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CO de 2017/CO n° 1176 du 22 avril 2017/Troisième page

Troisième page

La force de l’unité

Il y a 160 ouvriers agricoles à la SA Bois-Debout. Mais seulement 63 d’entre eux avaient déposé un dossier aux Prud’hom-mes en juin 2015. Ces 63 travailleurs qui avaient obtenu gain de cause ne se sont pas contentés de se battre pour leur propre poche. Ils ont décidé d’exiger que la direction rembourse aussi les ouvriers qui n’avaient pas déposé de dossier. Les grévistes ont organisé un recensement.

Les sommes volées aux autres ouvriers ont pu être évaluées. Les travailleurs en contrat à durée déterminée et ceux qui avaient quitté la plantation ont eux aussi pu joindre leur demande de remboursement. Face à cette unité, la direction pouvait difficilement monter les uns contre les autres et briser la grève. Même des chefs d’équipe ont eux aussi décidé de suivre le mouvement pour réclamer leur dû. La grève était totale ! Au final, la direction devra indemniser 152 salariés au lieu des 63 premiers.


Chalus porte-parole des békés

Au quatrième jour de grève, le vendredi 6 avril, le président de la Région Guadeloupe, Ary Chalus, s’est rendu sur le piquet de grève. Devant tous les travailleurs rassemblés, il a répété les pleurnicheries de la direction de la SA Bois-Debout, qui prétendait n’avoir pas d’argent pour payer. La veille, le directeur Alquier avait annoncé à la télé qu’il faudrait liquider l’entreprise. Chalus a repris ce chantage. Selon lui, il fallait que les travailleurs fassent des concessions « pour préserver l’emploi ». Il a proposé un paiement étalé en plusieurs fois, les grévistes ont refusé.


Les grévistes s’invitent à la Région

Le jeudi 13 avril, 80 ouvriers se sont rendus au Conseil régional où avait lieu une séance plénière. Face à leur détermination, Chalus les a laissé entrer dans l’hémicycle devant de nombreux élus qui semblaient choqués et outrés. Ces messieurs et dames ne peuvent concevoir que des travailleurs puissent franchir les portes de « leur palais ».

Jean-Marie Nomertin, secrétaire général de la CGTG, et le délégué syndical de la SA Bois-Debout Albert Cocoyer ont pu s’exprimer à la tribune pour dénoncer les conditions de travail dans la banane et exiger qu’aucune subvention régionale ne soit versée à la SA Bois-Debout. Les grévistes étaient fiers de s’être imposés dans cette réunion et d’avoir obligé tous ces notables à entendre la voix des travailleurs.


Signature historique sur le barrage !

Le 13 avril 2017, les travailleurs ont contraint la direction à venir sur le barrage pour signer l’accord. C’est du jamais vu ! Le petit-fils Dormoy, dont le grand-père disait que « jamais il ne discuterait avec des nègres », a dû obéir aux ouvriers et venir signer sur le barrage.

Le barrage avait été levé pendant deux jours. Les négociations avaient commencé depuis 10h30 à la préfecture. La direction de Bois-Debout a fait traîner, mais à 18h il y avait enfin un accord : paiement le 18 avril des 63 ouvriers qui ont gagné au tribunal, et versement d’un acompte le 30 juin pour les 89 autres travailleurs, qui n’ont pas encore porté plainte mais qui seront eux aussi remboursés intégralement par la SA Bois-Debout.

Au dernier moment, la direction a refusé de signer, probablement sous la pression des gros békés planteurs de Martinique. Les ouvriers en colère sont retournés à Capesterre Belle-Eau et ils ont remonté le barrage. À 20h45, le patron Alquier et le petit-fils Dormoy ont dû céder, et se déplacer sur le barrage pour signer l’accord.  

Bois-Debout : un exemple à suivre Extrait de l’Écho Pawol a travayè banann Les Tino Dambas, Lignières, Buttel, Delacaze, Mirre, Poumaroux et autres planteurs « pwofitè » doivent certainement suivre avec angoisse la lutte des camarades de la SA Bois-Debout. Car qu’ils le veuillent ou pas, les camarades qu’ils volent en n’appliquant pas la mensualisation vont aussi réclamer ce qui leur revient de droit. Et cela ne tardera certainement pas.


Guyana, Guyane, Surinam : la colère !

Guyana : manifestation des ouvriers agricoles

Suite au refus dédaigneux du gouvernement d'accorder trois milliards d’euros pour améliorer les services publics et la situation de certaines catégories socio-professionnelles, les travailleurs et les collectifs de Guyane poursuivent la grève générale.

Après avoir ouvert les barrages routiers pendant les fêtes de Pâques, ils ont décidé de refermer les barrages avec encore plus de détermination jusqu’à ce qu’un accord satisfaisant intervienne avec le gouvernement français. Leur mouvement a commencé il y a plus d’un mois avec la grève des travailleurs de la société Endel et de l’EDF sur le site de Kourou, base de la fusée Ariane. Après la visite du ministre de l’intérieur et de la ministre des Outre-mer, le gouvernement avait promis de débloquer un milliard d’euros. Mais les différents collectifs chiffrent maintenant les besoins totaux de l'urgence à plus de trois milliards. Le gouvernement les a méprisés en déclarant leur demande «irréaliste». Aujourd’hui, la détermination de la population ne faiblit pas et de nombreux manifestants restent mobilisés, malgré les tentatives des grands patrons du MEDEF Guyane, qui, estimant avoir obtenu satisfaction, appellent à la reprise du travail.

Effectivement, le gouvernement a accordé au grand patronat la «zone franche sociale et fiscale» qu’ils demandaient pour mieux s’enrichir et exploiter leurs salariés.

Plus que jamais les travailleurs, les chômeurs, les plus pauvres doivent se manifester et mettre en avant leurs propres revendications face à l’État mais aussi face aux patrons et aux couches privilégiées de Guyane qui veulent forcer les pauvres à abandonner leurs intérêts dans ce mouvement.  

Marches anti-grève Deux manifestations, l’une à Kourou et l’autre à Cayenne ont rassemblé environ 150 personnes. Ce sont surtout des petits patrons blancs pour la plupart qui déclarent qu’ils veulent la fin des barrages. Ils se font appeler : «collectif Pou Lagwiyann siwkilé» en réponse au «Kolektif pou la Gwiyann dékolé» qui dirige le mouvement. Au final, ils ont déposé une main courante au commissariat pour entrave à la liberté de circulation. C’est cette minorité de personnes privilégiées qui veut exercer une pression sur la population mobilisée.


Surinam : grèves et manifestations

Les populations mais aussi les idées traversent les frontières. Les grèves et manifestations au Surinam (Guyane ex-hollandaise) début avril font écho au mouvement de colère dans la Guyane voisine.

À trois reprises jusqu’à 10 000 manifestants sont descendus dans la rue à Paramaribo la capitale. Le mouvement a commencé le 3 avril avec les syndicats qui exigent que le Président Desi Bouterse change de politique. Par la suite les manifestants ont appelé à la démission du président, même si les syndicats rejettent cette revendication. Le Surinam traverse une crise économique grave liée à la politique des brigands à l’échelle internationale: le prix de l’or exporté a baissé, la société américaine Alcoa vient d’annoncer la fermeture de son usine de production d’aluminium qui était à l’arrêt depuis 2015; cela avec l’accord du gouvernement surinamien. Face à ces baisses de revenus sur les principales ressources du pays, le gouvernement et les possédants locaux font payer la crise à la population, aux travailleurs, aux plus pauvres. Fin 2015 Desi Bouterse a décrété une dévaluation du dollar surinamien. Les prix ont augmenté de 50 à 100 % mais pas les salaires. Le chômage, la misère sont à l’origine de l’émigration de nombreux Surinamiens, de l’orpaillage clandestin, de la délinquance tant critiquée. Les Surinamiens avaient déjà fait trois semaines de manifestations en mai-juin 2016 pour protester contre les mesures d’austérité adoptées par l’État, en accord avec les consignes du FMI (Fonds monétaire international). Parmi elles, la suppression des subventions sur le prix de l’électricité avait entrainé de fortes augmentations du prix de l’énergie. Les syndicats et l’opposition politique semblent diriger ces manifestations populaires. Le ministre de l’éducation a menacé les enseignants en grève. Le gouvernement tente de justifier sa politique. Aux travailleurs de tenir bon pour la défense de leurs intérêts.


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