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CO de 2017/CO n° 1175 du 8 avril 2017/Deuxième page

Deuxième page

Martinique : Les transporteurs de marchandises en colère

À partir du lundi 3 avril les entrepreneurs, transporteurs de marchandises, ont repris leur mobilisation pour obtenir des négociations avec la CTM. Ils ont disposé des camions et engins lourds à l’entrée de la Pointe des Grives, près du port et à l’entrée de la SARA (raffinerie). Ils se disent déterminés et prêts à monter en pression.

Après la hausse des taxes incluses dans le prix des carburants en janvier dernier, ils avaient été les premiers à réagir.

Ils s’étaient fait entendre le 15 février dernier et avaient envahi les abords de la Collectivité Territoriale de Martinique, mais les négociations avec le président de la CTM avaient tourné court. Leurs revendications sont inchangées. Ils réclament la détaxe des carburants pour tous les véhicules d’une même entreprise au lieu que cette détaxe ne soit accordée que sur le carburant d’un seul véhicule. Ils veulent aussi la création de lots-transports dans les marchés publics lancés par la CTM pour pouvoir répondre directement et à un meilleur prix, et non en tant que sous-traitant d’une entreprise de construction. Ils réclament enfin une aide de fin d’activité pour six d’entre eux qui n’ont pas pu cotiser aux caisses de retraite.

Pour l’heure, Alfred Marie-Jeanne, le président de la CTM, a répondu à ces revendications par la négative, faisant valoir que la CTM n’a pas les moyens et surtout qu’elle n’est pas tenue par les discussions initiées par ses prédécesseurs à la Région. Pour sa part, Michel Branchi, président PCM (Parti Communiste Martiniquais) de la commission finances de l’Assemblée, a choisi de botter en touche, conseillant aux transporteurs de « faire comme les Guyanais et s’adresser à l’État ». Est-ce à dire que pour se faire entendre, les petits patrons transporteurs, qui sont obligés d’utiliser les carburants au quotidien, pour se rendre à leur travail et pour leurs déplacements privés, n’ont que la mobilisation massive ? C’est surement vrai !


Guadeloupe : Plantation Bois-Debout : nouvelle victoire des ouvriers !

Le 31 mars, le tribunal des Prudhommes de Basse-Terre a condamné le patron de la plantation à payer des rappels de salaires sur les cinq dernières années à 63 salariés.

Ces rappels de salaires correspondent au Smic mensuel, à la prime de 13ème mois et à la prime des 200 € de l’accord Bino que le patron refusait d’appliquer. En moyenne, l’entreprise devra verser 15 000 € à chaque ouvrier.

Les ouvriers ont fait grève le 4 avril pour exiger que le patron exécute la décision de justice en leur versant leur dû et pour qu’il applique les NAO. Ils ont raison de montrer leur détermination. C’est cette combativité des ouvriers de Bois-Debout qui leur permet de gagner des batailles face aux gros planteurs békés arrogants. En octobre 2014, les ouvriers s’étaient mobilisés pendant un mois et demi pour dénoncer leurs conditions de travail inhumaines. Dans la foulée, en janvier 2015, l’historique propriétaire de la plantation, Louis Dormoy, avait été condamné pour la mort d’un travailleur. D’ailleurs Dormoy et sa famille ont dû quitter la direction de la plantation. En octobre 2016, le nouveau patron David Alquier avait été condamné à payer des indemnités aux ouvriers agricoles qui s’étaient mis en droit de retrait en 2014 suite à de nombreux accidents de travail.

Les ouvriers de Bois-Debout se mobilisent depuis plusieurs années soutenus par la CGTG-Banane. Ils ont fait plier une des plus grandes familles béké de la Banane. Par leur lutte, ils ont obtenu que la justice leur donne raison. Souhaitons que leur combat inspire les travailleurs des autres plantations !


SIAEAG : solidarité contre une direction scélérate

Le 4 avril, une trentaine de travailleurs du secteur de l’eau et des autres secteurs se sont rassemblés devant le SIAEAG (Syndicat intercommunal d'alimentation en eau et d'assainissement de la Guadeloupe), pour exiger la réintégration d’un ouvrier licencié sans motif. Le 6 janvier, durant son service, il avait été agressé à coups de coutelas. Il s’était réfugié dans son véhicule de service pour se protéger. Le comble c’est que la direction lui reproche d’avoir causé des dommages au véhicule en tentant de s’enfuir. C’est le monde à l’envers ! Au lieu de soutenir ce travailleur victime d’une agression, la direction tente de le licencier ! Depuis le 1er mars, il est sous le coup d’une mise à pied et donc privé de salaire. Une affaire en eau trouble ? Le travailleur sanctionné est chargé de mener des enquêtes sur les branchements clandestins sur le réseau d’eau. Son agresseur est un ancien salarié de la Générale des Eaux qui a été licencié pour avoir effectué une série de branchements clandestins, moyennant 1000 € par branchement. Cet agresseur est bien connu de la direction, il avait déjà menacé de mort le travailleur enquêteur. La direction du SIAEAG reprocherait-elle au travailleur agressé d’avoir trop bien fait son travail ? Entretiendrait-elle des liens avec l’agresseur qui cherche à se venger ? Face à cette direction scélérate, les travailleurs de l’eau, soutenus par la CGTG, ont raison de poursuivre la mobilisation pour exiger la réintégration de leur camarade.


Vive la lutte des travailleurs de Guyane !

Lundi 3 avril, de Paris, le Premier ministre Cazeneuve a rejeté catégoriquement et de manière méprisante, comme « irréalistes », les exigences du collectif des Guyanais mobilisés dans tout le pays.

La réponse des collectifs fut immédiate : renforcement des barrages, et mobilisation tous azimuts. Mardi, une marche près de la base spatiale de Kourou et un immense pique-nique populaire sont prévus. Les collectifs appellent à ne rien céder et à amplifier la mobilisation.

Depuis quinze jours, la mobilisation populaire en Guyane ne faiblit pas. Elle a démarré par les grèves de travailleurs de la société Endel et de l’EDF sur le site de Kourou, et un barrage routier au rond point Carapa. Les responsables de la base spatiale de Kourou ont dû ajourner le lancement de la fusée Ariane. Puis la mobilisation s’est étendue comme une trainée de poudre dans tout le pays. De multiples collectifs se sont constitués parmi les sociaux professionnels, les transporteurs et le patronat, MEDEF compris. Mais d’autres collectifs de villes, de villages, de quartiers, se sont multipliés : collectif des Toucans, collectif des Iguanes, collectif lycéen des « Lumineux ». Collectifs des notables aussi : les maires etc. Ces collectifs se sont regroupés en un collectif central : « Kolektif pou la Gwiyan dekolé » (collectif pour le décollage de la Guyane). Les collectifs bloquent le pays par des barrages routiers aux ronds points et dans les villes. Le rectorat a fermé les écoles. Le pays est paralysé. Le 27 mars, l’UTG (l’Union des Travailleurs Guyanais) a appelé à la grève générale qui depuis ce jour est effective. Le gouvernement a d’abord envoyé une délégation interministérielle de hauts fonctionnaires. Mais l’exigence des collectifs étaient la présence de plusieurs ministres. Finalement, le ministre de l’intérieur, Matthias Fekl et la ministre de l’outre-mer, Ericka Bareigts, sont venus pour négocier. Ils ont opté pour une enveloppe de 1,08 milliards d’euros, dans l’urgence, mais même dans l’urgence, cette somme est largement insuffisante.

Les collectifs de Guyane réclamaient 2,5 milliards. Les collectifs ont refusé de signer cet accord. La ministre de l’outre-mer est alors rentrée à Paris, devancée la veille par son collègue de l’intérieur. Après la réponse méprisante de Cazeneuve, les collectifs ont même chiffré à nouveau leurs exigences de crédits encore à la hausse : 2,112 milliards d’euros supplémentaires ce qui fait au total : 3,19 milliards d’euros.

Les raisons de la colère

Elles sont multiples et réelles. La population guyanaise proteste contre l’insécurité et la criminalité grandissantes, le chômage de masse, le manque de routes, le manque d’écoles, le manque de collèges en nombre suffisant, une décomposition avancée des services publics de santé, de justice. Les populations amérindiennes et bushininguées (des-cendants des esclaves marrons) vivant dans la forêt n'ont pas accès aux besoins modernes élémentaires. Le lancement de satellites sur la base de Kourou rapporte des milliards aux grandes sociétés capitalistes et pas loin de là certaines populations vivent sans eau et électricité. Le sentiment général qui se dégage dans la population est un sentiment de mépris de la part des gouvernements français. La colère longtemps contenue explose donc aujourd'hui. La promesse faite par Hollande d'accorder 4 milliards à la Guyane dans un « pacte d'avenir » n'a pas été tenue, renforçant le sentiment dans la population guyanaise d'être des laissés pour compte.

Le collectif des 500 frères contre la délinquance

Les « 500 frères contre la délinquance », ce collectif d’hommes en noir, encagoulés, que l’on voit un peu partout, était à l’origine, il y a un peu plus d’un mois, un groupe constitué pour réagir à l’insécurité, aux cambriolages, aux meurtres et assassinats qui sont légion en Guyane. Dirigé par un policier en disponibilité, ce groupe avait au départ mis en cause les immigrés. Se défendant d’être une milice, ils en ont toutefois bien des caractéristiques. Aujourd’hui, avec l’implication de la population immigrée dans le mouvement et sur les barrages – Surinamiens, Brésiliens, Haïtiens – les 500 frères contre la délinquance ont dû remiser leurs déclarations anti-immigrés. Il y aurait même aujourd’hui des immigrés dans leurs rangs. Même s’ils sont applaudis par la population dans les meetings des ronds-points, même si leur stature, leurs cagoules noires, l’apparence de détermination qu’ils expriment tant par leur accoutrement que dans leurs propos, leur donnent une image de groupe radical, prêt à tout, aux yeux de la jeunesse et de la population, ces 500 frères ne proposent pas de solution. Du reste, ils ne sont pas l’émanation directe de la mobilisation populaire, mais un groupe à part, constitué avant le mouvement populaire et aussi proche de la police. C’est à la population elle-même de s’organiser et de freiner les prétentions éventuelles des 500 frères à contrôler le mouvement populaire, et aux 500 frères d’apporter une aide à la population mobilisée tout en se plaçant sous son contrôle.

Les intérêts de classe des travailleurs de Guyane

Bien que les travailleurs et les pauvres soient la colonne vertébrale de la grève générale, bien que ce soient eux qui ont démarré le mouvement, bien qu’ils ont répondu massivement à l’appel à la grève générale de l’UTG et de ses 37 syndicats fédérés, la tête du mouvement est ailleurs pour l’instant, avec plusieurs pôles d’influence plus ou moins en compétition, entre les notables locaux, les 500 frères, voire des collectifs de petits patrons. Il est frappant de constater que le cahier de revendications publié lundi 27 mars par les collectifs et signé du « Kolèktif pou la Gwiyan Dékolé » (Collectif pour le décollage de la Guyane), le plus important, comporte une série de revendications concernant les agriculteurs, les Amérindiens, les enseignants, les transporteurs et bien d’autres, mais aucune ne concerne les travailleurs des entreprises. Ce cahier ne comporte pour l’instant aucune revendication ouvrière. Aucune augmentation de salaire, aucune revendication d’amélioration des conditions de travail n’y figure. Plus généralement, on ne voit pas non plus de revendications spécifiques pour les pauvres des quartiers défavorisés et pour les chômeurs.

Dans la manifestation du 28 mars, on a vu des banderoles réclamant de l’embauche. C’est peut-être un timide début d’expression des revendications ouvrières. Certes, beaucoup de revendications concernent aussi, indirectement, les travailleurs, mais aucune ne leur est propre. Ce sont celles des collectifs : la construction de cinq lycées, de dix collèges, 500 classes primaires, la construction de routes, l’amélioration du réseau électrique, des crédits pour la santé et tout ce qui concerne l’amélioration de la vie générale de la population. Cependant, si les revendications propres des travailleurs n’ont pas été prises en compte, celles du Medef local, elles, l’ont été. Le cahier de revendications des collectifs stipule bien la création d’une zone franche sociale et fiscale sur dix ans conforme à ses vœux, ou encore la mise en place du Small Business Act pour améliorer la compétitivité des petites et moyennes entreprises. On a vu le représentant du Medef local, Stéphane Lambert, sur le principal barrage, faire des déclarations de soutien au mouvement général et parler d’allègement du coût du travail. Cela veut dire baisse des cotisations patronales, gel des salaires, pas d’embauches autres que sur des subventions publiques, etc.

Le représentant du Medef de Guadeloupe, Bruno Blandin, a fait immédiatement écho aux propos de son homologue de Guyane, mercredi 29 mars. Le patronat du Medef Martinique aussi. Ils ont soutenu le mouvement populaire de Guyane. Tout cela pour mettre en avant les revendications patronales d’aide aux entreprises, en réclamant encore plus d’allégements de toute sorte pour le patronat antillo-guyanais qui serait discriminé par rapport au patronat de l’Hexagone.

Le patronat du Medef des Antilles-Guyane, regroupant en grande partie le lobby patronal, blanc et béké (les descendants des grandes familles esclavagistes), joue aussi sur la fibre régionaliste pour mieux profiter du mouvement et mettre en avant ses revendications. Parmi ceux qui font entendre leur camp, les patrons du Medef ont donc pour l’instant une longueur d’avance sur les travailleurs dans le cadre de ce mouvement. Aux travailleurs de faire entendre le leur ! La lutte générale en Guyane ne fait peut-être que commencer. Les travailleurs ont encore le temps de s’organiser en une force particulière, et de se manifester pour faire valoir leurs propres intérêts. Ce serait le début d’une prise de conscience de classe, indispensable pour leurs combats de l’heure et ceux de demain. La mobilisation populaire d’aujourd’hui peut en donner l’occasion aux travailleurs de Guyane.


Les excuses de la ministre de l'outre-mer au peuple guyanais

Ericka Bareigts avait pris de haut, depuis Paris, les exigences de la population de Guyane en révolte. Elle avait laissé entendre qu'elle ne viendrait pas et ne négocierait pas sous la pression, qu'il fallait attendre, etc. Le tout dit sur un ton détaché et assez méprisant. Mais contrainte de venir en Guyane sous la pression des événements, elle fut aussi contrainte de présenter ses excuses au peuple guyanais depuis le balcon de la préfecture pour débloquer la situation et envisager un début de négociation avec les manifestants.

Les dirigeants politiques de la bourgeoisie et des classes supérieures sont tellement persuadés de leur puissance que ce n'est que lorsqu'ils sont forcés de descendre dans un autre monde, celui de la population en colère, qu'ils changent de langage jusqu'à s'excuser. Ces gens-là ne comprennent que la force et la pression populaire. Raison de plus pour l'utiliser le plus souvent possible.    


Guadeloupe : Meeting de soutien aux travailleurs de Guyane

Le 30 mars, dix syndicats dont l’UGTG et la CGTG ont organisé une conférence de presse pour apporter leur solidarité aux travailleurs et à la population pauvre de Guyane. Ils ont appelé à un meeting devant le Palais de la mutualité de Pointe-à-Pitre pour le 5 avril. Durant la conférence de presse, certains dirigeants ont appelé les travailleurs guyanais à se méfier de la récupération orchestrée par le grand patronat. Le Medef Guyane qui fait partie du collectif « Pou lagwiyann dékolé » souhaite se servir de cette lutte pour imposer « une zone franche globale sociale et fiscale » qui lui permettra d’attaquer encore plus les droits des travailleurs. Les dirigeants syndicaux ont aussi prévu de présenter un cahier de revendications des travailleurs de Guadeloupe lors du meeting du 5 avril.