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CO de 2017/CO n° 1177 du 6 mai 2017/Troisième page

Troisième page

France : D’où vient la progression du vote Le Pen ?

Le score de Le Pen et du Front National (le FN) a augmenté dans toute la France de 1 257 000 voix par rapport à 2012 (7 678 491 voix contre 6 421 426). Il fait aussi un bond spectaculaire en Martinique (11 949 voix et près de 11% contre 6 960 en 2012 ) et en Guadeloupe (15 159 voix et 13,51% contre 7 486 voix 5,16% en 2012).

En Martinique et également en Guadeloupe le score de Le Pen a donc quasiment doublé partout et a considérablement augmenté dans l’ensemble des Outre-mer. C’est le résultat de bien des années de progression continue de l’extrême droite FN au point aujourd’hui de placer Le Pen aux portes du pouvoir.

Voilà déjà plusieurs années que la montée de l’extrême-droite est un véritable phénomène social. Aux Antilles le score du FN demeurait relativement faible jusqu’à sa progression lors de cette dernière élection. La cause principale de cette montée est à mettre au compte de la crise économique. Elle s’installe et s’aggrave. Elle jette des dizaines de milliers de gens dans la précarité : les petits contrats, le chômage, la difficulté à se loger décemment, la malbouffe. Différents gouvernements se succèdent, avec des étiquettes de droite, de gauche. Ils mènent tous la même politique d’austérité : indemnités de chômage de durée de plus en plus courte, soins mal remboursés, vie chère, salaires et retraites qui ne suivent pas. De déception en déception, beaucoup vont s’intéresser au vote FN qui dénonce les politiciens au pouvoir. Ceux qui souffrent de la crise se reconnaissent dans cette critique de la droite et de la gauche. Le FN chante également une musique en accord avec les préjugés d’une partie non négligeable de la population. À celui qui cherche un responsable de ses difficultés et de ses malheurs, le FN apporte une mauvaise et fausse réponse mais qui fait mouche : il affirme haut et fort que c’est l’immigré, l’ouvrier d’à côté : en France, l’Africain, le Maghrébin, quand le FN ne dit pas le musulman, le djihadiste, aux Antilles, c’est le Haïtien. Ces préjugés sont d’autant plus forts que la situation de millions de gens empire avec la crise.

Dans la progression du FN, les partis de gouvernement, de gauche, Parti socialiste et Parti communiste portent une lourde responsabilité. Au pouvoir ils ont fait une politique de droite. Ils ont imposé des politiques d’austérité aux travailleurs pour payer la crise et les dettes de la bourgeoisie et ses financiers. Le revenu des classes populaires a baissé régulièrement. Ces partis ont donc déçu les travailleurs qui pensaient qu’en les mettant au pouvoir ils changeraient quelque peu leur sort. Ils les ont désarmés moralement. Et le bouquet fut la politique de Hollande d’arroser de milliards le patronat avec à la clé non pas une diminution du chômage mais une forte augmentation. Alors beaucoup d’électeurs, dont de nombreux travailleurs, se sont tournés vers le Front national et Le Pen. Ce sont eux qui ont fleuri sur le terreau des difficultés sociales et capté la colère de bien des membres des classes populaires.

Le FN : un parti anti- ouvrier 
Mais ceux qui croient que c’est Le Pen et le FN qui changeront leur sort se trompent. Le Pen, dans sa campagne a fait des déclarations « émues » sur la misère que tous constatent. Mais jamais elle ne met en cause le patronat, celui qui licencie alors même qu’il fait des profits, celui qui réclame des subventions à l’État, qui touche des milliards, celui du MEDEF qui réclame de baisser le coût du travail et de supprimer les 35 heures pour les remplacer par 39 heures payées 37. Celui qui prévoit de faire de l’Outre-mer une « zone franche globale fiscale et sociale » en fait pour les plus riches. Marine Le Pen est pro-patrons. Il est significatif que l’objet qu’elle a choisi pour représenter sa candidature lors du dernier grand débat soit la clé d’une entreprise que lui a offerte un patron. Notons que dans le vocabulaire actuel de ses amis les patrons, « l’entreprise » c’est « le patronat ». Ainsi, Le Pen est contre l’augmentation du SMIC, au nom de la défense des « entreprises ». Elle n’a jamais parlé d’obliger le patronat à embaucher et encore moins de lui faire payer la crise créée dans leurs banques et à la Bourse. Elle est pour la suppression de la prime de vie chère aux Antilles, les 40%.

Beaucoup disent qu’on a jamais « essayé Madame Le Pen au pouvoir ». Le FN a déjà un bilan dans les municipalités qu’il dirige en France dans des régions souvent sinistrées à cause de fermetures d’usines : les élus FN prennent systématiquement des positions anti-ouvrières, votent du côté du patronat, retirent quand ils le peuvent des droits aux plus pauvres, français ou immigrés. On ne les voit jamais manifester en faveur de la justice sociale ou contre des patrons qui licencient. Le Pen elle-même ne s’est pas gênée pour contester le droit de grévistes à manifester leur colère, voire appeler à la répression ou pour critiquer la lutte syndicale, selon elle « une lutte de classe périmée ». Et le fait qu’elle est allée voir les travailleurs de Whirlpool en grève n’y change rien. C’était juste pour la pose, pour faire croire qu’elle est du côté des ouvriers. Sa nièce, députée du Front national, Marion maréchal Le Pen, déclarait il n’y a pas si longtemps : « le droit de grève équivaut à bafouer les droits des Français à se déplacer et à travailler ».

Du reste les Le Pen ne sont pas du monde des travailleurs et des pauvres. Marine Le Pen est elle-même une millionnaire qui vit dans une très belle demeure, dans une banlieue chic à SaintCloud. Son monde réel c’est celui des riches. Il faut aussi savoir que le Front National fourmille de racistes, de nostalgiques du nazisme, d’antisémites, de gens estimant que les non blancs sont inférieurs. Les quelques Noirs qui servent de larbins au FN doivent savoir qu’ils jouent le rôle de nègres de service. Ils sont utilisés, mais pas aimés. Les vexations avérées qu’ils subiront leur feront comprendre cela tôt ou tard, à moins qu’ils se complaisent dans leur rôle de larbins colorés au service des racistes, en créole cela se nomme «  neg a blan »

Enfin, la politique anti-migrants, politique raciste, génératrice de violences entre pauvres, est une politique antiouvrière. En détournant la colère des exploités vers la haine de ceux qu’elle appelle les « étrangers », Le Pen divise la classe ouvrière, elle l’affaiblit face à un patronat de plus en plus arrogant et offensif. Voter FN, pour un travailleur, un chômeur, un petit retraité, un petit commerçant, un petit agriculteur, tous victimes du grand patronat, c’est voter contre ses propres intérêts.


Martinique : Le rejet de Le Pen rend-il Macron plus acceptable ?

En Martinique, les positions prises par les politiciens locaux à la suite du premier tour des présidentielles se sont souvent résumées à un soutien à Macron.

Marie-Jeanne, dirigeant du MIM (Mouvement indépendantiste martiniquais) a appelé à « barrer la route » à Le Pen mais sans nulle mention du rôle de Macron, ex-ministre de l'économie de Valls-Hollande, coresponsable de mesures anti ouvrières, dont la loi-travail, dite loi El Khomri.

Pour le PCM (Parti Communiste Martiniquais), Michel Branchi a accordé une interview à France-Antilles, sous le titre : « Voter blanc ou Macron, mais barrer la route à Le Pen ! ». Mais dans sa conclusion il déclare : « Nous ne confondons pas un parti à caractère néofasciste et un grand bourgeois qui est l'instrument de la haute finance ».

Marie-Thérèse Léotin, dirigeante de la fraction du CNCP (Conseil national des comités populaires) qui soutient Marie-Jeanne, a commenté ainsi les progrès électoraux du FN en Martinique : « ...dans le Nord-Atlantique, il y a près de 25% d'adultes en situation d'illettrisme. Ils tombent facilement dans les pièges des discours du Front national... ». Ainsi, pour cette professeure agrégée, une explication du vote FN serait le manque de culture ! Pas le désarroi de couches populaires devant les coups qu'elles reçoivent dans une société défendue par les politiciens de tous bords. Les « patriotes » martiniquais, nationalistes, tout en trouvant confortables les sièges qui leur sont octroyés dans les institutions de l'État français, n'ont à la bouche que « le pays », « notre terre » et le « peuple martiniquais », exploités et exploiteurs confondus. Ils sont eux aussi bien responsables du fait que certains traduisent cela en rejet des étrangers, Saint-Luciens, Haïtiens, Dominiquais, etc. Du côté du PPM et du PS son allié aucun état d'âme, ils ont été derrière le candidat Macron comme ils étaient derrière le ministre Macron dans ses attaques anti-ouvrières.

Tous ces politiciens apparaissent comme des piliers de la société d'exploitation. Ce n'est certainement pas eux qui peuvent faire barrage à l'influence du Front national dans les classes populaires.


Espagne : Il y a 80 ans, la ville de Guernica, victime de la barbarie impérialiste

Deux ans avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale, le 26 avril 1937, pour la première fois, un État impérialiste a utilisé cette pratique de guerre : bombarder toute une ville, massacrant ainsi une population. Il y a eu plus de 1 800 morts dans une ville de 7 000 habitants.  

Ce massacre a eu lieu durant la guerre civile espagnole qui a commencé le 18 juillet 1936. Peu avant, en février 1936, les élections avaient porté au pouvoir un gouvernement dirigé par un républicain. Il était soutenu par les socialistes, les communistes et par la CNT (Confédération Nationale du Travail) anarchiste. Cette victoire des républicains renforça la lutte des ouvriers espagnols contre les possédants. Partout, les grèves se multipliaient et la prise de conscience révolutionnaire des travailleurs augmentait. Mais le gouvernement républicain était très hostile à cette poussée révolutionnaire ouvrière. Il ne voulait pas s’attaquer aux classes possédantes. Il ne voulait pas toucher à l’État bourgeois, à sa police, à sa justice et à son armée. L’armée était dirigée par Franco, un général très réactionnaire. En juillet 1936, les troupes stationnées au nord du Maroc, sous domination espagnole, se rebellèrent. Franco prit alors la tête de la rébellion militaire, soutenue par les religieux catholiques et les monarchistes. Ils reçurent un appui déterminant de la part des régimes fasciste de Mussolini et Nazi de Hitler.

Durant la guerre civile qui s’en suivit, les travailleurs en lutte menèrent un combat héroïque pour la révolution. Mais abandonnés par le gouvernement républicain, ils furent vaincus. Cela va déboucher sur une dictature franquiste qui va durer de 1939 à 1975.

La ville de Guernica fait partie du pays basque. Elle formait le front nord à l’époque. Cette zone était un bastion anti-franquiste. Franco, soutenu par Mussolini et Hitler, voulait mettre fin à la révolution ouvrière. Hitler vit, en plus, une occasion pour tester ses nouvelles armes de guerre. C’est ainsi, que le 26 avril, l’Allemagne nazie envoya des avions de la légion Condor lâcher 50 tonnes de bombes incendiaires sur Guernica.

Ce nouveau type de bombardement avait pour objectif de terroriser la population. Devant, cette atrocité, les gouvernements impérialistes américain, français et britannique ont laissé faire car ils craignaient une contagion révolutionnaire et souhaitaient une victoire de la bourgeoisie.

Ce massacre à Guernica a soulevé l’indignation partout dans le monde. Le célèbre peintre espagnol, Pablo Picasso, horrifié par cette cruauté, s’en est inspiré pour peindre un tableau célèbre : « Guernica ».

Le bombardement de Guernica, est un exemple de la barbarie du système capitaliste. Il montre que les grandes puissances impérialistes sont capables des pires atrocités pour sauvegarder les intérêts de la bourgeoisie.


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