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CO de 2017/CO n° 1181 du 15 juillet 2017/Troisième page

Troisième page

Se faire entendre tous ensemble le 12 septembre !

À l’appel du syndicat CGT, une journée d’action et de grève dans toutes les entreprises et services contre la réforme du code du travail est annoncée à la rentrée, en France le mardi 12 septembre 2017.

La CGT dénonce le projet de loi défendu par Emmanuel Macron qui attaque les clauses du Code du travail les plus favorables aux salariés. Par exemple, entre autre, il veut plafonner les indemnités que peut toucher un salarié aux Prud’hommes. Selon la CGT, ce projet de loi est pire que la loi El Khomri dite « Loi Travail » de 2016 qui revenait déjà sur un bon nombre de droits. Macron veut faire passer la loi au plus vite, en catimini, pendant que les travailleurs sont en congé et que les entreprises sont fermées ou marchent au ralenti. Sa crainte : les réactions collectives des salariés. Ce serait une bonne occasion que les organisations du mouvement ouvrier de France et des Antilles s’associent à une telle mobilisation.

Que certains prennent comme argument qu’ils ne s’associent pas à un mot d’ordre venu de l’hexagone serait encore une fois de la bêtise pure et simple. À Combat ouvrier, nous sommes pour la mobilisation la plus large et déterminée possible. Ce n’est pas parce que depuis plusieurs semaines, la direction de la CGT fait preuve d’une certaine complaisance et timidité à l’égard du gouvernement Macron qu’il ne faut pas s’associer à la manifestation qu’elle organise contre les attaques anti-ouvrières. Si de puissantes manifestations avaient lieu ce jour-là aussi bien en France qu’aux Antilles, l’avertissement donné au grand patronat et à ses serviteurs politiques n’en serait que plus fort.


Guadeloupe Le Gosier : Grand-Baie trop beau pour les Grands-Bayziens?

Les habitants de Grand–Baie, quartier du bord de mer à Gosier, sont plus que jamais mobilisés. Lors des dernières discussions avec l’administration, maire et préfecture se renvoient la balle.

Un des prétextes du maire était le refus de l’État de payer sa part pour la RHI (Résorption de l’Habitat Insalubre). Cette opération commencée il y a 20 ans a en effet été interrompue sans explications. Les habitants de Grand-Baie ont, depuis des années, pris en charge l’amélioration du site, installant voies d’accès, éclairage, et celle de leurs logements. Et justement ils s’indignent qu’on leur demande aujourd’hui de quitter les lieux, pour un avenir incertain. Et la somme qu’on leur propose en échange ne répare absolument pas le préjudice. Lors de la rencontre avec le sous-préfet le 30 juin dernier c’est un autre son de cloche : selon lui, si le maire, seul maître d'ouvrage est d’accord pour la RHI sur le site de Grand-Baie, l'État suivra. Mais maintenant le sous-préfet déclare qu’il n’est plus question de RHI à Grand-Baie, elle serait transférée sur deux autres secteurs. Et d’expliquer que cela va coûter très cher du fait des soi-disant « 60 maisons insalubres qui bénéficieront de ce dispositif » hors de Grand-Baie. Les Grand-Bayziens sont indignés de ce nouveau mensonge, il n’y a même pas dix logements à problèmes.

Déjà certains habitants sont malades à cause des menaces d’expulsion. Ils ne peuvent admettre que le sous-préfet « gobe » les inventions du maire sans vérification. Ceux qui luttent constatent que État et municipalité se mettent d’accord pour les éloigner d’un site jugé trop beau pour eux et que la motivation du maire est : « Éloignez ces gens que je ne veux pas voir à Grand-Baie ! » Cela, ils ne l’acceptent pas.


Aéroport Pôle-Caraïbes :mécontentement à Air France

Le personnel d’Air France en Guadeloupe a déposé un préavis de grève, avec une longue liste de revendications, le 1er juillet.

La direction a jugé prudent de convoquer une négociation. Elle a dû céder sur le point le plus urgent en cette période de congés, le manque d’agents au « passage » – chargés des formalités pour les passagers au départ. Elle a accordé immédiatement quelques postes d’intérimaires. Tous les salariés n’étaient pas d’accord pour annuler le mouvement de grève annoncé. Il reste la promesse de nouvelles négociations en septembre, la création d’un comité de suivi des problèmes et des solutions et la possibilité pour les employés, en restant « veillatif », de se fâcher à tout moment. À l’aéroport Pôle Caraïbes où pratiquement tous les employés ont des raisons de se plaindre du non remplacement des départs en congé et de leurs conditions de travail, le dépôt d’un préavis de grève et la mobilisation des agents d’Air France montrent la voie à suivre.


La « société civile » contre les travailleurs

Depuis l’élection de Macron, les médias se réjouissent : beaucoup de députés et quelques ministres sont issus de « la société civile ». Ils ignorent que le terme de « société civile » a été inventé par le révolutionnaire italien Antonio Gramsci pour mettre en garde les travailleurs.

En 1919, en Italie, comme dans une bonne partie de l’Europe, les travailleurs se révoltent. À Turin, siège de Fiat et Lancia, les ouvriers, inspirés par l’exemple de la Révolution russe, occupent les entreprises et organisent des « conseils ouvriers » dans les usines et les quartiers populaires. Gramsci, jeune militant socialiste – il a 28 ans – lance un nouveau journal, L’Ordine Nuovo, (« l’ordre nouveau »), qui devient l’organe du mouvement conseilliste. Il avertit : les conseils ouvriers vont se développer dans toute l’Italie et s’ils ne prennent pas le pouvoir, la bourgeoisie italienne va se venger en écrasant le mouvement par la violence. Pour gagner, les travailleurs doivent se doter d’un parti d’un genre nouveau : un parti communiste sur le modèle du parti bolchevik.

Les prédictions de Gramsci se sont réalisées. Le mouvement des conseils ouvriers se développa pendant deux ans et souleva les ouvriers, du nord industriel au sud agricole. Mais le Parti communiste que Gramsci contribua à créer (en 1921) arriva trop tard. Du coup, la dictature fasciste de Mussolini brisa par la violence l’élan des travailleurs.

Avant de mourir dans les prisons de Mussolini, Gramsci écrivit trente « Carnets de prison » sous la surveillance de la censure de ses geôliers. Pour cela, il utilisait un « code » (« philosophie de la pratique », pour ne pas écrire « marxisme » ou « mouvement majoritaire » à la place de « bolchevik », qui veut dire « majorité » en Russe). C’est pourquoi, il est souvent cité et déformé par les intellectuels. Gramsci expliqua entre autres que dans les vieux pays développés, beaucoup de gens pensent comme la bourgeoisie (« les patrons sont les créateurs de l’emploi », « pour être riche il faut le mériter », etc.).

Cette « hégémonie culturelle » de la bourgeoisie est due à l’activité de couches sociales qui vivent au milieu de la population, contrairement à la grande bourgeoisie elle-même : curés et professeurs, intellectuels et journalistes, débrouillards et notables en tout genre sont pratiquement les seuls à s’exprimer en permanence dans la vie de tous les jours. Du coup, ils saturent l’imaginaire collectif de leur vision des choses. Ils peuvent parfois avoir de petites indignations – contre la pauvreté ou contre telle ou telle dictature (en général loin de chez eux) – mais ils imposent des limites très strictes à tout changement de l’ordre établi (« il faut que les travailleurs soient raisonnables », « il faut du dialogue, pas des conflits », etc.). Car en réalité, l’ordre établi leur convient personnellement très bien.

C’est cela la « société civile », par opposition, chez Gramsci, à la « société politique », c’est-à-dire aux couches sociales directement chargées d’être les relais du pouvoir (politiciens professionnels, hauts fonctionnaires, flics, militaires ou magistrats). La « société civile » utilise son rayonnement disproportionné en temps de paix sociale pour faire croire qu’un monde où une poignée de parasites super-riches impose sa volonté à toute l’humanité est « normal ». Gramsci en concluait que le parti révolutionnaire devait combattre l’influence de la « société civile ».

Les journalistes qui répètent « société civile » à tout bout de champ (parce que les nouveaux députés « En Marche » sont des « gens comme eux », c’est-à-dire de leur point de vue, les seuls qui comptent vraiment) nous avertissent sans le savoir : l’Assemblée et le gouvernement sont peuplés de gens qui méprisent en général les travailleurs et qui au fond, craignent plus que tout leur révolte.


Martinique : Manifestations contre le projet de loi travail

Lundi 3 juillet, la CSTM a appelé à la grève générale et La CDMT à une manifestation contre la politique anti ouvrière du gouvernement Macron.

Ainsi, des blocages et barrages de palettes ont eu lieu dans des zones industrielles du Lamentin et de Californie. Ce jour-là, Macron annonçait son programme politique en faveur du patronat devant le Congrès des parlementaires réunis à Versailles.

Ce premier avertissement contre le démantèlement du code du travail ainsi que toute une série de mesures facilitant la vie patronale aux dépens de celle des travailleurs tombait donc bien. Même si relativement peu de travailleurs ont suivi cet appel, on n’a pas entendu sur les ondes des travailleurs critiquer ce mouvement. Dans certaines entreprises, des salariés disaient même que bien que n’étant pas encore prêts à faire la grève, ils comprenaient l’objectif de la mobilisation, car ils savent ce que leur réserve la politique de Macron-Philippe.

Par contre, côté patronal c’est d’abord Emmanuel de Reynal, président l’association patronale Contact-Entreprises qui déversa sur les ondes et la presse son mépris contre les syndicats des travailleurs, qualifiant les barrages « d’actes de sabotage destructeur d’emploi ». Il fut suivi du capitaliste Yann Monplaisir dirigeant de la CTM qui se précipita pour ressortir les mêmes déclarations éculées contre les manifestants : « ils prennent la population en otage ».

En fait, ce sont eux, ces patrons de combat, qui prennent les travailleurs en otage, en préparant avec le MEDEF la démolition du Code du travail, les nouvelles manières de licencier facile, de bloquer les indemnités aux prud’hommes. Mais ces exploiteurs ont bien raison d’être inquiets, car les travailleurs n’ont pas encore dit leur dernier mot pour leur faire ravaler leur morgue et leur mépris contre ceux qu’ils exploitent.


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