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CO de 2017/CO n° 1185 du 21 octobre 2017/Première page

Première page

Éditorial : Le mépris de Macron cache mal sa crainte des travailleurs

ZoomPas une semaine ne se passe sans que Macron ne lâche une petite phrase méprisante sur les « feignants » ou sur « ceux qui foutent le bordel ». Le personnage transpire le mépris de classe.

Les médias – dont la plupart tressent des couronnes au président « Jupiter » – font semblant de s’offusquer de la vulgarité de ces propos. Mais ce qui choque, ce n’est pas l’utilisation du verbe « foutre », mais le fait que dans sa tête, « ceux qui foutent le bordel », ce ne sont pas les actionnaires voraces qui licencient 156 ouvriers chez GM&S en Corrèze, mais les travailleurs qui se défendent ! Les journalistes et les ministres ont beau tourner autour du pot, tout le monde peut voir que Macron est bel et bien le président des riches au point qu’il parle comme la bourgeoisie pense.

Le 13 octobre, il a bavassé le même mépris très poliment cette fois (puisqu’il répondait aux journalistes du journal allemand Der Spiegel) en expliquant que la population en France est « jalouse des riches ». En juin dernier, il expliquait qu’il y a « ceux qui réussissent » et que les autres « ne sont rien ». Il l’a répété en substance lors de son interview télévisée du 15 octobre. On se souvient qu’en mai 2016, à l’époque où il était ministre, il avait répondu à des grévistes qui l’interpellaient en remarquant le prix de son costume : « vous croyez que vous me faites peur avec votre t-shirt ? Le meilleur moyen de se payer un costume c’est de travailler ». C’est révélateur.

Ces deux faces de la mentalité bourgeoise – d’un côté le mépris, de l’autre la peur des masses – sont une grande constante des classes riches depuis des siècles. Mettons-nous une minute à la place de ces quelques milliers de familles qui possèdent à elles seules la moitié du revenu de l’humanité ou même, à toute petite échelle, à la place du jeune Macron qui a gagné près de trois millions d’euros – plus de deux siècles de Smic – en « travaillant » pour les banques qui, au même moment, plongeaient la planète dans la crise et se faisaient renflouer par les États au prix du saccage des services publics. Comment ces gens-là peuvent-ils dormir ? Simple : en se persuadant à longueur de journée que eux – contrairement à nous – ont tous les mérites et, dès qu’ils ferment l’œil, en cauchemardant du jour où nous nous mettrons en colère.

C’est pourquoi le gouvernement et le Medef ont reculé en à peine dix jours face à la grève des chauffeurs routiers, fin septembre en France. C’est pourquoi l’État a cédé et promis le maintien de 3 000 contrats aidés en Martinique après trois semaines de mobilisation. Il ne s’agit pas de chanter victoire : il faudra rester vigilants. En Guadeloupe, les gros planteurs de banane tentent de renier l’accord signé en juillet avec les ouvriers. L’Etat de Macron renie aujourd’hui la parole qu’il avait donnée de ne pas supprimer les contrats aidés outre mer ! Le patronat et l’État sont des gens sans honneur dont la parole ne vaut rien. Et ce ne sont pas les faibles protestations des élus locaux qu’ils craignent. C’est la rue, comme en 2009 aux Antilles, comme en Guyane il y a quelques mois. Oui, tous ces gens craignent comme la peste la force collective que représentent les classes populaires en colère. Les travailleurs qui aujourd’hui se battent et font grève ont raison. Aux riches et à leur président, il faut répondre comme dans l’hymne des travailleurs, L’Internationale : « Nous ne sommes rien ? Soyons tout ! ».  


Guadeloupe : Tous les collèges de Marie-Galante se sont mobilisés

ZoomLes 12 et 13 octobre, les parents d’élèves et les enseignants des trois collèges de l’île ont manifesté. Aucun collège n’a fonctionné pendant ces deux jours.

La rentrée scolaire a été particulièrement difficile à Marie-Galante cette année. Quatre classes ont été supprimées dans les collèges, ce qui s’est ajouté aux deux classes supprimées en 2015 et en 2016. Conséquence : des classes surchargées, avec 30 élèves, et jusqu’à 39 dans une classe de sixième au collège de Saint-Louis.

Les manifestants protestaient aussi contre les absences non remplacées. À Marie-Galante, les élèves peuvent rester sans professeur pendant plusieurs mois ! Les parents et les professeurs se sont rassemblés devant les collèges dès 6 h du matin, le jeudi 12 octobre. Ils ont poursuivi leur mobilisation le lendemain.

Le rectorat a accepté de dédoubler les classes pour les cours de langues et de sciences. Une rencontre est aussi programmée entre le recteur, les élus locaux, le Conseil départemental, les parents d’élèves et les enseignants, notamment pour régler les problèmes de remplacement des professeurs absents. Le mouvement a été suspendu, et les cours ont repris le 16 octobre. Tous les problèmes ne sont pas résolus, mais les parents et les enseignants ont bien fait de se mobiliser pour obliger le rectorat à améliorer les choses.


Grève des fonctionnaires du 10 octobre

Le mardi 10 octobre, les agents des services publics ont fait grève en Guadeloupe, comme partout en France. Environ 300 personnes ont manifesté dans les rues de Pointe-à-Pitre.


Les grévistes se sont d’abord regroupés dans la salle Rémy Nainsouta. Les dirigeants des différents syndicats qui appelaient à la grève (CGTG, FO, FSU, UNSA, SNCL, CFDT) ont pris la parole. Des grévistes se sont aussi exprimés, en particulier une salariée de Saint-Martin très en colère contre le mépris du gouvernement, ainsi qu’un agent municipal désireux de se mobiliser pour ses collègues en contrat aidé.


La manifestation improvisée qui a suivi était dynamique. Il y a eu de nombreux slogans qui dénonçaient les attaques de Macron, notamment le blocage des salaires et les suppressions de postes annoncées dans la fonction publique. De nombreux secteurs étaient représentés : santé, éducation, impôts, et d’autres.


Bouillante : Les agents en contrat aidé se mobilisent

Lundi 9 octobre, des agents en contrat aidé se sont mobilisés pour protester contre la suppression de leur contrat. Ils ont bloqué des écoles, la mairie et le stade de la commune.

À cause de la décision de Macron de mettre fin au dispositif des contrats aidés, 66 agents de la commune de Bouillante risquent de se retrouver au chômage. Le fonctionnement des écoles et des cantines aussi est menacé puisque ce sont ces agents qui assurent le service.

Le lendemain, ils ont intensifié leur mouvement en bloquant la route principale du bourg. Ils laissaient circuler uniquement les véhicules d’urgence. Comme le disait une manifestante : « J’appelle toutes les communes de la Guadeloupe à être debout ! Mobilisons-nous, n’attendons pas sur nos représentants ! ».


Martinique: Grève et manifestation du 10 octobre

Le mardi 10 octobre près de 500 travailleurs de la fonction publique et de certaines entreprises du privé se sont retrouvés tous ensemble dans les rues de Fort-de-France pour protester contre la politique du tandem Macron-Philippe. C’est-à-dire, contre les ordonnances qui donnent au patronat les mains libres pour faire ce qu’il veut contre les travailleurs.

On pouvait voir des banderoles du SNES-FSU, de l’éducation nationale, quelques drapeaux de la CDMT et de FO. Le cortège de la CGTM était plus important avec plus de 350 travailleurs, de l’EDF, des hôpitaux, de la Sécurité Sociale, du BTP, des ouvriers agricoles, des agents municipaux et territoriaux de la CTM et du SMPE-CGTM de l’Éducation nationale. Les bureaux de poste avaient été fermés par les grévistes dans onze communes différentes.

Tout au long du cortège, des slogans étaient repris en chœur : « Macron c’est foutu les travailleurs sont dans la rue ; les profits augmentent les salaires doivent augmenter ; les profits augmentent le chômage doit diminuer ; sé koumensé nou koumensé nou pé kê moli ba yo ; patron ka ataké ouvriyé ka réponn… » La manifestation s’est terminée par le chant de l’Internationale.

En tout cas, une fraction des travailleurs refusant la politique du gouvernement Macron-Philippe en faveur des capitalistes s’est fait bien voir par la population présente tout au long du cortège et par toute la population à travers la presse et la télévision. Cela est un encouragement pour les luttes et manifestations futures.


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