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CO de 2017/CO n° 1180 du 01 juillet 2017/Troisième page

Troisième page

France Macron prépare la démolition du code du travail

Depuis quelques semaines les syndicats de travailleurs, tout comme d’ailleurs ceux de patrons sont reçus par le premier ministre Édouard Philippe et la ministre du travail Muriel Pénicaud pour discuter de la réforme du code du travail annoncée par le Président Macron.

Il semble que ces syndicats de salariés aient été surpris par la parution au journal Le Monde d’informations qui ne leur ont pas été soumises. Le texte en question est un « projet de loi d’habilitation ». Cette loi autorisera l’exécutif à prendre des « mesures pour la rénovation sociale ». En gros, Macron va proposer aux parlementaires de voter une loi qui lui laissera les mains libres pour imposer par ordonnances les réformes qu’il souhaite. Avec une telle loi, le gouvernement ne sera pas « embarrassé » par des débats parlementaires. L’opération nécessite une majorité présidentielle au parlement. Tout va bien pour Macron de ce côté.

Il apparait que de nombreux points sont des volontés des patrons depuis des années, jamais votées par aucun parlement. Macron s’est engagé à les faire passer cette fois.

Les représentants des syndicats, eux, n’ont pas fait grand bruit sur les réformes qui leur ont été soumises. Trois réformes leur ont déjà été présentées qui méritent d’être rejetées par une action déterminée : plafonnement des dommages et intérêts aux prud’hommes en cas de licenciement abusif, une façon de faciliter les licenciements ; les accords de branche (conventions collectives) remplacés par des accords négociés au sein de l’entreprise ; la représentation syndicale unique : mise en place d’une instance unique de représentation du personnel remplaçant le comité d’entreprise, les délégués syndicaux, les délégués du personnel et le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail. Dans le projet de loi d’habilitation il est même prévu de fixer le nombre maximum de mandats successifs d’un délégué. La flexibilité annoncée et déjà présente dans les entreprises ne favorise que le patron. Faciliter le licenciement n’a jamais apporté d’embauche. Il permet en diminuant la masse salariale, en pressurant ceux qui restent, d’augmenter la part des actionnaires. La loi prévoit de nouvelles attaques contre les travailleurs. Par exemple : « en modifiant les dispositions relatives au licenciement pour motif économique. Ou encore « En favorisant et sécurisant par accord de branche… le recours aux CDI conclus pour la durée d’un chantier. » Il s’agit là d’un CDI qui est en réalité un CDD, avec l’inconvénient qu’il n’y a pas d’indemnité de précarité lors du licenciement.

Les travailleurs ne doivent compter que sur leurs propres forces pour s’opposer à un tel plan.


Flessel et son nouveau maître d’arme !

Laura Flessel ex-épéiste de l’équipe de France, championne olympique, a été nommée ministre des sports.

En Guadeloupe, beaucoup de gens sont hélas plutôt fiers de cette nomination, celle d’une d’une noire, d’une Guadeloupéenne et ce sentiment de fierté était palpable lors de sa dernière visite en Guadeloupe. L’enfant du pays devenue ministre, la belle affaire ! Ce serait bien un peu facile de ne s’en tenir qu’à cela. Ce n’est pas parce qu’on est ministre des sports que l’on peut s’affranchir d’une politique d’oppression d’un gouvernement qui n’est là que pour satisfaire les riches et les classes aisées.

Etre ministre d’un gouvernement comme celui de la France, c’est aussi être solidaire de ce que représente ce gouvernement, solidaire de tous ses actes. Flessel est complice du gouvernement de la cinquième puissance impérialiste mondiale, complice des bombardements de l’armée française en Syrie, au Mali, complice de l’oppression des peuples d’Afrique noire et de la Caraïbe par l’impérialisme français, complice de l’exploitation féroce des travailleurs par le patronat français grand soutien de Macron.

La vérité c’est que des ministres comme Laura Flessel ne sont que des faire-valoir, des cautions « noires » d’un gouvernement de serviteurs politiques de la bourgeoisie, comme tous les ministres d’outremer, et autres (et c’est pareil en ce qui concerne les ministres d’origine magrébine) qui l’ont précédée dans ces gouvernements.


Il y a 100 ans : Les « journées de juillet » de la Révolution russe

Le 3 juillet 1917, les ouvriers de Petrograd (aujourd’hui Saint Petersbourg) quittent les usines, s’arment et rejoignent les soldats pour une grande manifestation avec drapeaux rouges. Ils scandent le slogan des bolcheviks, « tout le pouvoir aux soviets », malgré les consignes de ces derniers qui jugent l’action prématurée. Les manifestations durent deux jours.

Le contexte En février 1917 les ouvriers russes ont fait une première révolution. Ils se sont débarrassés du pouvoir d’oppression des tsars. À ce moment-là, du fait de la répression tsariste, les militants du parti bolchevik, le parti ouvrier révolutionnaire dont le programme politique était le plus révolutionnaire pour les travailleurs étaient en prison ou condamnés à vivre à l’étranger. Dès février 1917, les ouvriers avaient pris en main leur lutte, s’organisant en soviets (conseils ouvriers) qui devinrent de véritables organes de pouvoir. Ces comités leur permettent de régler des problèmes de la vie quotidienne des plus opprimés. Déjà, lors de la précédente montée révolutionnaire, en 1905, les ouvriers, les paysans, les soldats avaient constitué des soviets. Mais le gouvernement mis en place par la révolution de février face aux soviets est dirigé par la fraction menchevik du parti social-démocrate et les socialistes-révolutionnaires qui pensent que leur tâche consiste à accomplir une révolution bourgeoise avant toute révolution ouvrière. Le pays se trouve dans une situation de double pouvoir : d’un côté le gouvernement révolutionnaire bourgeois et de l’autre les soviets révolutionnaires.

Les causes
À la veille des journées de juillet, les ouvriers sont très déçus des conséquences de février. Aucune de leurs revendications -la journée de 8 heures, la paix, le pain, la terre- n’est prise en compte par le gouvernement. Celui-ci s’oppose au contrôle des entreprises par les ouvriers. Il défend les intérêts des patrons et refuse la réforme agraire. Les patrons sabotent la production, ferment des usines, faisant augmenter les prix. Les ouvriers ne supportent plus les difficultés de leur vie, ils sont excédés. Les grands propriétaires partisans de la contre-révolution se mobilisent ouvertement, alors que les paysans souffrent d’une grande misère. Ce gouvernement maintient la guerre impérialiste, celle de 14-18, envoyant jeunes ouvriers et paysans au front. Ouvriers et soldats sont de plus en plus sensibles à l’agitation des militants bolcheviks en faveur de « la paix, le pain et la terre ». Les soldats ne veulent plus faire la guerre. En juin le ministre de la guerre Kerenski décide de lancer une vaste offensive militaire, qui échoue et va précipiter les événements. À Petrograd des soldats et des marins ne veulent plus aller au front et décident de manifester, certains avec des pancartes bolcheviks. Dans la grande usine Poutilov (36 000 ouvriers) à Petrograd, des ateliers commencent une grève le 21 juin. Les bolcheviks, dans une réunion avec des représentants de 70 usines de Petrograd, jugent que ce mouvement isolé a peu de chances de succès. Ils veulent attendre que le gouvernement soit définitivement compromis et déconsidéré. Les jours suivants d’autres conflits éclatent.

L’action des travailleurs
Le 3 juillet, avec des drapeaux, des chants, des colonnes d'ouvriers et de soldats qui fraternisent, s’ébranlent. Le parti bolchevik décide alors de les soutenir. Il les invite à se rendre pacifiquement vers le Palais de Tauride, à élire leurs délégués et remettre leurs revendications au comité exécutif. La rencontre avec le comité exécutif au palais de Tauride ne donne rien. Les ouvriers revendiquent « Tout le pouvoir aux soviets ! » À cette date, les bolcheviks ne sont pas encore majoritaires dans les soviets, sauf dans de grandes usines de la capitale. Mais même dans ces conditions, le comité exécutif, trop attaché qu’il est aux possédants, aux riches, refuse de céder à l’exigence des ouvriers et des soldats en armes. Il tergiverse, en fait, il attend des renforts militaires qui n’arrivent pas, la plupart des soldats lui étant hostiles. Les ouvriers de Poutilov exsangues décident de passer la nuit du 3 au 4 couchés sur la chaussée autour du Palais de Tauride. Ils sont déterminés à ne pas céder et le parti bolchevik va alors organiser la journée suivante. Le 4, toutes les usines sont en grève. Des délégués sont élus pour présenter les revendications au palais de Tauride. La manifestation est plus nombreuse, bien organisée, militairement aussi. Les marins de Cronstadt ont rejoint le mouvement. En passant sur la perspective Nevski, quartier riche, les manifestants essuient des coups de feu. Ceux qui tirent sont peut-être des bourgeois embusqués mais aussi des troupes du gouvernement trop faibles pour empêcher la manifestation mais capables d’escarmouches. Plus loin, les soldats et ouvriers mettent en déroute un bataillon de cosaques. Après cette victoire, confiants, les manifestants envoient 84 représentants de 54 usines face au comité exécutif. Cinq orateurs désignés crient leur colère : « Nous exigeons le départ des dix ministres capitalistes, … qu'un contrôle de la production soit immédiatement établi, qu'on lutte contre la famine qui nous menace,... que la terre soit remise aux paysans. Nous exigeons que l'on abroge les ordonnances dirigées contre l'armée révolutionnaire... Nous exigeons que le pouvoir passe aux mains des soviets ». Ceux du comité exécutif n’en mènent pas large. Les renforts attendus n’arrivent pas. Lenine est invité à prendre la parole parmi les manifestants. Il assure que la revendication « Tout le pouvoir aux soviets » finira par gagner.

Progrès et limites des journées de juillet
Les troupes attendues par le gouvernement, trois régiments de Petrograd, des plus arriérés, finissent par arriver, ils dispersent violemment les manifestants. Ces journées de juillet, ont fait plusieurs dizaines de morts, approximativement à égalité de part et d'autre. Le parti bolchevik accusé par le gouvernement d’être responsable de cette mobilisation est fortement réprimé. Ses locaux sont saccagés, des dirigeants sont arrêtés, tels Trotski, Kamenev. Lénine dut chercher un refuge clandestin. Les ouvriers et les soldats de Petrograd ont mené une lutte courageuse et déterminée lors de ces journées de juillet. Mais l’heure de la révolution, de la prise du pouvoir par les soviets n’était pas arrivée. Le parti bolchévik et ses dirigeants freinent les travailleurs qui veulent aller vers le pouvoir tout de suite, car la situation n’était pas encore mûre. Trois mois plus tard, ce sera possible. L’heure de l’insurrection avait sonné. Ce sera la Révolution, avec Lénine, Trotsky, comme principaux dirigeants et le parti bolchevik, les ouvriers prendront le pouvoir. Ils érigeront le premier État ouvrier de l’histoire qui dura sept années.


Martinique : Un premier tour marqué par l’abstention

Lors du 1er tour des législatives, l’abstention a atteint le chiffre record de 74% en Martinique, montrant le désintérêt, mais aussi l’éco urement et le désaveu d’une grande partie des électeurs face aux discours et aux comportements des politiciens.  

Sur les quatre députés sortants, les trois qui se représentaient, Letchimy du PPM sur Fort-de-France, Nilor du MIM (Mouvement indépendantiste martiniquais) dans le Sud et Azérot, ex-soutien de Valls, dans le Nord, sortent de ce 1er tour en ballottage favorable. Alfred Marie-Jeanne, le président du MIM ne se représentant pas, la circonscription du Centre était particulièrement convoitée. C’est Josette Manin, ex-présidente du Conseil général, qui arrive en tête. Elle était la candidate de Bâtir [le pays Martinique] et d’EPMN (Ensemble pour une Martinique nouvelle), le rassemblement autour du PPM.

Les macronistes nouveaux, Chantal Maignan du PRM (Parti régionaliste martiniquais, de droite) et Max Orville du Modem pensaient profiter de la vague violette. Ils ont raté leur coup. Les candidats de la France Insoumise, tous nouveaux dans le paysage politique, se sont fait connaître. Sans arriver à franchir la barre des 5%, ils ont retrouvé des voix qui s’étaient portées sur Jean-Luc Mélenchon lors des présidentielles. Les candidats de l’extrême droite, qui pour la plupart n’étaient d’ailleurs même pas présents en Martinique, n’ont pas récupéré les voix de Le Pen et c’est tant mieux.


Saint-Martin et Saint-Barthélemy : Élections législatives : de futures élues ennemies des exploités

Sur un faible taux de participation de 24,02%, deux candidates ont remporté les élections légis-latives au premier tour : Claire Javois et Inès Bouchaut-Choisy. Claire Javois est la candidate du Parti Les Républicains (LR), elle a obtenu 26% des suffrages. Elle a été soutenue par les deux présidents républicains des deux collectivités, Daniel Gibbs pour Saint-Martin et Bruno Magras pour Saint-Barthélemy. Inès Bouchaut-Choisy, candidate de la République en Marche d’Emmanuel Macron, a obtenu 21,75% des voix. Il y a de fortes chances que Claire Javois remporte les élections au second tour. Mais, quelle que soit l’issue du scrutin, ces politiciennes au service de la bourgeoisie défendent le même courant politique de droite. Il est certain que celle qui sera élue soutiendra toutes les attaques contre la classe laborieuse, comme l’ont fait leurs prédécesseurs. Macron, pressé de satisfaire les vœux du grand patronat, a d’ailleurs déjà annoncé la couleur. Il prévoit de baisser à nouveau les cotisations et les impôts pour le patronat, et d’accroître la flexibilité pour les salariés. Les travailleurs ne pourront pas s’appuyer sur ces élus pour défendre leurs intérêts, ils ne pourront compter que sur les luttes collectives.


Guyane : Fin de la grève au Centre hospitalier de Cayenne : la lutte a payé !

Le 9 juin, après plus de deux mois de grève, le personnel du Centre Hospitalier Andrée Rosemond (CHAR) a mis fin à sa mobilisation. Un protocole d’accord a été signé entre le syndicat UTG (Union des travailleurs guyanais), la direction et l’Agence régionale de santé.  

Les salariés du CHAR sont entrés en grève fin mars pour dénoncer leurs conditions de travail, la vétusté des locaux, ainsi que le manque de matériel et de personnel.

En même temps se déroulait dans le pays la grève générale et la mobilisation de la population autour du collectif « Pou Laguiyann dékolé ». Même après la fin de la mobilisation générale en en avril, les agents du CHAR sont restés en grève.

Ils ont finalement obtenu 110 postes supplémentaires et l’intégration de 75 salariés par an jusqu’à intégration totale des 400 agents précaires. Ils demandaient 200 postes, mais la direction n’en proposait que 36. Ils obtiennent aussi 200 000 € pour l’équipement, et enfin la construction de deux nouveaux centres hospitaliers, l’un à Maripasoula et l’autre à Saint-Georges de l'Oyapock.

Ce succès est dû principalement à la ténacité des grévistes mais aussi aux manifestations de soutien de la population. Les collectifs des 500 Frères, et de « trop violans » avaient les jours précédents bloqué le centre des impôts de Cayenne. Certains de leurs militants ont été interpellés et gardés à vue pendant six heures. Une manifestation populaire avait débuté devant le lieu de leur garde à vue. L’UTG avait menacé d’appeler à une nouvelle grève générale si satisfaction n’était pas donnée aux grévistes.

Et cela a joué pour faire céder l’État par le biais d’une mission d’expertise dépêchée pour régler ce long conflit. La lutte et la menace d’explosion sociale, voilà le seul langage que comprennent patronat et État.


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