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CO de 2017/CO n° 1177 du 6 mai 2017/Quatrième page

Quatrième page

Brésil : Succès de la journée de grève générale

Le vendredi 28 avril, 40 millions de travailleurs ont répondu à l’appel de la journée de grève lancée par les syndicats. Des entreprises publiques comme privées ont fermé.

La grève a été suivie dans les transports, les écoles, les banques, les hôpitaux, les postes et les commerces. Ils protestaient contre la politique d’austérité du Président Michel Temer.

Ce dernier projette d’attaquer le code du travail en fixant la durée légale du travail à 44 heures par semaine et la possibilité d’effectuer quatre heures supplémentaires. Il prévoit la flexibilité de l’emploi, autrement dit, le droit pour les patrons de licencier plus facilement et d’imposer des modifications du temps de travail. Sur les retraites, les Brésiliens devront cotiser 49 ans, car l’âge de la retraite a été repoussé à 65 ans pour les hommes et à 62 ans pour les femmes. Le Brésil, comme beaucoup d’autres pays, connaît une crise économique importante. Le gouvernement veut ainsi faire payer la crise aux travailleurs et aux masses populaires. Tous ces dirigeants au service de la bourgeoisie demandent des sacrifices à la population laborieuse, mais eux, ils n’hésitent pas à se remplir les poches grâce à la corruption.

En effet, plusieurs ministres de l’actuel Président et d’autres notables sont dans le collimateur de la Justice. L’enquête du Tribunal suprême fédéral vise trois gouverneurs d’État, 29 sénateurs, et 42 députés de plusieurs partis politiques. Ils sont impliqués dans un scandale lié à des pots de vin versés par l’entreprise pétrolière brésilienne Petrobras et des groupes du BTP (Bâtiment et travaux publics). Le parti de l’actuel Président, Michel Temer, le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), aurait reçu des millions d’euros. Ce parti, ouvertement anti-ouvrier, et le Président défendent les intérêts de la classe capitaliste. Les travailleurs ne pourront vaincre que par une lutte collective d’une plus grande ampleur.


Venezuela : Le président et la bourgeoisie règlent leurs comptes sur le dos de la population

Après deux mois de manifestations et d’émeutes violemment réprimées, le président Maduro, héritier d’Hugo Chavez, tente un ultime « appel au peuple ».

  Entre 1999 et 2013, le régime d’Hugo Chavez a permis quelques améliorations réelles pour les plus pauvres. Elles étaient financées par les prix élevés du pétrole à l’époque, mais sans jamais s’en prendre aux richesses des grandes familles bourgeoises. L’effondrement des prix du pétrole en 2014 a mis fin à cette situation. Le successeur de Chavez, Nicolas Maduro et la bureaucratie « chaviste » de l’État ont perdu les deux tiers des revenus qui leur permettaient de conserver l’allégeance de la population pauvre. Celle-ci a été brusquement plongée dans une situation économique insupportable. En face, la bourgeoisie vénézuélienne arrogante, raciste (elle est majoritairement d’origine européenne) et revancharde conservait intact son pouvoir économique. Cela lui a permis d’avoir le monopole de l’opposition politique : les chefs de file de la droite, Enrique Capriles ou Leopoldo Lopez, sont tous deux héritiers de familles parmi les plus riches du pays. Dans cette situation, la droite a gagné les élections législatives de 2015 et lancé un référendum pour destituer Maduro.

Ce dernier a annulé le référendum en janvier. Puis il a tenté de supprimer le parlement fin mars, mais a dû faire marche arrière. Lundi 1er mai, il a tenté de remobiliser la population pauvre… en convoquant l’élection d’une nouvelle assemblée constituante. Faute d’appeler les pauvres et les travailleurs à se battre contre les super-riches qui veulent reprendre tout le pouvoir au Vénézuela (chose que les « chavistes » n’ont jamais fait et qu’ils n’ont peut-être plus les moyens de faire désormais), le régime s’est donc mis dans une situation où il ne peut plus compter que sur la répression policière pour endiguer les manifestations convoquées par l’opposition. La spirale d’isolement et d’autoritarisme du côté du régime et la stratégie de pourrissement violent entretenue par l’opposition de droite ont fait plus de trente morts depuis le 1er avril.


Haïti : Manifestation des travailleurs le premier mai

Le premier mai, alors que le dollar vaut plus de 70 gourdes, les ouvriers du textile réclament un ajustement du salaire à 800 gourdes par jour.

À Port-au-Prince, près de 500 personnes ont défié la police et ont manifesté depuis le parc Sonapi dans la zone industrielle, vers le palais national au Champ de Mars. En majorité, les ouvriers des entreprises de textile étaient appuyés par des étudiants.

À côté des quatre organisations syndicales présentes, nos camarades de l’organisation des travailleurs révolutionnaires (OTR) ont défilé avec les mots d’ordre de l’ajustement du salaire minimum. Les manifestants scandaient les slogans « 800 gourdes au minimum par jour », « diminution des cadences », et les pancartes rappelaient la cherté du coût de la vie, l’absence d’assurance maladie toujours prélevée par le patron, jamais versée aux ouvriers.

En Haïti le gouvernement, au service des possédants, a étiqueté le premier mai du nom : « fête de l’Agriculture ». Il organise ce jour-là une foire agricole au Champ de Mars pour tromper la population laborieuse et l’amener sur une autre voie que la lutte. Craignant que les manifestants perturbent sa foire, Jovenel, le nouveau président, a envoyé sa police pour arrêter les manifestants. À mi-parcours, ces derniers se sont heurtés à des policiers et leur véhicule blindé. Pendant plus d’une heure il y a eu un face à face. Les ouvriers chantaient « quand on s’échine sur les machines, on ne voit pas la police ». Les ouvriers expliquaient aux policiers qu’eux aussi sont des enfants des quartiers pauvres, qu’ils n’ont pas à obéir aux ordres de leurs chefs les possédants. Les policiers n’ont finalement pas tiré, mais ont suivi le cortège pour le bloquer à 200 m du Champ de Mars devant le cinéma Capitole.

Les porte-parole des syndicats ont réclamé l’ajustement de salaire à 800 gourdes par jour et le camarade de l’OTR a expliqué pourquoi ce salaire doit être payé en dollars. Les patrons touchent en dollar et payent les ouvriers en gourdes, une monnaie qui perd de la valeur. Le salaire, payé en dollar, suivrait le cours de cette devise et non pas celui de la gourde en constante dévaluation. Cet ajustement ne sera octroyé par aucun président. Ce sera la pression exercée par les travailleurs en colère, mobilisés qui contraindra les patrons à l’appliquer.

Ce matin du premier mai, le président Jovenel a voulu par avance apaiser cette colère en décrétant un ajout de 50 gourdes au salaire de base journalier qui passe de 300 à 350 gourdes. Les ouvriers ont répondu « on est loin du compte de 800 gourdes » et restent mobilisés sur la zone industrielle.


Porto Rico : un premier mai de grèves et de manifestations

Plusieurs milliers de Portoricains sont descendus le premier mai dans la rue à San Juan, la capitale, avec pancartes et slogans de protestation, ils ont fait d’importants blocages et fermé des entreprises.

Les étudiants de dix campus universitaires sur onze étaient déjà en lutte depuis trois semaines. Les travailleurs portoricains sont convaincus que pour que cesse la politique d’austérité - dont ils sont les principales victimes - ils devront mener une action déterminée. Pour les étudiants cette politique se traduit par des réductions graves des budgets de l’université. Le 6 avril, ils ont cessé les cours et depuis s’affrontent à la police dans des manifestations. Le premier mai la manifestation a été appelée par les syndicats de travailleurs et les partis d’opposition. Très vite, les forces de l’ordre ont attaqué les manifestants, en particulier au voisinage de l’hôpital en grève.

Des drapeaux américains ont été brulés et le gouverneur de l’ile Rosello a été conspué, accusé d’être « en train de vendre Porto Rico ». Ce gouverneur, associé à une commission non élue envoyée par l’État américain, impose en effet des mesures d’austérité afin de rembourser une dette de 72 milliards de dollars US à de gros financiers américains. Mais tous savent que la classe ouvrière n’a pas dépensé cet argent, qu’elle n’est donc pas responsable de cette dette et n’a aucune intention de la payer.


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