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CO de 2017/CO n° 1185 du 21 octobre 2017/Quatrième page

Quatrième page

Catalogne : l’impasse du nationalisme !

La Catalogne est une des régions d’Espagne située au nord-est du pays, frontalière avec la France. Aujourd’hui, elle a un statut de « communauté autonome » d’Espagne.

Il existe depuis plusieurs années un important courant indépendantiste. Ce courant a conduit notamment à une coalition de partis indépendantistes qui sont à la tête du gouvernement catalan actuellement.

Il y a trois ans, le gouvernement catalan avait organisé un premier référendum pour consulter la population sur l’indépendance. Il y eut 80,7% de « oui » et 4,5% de « non ». Cependant seul un tiers des électeurs avait participé au vote.

Le gouvernement espagnol avait réagi en déclarant illégal un tel référendum et en menaçant les dirigeants catalans de sanctions administratives, économiques et judiciaires. Cette année, Carles Puigdemont, le numéro un du Parlement de Catalogne, a annoncé une consultation de la population par référendum concernant l’indépendance de cette région. Les indépendantistes ont organisé des manifestations qui ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes. L’État espagnol s’est opposé avec virulence à l’organisation de ce deuxième référendum. Il a prétexté qu’il était totalement illégal. Il a tout fait pour empêcher les opérations de vote. La répression policière fut brutale au sein même des bureaux de vote contre les votants.

Malgré tout, le 1er octobre, 43% des électeurs catalans ont pu déjouer la répression et participer au référendum. Selon les dirigeants indépendantistes, 90 % des votants se seraient prononcés pour le « oui ». Mais ce référendum ne s’est pas déroulé dans des conditions permettant d’avoir une idée véritable et objective des résultats.

Une semaine plus tard, en réaction, une manifestation a rassemblé des centaines de milliers d’anti-indépendantistes à Barcelone, la capitale de la Catalogne. Une partie des milieux d’affaire, plusieurs grandes entreprises ont déménagé leur siège social dans d’autres villes d’Espagne. La majorité des grandes banques dont le siège se situe en Catalogne ont menacé de faire de même.

Le 10 octobre, face à la pression de l’État espagnol, de l’Union européenne, des grandes entreprises mais aussi d’une partie de la population catalane et espagnole, Carles Puigdemont, le chef des indépendantistes n’a pas proclamé l’indépendance comme on pouvait s’y attendre. Il a joué sur les résultats du référendum pour remettre l’indépendance à l’ordre du jour. Il a annoncé qu’il voulait négocier avec le gouvernement espagnol. Dans ce bras de fer qui oppose dirigeants indépendantistes catalans et dirigeants espagnols, la voie est bien étroite.

Certes, le sentiment régionaliste, indépendantiste de la petite bourgeoisie catalane a bien été renforcé pendant des décennies par le mépris de l’État central à l’égard des populations régionales. Et la dictature incarnée par le général espagnol Franco jusqu’en 1976 a exacerbé un certain sentiment d’oppression au sein de la population catalane. Les politiciens indépendantistes de Catalogne surfent sur ce sentiment mais les solutions qu’ils proposent ne vont que dans les sens des intérêts des riches et des nantis. L’un de leurs arguments est de prendre prétexte de la richesse de la région pour affirmer que c’est surtout l’État espagnol qui en profite. Les indépendantistes catalans veulent faire croire que tout irait mieux pour la population catalane dans une Catalogne indépendante. Comme si dans une Catalogne indépendante les riches vont se mettre à défendre les intérêts des classes populaires ! Ils maintiendront surtout leur mainmise sur les richesses de la région et continueront à exploiter les travailleurs. Certes la tutelle de l’État central espagnol n’est pas faite pour favoriser les travailleurs, les classes populaires et les pauvres du pays. Bien au contraire. Mais l’indépendance ne serait qu’une impasse et un carcan supplémentaires pour les travailleurs et les classes populaires de Catalogne.

C’est leur propre lutte, indépendante du gouvernement central et de celui de Catalogne, au service des riches et de la bourgeoisie, c’est elle seule qui leur préparera un meilleur avenir.


Saint-Martin : les promesses c’est comme le vent d’Irma

Elles claquent fort au début et puis s’en vont. Un mois après le passage du cyclone à Saint-Martin, des dizaines de familles rescapées sont toujours hébergées de manière provisoire dans un hôtel de l'aéroport d'Orly. Des enfants, des personnes blessées et malades, des gens sans ressource qui ont tout perdu sont sans nouvelles des autorités. Macron n'avait pas perdu de temps pour aller faire son cinéma à Saint-Martin au lendemain du passage du cyclone. Mais aujourd’hui, mi foto a-y.  


Guadeloupe: Maintien provisoire des contrats aidés

Le 13 octobre, la ministre de l’outremer Girardin a adressé un courrier au député de la République en marche Olivier Serva, assurant que « les besoins de la Guadeloupe en matière de contrats aidés seront couverts pour 2017 dans les mêmes conditions de l’accord avec la Martinique afin de respecter le principe d’équité entre territoires ».

Cette réponse fait suite aux appels des présidents de la Région, du Département et des maires de Guadeloupe. La veille ils avaient rencontré le préfet face à la suppression annoncée de plus d’un tiers des contrats aidés. Les propositions de l’État annoncées par le préfet étaient ridiculement faibles : les contrats qui se terminent en 2017 seraient renouvelés mais pour seulement six mois et avec deux heures de moins par semaine. Les élus dont certains ont fait allégeance à Macron pouvaient difficilement retourner devant leurs électeurs avec ce résultat. Cela n’a pas empêché plusieurs élus à appeler au calme, soi-disant que manifester ne garantit pas le succès. Ils savaient pourtant qu’en Martinique le gouvernement avait reculé face à deux semaines de mobilisation et manifestations d’employés en contrat aidé, de syndicats, de communaux, de parents d’élèves, de lycéens et même d’élus descendus eux-aussi dans la rue. Finalement c’est l’égalité de traitement entre les deux îles qui a déterminé la décision du gouvernement Macron.

Les élus qui se glorifient aujourd’hui ont été bien pleutres. Sans les manifestations il n’y aurait rien eu nulle part. Ceux qui sont descendus dans la rue à Bouillante et en Martinique, les travailleurs du Lycée de Sainte-Rose qui ont débrayé le 12 octobre contre les dysfonctionnements liés à la baisse du nombre de contrats aidés, et ceux qui très tôt ont protesté à Morne à l’eau en fermant les écoles avaient raison.  


États-Unis : Les joueurs de football défient le racisme

En 2016, un joueur noir de football américain, Colin Kaepernick, a posé un genou à terre pendant l’hymne national pour protester contre les meurtres incessants de Noirs tués par des policiers blancs.

Aux États-Unis les joueurs ont l’obligation de se mettre debout et de lever la tête pendant l’hymne national. Par ce geste, Colin Kaepernick a initié une forme de protestation qui est devenue un symbole de lutte contre le racisme. D’autres joueurs de football américain ont refait ce geste. Cela n’a pas plu au président raciste des États-Unis, Donald Trump qui a déclaré : « Est-ce que vous n'aimeriez pas voir un de ces propriétaires de NFL (ligue de football américain) dire quand quelqu'un manque de respect à notre drapeau, sortez-moi ce fils de pute du terrain, il est viré, il est viré ». Suite, à ces propos insultants, de nombreux joueurs de NFL ont protesté en pliant un genou.

Cette forme de protestation est en train de s’étendre. Des artistes, des sportifs et des étudiants reprennent ce geste. Il a aussi été suivi par Lilian Thuram, l’ancien défenseur de l’équipe de France de football. Il a mis un genou à terre pour se solidariser avec les sportifs américains lors d’une remise de prix à Stockholm. Ce simple geste est craint par les autorités. Certaines écoles et des clubs sportifs menacent de sanctions tous ceux qui feraient ce geste. Mais la détermination des opposants au racisme est forte. Cette protestation pacifique contre ces séries de crimes racistes intolérables et impunis commence à s’étendre avec raison.


Haïti : après la MINUSTAH, la MINU… JUSTH !

Après que les soldats de la MINUSTAH (mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti) sont restés 13 ans dans le pays, c'est maintenant la MINUJUSTH (mission des Nations Unies pour la justice en Haïti) qui vient veiller sur les intérêts des possédants.

Pendant la mission de la MINUSTAH, on a vu comment les casques bleus ont été utilisés par les gouvernements successifs pour contenir la colère des travailleurs en lutte et les attaquer quand ils manifestaient.

On a vu comment dans le sillage des militaires s'est développée une exploitation accrue de la misère par la prostitution ou les crimes sexuels commis par des soldats sur des femmes et enfants haïtiens.

En octobre 2010, une épidémie de choléra s'est déclarée à partir du contingent des casques bleus népalais. Depuis, plus de 10 000 Haïtiens sont morts de cette maladie. L'éradication du choléra ne pourra être envisagée tant que la majorité de la population ne peut vivre que dans des conditions d'hygiène et de vie infrahumaines.

L'ONU a refusé de reconnaître toute responsabilité juridique et ne s'est excusée que 6 ans après le début de l'épidémie. Lors de la mise en place le 15 octobre de la MINUJUSTH le représentant de l'ONU présentait son programme : « soutenir la professionnalisation de la police haïtienne, renforcer l'état de droit et le respect des droits humains ». Et encore, « consolider la stabilité politique acquise ces dernières années, afin d'ouvrir la voie à un avenir démocratique, stable et prospère pour tous les Haïtiens et toutes les Haïtiennes». Avec une justice au service de ceux qui ont l'argent, les armes et le pouvoir, la professionnalisation de la police permettra aux possédants de jouir de cet avenir prospère et démocratique.

Cela ne sera pas le cas pour les cinquante personnes qui ont disparu en mer sur une barque ce 15 octobre. Les sept naufragés qui ont été récupérés racontaient qu'ils essayaient de rejoindre les îles Turks au nord d'Haïti pour échapper à la misère. La population pauvre et les travailleurs en particulier ont fait l'expérience que les missions internationales n'ont pas été en leur faveur et que rien ne leur est donné par les gouvernements. Ce qu'ils ont réussi à avoir c'est ce qu'ils ont arraché par leurs luttes.  


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