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CO de 2017/CO n° 1185 du 21 octobre 2017/Troisième page

Troisième page

Dominique: Face à la catastrophe, le dédain des grandes puissances

L’ouragan Maria a dévasté l’île de la Dominique faisant au moins 27 morts et de nombreux disparus. Près d’un mois plus tard, la catastrophe humanitaire continue.

Quatre-vingt-dix pour cent des maisons ont été endommagées. L’eau, la nourriture continuent à manquer et les réseaux d’eau, d’électricité, les routes et le téléphone restent en grande partie inutilisables. L’essentiel de la reconstruction et des soins est assuré par la population elle-même et par des bénévoles. Quant à l’aide extérieure, ce sont surtout les organisations non-gouvernementales et la solidarité des petites gens de la région qui la mènent.

Pourtant, la Dominique a été colonisée par les Français et les Anglais qui se la sont disputée jusqu’en 1660, puis les Français ont repris l’exploitation de l’île à partir de 1690. Ce sont eux qui y ont déporté les premiers esclaves noirs pour cultiver le café. Avec l’introduction de la canne, la traite négrière française fut si intense que la population devint majoritairement noire en quelques années. En 1761, l’île est passée dans les mains des Anglais et y est restée jusqu’en… 1978 ! Pendant près de trois siècles, les deux grandes puissances se sont enrichies grâce au bois, au café, au tabac, au sucre et bien sûr au commerce triangulaire, c’est-à-dire grâce au sang et à la sueur des Noirs, notamment de la Dominique. La pauvreté du pays a contribué à la richesse de ces grandes puissances. Mais face à la catastrophe qui était prévisible depuis près d’une semaine, ces deux États, France et Angleterre, capables d’organiser d’immenses ponts aériens pour leurs armées lorsqu’elles vont défendre leurs multinationales en Afrique, n’ont pas levé le petit doigt.

Sur Guadeloupe 1ère, le sous-préfet de Pointe-à-Pitre se voulait rassurant en déclarant que la police des Frontières attendait de pied ferme les Dominiquais à la sortie des bateaux pour renvoyer immédiatement les personnes seules et valides et pour donner un ordre de quitter le territoire sous quelques jours aux malades et aux blessés… Non seulement, l’État français n’a même pas fait le minimum, mais il traite aujourd’hui les réfugiés avec un cynisme écœurant.

Les peuples de la Caraïbe, notamment les Dominiquais, possèdent heureusement les réserves d’humanité et de courage qui manquent aux riches du monde entier.


De jeunes ouvriers solidaires

Mickaël témoigne : « Je travaille dans une entreprise d’espace vert où nous sommes surtout des jeunes. Quand le cyclone Maria a ravagé la Dominique, nous avons organisé une petite collecte entre nous pour soutenir l’un de nos collègues qui a ses deux parents là-bas. Ça a bien marché. Moi j’ai donné des produits alimentaires, du savon…C’était notre moyen à nous d’être solidaires. » Un exemple à suivre. Oui la solidarité avec les travailleurs et la population sinistrée de la Dominique doit se poursuivre.


Il y a 100 ans, la Révolution russe
L’insurrection d’octobre 1917

Après avoir obtenu la majorité dans les soviets – ces conseils ouvriers formés par les travailleurs russes, les paysans pauvres et les soldats – le parti de Lénine, le parti bolchévik, reçoit des milliers d’adhésions tous les jours. Il est évident que le bolchévisme a gagné les masses et doit prendre le pouvoir.

Lénine se bat dans son propre parti pour parachever la prise du pouvoir par une insurrection armée. Il finit par obtenir la majorité de la direction du parti moins deux voix. Entre temps Léon Trotsky est entré à la direction du parti bolchévik. Il apparaît aux côtés de Lénine comme l’un des deux principaux dirigeants de la révolution. C’est lui qui organisera de bout en bout l’insurrection à la tête d’un comité militaire révolutionnaire. Cet organisme a été formé sur décision du parti et du soviet de la capitale, Petrograd.

La nuit décisive
Dans Ma Vie, Trotsky écrit : « La nuit du 24 octobre (5 novembre dans les calendriers européens) (...) De jeunes prolétaires portent le fusil et des bandes-chargeurs de mitrailleuse en bandoulière. Des escouades préposées à la garde des rues se chauffent devant des bûchers en plein vent.

La veille, j’avais dit, parfaitement convaincu, dans mon rapport aux délégués du IIe congrès des soviets : « Si vous ne flanchez pas, il n’y aura pas de guerre civile, nos ennemis capituleront immédiatement et vous occuperez la place qui vous appartient en droit. » On ne peut douter de la victoire. Elle est garantie dans toute la mesure où l’on peut en général garantir la victoire d’une insurrection. Et toutes ces heures sont pleines d’alarmes profondes et de tension.

Dans la journée du 25 octobre, le Palais d’Hiver fut progressivement cerné par nos troupes. À une heure de l’après-midi, je fis mon rapport au soviet de Petrograd sur la situation. Voici comment ce rapport est reproduit dans plusieurs journaux :

« Au nom du comité de guerre révolutionnaire, je déclare que le gouvernement provisoire n’existe plus. (Applaudis-sements.) Certains ministres ont été arrêtés. (Bravo !) Les autres seront arrêtés d’une heure à l’autre ou très prochainement. (Applaudissements.) La garnison révolutionnaire, qui se trouve à la disposition du comité de guerre révolutionnaire, a dispersé l’assemblée du pré-parlement. (Bruyants applaudissements.) Nous avons ici veillé la nuit et surveillé par fil téléphonique pour savoir comment les détachements de soldats révolutionnaires et de la garde ouvrière remplissaient sans bruit leur tâche. L’habitant dormait tranquillement et ne savait pas que, pendant ce temps, un pouvoir était remplacé par un autre. Les gares, la poste, le télégraphe, l’Agence télégraphique de Pétrograd, la Banque d’État sont occupés. (Bruyants applaudissements.) Le Palais d’hiver n’est pas encore pris, mais son sort sera décidé dans les minutes qui vont suivre. (Applaudissements). »

Le deuxième congrès des soviets, la victoire de la révolution
« Tard dans la soirée, attendant l’ouverture de la séance du congrès des soviets, nous nous reposions, Lénine et moi, à côté de la salle de réunion, dans une chambre vide où il n’y avait que des chaises. Quelqu’un étendit pour nous une couverture sur le plancher ; quelqu’un – la sœur de Lénine, me semble-t-il – nous trouva des oreillers. Nous étions couchés côte à côte, le corps et l’âme se reprenaient comme un ressort trop tendu. C’était un repos mérité. Nous ne pouvions pas dormir. Nous causions à mi-voix. Il me questionnait sur les escouades de gardes rouges, de matelots et de soldats qui avaient été placées partout. »


Puis on vient chercher Trotsky afin qu’il réponde à un opposant à la politique des bolchéviks. Il déclare devant le congrès des soviets : « Ce qui s’est produit, c’est une insurrection et non pas un complot. L’insurrection des masses populaires n’a pas besoin d’être justifiée. Nous avons donné de la trempe à l’énergie révolutionnaire des ouvriers et des soldats. Nous avons ouvertement forgé la volonté des masses pour l’insurrection. Notre soulèvement a remporté la victoire : et maintenant l’on nous propose de renoncer à cette victoire, de conclure des accords. Avec qui ? Vous êtes de pauvres unités, vous êtes des banqueroutiers, votre rôle est joué. Allez là où est votre place : dans la poubelle de l’histoire. »

Les membres du gouvernement Kerenski ont été arrêtés au Palais d’hiver par un détachement armé d’ouvriers et de soldats. Le croiseur Aurore a tiré à blanc des salves sur le Palais d’hiver afin d’effrayer les membres du gouvernement. Dans son Histoire de la Révolution russe, Trotsky écrit : « Plus tard, Lénine que le congrès n'avait pas encore vu reçoit la parole (...) son apparition à la tribune soulève des applaudissements interminables. Les délégués des tranchées regardent de tous leurs yeux l'homme mystérieux qu'on leur a appris à détester et qu'ils ont appris, sans le connaître, à aimer. S'agrippant solidement au bord du pupitre et dévisageant de ses petits yeux la foule, Lénine attendait, sans s'intéresser visiblement aux ovations incessantes qui durèrent plusieurs minutes. Quand la manifestation fut terminée, il dit simplement : ‘Maintenant, nous allons nous occuper d'édifier l'ordre socialiste’ ».

Puis les grands et premiers décrets du pouvoir révolutionnaire furent lus et votés dans l’enthousiasme par les délégués des soviets d’ouvriers, de paysans et de soldats, notamment le décret sur la terre qui dépossédait les grands propriétaires au profit des paysans, le décret sur la paix à signer le plus tôt possible pour sortir de la première guerre mondiale. L’État ouvrier prend le pouvoir au nom du prolétariat mondial. Il se considère comme le premier détachement de la révolution ouvrière mondiale.  


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