Site

CO de 2017/CO n° 1176 du 22 avril 2017/Quatrième page

Quatrième page

Martinique: Décès de Man Toï

Raymonde Cabrimol, (Man Toï) est décédée le 31 mars 2017, à l'âge de 82 ans. Ouvrière agricole, elle avait participé à la grève des travailleurs de la banane, en février 1974, dans le Nord de la Martinique. Avec des dizaines d'autres grévistes, elle avait été la cible des balles tirées par les gendarmes, à Chalvet, près de Basse-Pointe, le 14 février 1974.

Les forces de répression, aux ordres des planteurs békés, voulaient briser la grève. Il y avait eu ce jour-là un ouvrier tué : Ilmany Renor, et cinq blessés graves. Le surlendemain, 16 février, le corps torturé d’un autre ouvrier, Georges Marie-Louise, est retrouvé abandonné sur une plage non loin de là.

Man Toï gardait vivants ces événements dans sa mémoire. À l'occasion, et encore plus de 40 ans après, elle les évoquait d'une voix vibrante et accusatrice. À ses obsèques, des militants syndicaux étaient présents, de l'UGTM et de la CGTM, ces derniers avec banderole et drapeaux. C'est en effet à une ouvrière combattante qu'il était rendu hommage.


Dettes du SICSM : Un nouveau scandale en vue ?

La presse a révélé le 12 avril que le SICSM (Syndicat intercommunal du Centre et du Sud de la Martinique) a laissé une ardoise de plus de 50 millions.

Le SICSM est un organisme public qui avait pour mission d’assurer la gestion du service public d'eau potable et d'assainissement collectif et non collectif. Il était en charge de 12 communes du Sud (Anses-d'Arlet, Diamant, Ducos, François, Marin, Rivière-Pilote, Rivière-Salée, Saint-Esprit, Sainte-Anne, Sainte-Luce, Trois-Ilets et Vauclin) et deux communes du Nord (Trinité, Robert). Depuis le 1er janvier 2017, l'« Eau et Assainissement » de ces communes est du ressort de deux communautés d'agglomération : Espace-Sud et Cap-Nord. Le SICSM a été dissout et les deux communautés d'agglomération ont récupéré les actifs... et surtout le passif. Et là, le pot aux roses a été mis à jour, si bien que le compte administratif a été rejeté par les élus. Jusqu’à sa dissolution, le SICSM était présidé par Gilbert Eustache, le maire du Diamant.

La Chambre Régionale des Comptes, juridiction chargée de contrôler les comptes des collectivités publiques, avait d'ailleurs déjà tiré la sonnette d’alarme. Les frais de missions avaient connu une augmentation significative et des indemnités auraient été perçues illégalement par certains élus. Il est aussi fait mention de contrats qui auraient été passés sans respecter les règles légales. Pour l’instant, la justice ne s’est pas manifestée, mais elle pourrait s’intéresser aux faits révélés.

En attendant, les faits montrent que ceux qui se battent pour être aux commandes de ces organismes le sont hors de tout contrôle de la population. Et c’est cette dernière qui sera appelée demain à payer pour les erreurs, ou malversations, commises par ces dirigeants qui prêchent quotidiennement la rigueur aux administrés, mais ne se l'appliquent pas à eux-mêmes. Donc, sur ce nouveau dossier du SICSM, les administrés devront être vigilants.


International Syrie, Afghanistan et Corée du Nord : L’impérialisme et ses élèves en barbarie

 La folie guerrière de l’impérialisme engendre toujours davantage d’actes de barbarie dans le monde. Le 4 avril, les habitants de Khan Sheikhoun en Syrie ont subi une attaque chimique au gaz.

Les États-Unis ont accusé le régime de Bachar El-Assad de l’attaque et ont bombardé une base aérienne de la région. Le 8 avril, un porte-avions américain et son escadre ont pris position aux abords de la Corée du Nord, en réponse aux essais de missiles et manœuvres militaires de Kim-Jon-Un. Le 13 avril en Afghanistan, les États-Unis ont largué la plus puissante bombe non-nucléaire qu’ils aient jamais employée, appelé « la mère des toutes les bombes ».

L’objectif avancé était la lutte contre une base de Daech et le terrorisme. Aujourd’hui, Trump et l’impérialisme américain prétendent venir en aide à la population de Syrie ou d’Afghanistan. Ils prétendent aussi protéger le monde des potentielles attaques ou des missiles nord-coréens. L’impérialisme se prétend vertueux et soucieux du sort des populations. C’est une vaste hypocrisie. Bien souvent, les régimes barbares, comme en Syrie ou en Afghanistan, ont été directement mis en place par de grandes puissances capitalistes dans le but de piller leurs richesses. Les bombardements, les tortures, les massacres qu’elles ont employés pour y parvenir durant des années sont à la mesure du terrorisme actuel.

Tant que leurs intérêts économiques n’étaient pas en jeu, ces puissances se moquaient bien que leurs élèves barbares comme El Assad massacrent des populations. Pour rappel, les États-Unis ont soutenu des milices islamistes financées par leurs alliés, comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar. Puis, en 2014, quand la guerre contre Daech est devenue la priorité, ils ont appuyé Assad : « Plutôt Bachar que Daech », disaient-ils. Alors en matière de barbarie, l’impérialisme est un bon professeur. Face à la Corée du Nord, avec ses manœuvres l’impérialisme américain se dresse comme maitre du monde. Ainsi, il affirme par la force à ses rejetons barbares qu’il est le seul chef. Les bombardements, les massacres ou les manœuvres militaires n’installeront pas la paix dans ces régions, mais alimenteront davantage la guerre et la barbarie.


Argentine : Une journée de grève générale très suivie

Le 6 avril dernier, le travail s’est arrêté en Argentine. Le gouvernement avait multiplié les mano uvres d’intimidation pour empêcher la mobilisation. Humilié, il refuse aujourd’hui de donner les pourcentages de grévistes.

L’aspect le plus remarquable de cette grève générale, c’est qu’elle a été imposée par une minorité combative de travailleurs organisés, contre la volonté de bureaucrates syndicaux acquis au « dialogue social ». L’Argentine a été frappée par la crise économique tardivement, en 2015. Mais depuis plus d’un an, les conditions de vie des couches populaires s’aggravent : un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté et les prix ont augmenté de 40 %. Les plans d’austérité drastiques imposés par le gouvernement de droite de Mauricio Macri, élu en novembre 2015, ont alimenté le mécontentement de sorte que les syndicats ont régulièrement appelé à des manifestations « de protestation ».

Mais la bureaucratie syndicale argentine est, pour l’essentiel, liée au péronisme  – l’appareil politique construit dans les années 1970 par le dictateur démagogue Juan Peron et sa femme Evita. Le péronisme professe un discours souverainiste teinté d’anti-impérialisme pour séduire les couches populaires et mieux contrôler les travailleurs… tout en gouvernant dans l’intérêt des grandes fortunes argentines. D’ailleurs, pendant qu’ils étaient au pouvoir de 2003 à 2015, les époux Kirchner, héritiers modernes du péronisme, ont abondamment utilisé les dirigeants syndicaux corrompus pour frapper durement les travailleurs jugés trop combatifs. C’est pourquoi les dirigeants de la CGT argentine qualifiaient ouvertement ces manifestations de « soupapes de sécurité », car ils étaient bien décidés à capitaliser le mécontentement en vue d’aider le retour au pouvoir de leurs amis « Kirchnéristes » et à ne surtout pas appeler les travailleurs à la lutte directe contre le patronat. Néanmoins, un certain regain des luttes a permis depuis quelques années à une coalition d’organisations dont certaines se réclament du trotskysme
– le « Front de gauche des travailleurs »
– de remporter des succès électoraux d’abord dans les élections professionnelles, puis au niveau politique. Ils se sont servis de cette tribune pour populariser l’idée d’une grève générale. Le 7 mars dernier, une grande manifestation à l’appel des syndicats a rassemblé 400 000 personnes. Des dizaines de milliers de manifestants ont refusé de se disperser avant qu’un nouvel appel à la lutte ne soit donné, ce qui a entraîné de violents affrontements avec la police. La direction de la CGT a alors dû appeler à la grève générale pour… le 6 avril. Pendant un mois, le gouvernement Macri a mobilisé la petite bourgeoisie des villes contre la grève, y compris via une campagne intensive sur les réseaux sociaux qui a eu un succès certain. Mais lorsque les travailleurs – ceux qui réellement font tourner l’économie – ont cessé le travail, notamment dans les transports, ces gesticulations ont été de peu de poids. Malheureusement, l’appel à la reprise du travail par la direction des syndicats après seulement une journée de grève a été également suivi.

Les travailleurs organisés les plus combattifs, soutenus par des forces politiques d’extrême-gauche ont donc été capables de forcer la main à la direction corrompue du mouvement ouvrier. Mais le bras de fer nécessaire pour que les travailleurs se dotent d’une direction qui défende réellement leurs intérêts est loin d’être terminé.


Haïti : Augmenter les salaires, vital pour la classe ouvrière

Il y a une flambée des prix des produits de première nécessité avec la gourde qui s’effondre : 1 dollar vaut 70 gourdes. Le salaire minimum journalier de 350 gourdes ne vaut plus que 5 dollars.

Les ouvriers n’arrivent plus à se payer le minimum nécessaire car le salaire ne suit pas la hausse des prix, c’est le cas pour les ouvriers du textile. Les camarades de l’OTR (organisation des travailleurs révolutionnaires) sont aux côtés des travailleurs qui mènent la bataille pour améliorer leurs conditions et qui demandent « un salaire minimum de 10 dollars par jour ».

Ils s’expliquent dans un tract diffusé à la porte des entreprises : « Les patrons font leurs transactions en dollars, touchent leurs bénéfices en dollars, ils doivent nous payer en dollars et pas en gourdes ». Ils appellent à se mobiliser le 1er mai pour faire entendre leurs revendications : « Nous demandons 10 dollars ou alors l’équivalent en gourdes au taux du jour ».

Deux organisations syndicales de l’industrie du textile, « Batay Ouvriyè » et « Platfòm sendikal izin tekstil », font écho à cette revendication réclamant du gouvernement une augmentation du salaire minimum à 800 gourdes par jour. En 2015 les ouvriers se sont déjà battus pour avoir une augmentation du salaire minimum à 500 gourdes ce qui correspondait à 10 dollars à l’époque. Aujourd’hui pour avoir ces mêmes 10 dollars il faut être payé 700 gourdes.

On ne peut que soutenir cette demande : en demandant d’être payé en dollars ou en gourdes au taux du jour, les travailleurs demandent que les salaires soient ajustés à la hausse des prix, à la hausse du coût de la vie.

Tous les gouvernements qui se sont succédé ont toujours défendu les intérêts de la classe possédante et le patronat méprisant envers les travailleurs n’a modifié le salaire minimum que sous la contrainte.

Les travailleurs devront certainement reprendre le chemin des luttes pour pouvoir imposer des augmentations de salaires effectives. Ce premier mai sera une des étapes de leur mobilisation.  


Bookmark and Share