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CO de 2017/CO n° 1183 du 9 septembre 2017/Troisième page

Troisième page

Ordonnances Macron : pour les travailleurs c’est le clystère et la saignée !

Le 31 août, le gouvernement a publié sans surprise les cinq ordonnances destinées à achever un droit du travail déjà bien atteint. Ces serviteurs du grand patronat ont entrepris de livrer pieds et poings liés chaque travailleur au patron, dans chaque entreprise.


Licenciements

C’est là le fond de l’affaire !Supprimer les maigres garde-fous que prévoyait encore le code du travail après les attaques de l’ANI et de la loi El Khomri. Les patrons doivent pouvoir licencier à leur guise. Pour ce qui concerne les licenciements abusifs, donc illégaux, les possibilités de recours aux Prud’hommes sont considérablement restreintes.

La durée pendant laquelle le recours est possible passe à un an. Elle était de cinq ans entre 2008 et 2013, de 30 ans avant 2008. L’indemnité plafond que devra verser le patron au travailleur victime de licenciement abusif est revue à la baisse : un mois de salaire maximum pour un à deux ans d’ancienneté, trois mois au lieu de six jusqu’ici après deux ans.

Dans les TPE (entreprises de moins de 20 salariés, qui sont majoritaires en Guadeloupe et Martinique) un demi mois pour deux ans puis un mois jusqu’à neuf ans d’ancienneté.

Les licenciements dits « économiques » seront facilités par la prise en compte du « périmètre national ». À savoir qu’une multinationale pourra licencier dans son entreprise en France ou aux Antilles même si au niveau mondial elle réalise des bénéfices.

Dans le cas d’une « rupture conventionnelle » donc d’un licenciement négocié avec les travailleurs concernés, elle pourra maintenant être collective, en réduisant les indemnités.


Baisses des salaires et emplois précaires

Les baisses de salaires pourront être négociées directement dans l’entreprise. De même la plupart des primes pourront être supprimées ou baissées même s’il existe une convention collective. Là encore, le chantage à l’emploi et l’isolement des salariés, la marginalisation des syndicats libèrent les appétits du patronat.

Les contrats de projet renforceront l’emploi précaire. Il s’agit de contrats de travail sur le modèle des contrats de chantiers qui existaient déjà dans le bâtiment : le travailleur est embauché pour la durée du chantier ou de toute autre tâche prédéfinie, sans prime de précarité.

C’est donc une extension à la baisse du CDD (contrat à durée déterminée) alors que ces contrats sont trompeusement qualifiés de CDI (contrat à durée indéterminée). La modalité des CDD proprement dits pourra être négociée par branche professionnelle et n’obéira plus à une règle nationale unique quant à leur renouvellement, leur durée ou leur nombre successif.


Isoler les travailleurs

Il s’agit pour le patronat de réduire au minimum la possibilité légale d’une défense collective, d’abord en limitant le rôle des représentants du personnel et des syndicats.

C’est le but de la fusion des instances représentatives du personnel : délégués du personnel, élus au Comité d’entreprise et au CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) dans toutes les entreprises. Donc moins de représentants, avec un rôle moins défini. Et surtout, la disparition du CHSCT facilitera les conditions de travail dangereuses et inhumaines. Quant aux délégués syndicaux, qui ne sont pas soumis à la pression patronale, ils sont absorbés dans l’instance unique nommée Comité social et économique dans les entreprises de plus de 50 salariés.

Autre nouveauté : le référendum dans l’entreprise à l’initiative du patron. Jusqu’ici il était à l’initiative des syndicats majoritaires. Maintenant, dans les entreprises de moins de 20 salariés, la direction pourra y avoir recours en cas d’opposition des syndicats à une mesure qu’elle veut initier. Cela concerne l’organisation et la durée du travail, les congés, les temps de repos, la rémunération de base… La porte est donc ouverte à toutes les pressions individuelles, au chantage à l’emploi. D’autant que la mesure soumise au référendum peut ne concerner qu’une partie minoritaire du personnel alors que tout le monde vote.

Dans le même ordre d’idée, dans les entreprises de moins de 50 salariés, qui sont la grande majorité en Guadeloupe et Martinique, un accord collectif pourra être négocié avec tout élu même non mandaté par un syndicat. Autant de mesures donc qui émanent d’un gouvernement mis en place pour servir les intérêts du patronat, voire réaliser ses rêves. Et pour les patrons ce n’est qu’un début. Bien d’autres attaques sont en gestation.

La seule réponse possible est une riposte massive et collective des travailleurs. En mettant de côté les tergiversations des syndicats et des partis politiques, une lutte d’ensemble de la classe ouvrière est indispensable.  


Il y a 100 ans : En Russie, la marche des travailleurs vers le pouvoir !

La révolution russe eut lieu en pleine Première Guerre mondiale, de février à octobre 1917. Les masses ouvrières et paysannes en avaient assez de la misère, de la faim, de la guerre. Les soldats dans les tranchées en avaient assez des tueries et des privations. Tout le monde voulait la paix. Et c’est entre autres sur les mots d'ordre de « la paix, la terre, le pain » que le parti ouvrier, le parti bolchévik, dirigé par Lénine, put vaincre.

En fait, il y eut deux révolutions. La première, en février 1917, fit abdiquer le Tsar, mit fin à la royauté et mit en place un régime bourgeois républicain. La deuxième révolution eut lieu en fin octobre et renversa le régime républicain bourgeois pour ériger un État ouvrier révolutionnaire. C'est en octobre que la bourgeoisie russe et les possédants furent dépossédés de leurs biens par les ouvriers et les paysans pauvres. Ils n'avaient plus le pouvoir ni économique ni politique.

L'État ouvrier était fondé sur les soviets, (en russe, les conseils ouvriers). Ces derniers avaient été constitués spontanément par les travailleurs dans les entreprises depuis février. Mais c'est lors d'une première révolution qui échoua, en 1905, que les travailleurs russes avaient inventé les soviets. Ces derniers fonctionnaient déjà comme de véritables organes de pouvoir ouvrier. En février 1917, les soviets s'étendent dans toutes les grandes entreprises, dans l'armée, chez les paysans pauvres, dans les quartiers.

Ces soviets fonctionnent comme de petits parlements ouvriers. Presque tous les partis y ont leurs représentants. Les partis bourgeois révolutionnaires comme les menchéviks ou les SR (socialistes révolutionnaires), les cadets (KD = Constitutionnels démocrates) ont d’abord la majorité.

On est vite en face alors d'un double pouvoir : un pouvoir officiel dirigé par Kerenski avec une dizaine de ministres capitalistes, et les soviets dont le pouvoir dans les entreprises et les classes pauvres et en partie dans le pays était réel. Peu à peu, le parti bolchévik, le parti ouvrier le plus révolutionnaire, gagna la majorité des voix dans les soviets, élément essentiel pour exiger « tout le pouvoir aux soviets » et l'emmener à l'insurrection et à la prise du pouvoir en octobre 1917. Avant octobre, le processus révolutionnaire connait plusieurs étapes importantes. Il y a le retour de Lénine en avril qui est un tournant important car il remet le parti bolchévik sur de vrais objectifs révolutionnaires prolétariens. Il y a les journées de juillet où l'on est proche d'un affrontement entre les troupes restées fidèles à la bourgeoisie et le prolétariat de la capitale acquis aux bolcheviks, allié aux régiments révoltés par les tentatives de continuer la guerre. Ces derniers se mobilisent, mais les bolchéviks estiment que la prise du pouvoir est prématurée et freinent les travailleurs qui le veulent.

Au mois d'août, le général Kornilov, nommé par Kerenski à la tête des armées, se proclame sauveur de la Sainte Russie. Il veut instaurer sa dictature et en finir avec la révolution. Il lui faut pour cela écarter Kerenski. Ce dernier, sachant ce qui l’attend, ne voit d’autre issue que d’appeler à l’aide le prolétariat de la capitale et ses organisations, y compris le parti bolchevik. Sans attendre, les marins de Cronstadt, qui avaient débarqué à Petrograd pour faire face aux redoutables cosaques de la Division sauvage, commencent par sortir de prison Trotsky et d’autres dirigeants du parti bolchevik (Lénine est alors dans la clandestinité, en Finlande). En 48 heures, ceux-ci vont coordonner la grève générale et la mobilisation des soviets contre le coup d’État.

À partir de début septembre, la progression du parti bolchévik dans les soviets est fulgurante. Les partis bourgeois n'ont en effet ni signé la paix, ni donné la terre aux paysans, ni donné du pain au peuple. Ils perdent toute crédibilité. Le parti de Lénine et de Trotsky (ce dernier a été coopté à la direction du parti bolchévik sur proposition de Lénine) commence à tracer son chemin vers l'insurrection et la prise du pouvoir avec le soutien des travailleurs et des soviets.


Venezuela: Le bras de fer continue

Les forces en présence se neutralisent momentanément. La fraction de la bourgeoisie vénézuélienne qui est opposée à celle représentée par Maduro est décidée à profiter de la crise économique pour reprendre le pouvoir politique.

Bien qu'ayant pris des mesures favorisant les classes populaires, le régime mis en place par Hugo Chavez et représenté par Maduro aujourd'hui apparaît bien fragilisé. Il est d'ailleurs plus dévoué aux profits tirés de la corruption qu’à l’amélioration du sort des pauvres dont les conditions de vie s’aggravent depuis l’effondrement des prix du pétrole en 2013 et qui ne soutiennent plus le régime que passivement.

Maduro, le président, a tenté de remobiliser les masses laborieuses autour de l’élection d’une « Assemblée constituante » le 30 juillet dernier (les chavistes ayant perdu la majorité au parlement au profit de la droite réactionnaire). La tentative n’a pas complètement fonctionné – seuls 40 % des électeurs se sont déplacés, soit à peu près autant que pour le « référendum marron » (contre la Constituante, cette fois) organisé par la droite deux semaines auparavant. Mais Maduro et ses partisans sont au pouvoir et ils ont pu ainsi passer en force et installer la nouvelle assemblée qui va autoriser le président à gouverner par décret (en France on dit par « ordonnances »…).

Les dirigeants des grandes puissances hurlent « à la dictature », notamment Macron (qui a ainsi récemment perdu une occasion de se taire étant donné la façon dont il s’apprête à saccager le droit du travail). Les États-Unis, le Mercosur (le marché commun d’Amérique latine) et bientôt l’Union européenne prennent contre le Venezuela des sanctions économiques qui auront pour principal effet d’aggraver encore les conditions de vie de populations dont tous ces dirigeants n’ont visiblement que faire. Seule leur importent les intérêts de la grande bourgeoisie vénézuélienne à la recherche d'une stabilité plus favorable à ses affaires, dans le pays. Ce que craignent les grandes puissances c'est que les travailleurs et les pauvres du Venezuela qui en ont assez des privations impulsent à terme une situation révolutionnaire qui deviendrait incontrôlable par chacune des forces en présence.

À l’heure où nous écrivons, l’affrontement a quitté les rues. Les coups se succèdent contre la droite. Certains de ses dirigeants sont poursuivis pour « trahison » (notamment ceux qui soutiennent les sanctions économiques étrangères) ou détournements de fonds. C’est le cas de Lilian Tintori, épouse de Leopoldo Lopez – richissime chef de la droite, incarcéré pour avoir organisé des manifestations violentes en 2014 – que les médias français n’ont pas honte de présenter comme « une activiste des droits de l’homme ». Elle s’est vu confisquer son passeport à l’aéroport, alors qu’elle partait pour l’Europe rencontrer Macron et d’autres chefs de gouvernement. Face à ces attaques, l’opposition ne semble pas en mesure de réitérer pour sa défense les manifestations monstres du mois de juillet. De leur côté, Maduro et les élus de la Constituante ont limogé la procureure générale de la République, Louisa Ortega, pourtant soutien historique du régime. Ils ont ordonné son arrestation pour n’avoir pas soutenu les élections du 30 juillet (et parce qu’elle accuse Maduro de détournement de fonds) : elle et son mari, le député chaviste Germán Ferrer, sont réfugiés en Colombie. De tels règlements de comptes internes suggèrent que l’isolement du pouvoir s’approfondit. Il est possible qu’un des deux camps – tous deux éprouvés – frappe durement dans un avenir plus ou moins proche pour essayer d’en finir. Mais face à eux, le seul intérêt des pauvres et des travailleurs serait de construire leur propre force, de se tailler leur propre chemin politique pour défendre leurs propres intérêts de classe. Car aucun des deux camps actuels ne le fait et ne le fera.  

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