grève, et encore plus aux occupations. Et c’est en toute connaissance de cause, en sachant qu’ils auraient à se heurter non seulement au patron, mais aux appareils syndicaux, que les ouvriers ont pris leur décision. De toute évidence, il apparaît dans plupart des entreprises, qu’une fraction importante des travailleurs ne se fait plus aucune illusion sur les appareils syndicaux. Et ce fait est d’une importance capitale. Certes, les dirigeants des syndicats, et en particulier de la CGT, réussiront sans doute, par leur attitude démoralisante, à faire reprendre le travail. A l’heure où nous écrivons, il semble que les ouvriers du Mans se soient résignés à terminer leur grève. Mais les dirigeants syndicaux, en dégoûtant les travailleurs, ne font, qu’ils le veuillent ou non, qu’apporter de l’eau au moulin des révolutionnaires. Ceux-ci ont, pour la première fois en France, l’occasion de gagner à eux une fraction non négligeable de la classe ouvrière. En tous cas, la simple existence d’une telle fraction constitue sans aucun doute un fait très important pour l’avenir des luttes sociales en France. A propos des méthodes staliniennes du P.C.G. D'où vient le stalinisme ? Après les bagarres qui se sont déroulées à Baimbridge et où se sont distingués des membres du P.C.G., ce dernier a montré une fois de plus que, comme son frère aîné et tuteur, le P.C.F., il perpétue bel et bien les méthodes de gangstérisme que le stalinisme triomphant avait naguère introduites dans le mouvement ouvrier. Comment un parti qui se prétend être communiste peut-il utiliser de telles méthodes à l’égard de courants qui se réclament aussi du communisme ? Comment un parti qui prétend défendre les travailleurs peut-il, plus généralement, s'opposer à toute démocratie ouvrière ? Au fond la réponse est simple. Ce parti qui se dit communiste ne combat plus depuis longtemps pour la destruction de l’ordre bourgeois, mais pour y avoir une place meilleure. Plus de places de conseillers municipaux, de conseillers généraux, des responsabilités plus grandes dans la gestion de la société actuelle, c’est-à-dire la société capitaliste, voilà les objectifs du P.C.G. Mais si, comme tout parti réformiste, le P.C.G. se contente de réclamer une part plus grande des miettes du colonialisme, il a une originalité : celle précisément qui consiste à se réclamer encore du communisme et de la lutte de classe. C’est parce qu’il continue à se parer des couleurs communistes, parce qu’il apparaît encore devant un grand nombre comme un parti qui aspire à un changement radical de la société qu’il influence et abuse des milliers de travailleurs. Il y a un fossé entre ce que le P.C.G. prétend de lui-même et ce qu’il est, entre ce qu’il dit et ce qu’il fait. C’est précisément parce que sa situation est équivoque, parce qu’il y a une contradiction entre les aspirations de ceux qui lui font confiance et la politique de sa direction, qu’il craint la discussion démocratique, qu’il craint les critiques venues de sa gauche et surtout qu’il combat les courants qui expriment clairement ce que ressentent confusément bien de ceux qu’il influence. Il sait que plus se développe un courant révolutionnaire parmi les travailleurs, moins il saura abuser ces derniers. Mais comment le mouvement communiste et dans ce cadre le P.C.F., dont le P.C.G. était une fédération jusqu’en 1958, en sont-ils arrivés là ? Comment les partis communistes qui, lors de leur fondation avaient choisi le camp de |a révolution russe de 1917, c'est-à-dire le camp du prolétariat révolutionnaire, peuvent-ils combattre avec tant d’acharnement les idées révolutionnaires ? C’est là une question capitale à laquelle il est impossible de répondre sans examiner ce qu’est devenue la révolution russe elle-même. Car le berceau du stalinisme, dont le P.C.G. fait usage, est bien l’Etat soviétique. Il faut remonter à la Révolution d’Octobre 1917 et comprendre dans quelles conditions elle s’est faite, pour comprendre le stalinisme. En effet, la Révolution russe fut la première révolution prolétarienne victorieuse, mais elle resta aussi la seule, dans un monde qui continua à être dominé par le capitalisme. Contrairement aux espoirs des Bolchéviks qui dirigeaient la révolution, celle-ci resta isolée. Toutes les tentatives faites par le prolétariat européen se soldèrent par des échecs. L’isolement qui s’ensuivit aggrava la situation dans un pays arriéré, aux trois-quarts paysan, saigné à blanc par les premières années de la guerre (14-18), par les sabotages de la bourgeoisie et par l’effroyable guerre civile que la Russie dut vivre pour écraser définitivement les classes possédantes. Au sortir des premières années de la Révolution, la classe ouvrière avait perdu beaucoup de ses meilleurs éléments, les plus conscients, les plus dévoués. Il en fut de même du parti bolchévik qui, lui, était l’avant-garde de la classe ouvrière. Parallèlement, sur le plan international, le prolétariat subit défaites sur défaites. (Allemagne 1918-1923 ; Hongrie 1919). Les jeunes partis communistes qui, sous la direction des bolchéviks, s’étaient groupés dans la IIIème Internationale, manquaient d’expérience ou charriaient dans leurs rangs des opportunistes des vieux partis socialistes qui avaient trahi le prolétariat pendant la première guerre mondiale (les Cachin, Frossard et autres). Aucun autre parti de l’internationale ne possédait l’expérience théorique et pratique du parti Bolchévik. Mais avant que ce dernier ait pu transmettre son expérience à l’ensemble de l’internationale, la révolution était déjà gangrenée de l’intérieur. La bourgeoisie n’avait pu abattre l’Etat ouvrier, mais celui-ci allait subir de graves déformations. En effet, le prolétariat russe, décimé et privé de ses éléments les meilleurs par une longue guerre civile, s’est retrouvé isolé dans un pays pauvre où il était largement minoritaire. Affaiblies, démoralisées, confrontées aux problèmes graves de l’existence quotidienne, dans un pays au bord de la famine, les masses ouvrières perdirent progressivement le goût d’exercer le pouvoir et de s’occuper des affaires de leur Etat. Les catégories qui occupaient des fonctions dans les rouages de l’appareil d’Etat se substituaient progressivement, au nom du prolétariat, au prolétariat lui-même dans l’exercice des fonctions étatiques. Grâce à ces fonctions, elles s’arrogeaient d’odieux privilèges face à la misère générale, et pour préserver ces privilèges, elles cherchèrent à écarter toute possibilité de contrôle démocratique de la part des ouvriers. Après la période d’ascension, c’était le reflux de la révolution. A la hardiesse, à la clairvoyance révolutionnaire devaient succéder la pusillanimité, l’étroitesse de la pensée politique des couches de bureaucrates. La bureaucratie, tout en se parant des couleurs du communisme, accomplissait sa tâche réactionnaire. Et sa montée au pouvoir fut facilitée dans la mesure où elle trouva, au sein des fractions les plus conservatrices du parti bolchévik, d’anciens révolutionnaires pour lui servir de porte-parole. Staline et sa faction jouèrent ce rôle. Le secrétaire général du parti, que Lénine stigmatisait déjà quelque temps avant sa mort, comme étant brutal, peu loyal, devait se distinguer par la lutte qu’il mena contre l’opposition de gauche, groupée autour de Trotsky. C’est de cette époque (années 1923 à 1929) que datent les méthodes qui fleurirent depuis lors dans l’ensemble des partis communistes : coups, injures, calomnies, faux, etc., etc. Tout ce qui se trouvait à la gauche des staliniens devait disparaître. Les staliniens ne confrontaient pas leur politique aux autres, mais éliminaient leurs adversaires par des méthodes dignes de l’inquisition (procès de Moscou en 1936), et du gangstérisme (assassinat de révolutionnaires espagnols, de Trotsky en 1940). Le but de ces méthodes était clair : il fallait empêcher physiquement la formation d’une direction prolétarienne révolutionnaire. Dans l’ensemble de l’internationale, se parant de l’auréole du parti bolchévik, usurpant la confiance due au rôle de ce parti dans la révolution, bénéficiant du prestige acquis par la Russie nouvelle dans les masses, les staliniens purent éliminer de tous les partis communistes les vrais révolutionnaires et confier la direction de ces partis à un personnel soigneusement trié par Moscou sous l’œil vigilant de Staline lui-même. Voilà qui explique, en partie seulement, évidemment, le comportement et la nature de partis comme le P.C.G. Ceux-ci en paroles sont communistes, mais en fait sont des réformistes toujours prêts à faire amende honorable devant la bourgeoisie. Les derniers événements de ces jours-ci ne sont pas là pour nous démentir. C’est tout cela qui explique la haine farouche des dirigeants de ces partis pour toute formation qui semble proposer, où propose réellement une politique révolutionnaire à la classe ouvrière. Claude ROCHA