Site

CO de 2017/CO n° 1186 du 4 novembre 2017/Première page

Première page

Éditorial :Macron en Guyane la population a su lui crier sa colère en plein visage !

ZoomLa population, qui exige que l’État respecte ses engagements financiers pris en avril dernier, a perturbé la visite de Macron. Les manifestants ont manifesté violemment dans les rues de Cayenne et ont troublé les nuits de Macron devant la préfecture où il séjournait.

Officiellement, Macron allait en Guyane pour participer à la Conférence des Régions européennes « ultrapériphé-riques » et au lancement des Assises de l’Outremer. En réalité, ce sont la grève générale et les manifestations populaires des mois de mars et avril qui ont contraint Macron à se rendre en Guyane. C’est cette pression populaire qui avait forcé les autorités à s’intéresser à l’état de sous-développement de la Guyane. L’ancienne ministre des Outremers Ericka Bareigts et le président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker avaient dû s’excuser auprès de la population. Juncker, qui avait déclaré le 31 mars que « en Guyane, comme ailleurs, nous avons fauté par inattention », a profité du voyage de Macron pour se rendre aussi en Guyane.

La population et les organisations membres du Kolèktif Pou Lagwiyann Dékolé attendaient Macron de pied ferme pour lui réclamer des comptes sur l’application de l’accord signé le 21 avril. D’après cet accord l’État doit verser 1,1 milliard d’euros pour la construction d’infrastructures urgentes, principalement pour la santé et l’éducation. Les autorités promettaient aussi d’étudier la possibilité d’une rallonge de deux milliards demandée par le collectif. En réalité les travaux correspondant à ce budget de deux milliards sont tout aussi urgents. Par exemple la construction d’un réseau d’eau potable. Aujourd’hui 30 000 habitants n’y ont pas accès. Quant à ceux qui ont l’eau courante, on peut douter de sa qualité vu qu’une note provenant de l’Elysée conseillait à ceux qui voyageaient avec Macron de ne pas boire l’eau du robinet !

Macron a voulu se servir de cette visite pour faire une démonstration de fermeté mais les manifestants ont ébranlé cette façade. Le 26 octobre, un millier de personnes s’étaient massées devant la préfecture de Cayenne pour exiger une rencontre immédiate avec lui. Au bout de quelques heures, Macron avait accepté de rencontrer les représentants du Kolèktif Pou Lagwiyann Dékolé. Mais lorsque Macron a annoncé qu’il différait la rencontre au lendemain, les manifestants ont exprimé leur colère et les forces de l’ordre les ont dispersés par des tirs de grenades lacrymogènes. Le lendemain Macron a annulé la rencontre en expliquant qu’il ne voulait discuter qu’avec les élus. Il a déclaré : « Mes interlocuteurs sont les interlocuteurs légitimes car démocratiquement élus ». Ceux qui ont eu le pouvoir pendant plusieurs semaines de paralyser le pays, d’empêcher la fusée de décoller à Kourou, ne sont donc pas légitimes pour Macron ! Pourtant c’est leur révolte qui l’a contraint à se déplacer en Guyane. En fin de compte, les postures prises par Macron au cours du reste de son séjour, voulant jouer les durs, n’ont été que du cinéma !

Et finalement, devant la presse, Macron a laissé comprendre que le versement des deux milliards supplémentaires sera étudié et déterminé lors des États généraux de la Guyane et des Assises de l’Outremer. Sa soi-disant « fermeté » s’est bien vite ramollie face à la force du mécontentement populaire.


Guadeloupe: Harcèlement sexuel et classe sociale

ZoomDepuis que des actrices ont dénoncé un grand producteur de cinéma américain, Harvey Weinstein, de très nombreuses femmes témoignent à leur tour du harcèlement sexuel qu’elles ont subi. Des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs villes de France.  

C’est une très bonne chose que des femmes célèbres, actrices ou femmes politiques, dénoncent le harcèlement sexuel. Cela encourage d’autres femmes, plus anonymes, à protester elles-aussi. Et cela révèle une situation choquante : toutes les femmes peuvent subir du harcèlement de la part d’un homme qui abuse de son pouvoir, en particulier au travail.

Les femmes qui dénoncent le harcèlement sexuel au travail ont raison ! Ce harcèlement est toujours destructeur. Mais il n’aura pas les mêmes conséquences selon que la victime est une femme riche ou pauvre. Celle qui a les moyens pourra se défendre plus facilement, ne serait-ce qu’en payant un avocat, tandis que l’autre devra le plus souvent souffrir en silence.

Une association d’aide aux victimes a étudié plusieurs centaines de cas. Lorsqu’une salariée dénonce son harceleur, dans 95% des cas, elle est licenciée. C’est ce qui est arrivé à une jeune femme employée de Guadeloupe Formation, victime du harceleur Patrick Dumirier. Non seulement elle n’a pas été soutenue par les autres dirigeants de la structure, mais elle a fini par perdre son emploi : licenciée ! Elle vient enfin de gagner aux prud’hommes. Mais le harceleur n’a toujours pas été convoqué au pénal. Il semblerait qu’une fois encore les autorités protègent les harceleurs.

Suite à l’affaire Weinstein, le Parlement européen a organisé une séance spéciale sur le harcèlement sexuel qui existe dans ses propres rangs, le 26 octobre. Un député a souligné que les contrats précaires des assistantes qui travaillent dans ce Parlement aggravent le problème, puisque les harceleurs sont presque certains que la victime n’osera pas les dénoncer. Ce qui se passe au Parlement européen est à l’image de ce qui se passe dans toutes les entreprises. Il y a 3,4 millions de travailleurs précaires en France et 7,7 millions en Allemagne, pour ne citer que les « poids lourds » de l’Europe. Et la précarité augmente, puisque les lois du travail sont de moins en moins contraignantes pour les patrons.

Un grand nombre de ces travailleurs précaires sont des femmes, qui sont ainsi autant de proies faciles pour les harceleurs. Le combat des femmes contre le harcèlement sexuel est donc indissociable du combat de l’ensemble des travailleurs contre la dictature des riches !


Martinique : Après le chlordécone, le glyphosate

La semaine dernière, sur Martinique 1ère télé, Ulysse Mudard, président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles), a été interviewé sur l’utilisation du glyphosate. Ce produit est vendu sous le nom de Round Up, un herbicide de la firme Monsanto classé en 2015 « cancérogène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).  

Après le chlordécone, pesticide hautement toxique, ce produit présumé dangereux est largement utilisé en Martinique. Selon France-Antilles du mercredi 25 octobre : "le glyphosate y est le plus vendu « en moyenne 34 tonnes par an ». Les zones les plus polluées par les pesticides se situent dans les rivières du nord et du centre, telles le Lorrain, Basse-Pointe, le Lamentin et le François".

L'autorisation de cette substance expirant fin 2017, la FNSEA, principal syndicat d'exploitants agricoles, a depuis quelques temps vivement réagi en affirmant qu'il était "hors de question" que la France prenne position pour l’interdiction de ce produit.

Ainsi, suite aux pressions exercées par les capitalistes de l’agro-alimentaire, le Parlement européen a émis un premier vote le mardi 24 octobre pour un arrêt du glyphosate… dans cinq ans et ce malgré les nombreux appels à l’interdiction. Par la suite, il s’est donné un peu de temps pour arrêter une position définitive avant la date-butoir de décembre 2017.

Sur les plateaux de Télé Martinique-Première, le président de la FNSEA de Martinique était en présence d’un médecin appartenant à une association pour la Recherche thérapeutique anticancéreuse qui a expliqué les fortes suspicions portant sur la dangerosité de l’utilisation de ce produit. Le président de la FNSEA a déclaré qu’interdire immédiatement le glyphosate mettrait en péril l’économie agricole.

Aux États-Unis des milliers de personnes atteintes du cancer ou leurs proches ont porté plainte contre la firme agrochimique Monsanto, un des principaux producteurs de glyphosate, sans qu’aucune suite n’ait été donnée. L’appât du gain pour les capitalistes est bien plus fort que les dangers mortels qu’ils font courir à la population.


Bookmark and Share