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CO de 2017/CO n° 1184 du 23 septembre 2017/Quatrième page

Quatrième page

Il y a 100 ans, la Révolution russe, les travailleurs créent un État ouvrier

En octobre 1917, il y a un siècle, les travailleurs russes prennent le pouvoir et érigent un État ouvrier révolutionnaire qui durera un peu plus de six ans. Nous reviendrons dans notre numéro de fin octobre sur la révolution d’Octobre et l’insurrection, et entretemps sur des épisodes de cette révolution.

Un État ouvrier, comment est-ce possible ? Beaucoup de travailleurs et en général même beaucoup de gens ne croient pas que ce sont les travailleurs qui ont pris le pouvoir, mais un parti, le parti bolchévik avec des chefs : Lénine et Trotsky. Ces derniers instaurèrent, pensent-ils, une dictature. Et dans la période présente que nous vivons, qui n’est pas une période révolutionnaire, beaucoup de gens ne croient pas ou plus en la révolution ouvrière.

Pourtant si ce n’étaient les travailleurs, les masses qui s’étaient armés et avaient construit leurs propres organes de pouvoir, les soviets (les conseils ouvriers), ni le parti bolchévik ni ses chefs n’auraient pu jouer aucun rôle car ce sont les ouvriers, les opprimés, qui ont choisi le parti bolchévik et ses dirigeants. Léon Trotsky, dans l’introduction à son Histoire de la Révolution russe explique bien le phénomène révolutionnaire.

Lisons ses lignes : « Le trait le plus incontestable de la Révolution, c'est l'intervention directe des masses dans les événements historiques. D'ordinaire, l'État, monarchique ou démocratique, domine la nation ; l'histoire est faite par des spécialistes du métier : monarques, ministres, bureaucrates, parlementaires, journalistes. Mais, aux tournants décisifs, quand un vieux régime devient intolérable pour les masses, celles-ci brisent les palissades qui les séparent de l'arène politique, renversent leurs représentants traditionnels, et, en intervenant ainsi, créent une position de départ pour un nouveau régime. Qu'il en soit bien ou mal, aux moralistes d'en juger.

Quant à nous, nous prenons les faits tels qu'ils se présentent, dans leur développement objectif. L'histoire de la révolution est pour nous, avant tout, le récit d'une irruption violente des masses dans le domaine où se règlent leurs propres destinées. Dans une société prise de révolution, les classes sont en lutte. Il est pourtant tout à fait évident que les transformations qui se produisent entre le début et la fin d'une révolution, dans les bases économiques de la société et dans le substratum social des classes, ne suffisent pas du tout à expliquer la marche de la révolution même, laquelle, en un bref laps de temps, jette à bas des institutions séculaires, en crée de nouvelles et les renverse encore. La dynamique des événements révolutionnaires est directement déterminée par de rapides, intensives et passionnées conversions psychologiques des classes constituées avant la révolution.

C'est qu'en effet une société ne modifie pas ses institutions au fur et à mesure du besoin, comme un artisan renouvelle son outillage. Au contraire : pratiquement, la société considère les institutions qui la surplombent comme une chose à jamais établie. […] Il faut des circonstances absolument exceptionnelles, indépendantes de la volonté des individus ou des partis, pour libérer les mécontents des gênes de l'esprit conservateur et amener les masses à l'insurrection. » Ces circonstances exceptionnelles sont ce qui caractérise toute révolution.

Dans sa brochure Les leçons d’Octobre Trotsky ajoute d’ailleurs : « Sans l'étude de la grande Révolution française, de la Révolution de 1848 et de la Commune de Paris, nous n'aurions jamais accompli la révolution d'Octobre, même avec l'expérience de 1905 : en effet nous avons fait cette expérience en nous appuyant sur les enseignements des révolutions antérieures et en continuant leur ligne historique. »


St Martin - St Barth Irma : ce sont les plus pauvres qui payent le prix fort !

Joceleme Privert président par intérimNous publions ci-dessous le tract que nous avons fait paraître il y a quelques jours suite au passage d’Irma à Saint-Martin et à Saint-Barth.

La colère des Saint-Martinois contre la lenteur des secours est compréhensible. Après Irma, ce monstre destructeur, ils sont en état de choc. Les Saint-Martinois comme beaucoup de Saint-Barth ont tout perdu. L’île est détruite à 95%. Ils entendent parler d’aides, de soutien, d’envois d’eau, de nourriture, et d’autres produits de première nécessité mais après six jours, beaucoup de sinistrés n’avaient rien reçu ou très peu.

Alors qu’ils savaient plusieurs jours à l’avance qu’Irma allait frapper St Martin et St Barth, qu’ils connaissaient la force destructrice d’Irma, les services de l’État ont failli par manque d’anticipation et en calculant tout trop chichement.

N’était-il pas possible par exemple, entre Irma et José, de larguer au moins par avion des tonnes d’eau et de nourriture dans différents endroits de l’île ? N’était-il pas possible de préparer un pont aérien efficace et prêt à agir dès la fin des alertes cycloniques, pour évacuer la population qui le souhaitait ? De prévoir plus de moyens aériens pour cela ? Certes des mesures ont été prises, mais trop peu, trop tard et ayant sous estimé l’ampleur du phénomène. Ce sont les plus démunis, les pauvres qui payent le plus cher les conséquences d’Irma, dans ces îles où l’opulence et la richesse voisinent avec l’extrême pauvreté. Or, il se trouve que les mieux lotis sont blancs et les autres, noirs. C’est cela le racisme officiel aux Antilles ! Une situation héritée du colonialisme. Et c’est cela le vrai scandale permanent. Irma est un révélateur puissant de ces inégalités. Car selon que l’on est pauvre, ou aisé, ou riche les conséquences de la catastrophe sont plus ou moins dures. Lorsque le système actuel favorise les inégalités en temps normal, alors en temps exceptionnel ces inégalités deviennent encore plus criantes. Il n’est pas étonnant que les plus pauvres - et ils avaient raison - aillent se servir dans les magasins qui regorgent de richesses alors qu’ils avaient faim et soif. Au lieu de les réprimer, l’État lui-même aurait dû autoriser la distribution gratuite des produits alimentaires stockés dans les magasins. Il y a certainement quelques dangereux délinquants et malfrats, mais ce n’est pas le cas de la population qui allait se servir dans les magasins. Comme l’a dit un sinistré : « ce n’est pas du vol, mais de la survie ». Nous partageons aussi le sentiment de la population, choquée par exemple que les mieux nantis de l’île aient été jusqu’ici privilégiés lors des évacuations par rapport aux seconds. Les réflexes coloniaux de l’État français sont tenaces. Nous savons tous aux Antilles qu’en ayant la « bonne couleur de peau » tout s’obtient plus facilement.

Alors Macron arrive pour montrer la soi-disant solidarité de l’État et faire oublier les ratés de la gestion par lui de la situation, surtout à Saint-Martin. Le Medef, les gros possédants, et les riches hôteliers des Îles du nord, espèrent qu’il vienne avec des mesures pour faciliter la reconstruction et la marche des affaires pour le grand patronat. Les profiteurs de cyclone guettent déjà sûrement la bonne aubaine. Mais les travailleurs, les pauvres n’ont rien à attendre de ce représentant des nantis.

Ce serait une bonne occasion qu’ils manifestent leur colère devant Macron. Et dans la période qui vient, les travailleurs et les opprimés de Saint-Martin, forts de la solidarité qu’ils mettent déjà en place entre eux, pourraient trouver le chemin de l’organisation de leur classe. Ils seraient ainsi mieux armés pour que la reconstruction ne profite pas qu’aux riches, et pour reprendre goût et espoir dans la lutte collective contre l’exploitation et les inégalités.


France: Où sont les Noirs ?

Beaucoup de gens ont été choqués de constater que dans les reportages des télés de France à propos des sinistrés des cyclones à St Martin, en Guadeloupe et en Martinique on voyait bien plus de Blancs que de Noirs. Par contre, lors des dits « pillages », ces derniers étaient majoritaires. Il est vrai que les Blancs constituent la classe privilégiée aux Antilles. Alors, daltonisme ?

Solidarité de classe entre les reporters et eux ? Priorité aux Blancs même dans les catastrophes ? Un journaliste de Libération, Philippe Pelletier, a écrit dans un bon article un paragraphe sous-titré « où sont les Noirs » ? Ces derniers constituent pourtant la grande majorité de la population. On n’ira pas jusqu’à dire que les directions de ces médias avaient décidé cette discrimination cathodique… encore que…

Mais on s’aperçoit quand même que les réflexes coloniaux, voire le racisme ordinaire sont bien tenaces. Les journalistes noirs de Guadeloupe Première heureusement ont bien rétabli les choses.


Haïti : Irma, catastrophe climatique, désastre social

Le cyclone Maria, après avoir balayé le sud des petites Antilles, pourrait toucher le nord d'Haïti. Quinze jours après le passage de l'ouragan Irma un autre cyclone, Maria, se dirige vers la côte nord d'Haïti. La population du nord et du nord-ouest, qui se relève des dégâts causés par Irma, est alarmée.

Le gouvernement à la suite d’Irma a relativisé un bilan qui est moins catastrophique que celui qu’il attendait. La protection civile a annoncé un mort et un disparu, mais ce sont des centaines de familles qui ont été sinistrées. Les maisons ont été noyées par les inondations, le bétail emporté par les rivières en crue, les plus pauvres subissant le plus les dommages.

Il en est de même dans la zone de Port-au-Prince où les pluies abondantes ont inondé les bidonvilles et les maisons des plus pauvres, construites près des ravines. Certains patrons, pour ne pas perturber leur production, n'ont pas laissé les ouvriers partir plus tôt. Ils n’ont pas pu faire les préparatifs nécessaires pour sécuriser ce qui pouvait l'être.

La vie des travailleurs et des couches pauvres de la population ne compte pas plus pour les patrons que pour le gouvernement. Les plus démunis sont les plus touchés, et si Maria fait des dégâts supplémentaires ils s’additionneront à ceux causées par les épisodes précédents.

Le scandale, ce n'est pas les cyclones, mais la grande misère chronique qui sévit dans le pays.  


Birmanie : Répression féroce contre les Rohingyas

Depuis la fin août, l’armée birmane a lancé une offensive de grande ampleur contre les populations rohingyas concentrées dans l’ouest du pays. Comptant plus d’un million de membres, cette minorité est déjà mise à l’écart de façon permanente : elle a perdu la nationalité birmane depuis 1982, n’a accès ni aux emplois ni aux écoles ni aux soins.

Les Rohingyas, originaires du Bengale musulman voisin, vivent dans l’ouest de la Birmanie depuis le 15e siècle. Soucieux de diviser pour régner, les britanniques ont recruté leurs troupes coloniales préférentiellement parmi eux lorsqu’ils ont envahi la région dans les années 1820.

À l’inverse, les Japonais recrutèrent leurs supplétifs dans les ethnies bouddhistes lors de leur invasion en 1942, provoquant déjà un immense massacre de Rohingyas. Par la suite, après l’indépendance, les dirigeants birmans ont construit une « identité nationale » de plus en plus basée sur une idéologie raciale comparable à celle de l’impérialisme japonais (les « jaunes » d’origine sino-tibétaine contre les « bruns » du sud de l’Inde). Majoritairement musulmans dans un pays où des courants bouddhistes intégristes occupent de plus en plus de place, les Rohingyas subissent aujourd’hui la violence de l’armée.

Sous prétexte d’une attaque contre des postes de police le 25 août dernier, l’armée se déchaîne à nouveau contre les populations civiles : villages incendiés, femmes violées, assassinats de sang-froid devant les proches. La population en est réduite à fuir massivement. L’ONU estime que plus de 120 000 Rohingyas auraient récemment franchi la frontière du Bangladesh voisin, malgré la résistance des gardes-frontières. Ils y retrouvent plus de 400 000 des leurs, souvent eux-mêmes dans la misère, qui ont fui les vagues successives de persécution. Le Programme alimentaire mondial, accusé par le gouvernement en place d’aider les rebelles en distribuant des rations alimentaires à la population, a annoncé l’arrêt de ses activités.

Face à cette nouvelle vague de persécution, le gouvernement civil n’exprime aucune critique et s’inscrit totalement dans la continuité de la politique que menait auparavant la junte militaire. Celle qui était présentée comme une héroïne des droits de l’homme, prix Nobel de la paix en 1991, Aung San Suu Kyi, a refusé, comme elle l’avait déjà fait dans le passé, de condamner les agissements des militaires. Elle a même dénoncé comme des exagérations leur qualification de nettoyage ethnique par l’ONU et refusé l’envoi d’une commission d’enquête.

Les dirigeants des pays impérialistes gardent aussi le silence, complices de fait des persécutions. Le sous-sol birman est riche en pétrole et en gaz. Des sociétés comme Total en exploitent les ressources et aspirent à augmenter encore leur pillage. Pas question donc de nuire aux bonnes relations avec le régime en place en critiquant les persécutions auxquelles il se livre.


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