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CO de 2017/CO n° 1182 du 29 juillet 2017/Deuxième page

Deuxième page

Martinique : Hervé Pinto a gagné son combat

Après 34 jours, Hervé Pinto, salarié de La Poste, a mis fin à la grève de la faim qu’il menait pour faire valoir ses droits auprès de sa direction. Il retrouvera son poste de cadre au centre de tri de Dillon et les sanctions ou poursuites disciplinaires prises à son encontre ont été annulées.  

Le lundi 17 juillet à 15 h, le directeur régional de La Poste a fini par signer un protocole d’accord avec l’avocat représentant Hervé Pinto.

Le week-end précédent, alors que la santé du salarié en grève de la faim se dégradait, ce directeur avait décidé de renvoyer au 20 juillet une prochaine tentative de médiation entre les parties ! Une telle attitude était largement jugée dangereuse pour la vie du salarié, autant que méprisante et provocatrice.

Dans le but de faire pression pour que La Poste trouve enfin une solution, le 17 juillet au matin, tandis que le centre de tri de Dillon était bloqué, quelques dizaines de sympathisants, travailleurs, militants politiques et syndicalistes se mobilisaient devant la direction de La Poste, puis lors du point presse donné par le directeur au centre de Place d’Armes.

Après quelques échanges houleux, le directeur accepta de reprendre contact avec sa direction nationale et une solution à la situation du salarié gréviste put être trouvée. Le jour même, la direction de La Poste s’est fendue d’un communiqué « déplorant » que, selon elle, son directeur ait dû signer cet accord « sous la contrainte ». Pleurnicheries hors de proportion avec la réalité des faits et surtout inacceptables vu la violence exercée gratuitement pendant plus de 30 jours par les « grands chefs » de La Poste à l’encontre du salarié. Il est sûr en tout cas que cette mobilisation aura contribué à faire en sorte que les directions nationale et régionale descendent de leur piédestal et permis à Hervé Pinto de retrouver son travail à La Poste.


Guadeloupe: Victoire de la grève des salariés de la Mission Locale

C’est après presque deux semaines de grève que les employés de la Mission Locale ont repris le travail.  

Ils ont obtenu des promesses de la part de leur directeur relayé par Ary Chalus, président de la Région Guadeloupe, dont celle que leur salaire sera payé sans retard jusqu’à la fin de l’année 2017. Une bonne partie des grévistes a décidé de rester vigilante pour veiller à la pérennité de la structure et pour exiger l’amélioration des conditions de travail. La fraction la plus décidée des employés grévistes revendique aussi des augmentations de salaires.

Les grévistes ont signé un accord le 18 juillet. Grâce à leur détermination, ils ont arraché le paiement de tous les jours de grève. Ils avaient obtenu de leur direction et du président de la Mission Locale qu’Ary Chalus se déplace dans les locaux du siège de la Mission Locale le lendemain, 19 juillet, pour expliquer son projet d’augmentation des finances de la structure. Après cette réunion, nombreux sont les anciens grévistes qui ont été très déçus. Entre leçons de morale et mépris pour la lutte collective et pour les syndicats de travailleurs, Chalus, très arrogant, a joué à celui « qui coupe et qui hache ». Il a annoncé qu’un audit financier et organisationnel de la Mission Locale aura lieu sous l’autorité de la Région qui compte augmenter ses subventions de 300 000 € en 2017 pour les porter à 800 000 € avec l’aide des fonds européens. Il a aussi annoncé un grand projet de partenariat entre la Région et la Mission Locale.

Pour les salariés l’audit est une bonne chose car depuis des années, l’opacité la plus totale règne dans cette association. Mais les salariés sont insatisfaits car l’existence de la Mission Locale n’est pas assurée après 2017. Chaque fois qu’un employé posait une question sur ce que prévoit la Région en 2018, Chalus bottait en touche. Certains employés ne font pas confiance aux politiciens qui utilisent la Mission Locale pour faire croire qu’ils s’occupent de la jeunesse et de son insertion sociale et professionnelle. C’est le cas de Chalus, président de Région, d’Hermin le président du conseil d’administration de la Mission Locale mais aussi de Laurent, son directeur qui depuis deux ans s’occupe plus de politique à Sainte-Anne que de la Mission Locale.

La grève aura permis aux employés les plus actifs de comprendre qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour préserver leurs emplois. Ary Chalus fera un audit mais il ne s’est pas engagé à en divulguer la teneur aux employés. De plus, avec la loi Notré les missions d’insertion seront désormais dévolues à la Région, ce qui n’augure rien de bon pour l’avenir de la Mission Locale.

Les employés les plus actifs ont donc décidé de continuer à s’organiser pour exiger des réponses de l’État, qui est à l’heure actuelle le premier financeur de l’association, mais aussi des collectivités locales.


Martinique : Notre camarade Ghislaine Joachim- Arnaud : son parcours, ses idées, sa vie !

« Échanges intimes » entre la journaliste et artiste Marie-José Alie et notre camarade Ghislaine Joachim-Arnaud, militante politique et syndicaliste : cette présentation, mardi 4 juillet, au « Cénacle » du festival de Fort-de-France, a connu un franc succès. Plus de 800 personnes, dont une forte proportion de femmes, étaient venues sur l’esplanade du bord de mer et ont écouté ces échanges durant plus de deux heures.

La journaliste voulait permettre au public d’entendre la militante « déterminée » sur « ses joies, ses goûts, ses plaisirs et ses peines » au-delà du langage ferme et engagé qu’elle utilise habituellement.

Ghislaine a donc ajouté à la présentation de son parcours faite par la journaliste, certaines anecdotes de sa vie, d’abord dans le cadre familial et scolaire en Martinique, puis en tant que jeune étudiante en France, et très tôt comme jeune militante et comme salariée. Elle n’a pas manqué de parler de ses choix fondamentaux. Notamment en évoquant simplement sa rencontre avec les idées communistes. Elle expliqua aussi en quoi le stalinisme a représenté une perversion des idéaux du communisme.

Après avoir constaté les injustices existantes, en Martinique mais aussi dans le monde entier, la jeune étudiante Ghislaine fit le choix de s’engager pour les combattre. Elle a cherché à comprendre comment une société qui produit tant de richesses et parvient à maîtriser de très hautes technologies, reste incapable de répondre aux besoins élémentaires de millions d’humains. Comprendre aussi comment cette société produit des guerres et des crises, tandis qu’une infime minorité se gave et dirige cette société en fonction de ses intérêts, au détriment de la majorité des populations laborieuses.

« Comprendre cette société pour essayer de la changer, tel a été mon fil rouge », a-t-elle expliqué en quelques phrases. Marie-José Alie est aussi revenue sur la grève de 2009, dont Ghislaine Joachim-Arnaud était l’une des dirigeantes et sur le procès intenté contre elle par Christian Hayot en 2010, pour avoir écrit sur le livre d'or d’une émission télévisée : « an bann betché volè esplwaté pwofitè nou ké fouté yo déwò » slogan clamé par les manifestants durant les 38 jours de mobilisation populaire. La journaliste lui a demandé si « ce raccourci ne schématise pas la lutte des classes en lutte des races » ? Là, Ghislaine a été applaudie en répondant très franchement qu’il ne s’agissait pas d’un problème racial mais qu'en Martinique les békés capitalistes étaient encore les plus puissants économiquement. Tant qu’il en est ainsi, il est tout-à-fait naturel que les travailleurs expriment leur exaspération et leur colère en direction de cette catégorie bien visible des possédants. À la fin de cet « entretien intime », Ghislaine Joachim-Arnaud et Marie-José Alie ont été applaudies chaleureusement, certains participants insistant sur la sincérité des échanges.


Les capitalistes du BTP et leurs serviteurs politiques

France-Antilles du 21 juillet dernier consacrait une demi-page à un face-à-face entre Christian Louis-Joseph secrétaire général du syndicat des entrepreneurs du BTP (Bâtiment et Travaux publics), autrement dit représentant des capitalistes du BTP, et Daniel Marie-Sainte, conseiller exécutif à la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique), en charge des infrastructures et réseaux numériques, autrement dit un notable de la CTM au service du patronat.

Chacun se renvoie la balle au sujet des volumes de la commande publique, les retards dans la livraison des travaux, ou encore le choix des entreprises pour les réaliser. Concernant ces trois domaines, Louis-Joseph accuse la CTM, « le moteur des commandes », de n’être pas suffisamment au service du grand patronat local et de « confier des travaux à quelques petites entreprises ».

Et ce qui serait presque risible, c’est que ce même représentant des capitalistes reproche à la CTM de ne pas avoir « un regard sur le choix des entreprises peu respectueuses des lois sociales. Ou [que ces autorités] ne veillent pas avec assez de rigueur sur les conventions locales au sujet des entreprises qui viennent travailler en Martinique ».

C’est pourtant bien lui qui est le représentant du patronat à la commission paritaire du BTP. À ce titre, il refuse depuis juin  015 d’augmenter les salaires des ouvriers.

Louis-Joseph sait donc pertinemment que les patrons du bâtiment, martiniquais ou pas, imposent leur propre loi à leurs salariés pour faire plus de profits, par exemple : embaucher des intérimaires corvéables à merci, imposer aux ouvriers des cadences de travail et des heures supplémentaires même les jours fériés, mettre leur entreprise en redressement judiciaire pour pouvoir épurer leurs dettes et ouvrir une autre entreprise sous une autre enseigne...

De son côté, Daniel Marie-Sainte fait le dos rond face à ce représentant du patronat local. Il cherche à se justifier sur certains travaux réalisés ou en cours de chantier, et « constate que ce sont les grosses entreprises multinationales qui se taillent la part du lion ».

Cela signifie que lui et tous les notables à la CTM sont impuissants face aux exploiteurs de tout poil, et en tout cas ont choisi délibérément d’être leurs fidèles serviteurs.