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CO de 2017/CO n° 1184 du 23 septembre 2017/Première page

Première page

Éditorial : La Caraïbe face aux cyclones

ZoomLe cyclone Maria, de catégorie 5, la plus puissante, a ravagé l’île de la Dominique située entre la Guadeloupe et la Martinique. Il a aussi fait d’énormes dégâts sur les îles des Saintes qui font partie de l’archipel de Guadeloupe.
 
En Guadeloupe et en Martinique, des dizaines de milliers de personnes sont privées d’électricité et d’eau courante. On compte deux morts et deux disparus en Guadeloupe, des quartiers inondés, des dégâts matériels très importants, mais aucune comparaison avec le désastre de Saint-Martin ou de la Dominique, ou même avec celui causé par Hugo en 1989.
Irma avait détruit totalement l’île de Barbuda qui fait partie de l’État de « Antigua et Barbuda ». Il y eut un mort.
Environ 75 000 personnes, la plupart citoyens britanniques, habitent les îles caribéennes d’Anguilla, Turks-et-Caïcos, et les îles Vierges britanniques toutes frappées par l’ouragan Irma. Anguilla reçut Irma de plein fouet : un mort. Les habitants de Turks-et-Caïcos ont subi vents et grosses averses et beaucoup de dégâts. Ceux de St Kitts et Nevis ont eu des coupures d’eau et d’électricité et de nombreux logements détruits.
Les îles Vierges britanniques, groupe d’une cinquantaine d’îles, ont été sévèrement touchées par Irma : cinq morts, les communications coupées. L’île la plus peuplée des îles Vierges britanniques, Tortola, a été ravagée par Irma.
Dans ce paradis fiscal de 30 000 habitants, la majorité de la population, 83 %, sont les descendants des esclaves amenés d'Afrique par les Britanniques. C’est le cas dans toutes les îles des Antilles où les différents impérialismes ont organisé la traite et l’esclavage. Dans les îles Vierges américaines Irma a fait quatre morts, des dégâts immenses à St Thomas. Comme beaucoup de constructions, l’hôpital a perdu son toit et il a fallu transporter les malades en hélicoptère à Ste Croix, moins détruite par le cyclone.
Non loin, six îles des Bahamas ont dû être évacuées. À Porto Rico, un million de personnes ont été privées d’électricité et il y eut trois morts. Les inondations ont fait des dégâts à Cuba où dix personnes sont mortes. En République dominicaine, 2 000 maisons ont été détruites.
Haïti a connu une fois de plus le désastre autour de la ville de Ouanaminthe et de la rivière Massacre.
À Saint-Martin, partie française et partie hollandaise ont été dévastées totalement. Saint Barth a connu de très sérieux dommages.
Maria à son tour vient semer le désastre.
Dans toutes ces îles, il subsiste des inégalités liées à leur histoire commune d’économie de plantation sous esclavage puis de colonisation. Celles-ci seront aggravées par les destructions, les pertes d’emploi, les errances humaines, le désespoir, dus aux cyclones.
Les impérialismes français, britannique, hollandais, espagnol ont dépecé cette région du monde pendant des siècles. Elle était constituée des « îles à sucre et aux épices » qui ont fait la richesse des bourgeois de ces mêmes impérialismes et colonisateurs. Ces dominateurs ont contribué fortement à faire de toute cette partie du monde une Caraïbe divisée en autant de micro-États et régions pauvres.
Mais partout, la solidarité au sein de la population laborieuse frappée par les mêmes maux a joué à fond. Cette solidarité, le partage, le dévouement aux autres sont des qualités communes aux pauvres qui ne peuvent que susciter espoir et optimisme. Il y a parmi ces peuples un gisement de richesses morales important qui permettra de renouer avec les luttes collectives contre l’oppression et les inégalités.


Guadeloupe: Banane : patrons revanchards, ouvriers combatifs !

ZoomDepuis le 6 avril, en commençant par ceux de Bois-Debout, les ouvriers de la banane ont remporté plusieurs victoires contre leurs patrons. Les planteurs essayent maintenant de regagner le terrain qu’ils ont perdu.  

La première chose que les grévistes ont gagnée, c’est le remboursement d’une partie des sommes que les patrons prélevaient injustement sur leur salaire. Le 13 avril, le directeur de la SA Bois-Debout, plantation d’une vieille famille békée (un petit-fils de Louis Dormoy) a promis d’indemniser 89 travailleurs. Il ne l’a pas fait.

Le 28 juin, tous les autres planteurs se sont engagés à rembourser eux aussi les sommes volées sur les salaires des ouvriers. Seuls deux patrons ont commencé à respecter leur engagement.

La deuxième chose que les grévistes ont gagnée, c’est le respect des horaires légaux de travail, de 6h à 13h, et donc la fin des heures supplémentaires non payées. Depuis la grève beaucoup d’ouvriers connaissent leurs droits et refusent de dépasser les horaires. Cela enrage les patrons. Le 31 août, le béké Lignières, en digne descendant d’esclavagistes, a carrément lancé un tray (un plateau de portage des bananes) sur un ouvrier qui voulait partir à 14h25.

La troisième chose que les grévistes ont obtenue, c’est la promesse d’une amélioration de leurs conditions de travail. Les ouvriers refusent désormais de se tuer au travail pour accomplir les tâches inhumaines exigées par leurs patrons. Les planteurs, de manière tout à fait illégale, leur imposaient des objectifs délirants comme par exemple de transporter 7 tonnes de banane en une seule journée. Ces exploiteurs ont commencé à licencier certains travailleurs en prétextant un « manque de performance ». Ils espèrent ainsi que tous les ouvriers vont se remettre à sacrifier leur santé pendant qu’eux engrangent les profits.

Ce n’est pas étonnant que les planteurs n’acceptent pas leur défaite. Mais les ouvriers de la banane ont fait l’expérience de leur force collective au cours des derniers mois. C’est le principal acquis des mobilisations de cette année. Gageons que les patrons ne sont pas près de le reprendre !


Non respect de l’accord signé

Le 28 juin, après 42 jours de grève dans 20 plantations différentes, les patrons avaient enfin signé un accord satisfaisant pour les travailleurs.

Les planteurs s’étaient engagés à participer à des réunions hebdomadaires pour rembourser les sommes volées sur les salaires des ouvriers au cours des trois dernières années. En juillet, échaudés par la grève, les patrons ont tenu parole.

Mais fin août les planteurs ont décidé de rompre les discussions prévues dans l’accord signé le 28 juin, soi-disant parce qu’il n’y a pas « un dialogue serein et apaisé ». Ce n’est qu’un prétexte. À chaque grève c’est le même cinéma, les patrons signent un accord, mais sans intention de le respecter. Ils espèrent que les ouvriers vont perdre la mémoire ?


Licenciements sanctions

Tino Dambas, en bon serviteur des békés, a lancé le mouvement, et d’autres planteurs lui emboîtent le pas. Le 22 août, Dambas a licencié un ouvrier qui avait 41 ans d’ancienneté, et qui a participé à la grève du 18 mai au 23 juillet (la grève s’est terminée le 28 juin, sauf chez Dambas où elle a duré trois semaines de plus).

Les anciens grévistes des différentes plantations Dambas se sont remis en grève pour protester, et tous les ouvriers de la banane ont fait grève aussi le 31 août contre ce licenciement abusif.

Depuis, Dambas a encore licencié quatre autres ouvriers, tous très actifs lors de la grève de mai à juillet. Les motifs de ces licenciements sont des plus farfelus. Il a par exemple licencié un travailleur parce qu’il était absent le 11 août. Ce jour-là, cet ouvrier faisait partie de la délégation de la CGTG qui a rencontré les députés, et Dambas avait été prévenu de cette absence. Quatre autres grévistes sont aussi menacés de licenciement dans les jours à venir.

Les autres planteurs commencent à suivre l’exemple de Dambas. À la SA Bois-Debout, un jeune travailleur vient d’être licencié et plusieurs ouvriers, militants de la CGTG Banane, risquent également d’être renvoyés. Chez Franck Avril, le seul ouvrier qui a fait grève en mai et juin vient de recevoir une convocation pour un entretien préalable à son licenciement. Le béké Lignières, le leader des planteurs de Guadeloupe, commence lui aussi à licencier des ouvriers qui ont participé à la grève.

Les planteurs de banane n’ont pas digéré la grève massive que les travailleurs ont menée durant 42 jours. Ils cherchent à se venger, et à se débarrasser des fortes têtes. Mais les ouvriers n’ont pas dit leur dernier mot…


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