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CO de 2017/CO n° 1179 du 17 juin 2017/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe : Le comité de grève

Le 22 mai, les grévistes ont voté à l’unanimité la création d’un comité de grève. Chaque plantation est représentée par quatre travailleurs, et le comité se réunit en moyenne tous les deux jours, week-ends compris. Le comité permet de réfléchir aux actions à mener, qui sont ensuite soumises à l’assemblée générale des grévistes. Pour se réunir, le comité avait besoin d’un local. Or cela fait des années que Beaugendre, le maire de Capesterre-Belle-Eau, refuse d’accorder un local au syndicat CGTG Banane qui représente les ouvriers agricoles. Lassés de cette situation, les grévistes occupent depuis le 7 juin un local municipal qui n’était plus utilisé. Le comité de grève permet aussi d’organiser les aspects pratiques, comme la préparation des repas ou le suivi de la caisse de grève, qui rassemble les dons récoltés en soutien à la grève.


Guadeloupe : Les patrons voyous de la banane

Avant le début de la grève, les travailleurs de chaque plantation ont rencontré leur patron. Chacun d’eux a expliqué que l’accord arraché par les ouvriers de la SA Bois-Debout ne les concerne pas, que sur leur plantation tout est en règle. C’est faux !   Depuis le 18 mai, les grévistes ont rassemblé leurs fiches de paye des années 2012 à 2016. Ils ont étudié des dossiers pour chaque plantation. Résultat : partout il y a des irrégularités, partout les planteurs ne payent pas aux ouvriers la totalité des salaires. Les sommes dues aux travailleurs pour ces cinq années seulement sont en moyenne de 10 000 € par ouvrier, et peuvent s’élever jusqu’à 18 000 €. Les planteurs volent à tous les niveaux : non application de la loi de mensualisation de 1989, non paiement de la prime Bino de vie chère, ni de la prime de fin d’année, ni des heures supplémentaires… La palme revient à Tino Dambas, qui ne paye que trois jours fériés chaque année, et qui prélève des jours d’absence pour tous les autres jours réglementaires ! Les grévistes exigent l’application de la loi de mensualisation, et le remboursement des sommes qui leur ont été volées au cours des cinq dernières années. Ils demandent aussi une augmentation de salaire de 100 € pour tous.


Guadeloupe : Des conditions de travail atroces

Depuis le début de la grève, les travailleurs des différentes plantations ont pu se concerter sur leurs conditions de travail, parfois dignes de l’esclavage.   Pour ne donner qu’un seul exemple, un rapport d’expert a établi qu’à la SA Bois-Debout, un chayè (charrieur) porte sept tonnes de bananes par jour. La journée de travail commence à 6h, elle devrait finir à 13h. Mais les planteurs exigent que les ouvriers restent jusqu’à 15h, parfois jusqu’à 17h ou 18h. Les patrons violent les règles d’hygiène et de sécurité les plus élémentaires. Les ouvriers ne sont pas vaccinés contre la leptospirose, alors qu’ils risquent quotidiennement d’attraper cette maladie mortelle qui est transmise par les déjections des rats. Les accidents du travail sont très fréquents et parfois mortels dans la banane, et souvent ils ne sont pas déclarés par les patrons. Lorsqu’un ouvrier est victime d’accident, il est mal pris en charge et certains ne touchent que 500 € par mois. Les grévistes demandent une amélioration de leurs conditions de travail, et une réduction des tâches quotidiennes qui leur sont imposées.


Martinique : Un premier tour marqué par l’abstention

Lors du 1er tour des législatives, l’abstention a atteint le chiffre record de 74% en Martinique, montrant le désintérêt, mais aussi l’éco urement et le désaveu d’une grande partie des électeurs face aux discours et aux comportements des politiciens.  

Sur les quatre députés sortants, les trois qui se représentaient, Letchimy du PPM sur Fort-de-France, Nilor du MIM (Mouvement indépendantiste martiniquais) dans le Sud et Azérot, ex-soutien de Valls, dans le Nord, sortent de ce 1er tour en ballottage favorable. Alfred Marie-Jeanne, le président du MIM ne se représentant pas, la circonscription du Centre était particulièrement convoitée. C’est Josette Manin, ex-présidente du Conseil général, qui arrive en tête. Elle était la candidate de Bâtir [le pays Martinique] et d’EPMN (Ensemble pour une Martinique nouvelle), le rassemblement autour du PPM.

Les macronistes nouveaux, Chantal Maignan du PRM (Parti régionaliste martiniquais, de droite) et Max Orville du Modem pensaient profiter de la vague violette. Ils ont raté leur coup. Les candidats de la France Insoumise, tous nouveaux dans le paysage politique, se sont fait connaître. Sans arriver à franchir la barre des 5%, ils ont retrouvé des voix qui s’étaient portées sur Jean-Luc Mélenchon lors des présidentielles. Les candidats de l’extrême droite, qui pour la plupart n’étaient d’ailleurs même pas présents en Martinique, n’ont pas récupéré les voix de Le Pen et c’est tant mieux.


Saint-Martin et Saint-Barthélemy : Élections législatives : de futures élues ennemies des exploités

Sur un faible taux de participation de 24,02%, deux candidates ont remporté les élections légis-latives au premier tour : Claire Javois et Inès Bouchaut-Choisy. Claire Javois est la candidate du Parti Les Républicains (LR), elle a obtenu 26% des suffrages. Elle a été soutenue par les deux présidents républicains des deux collectivités, Daniel Gibbs pour Saint-Martin et Bruno Magras pour Saint-Barthélemy. Inès Bouchaut-Choisy, candidate de la République en Marche d’Emmanuel Macron, a obtenu 21,75% des voix. Il y a de fortes chances que Claire Javois remporte les élections au second tour. Mais, quelle que soit l’issue du scrutin, ces politiciennes au service de la bourgeoisie défendent le même courant politique de droite. Il est certain que celle qui sera élue soutiendra toutes les attaques contre la classe laborieuse, comme l’ont fait leurs prédécesseurs. Macron, pressé de satisfaire les vœux du grand patronat, a d’ailleurs déjà annoncé la couleur. Il prévoit de baisser à nouveau les cotisations et les impôts pour le patronat, et d’accroître la flexibilité pour les salariés. Les travailleurs ne pourront pas s’appuyer sur ces élus pour défendre leurs intérêts, ils ne pourront compter que sur les luttes collectives.


Guyane : Fin de la grève au Centre hospitalier de Cayenne : la lutte a payé !

Le 9 juin, après plus de deux mois de grève, le personnel du Centre Hospitalier Andrée Rosemond (CHAR) a mis fin à sa mobilisation. Un protocole d’accord a été signé entre le syndicat UTG (Union des travailleurs guyanais), la direction et l’Agence régionale de santé.  

Les salariés du CHAR sont entrés en grève fin mars pour dénoncer leurs conditions de travail, la vétusté des locaux, ainsi que le manque de matériel et de personnel.

En même temps se déroulait dans le pays la grève générale et la mobilisation de la population autour du collectif « Pou Laguiyann dékolé ». Même après la fin de la mobilisation générale en en avril, les agents du CHAR sont restés en grève.

Ils ont finalement obtenu 110 postes supplémentaires et l’intégration de 75 salariés par an jusqu’à intégration totale des 400 agents précaires. Ils demandaient 200 postes, mais la direction n’en proposait que 36. Ils obtiennent aussi 200 000 € pour l’équipement, et enfin la construction de deux nouveaux centres hospitaliers, l’un à Maripasoula et l’autre à Saint-Georges de l'Oyapock.

Ce succès est dû principalement à la ténacité des grévistes mais aussi aux manifestations de soutien de la population. Les collectifs des 500 Frères, et de « trop violans » avaient les jours précédents bloqué le centre des impôts de Cayenne. Certains de leurs militants ont été interpellés et gardés à vue pendant six heures. Une manifestation populaire avait débuté devant le lieu de leur garde à vue. L’UTG avait menacé d’appeler à une nouvelle grève générale si satisfaction n’était pas donnée aux grévistes.

Et cela a joué pour faire céder l’État par le biais d’une mission d’expertise dépêchée pour régler ce long conflit. La lutte et la menace d’explosion sociale, voilà le seul langage que comprennent patronat et État.


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