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CO de 2017/CO n° 1182 du 29 juillet 2017/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe : Plantation Dambas : suspension de la grève, mais pas de la lutte !

Le 24 juillet, les travailleurs ont repris le travail dans les plantations de Tino Dambas, le seul patron de la banane qui refuse d’appliquer l’accord signé avec les grévistes le 28 juin.  

Dambas prétend que cet accord ne le concerne pas, car depuis 2005 il appliquerait la loi de mensualisation. C’est un mensonge grossier, car il a déjà été condamné 11 fois par les tribunaux pour ne pas avoir respecté cette loi.

Plus grave encore (ou plus ridicule, plutôt) Dambas a envoyé le 20 juillet un courrier recommandé à chaque gréviste, où il reconnaît lui-même avoir prélevé des jours d’absence fictifs sur la paye des travailleurs ! Les ouvriers de chez Dambas ont repris le travail, mais la tête haute.

Leur patron n’a pas voulu payer les jours de grève ? Ils comptent bien se rembourser à leur manière, en arrêtant de suer sang et eau pour cet exploiteur. Ils ne dépassent plus les horaires légaux de travail, et leur exemple pourrait bien inspirer les autres ouvriers des plantations de Dambas, qui n’ont pas encore osé se rebeller…


Dambas, esclavagiste noir

Le 20 juillet, les grévistes des plantations de Tino Dambas ont organisé une conférence de presse.  

Un ouvrier a raconté qu’un dimanche, il a été blessé à la tête par un coup de coutelas. Dambas l’a frotté avec une tige de bananier pour freiner l’hémorragie, puis l’a abandonné en plein champ, sans appeler les secours. Un autre travailleur, victime d’une grave blessure à la jambe causée par un tracteur, a expliqué que Dambas est venu à l’hôpital lui demander de mentir sur les circonstances de l’accident, afin que cela passe pour une simple chute.Une ouvrière, renversée à scooter à la sortie du travail, a vu son dossier refusé par la Sécurité Sociale : il était 17 h, alors que sa journée aurait dû se terminer à 13 h.

Les témoignages les plus poignants ont évoqué des ouvriers décédés. L’un d’eux a été fauché par un car à 5 h du matin, devant l’entrée menant à la plantation de Changy. Il était méconnaissable. Les ouvriers sous le choc sont finalement rentrés chez eux, et à la fin du mois ils ont constaté que Dambas leur avait prélevé la journée.

Un autre travailleur est mort peu de temps après sa retraite. Il avait « charrié » des régimes de bananes toute sa vie, et jusqu’à 62 ans, ce qui l’avait usé. Dambas a prélevé 50 € sur la paye de tous les ouvriers, d’autorité, soi-disant pour aider la famille à payer les obsèques. Dambas a menacé de traîner les ouvriers qui ont fait grève devant la justice car ils l’ont « accusé de beaucoup de choses sur les médias ». Un tel procès serait salutaire, il révèlerait à tous la vraie nature de cet exploiteur !  


Bois-Debout : un patron de plus en plus ridicule !

Le 3 juillet, le patron de la plantation, le petit-fils Dormoy, Guillaume Block de Friberg (Ti Dormoy) a décidé que les ouvriers devaient désormais se garer à l’extérieur.  

C’est une punition que le rejeton de cette famille békée a voulu infliger aux travailleurs, parce qu’ils avaient cessé le travail le 28 juin et occupé la maison familiale des « maîtres » toute une journée et toute une nuit en organisant un léwòz.

Les ouvriers avaient ainsi protesté contre la décision de « Ti Dormoy » de ne pas respecter l’accord signé le 13 avril, qui prévoyait le remboursement des sommes prélevées sur les salaires des 89 travailleurs qui n’avaient pas déposé de dossier aux prud’hommes. À partir du 3 juillet, donc, les ouvriers sont restés dehors. Le 5 juillet,  Ti Dormoy  a dû détruire une parcelle de banane pour débuter la construction d’un parking à l’entrée de la plantation.

Le 17 juillet, toujours pas de parking. Cela faisait deux semaines que les ouvriers ne pouvaient pas aller travailler... Ti Dormoy a dû laisser les ouvriers se garer au hangar du lieu dit Mineurs, proche de l’entrée, mais il n’avait toujours pas résolu le problème de leur transport vers les autres hangars qui se trouvent 5 km plus haut. Il souhaitait transporter les 150 ouvriers dans les bennes des pickups de l’entreprise. Les travailleurs ont refusé de risquer un accident. Le 18 juillet, les ouvriers ont vu débarquer un bus de 70 places à 6 h du matin. Depuis, Block de Friberg se poste tous les matins près du hangar de Mineurs, devant le car, pour faire monter les ouvriers qui travaillent au hangar de Bois-Debout et à celui de Membelley. Le bus les ramène vers leur voiture à 13 h. Block de Friberg a avoué lui-même que son seul but c’est de mener la vie dure aux ouvriers, même s’il doit gaspiller de l’argent pour ça.

Entre les vigiles, la clôture et le bus, la direction pourra difficilement continuer à pleurnicher sur le manque d’argent dans l’entreprise. Après une semaine à payer le bus, Block de Friberg a réalisé que cette situation ne pourra pas durer. Il a donc eu l’audace de déclarer aux ouvriers qu’il avait trouvé une assurance qui pourra couvrir le fait qu’ils montent dans les bennes des pickups. L’assurance en question appartient à un Petrelluzzi, neveu de Louis Dormoy et... actionnaire de la SA Bois-Debout. Ti Dormoy a ajouté une brimade supplémentaire le 24 juillet. Un huissier est désormais présent dans les champs et dans les hangars, dûment botté, avec comme mission d’observer et de photographier les travailleurs, accusés de « fainéantise ».

Tout ce cinéma ne décourage pas les ouvriers. Ils ont fait céder son grand-père et son oncle, ils ne comptent pas se laisser marcher sur les pieds par le petit-fils Dormoy !


Venezuela : Vers la guerre civile ?

Une grève générale de deux jours à l’appel de l’opposition de droite – et avec le soutien de la principale organisation patronale – a paralysé le Venezuela les 20 et 21 juillet.  

Le 16 juillet, un référendum « marron » avait déjà rassemblé 7,5 millions d’électeurs contre le président Maduro, héritier de Hugo Chavez. Et pour la première fois depuis des années, les États-Unis, par la voix de Trump, soutiennent ouvertement l’opposition en menaçant le régime de sanctions.

La crise actuelle provient d’une tentative de la bourgeoisie vénézuélienne de profiter de l’affaiblissement du régime « chaviste ». Entre 1999 et 2013, le régime d’Hugo Chavez a permis quelques améliorations réelles pour les plus pauvres. Elles étaient financées par les prix élevés du pétrole à l’époque, mais sans s’en prendre aux richesses des grandes familles bourgeoises. L’effondrement des prix du pétrole en 2014 a mis fin à cette situation. Le successeur de Chavez, Nicolas Maduro et la bureaucratie de l’État ont perdu une grande partie du soutien de la population pauvre plongée dans une situation économique insupportable. En face, la bourgeoisie vénézuélienne arrogante, raciste et revancharde a conservé intact son pouvoir économique. Cela lui a permis d’avoir le monopole de l’opposition politique et de gagner le parlement en 2015.

Actuellement, le nœud du conflit, c’est la convocation par le régime d’élections en vue d’une nouvelle « assemblée constituante » le dimanche 30 juillet prochain.

Par certains côtés, cet affrontement est un reflet déformé de la lutte des classes au Venezuela. L’appel à élire une Constituante est une tentative, de la part de Maduro, de remobiliser les couches pauvres (et l’énorme réserve de voix inexprimées qu’elles représentent) non pas pour les lancer à la conquête des fortunes de la grande bourgeoisie, mais dans un cadre électoral contrôlé, sûr pour lui et ses collègues corrompus de la bureaucratie d’État. Et bien sûr, en donnant aux mécontents le mot d’ordre de s’opposer à la Constituante, les serviteurs politiques de la grande bourgeoisie – pour la plupart eux-mêmes issus des plus riches familles – visent à faire en sorte que la majorité pauvre du Venezuela proteste avec eux mais sous leur contrôle. C’est aussi ce que voudrait Maduro. Aucun ne représente les intérêts des couches populaires et des travailleurs.

Malheureusement, ces deux forces ont de « bonnes raisons » de continuer le combat. Le « référendum citoyen » du 16 juillet a rassemblé dans une action « illégale » à peu près le même nombre de votants que la candidature officielle du millionnaire Henrique Capriles aux élections de 2013, soit à peine moins de la moitié de l’électorat total. Ce succès montre que, même si, par instinct, les masses pauvres ne semblent pas la soutenir, la droite bourgeoise a réussi à utiliser ses moyens financiers pour souder et organiser solidement de larges couches autour d’elle. Elle est donc certainement tentée de pousser l’avantage, comme le montre la « grève générale » qui a suivi. De l’autre côté, la bureaucratie d’État chaviste, de plus en plus isolée parce que les pauvres ne la soutiennent au mieux que passivement aujourd’hui, détient dans ses mains les moyens considérables de l’appareil d’État et de sa rente pétrolière (qui pour réduite qu’elle soit est aujourd’hui très stable).

Faute d’une intervention des pauvres et des travailleurs pour imposer leurs propres intérêts, il est à craindre que ces deux forces ne finissent progressivement par recruter toute la société dans leur règlement de compte.


Brésil : Lula condamné pour corruption

Neuf ans et six mois de prison ont été requis le 12 juillet dernier contre Lula, ancien dirigeant syndicaliste, président du Brésil de 2003 à 2010, pour blanchiment d’argent et corruption !  

Lula est accusé d’avoir reçu plus d’un million d’euros dont un luxueux logement pour avoir favorisé une société pétrolière lors de l’attribution de marchés. Il s’agit d’une vaste opération de transfert d’argent public vers des cadres de sociétés pétrolières et du bâtiment et des politiciens haut placés grâce à des prix de contrats gonflés et des pots de vin. Elle a touché les partis politiques, y compris le PT (parti des Travailleurs de Lula).

Lula bénéficie encore d’une certaine popularité et on lui accordait 30% d’intentions de vote s’il se présentait aux présidentielles en 2018. Les illusions existent parmi les travailleurs. Le syndicalisme, ce n’est pas une preuve d’honnêteté. Au sein de la classe ouvrière il y a aussi la mafia. Les exploités ont à contrôler leurs représentants, à s’organiser de façon indépendante pour ne pas être dupés.  


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