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CO de 2017/CO n° 1180 du 01 juillet 2017/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe : Les travailleurs de la Banane en grève vers la victoire !

Depuis le 18 mai, environ 200 ouvriers agricoles de 20 plantations sont en grève. À force de détermination ils ont marqué des points essentiels. La principale revendication des grévistes c’est l’application de la loi de mensualisation de 1989 qui interdit aux patrons de leur payer moins que le smic mensuel. Les travailleurs exigent donc le remboursement des sommes injustement prélevées depuis des années. Les grévistes veulent aussi améliorer les conditions de travail très pénibles dans la banane.

Pendant près d’un mois, les patrons planteurs ont laissé pourrir la situation en espérant que les grévistes allaient se décourager. Ils se sont plantés ! Au fil des semaines, même si quelques travailleurs ont repris le travail, la grève s’est renforcée. Les travailleurs ont créé un comité de grève et ils ont multiplié les actions. Chaque jour, ils ont fait la grève marchante pour convaincre les travailleurs de nouvelles plantations de rejoindre la grève.

C’est cette détermination qui a poussé les autorités à intervenir. À partir du 13 juin, l’inspection du travail, alertée par les grévistes, a multiplié les contrôles contre les planteurs qui embauchaient des ouvriers clandestins pour briser la grève. Un patron s’est même retrouvé en garde à vue. Le 15 juin, le préfet a convoqué les patrons pour une première rencontre avec les grévistes. La rencontre n’a rien donné, et dès le lendemain les grévistes ont durci le mouvement en ciblant le président du syndicat des planteurs, le béké Francis Lignières.

Dix jours plus tard, les patrons sont revenus pour rencontrer les grévistes. Cette fois, ils avaient perdu leur arrogance. Ils ont reconnu qu’ils doivent appliquer la loi de mensualisation, et ils se sont engagés à rembourser les sommes volées au cours des trois dernières années. Ce remboursement inclura le paiement des jours de grève. Les grévistes doivent toucher un premier acompte de 1000 € à la reprise du travail.

Dernière minute : lors d’une nouvelle rencontre, un protocole de fin de conflit a été signé le mercredi 28 juin dans l’après-midi entre les grévistes et les patrons qui ont accepté de rendre aux travailleurs l’argent qu’ils leur doivent et de payer les jours de grève. Nous en dirons plus dans le prochain numéro.


Guadeloupe:Lignières assiégé par les grévistes

À la tête des patrons de la banane, il y a Francis Lignières qui possède plusieurs plantations à Baillif. Les premières semaines il s’est cru à l’abri de la grève qui touchait surtout les plantations de Capesterre-Belle-Eau.

Seuls deux travailleurs de chez Lignières étaient entrés en grève le 18 mai. Mais le 12 juin, la grève marchante a convaincu neuf ouvriers supplémentaires. Et le 16 juin, il y a eu une quinzaine de grévistes de plus. Lignières ne pouvait plus expédier une seule banane. Tous les jours, les grévistes, y compris ceux de Capesterre, étaient présents à l’entrée de sa plantation de Bellevue.

À partir du 20 juin, ils ont même dormi sur place. Lignières et sa famille qui habitent sur la plantation étaient sous pression nuit et jour. Lignières a fait venir un huissier et les gendarmes, mais rien à faire, les grévistes étaient toujours là. Au bout d’une semaine, Lignières avait perdu son habituelle arrogance et il s’est résigné à reprendre les négociations avec les grévistes.


Capesterre Belle-Eau : Succès du repas de soutien à Combat Ouvrier

Le 17 juin, des militants et des sympathisants de Combat Ouvrier à Capesterre-Belle-Eau ont organisé un déjeuner de soutien. Près de 300 personnes dont une majorité de grévistes de la banane ont acheté un repas et la plupart ont passé la journée avec nous. Les ouvriers en grève sont venus nombreux, malgré les difficultés financières après un mois de grève. Cette journée conviviale a permis à tous de se rassembler et de se détendre, et elle a prouvé que même pendant la grève, on peut s’amuser !


Martinique : Député cherche groupe désespérément...

Les nouveaux députés de Martinique n’ont pas échappé à la valse-hésitation pour déterminer dans quel groupe ils siégeront à l’Assemblée nationale. Avant leur élection, cela paraissait plutôt simple pour eux. Aux médias, ils déclaraient tous, peu ou prou, qu’ils étaient favorables à la mise sur pied d’un « groupe parlementaire ultramarin ». Ce groupe, réunissant les 27 députés des outremers, aurait vocation de faire avancer les sujets présentés comme concernant les départements et territoires d’Outre mer, au-delà des clivages politiques et en définitive de la politique du gouvernement Macron-Philippe. Tous se disaient ainsi « pragmatiques », prêts à soutenir Macron et voter les lois qui seraient à leurs yeux, « bonnes pour la Martinique et son développement » et à rester à l’écart pour les autres.

A l’arrivée, il en a été autrement. Les députés de Guadeloupe qui faisaient les Messieurs-bons-offices pour retenir les députés arrivants en vue de former le groupe ultramarin, ont vu leur espoir fondre au soleil… de Paris, et avec lui peut-être le moyen d’augmenter les moyens financiers et matériels de ces députés. Comme lors de sa précédente mandature, le député MIM (Mouvement indépendantiste martiniquais), Nilor, est retourné au groupe GDR (Gauche démocratique et républicaine), Azérot député du Nord, ex-fidèle de Valls s’est, lui aussi, inscrit dans ce groupe qui est constitué principalement des députés du PCF. Ces derniers apparaissent comme plutôt contestataires vis-à-vis de la politique de Macron, mais ce qui semble déterminant pour Nilor et Azérot c’est plus de pouvoir rester libres de leur vote.

Serge Letchimy, président du PPM reste lui aussi dans son groupe, celui du Parti Socialiste ou ce qu’il en reste. Ce groupe se dit dans l’opposition au gouvernement mais déclare qu’il s’abstiendra lors du vote de confiance au gouvernement... La nouvelle députée Josette Manin de Bâtir le pays Martinique, membre de la coalition EPMN (Ensemble pour une Martinique nouvelle), ne s’est pas pressée pour indiquer dans quel groupe elle siégera. Il faut dire qu’elle a l’embarras du choix ! Il y a le groupe du PS comme son allié Letchimy. Il y a aussi un sous-groupe d'élus PS qui, eux, voudraient bien voter la confiance au gouvernement. Et puis, il y aurait même un nouveau groupe en voie de constitution autour de Valls, qui serait, lui, PS-dissident, et regrouperait en plus de Valls, certains députés ultramarins... ! La fin de la récréation, c’est pour mardi 27 juin, jour de rentrée parlementaire. Chacun va devoir fixer son choix sur un groupe... ou un autre. Pour les travailleurs, « groupe ultramarin », groupe PS, Macron-compatible ou pas, il n’y a guère de différences. En se montrant prêts à passer sans difficulté de l’un à l’autre, les députés le montrent eux-mêmes. Pas plus les uns que les autres n’ont l’ambition d’être une opposition, ne serait-ce que dans l’hémicycle du parlement, à la politique scélérate annoncée par Macron. Face aux attaques organisées, et déjà planifiées, de Macron et de sa clique au profit du patronat, c’est d’une opposition ouvrière que les travailleurs ont besoin. C’est dans la rue, par les grèves, que le monde du travail la construira !


Le commerce des pesticides pas vraiment menacé

Le Cosda (Comité d'orientation stratégique et de développement agricole) est un comité officiel qui, à défaut de pouvoir vraiment orienter quoi que soit, communique sur « une vision partagée » pour le développement de l'agriculture. Il est co-présidé par le préfet et par A. Marie-Jeanne, président du Conseil exécutif de la CTM.

La presse (France-Antilles du 23 juin 2017) s'est fait l'écho d'un rapport présenté par la section « Agroécologie et Écophyto » du Cosda. On y apprend que, entre 2012 et 2015, la quantité de pesticides, toutes catégories confondues, vendue en Martinique, a augmenté de 6 %. La plus grosse part revient aux herbicides, qui représentent 83 % des substances vendues. Parmi eux l'asulame, utilisé dans la canne, interdit depuis 2013, est depuis l'objet de dérogations. Le glyphosate, commercialisé notamment sous le nom de Roundup, mis en cause au sujet de la sur-mortalité des abeilles, est, lui, toujours autorisé. L'Ampa, dérivé du glyphosate, est la deuxième molécule la plus fréquemment détectée dans les cours d'eau martiniquais, derrière la chlordécone.

En mars 2015 déjà, l'ODE (Office de l'eau de la Martinique) tirait la sonnette d’alarme : concernant les pesticides dans les eaux douces, la Martinique est « un des territoires les plus contaminés de France » !

Le Cosda met en évidence le fait que les importations de pesticides ne baissent pas. Elles continuent d’apporter de substantiels profits aux capitalistes de l'import et de la commercialisation, c'est-à-dire principalement à quelques groupes békés bien connus, en premier lieu le groupe GBH (Groupe Bernard Hayot). Ces capitalistes et ceux de la banane ont déjà empoisonné durablement les sols avec la chlordécone. On ne peut pas plus leur faire confiance aujourd'hui, pour l'introduction de pesticides dont la non-toxicité pour l'homme et l'environnement n'est pas prouvée. La population, et en premier lieu les travailleurs de l'agriculture utilisant quotidiennement ces produits, ont intérêt à faire respecter en ce domaine un strict principe de précaution. Pour cela ils ne peuvent compter que sur leur propre intervention, et pas sur les travaux d'un quelconque comité placé sous le contrôle de défenseurs, préfet ou autre, des intérêts des possédants.