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CO de 2017/CO n° 1185 du 21 octobre 2017/Deuxième page

Deuxième page

Martinique: Contrats aidés : le recul de l’État n'est qu'un premier pas

À la suite de la manifestation du lundi 25 septembre 2017, un protocole d’accord a été signé le mardi 26 entre l’État (représenté par le préfet et la rectrice) et le collectif des syndicats, maires et associations réclamant le maintien des contrats aidés.

Si donc le contingent des contrats aidés sera maintenu, le taux de prise en charge de l’État pourrait baisser de manière « drastique » pour reprendre l’expression du candidat Macron durant la présidentielle.

Ainsi il est prévu que là où il subventionnait les postes jusqu’à 75 %, ce taux passera à 50 %. La conséquence est que de nombreuses associations et collectivités sont menacées de devoir réduire leurs effectifs faute de ressources suffisantes. De cette manière, l’État aurait beau jeu de dire que ce n’est pas lui qui a supprimé les emplois.

S’agissant des négociations qui doivent avoir lieu pour identifier les besoins et moyens, le préfet a entamé des discussions avec les maires et les associations, tandis que dans l’Éducation nationale, c’est la rectrice qui sera chargée de les piloter. Diviser pour mieux régner ?

L’État n’a pas voulu courir le risque du maintien d'une mobilisation qui aurait pu prendre encore plus d’ampleur. Il a donc fait le choix de reculer face au mouvement. Celui-ci touchait déjà les enseignants, les agents des collectivités, les associations et de nombreux parents d’élèves. La manifestation, dans les rues de Fort-de-France, du lundi 25 septembre était la plus importante depuis celles de la grève de février 2009. Maintenant, la vigilance doit être de mise, car ce recul ne signifie pas abandon par l’État de ses projets pour 2018, où il est prévu, à l’échelle nationale, la suppression de 100 000 contrats aidés. .


Les municipaux de Fort-de-France ont gagné

Du lundi 2 au jeudi 5 octobre tard dans la nuit, les agents municipaux de Fort-de-France étaient mobilisés. Leurs revendications portaient sur des « dysfonctionnements flagrants » au sein de la municipalité, avec des répercussions persistantes sur le recrutement d’agents, les départs en retraite, mais aussi sur la situation dans les écoles ou l’organisation de la négociation collective. Le ton avait été donné lors d’une grande assemblée générale le vendredi 29 septembre. Dès le lundi 2 octobre au petit matin plusieurs centaines d’agents, vêtus de tricots rouges, désertant les services techniques, les crèches, les cantines, et déjà certaines écoles, se regroupaient devant la mairie de Fort-de-France. Certains agents non-grévistes sont venus aussi exprimer leur soutien à la mobilisation.

La colère monta d’un cran lorsque, après trois jours de négociations, alors que des réponses avaient été trouvées pour 17 des 18 points de la plateforme, le maire fit volte-face sur un point déjà acquis. Ce point concernait le « recadrage » de son chef de cabinet qui, selon les grévistes, avait tendance à intervenir à son gré, en lieu et place de la direction du personnel. À partir de là, il y eut des réactions de certains parents, reprises par les médias, pour la réouverture des écoles et des crèches. D’autres parents préférèrent rejoindre les grévistes devant la mairie, dans le but de faire aboutir la négociation. Les grévistes, eux, montrèrent leur détermination. Dans la nuit du jeudi 5 au vendredi 6 octobre, le maire a fini par revoir sa copie. Les agents se sont fait respecter et ont eu satisfaction sur leurs revendications. Le vendredi 6 octobre, ils reprenaient le travail la tête haute.


Guadeloupe: Banane : les ouvriers s’invitent chez le préfet

Le 16 octobre, une quarantaine de travailleurs se sont mobilisés à la préfecture. Une rencontre était organisée avec le préfet et le directeur de la Direction de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt (DAAF).

À leur arrivée, le préfet ne voulait recevoir qu’une délégation de dix personnes en prétextant que la capacité de la salle prévue était insuffisante. Au bout de dix minutes, face à la détermination des travailleurs, il a finalement accepté de recevoir l’ensemble des ouvriers dans la grande salle aménagée pour les « assises de l’Outremer ».

Durant cette rencontre, les ouvriers ont demandé des comptes au préfet vis-à-vis des comportements revanchards des planteurs depuis la victoire des ouvriers en grève le 28 juin. Ils ont exigé que le préfet mette tout en œuvre pour arrêter les licenciements et faire réintégrer leurs camarades. Après la grève de la SA Bois-Debout, le 13 avril, et après celle de toutes les plantations, le 28 juin, les patrons ont signé des accords sous le contrôle de l’État. Les travailleurs ont donc expliqué au préfet qu’il est responsable de leur bonne application par les patrons.

Les ouvriers ne veulent pas non plus faire les frais du passage de l’ouragan Maria et ils l’ont fait savoir au préfet qui s’apprête à « faire l’argent tomber dans la poche des planteurs ». Mais eux n’ont droit à rien : certains sont licenciés, d’autres sont mis au chômage partiel avec une diminution de leur salaire. Ils exigent que leur salaire soit maintenu intégralement et qu’il n’y ait aucun licenciement. Les ouvriers ont pu aussi dénoncer les magouilles des planteurs qui veulent se faire indemniser des bananes qu’ils avaient eux-mêmes saccagées volontairement bien avant le passage de Maria. Le préfet a déclaré qu’il fallait lui laisser quelques jours pour analyser la situation avec ses services et les planteurs et qu’il recontactera les ouvriers très prochainement.  


Guadeloupe : Mobilisation des artisans taxis

Lundi 16 octobre, les artisans taxis ont mené une opération molokoï (opération escargot) sur la nationale 1 de Pointe-à-Pitre en direction de Basse-Terre. Ils protestent contre la décision des autorités préfectorales et portuaires de limiter le nombre de taxis à 80 à l’intérieur du port, tandis qu’à la dernière saison touristique, ils étaient 130. Ils exigent l’application stricte de la loi en matière de prise en charge des croisiéristes. Ils contestent aussi la concurrence qu’ils estiment déloyale des autres transporteurs tels que les VTC (Voiture de transport avec chauffeur). Si les artisans taxis ont mené ces actions c’est parce que les autorités se moquent bien de la situation de gens qui se battent pour gagner leur vie. D’une part, ils prennent des décisions sans concertation avec les différents transporteurs. D’autre part, ils mènent la politique de l’autruche en refusant de négocier.


Martinique: Un travailleur mort pour le profit

Lundi 9 octobre 2017, un ouvrier de 34 ans a fait une chute mortelle du haut de la grue équipant le chantier de la résidence Kalysta, à l'anse Gouraud, au bord de la route de Saint-Pierre.

Cet ouvrier était salarié d'une entreprise de maintenance de grue, ponts roulants, etc. C'est lui qui venait habituellement sur le chantier, pour intervenir sur la grue. Il était à la hauteur de la cabine du grutier, après la fin de poste de celui-ci, quand il semble que la plate-forme d'accès à cette cabine s'est dérobée sous ses pieds. Elle a causé sa chute tragique. On a pu lire dans la presse le commentaire habituel en ces circonstances : « l'enquête est en cours... ».

Les travailleurs n'ont pas eu besoin d'attendre les résultats d'une enquête pour ressentir de la solidarité, plus, de la révolte, devant la vie perdue d'un camarade de travail qui était là pour la gagner, sa vie. Car ils savent bien que pour le patronat seuls comptent les profits. Dépenser plus d’argent pout assurer la sécurité maximum, cela est le cadet de ses soucis. Et ses profits passent bien avant la vie des travailleurs.


Les crimes légaux du patronat sur les lieux de travail !

Le journal France-Antilles a tenu à relever que le nombre annuel d'accidents du travail pour 1 000 salariés est plus bas en Martinique (27 en 2016) qu'en France (34 en 2016). De telles comparaisons ne sont pas forcément significatives. Il s'agit bien sûr des accidents déclarés, et des pressions, notamment patronales, peuvent s'exercer dans le sens de la non-déclaration des accidents. Toujours est-il qu'il y a eu en Martinique, en 2016, un accident du travail mortel, et déjà 2 en 2017. Il y a eu celui qui est survenu sur le port il y a quelques semaines où deux travailleurs avaient été renversés par un cavalier porte-conteneurs. Il y eut un autre accident de chantier à Schoelcher.


Monplaisir et Marie-Jeanne, une séparation... sur le papier

L’attelage officiel Monplaisir-Marie-Jeanne date de la conquête de la CTM (Communauté Territoriale de Martinique) en 2015.

Marie-Jeanne est le dirigeant du MIM (mouvement indépendantiste de la Martinique) et aujourd’hui président de l’assemblée locale. Monplaisir est un grand patron de droite. Ils avaient fait alliance pour gagner l’élection à la CTM. Lundi 9 octobre, Yan Monplaisir a déclaré qu’il sortait du « contrat de gestion » passé avec Marie-Jeanne et reprenait sa liberté.

En décembre 2015, après le premier tour de l’élection pour la mise en place de la CTM, la population apprenait que, pour le second tour, la liste conduite par Alfred Marie-Jeanne, président du MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais), fusionnait avec celle conduite avec Yan Monplaisir, chef de file de la droite. Cette annonce avait bien sûr fait la une des médias et certains ont alors parlé d’une alliance contre nature. Mais c’est justement parce que tous les deux défendaient le patronat qu’ils ont pu, en l’espace d’une nuit, s’accorder pour être les représentants de celui-ci à la tête de la nouvelle collectivité. Marie-Sainte, du MIM, s’était d’ailleurs fait un réel plaisir de publier l’intégralité d’une déclaration de Baudouin Lafosse-Marin, ex-patron du Medef martiniquais, se félicitant de cet accord.

Début octobre, tout comme lors de l’annonce de leur Pacs, les médias ont réagi comme si l'annonce du « divorce à l'amiable » constituait une surprise. Yan Monplaisir a décidé d’habiller sa décision pour faire croire à un mauvais fonctionnement de cette collectivité dû à un accaparement du pouvoir par le président du Conseil Exécutif, Alfred Marie-Jeanne et à une « panne » de la CTM en matière économique.

En réalité, sur le fond, Monplaisir et Marie-Jeanne n’ont pas changé : ils sont ouvertement, et leurs gestes et déclarations le montrent bien, du côté des possédants, des riches, et sûrement pas du côté des travailleurs. Tout simplement, Monplaisir estime que, compte tenu du contexte politique depuis l’élection de Macron, Marie-Jeanne ne va pas assez vite et assez loin dans la satisfaction des exigences des patrons : museler plus les luttes des travailleurs et ouvrir les vannes des subventions et autres grands travaux pour arroser les possédants. Par cette décision, Monplaisir a voulu rappeler Marie-Jeanne à ses obligations, notamment vis-à-vis du patronat martiniquais.

C’est la raison pour laquelle les travailleurs ne doivent pas se laisser entraîner dans l’un ou l’autre camp. Ceux-ci ne sont que les deux faces d’une même pièce.