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CO de 2017/CO n° 1174 du 25 mars 2017/Troisième page

Troisième page

Martinique : Sécurité Sociale : Surchargés et mal payés, ça suffit !

Le 7 mars dernier, la CGTM appelait les salariés de la Sécurité Sociale à s'inscrire dans le mouvement de grève national, appelé par les centrales CGT, FO et SUD sur les problèmes de conditions de travail, d’épuisement professionnel, de salaires insuffisants, de manque de personnel et de moyens.

Une partie du personnel a donc fait grève et le bilan du mouvement a été tiré dans le cadre d’une Assemblée Générale au réfectoire, où les syndicats ont fait état des revendications satisfaites dans le cadre des négociations avec la direction. Après le compte rendu des syndicats chacun a pu donner son avis sur le bilan de la journée de grève. La direction était allée dans le sens de la résolution de certains des problèmes posés.

Sur des points restant non réglés, la CFDT et la CGTM-FSM, minoritaires dans l'entreprise, ont alors appelé le 13 mars à un mouvement de grève illimité qui durait encore le 17 mars. Un piquet a été organisé à l'entrée et un barrage de palettes mis en place. Bien que l'activité n'ait jamais complètement cessé dans les services, la direction a pris la décision de fermer le centre de Place d’Armes au Lamentin le vendredi 17 mars. Parallèlement, elle tentait de se donner le beau rôle en disant vouloir recourir à une médiation.


Guadeloupe : Nord Basse-Terre : Les grévistes de la CANBT ont eu satisfaction

Les travailleurs de la Communauté d'agglomération du nord Basse-Terre (CANBT) ont eu raison de tenir bon.

Après plus d’un mois de grève, les négociations ont pu reprendre avec le président de la collectivité, Jocelyn Sapotille, maire du Lamentin. Les grévistes revendiquaient les salaires et les indices à réviser, des conditions de travail avec le matériel adéquat. Parmi les 17 points de revendications, un point fut violemment rejeté par ce président, les tickets de restaurant. Une partie des agents n’en avaient que 12 au lieu de 20 pour d’autres de la CANBT. Le président de la CANBT Sapotille ne voulait pas, surtout, que les agents de « sa » commune soient contaminés par la grève de ceux venus de Sainte-Rose. Selon lui, les grévistes n’avaient pas le droit « d’importer un mouvement social à Lamentin, alors qu'il n'y pas de grève ». Comme le rapporte Favel Nestorius, secrétaire général de l’UTC-UGTG, les 17 points de revendications ont été signés. Des discussions supplémentaires sur certains dossiers sont prévues. Les grévistes sont satisfaits. Le président Sapotille a admis qu’il avait signé des avancées concernant les salaires, laissant entendre qu’il aurait des difficultés à payer. Les travailleurs connaissent ce genre de « marche-arrière », ils restent vigilants. !


Le travail dans la Banane… aucune chance de promotion pour les travailleurs

Un forum sur les métiers de l’agriculture, et particulièrement de la Banane, a été organisé par Pôle emploi à Capesterre-Belle-Eau le jeudi 16 mars dernier.

On a pu entendre des responsables de l’agence de Capesterre-Belle-Eau déclarer, entre autres, que les métiers de la banane ne sont pas « qu’ouvriers » et qu’il y avait des métiers comme le secrétariat. Surtout qu’il faut « démystifier » les « idées reçues » sur ce secteur, qui est un secteur prometteur pour les jeunes, avec des perspectives d’évolution de carrière très intéressantes. C’est à se demander, pour ceux qui connaissent ce secteur, si les responsables de Pôle emploi savaient de quoi ils parlaient.

Pour les métiers de secrétariat par exemple, le groupe dirigé par Tino Dambas qui compte plus de 100 salariés avec des plantations à Capesterre, Goyave, Trois-Rivières, Saint Claude, Anse-Bertrand, ne compte… qu’une secrétaire. Il en est de même pour le groupe Cabre-Delacaze qui avec plusieurs plantations n’emploie lui aussi qu’une secrétaire. Quant à ce qui a trait aux perspectives de carrière pour les jeunes, elles sont nulles. Le salaire d’un ouvrier de la Banane qui a commencé à travailler dans sa vingtième année par exemple est, de son premier jour de travail jusqu’à l’âge de la retraite, limité au SMIC. Il n’y a pas de promotion possible comme par exemple dans le bâtiment où on peut changer de catégorie, de manœuvre à ouvrier spécialisé puis ouvrier qualifié. Même les conducteurs d’engins restent au SMIC. Et les patrons du secteur ont de plus en plus recours aux CDD (contrats à durée déterminée).

Concernant les primes, il n'en existe qu’une. Et il a fallu une grève de plus de 52 jours pour que les travailleurs du secteur arrachent cette prime de fin d’année de 609,80 €, prime qui est très souvent réduite, selon le bon vouloir de certains patrons. Alors s’il y a un secteur d’avenir pour les jeunes, ce n’est certainement pas celui de la Banane.


Il y a cent ans La révolution en Russie

Le comité international de la quatrième internationale publie l’article de Trotsky ci-dessous. Cet article a été publié dans le journal new-yorkais de langue russe Novy mir (Monde nouveau) le 16 mars 1917. Il a été publié en russe dans le livre de Trotsky de 1923 Voina i Revoliutsiia (Guerre et Révolution), tome 2, pp 432-434. Il vient d’être traduit en anglais sur le WSWS en entier pour la première fois . Cette version française est traduite depuis l’anglais. Traducteur: Fred Williams; Copyright: WSWS). Commentaire de Combat Ouvrier : Léon Trotsky était alors aux USA et devait regagner la Russie au mois de mai 1917. On est frappé par la clairvoyance de son jugement et de ses prévisions sur ce qui allait se passer.

« Ce qui se passe actuellement en Russie passera dans l’histoire pour tous les temps comme l’un de ses plus grands événements. Nos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants parleront de ces jours comme le début d’une nouvelle époque dans l’histoire de l’humanité. Le prolétariat russe s’est révolté contre le plus criminel des régimes, contre le plus méprisé des gouvernements. Le peuple de Petrograd s’est levé contre la plus honteuse et la plus sanglante des guerres. Des troupes de la capitale se sont rassemblées sous la bannière rouge de la rébellion et de la liberté. Les ministres tsaristes sont arrêtés. Les ministres des Romanov, le souverain de la vieille Russie, les organisateurs de l’autocratie de toutes les Russies, ont été placés par le peuple dans une des prisons qui, jusqu’à présent, n’ont ouvert leurs portes de fer que pour les champions du peuple. Ce seul fait donne une véritable évaluation des événements, de leur échelle et de leur puissance. La grandiose avalanche de la révolution va de l’avant – aucune force humaine ne l’arrêtera. Comme l’annonce le télégraphe, le gouvernement provisoire est composé de représentants de la majorité de la Douma [1], sous la présidence de Rodzianko. Ce gouvernement provisoire – le comité exécutif de la bourgeoisie libérale – n’est ni venu à la révolution et ne l’a ni convoquée, ni conduite. Les Rodzianko et les Milioukov ont été portés au pouvoir par la première grande vague de la recrudescence révolutionnaire. Ce qu’ils craignent le plus, c’est la noyade. Après avoir pris les places toujours chaudes après que les ministres aient été emmenés dans des cellules de prison solitaires, les chefs de la bourgeoisie libérale sont disposés à considérer que la révolution est terminée. Telle est la pensée et l’espoir de toute la bourgeoisie du monde entier. Pour le moment, la révolution n’a fait que commencer. Sa force motrice, ce ne sont pas les gens qui ont choisi Rodzianko et Milioukov. Et la révolution ne trouvera pas sa direction dans le comité exécutif de la Douma du 3 juin.

Les mères faméliques d’enfants affamés levèrent avec indignation leurs mains émaciées vers les fenêtres des palais, et les malédictions de ces femmes du peuple résonnèrent comme la voix d’un tocsin révolutionnaire. C’était le début des événements. Les ouvriers de Petrograd sonnèrent l’alarme ; Des centaines de milliers d’entre eux se sont déversés des usines sur les routes de la ville, qui savent déjà ce que sont les barricades. Voici la force de la révolution ! Une grève générale a secoué le puissant organisme de la capitale, paralysé le pouvoir de l’État, et conduit le tsar dans l’une de ses tanières dorées. Voici le chemin de la révolution ! Les troupes de la garnison de Petrograd, en tant que détachement le plus proche de l’armée russe, répondirent à l’appel des masses rebelles et rendirent possibles les premières grandes conquêtes du peuple. L’armée révolutionnaire, voilà ceux qui auront le mot décisif dans les événements de la révolution ! Les informations dont nous disposons sont incomplètes. Il y a eu une lutte. Les ministres de la monarchie ne sont pas partis sans combat. Les télégrammes suédois parlent de ponts explosés, de batailles de rue, de soulèvements dans les villes provinciales. La bourgeoisie, avec ses colonel Engelhardt et ses censeurs Gronsky, est restée au pouvoir pour « rétablir l’ordre ». Ce sont là leurs propres paroles. Le premier manifeste du gouvernement provisoire invite les citoyens à rester calmes et à s’engager dans des activités pacifiques. Comme si le travail purificateur du peuple était fini, comme si le balai de fer de la révolution avait déjà complètement balayé la saleté réactionnaire qui s’est accumulée pendant des siècles autour de la dynastie Romanov qui est couverte d’opprobre ! Non, les Rodzianko et les Milioukov ont parlé trop tôt d’ordre, et le calme n’arrivera pas demain dans une Rus' [la vieille Russie] agitée. Le pays se lèvera, couche par couche, tous les opprimés, les appauvris, ceux que le tsarisme et les classes dirigeantes ont volés, dans l’entière étendue sans bornes de la prison des peuples de toutes les Russies. Les événements de Petrograd ne sont que le début. À la tête des masses populaires russes, le prolétariat révolutionnaire accomplira ses tâches historiques ; il chassera la réaction monarchiste et aristocratique de tous ses lieux de refuge et tendra sa main au prolétariat de l’Allemagne et de toute l’Europe. Car il faut liquider non seulement le tsarisme, mais aussi la guerre. La seconde vague de la révolution passe au-dessus des têtes des Rodzianko et des Milioukov qui se préoccupent de la restauration de l’ordre et du compromis avec la monarchie. De ses propres profondeurs, la révolution fera progresser son propre pouvoir – l’organe révolutionnaire du peuple qui marche vers la victoire. Les principales batailles et les principales victimes sont à venir. Et c’est seulement alors qu’une victoire complète et authentique suivra. Les derniers télégrammes de Londres disent que le Tsar Nikolai veut abdiquer le trône en faveur de son fils. Avec cet accord, la réaction et le libéralisme veulent sauver la monarchie et la dynastie.

Il est trop tard. Trop tard. Trop grands sont les crimes, trop monstrueuse la souffrance, et trop grande la portée de la rage du peuple. Il est trop tard, serviteurs de la monarchie ! Il est trop tard, suppresseurs libéraux ! L’avalanche de la révolution a été mise en mouvement – aucune force humaine ne l’arrêtera. » Novy mir, 16 mars 1917  Note :[1] Les télégrammes de la presse américaine ont mélangé le Comité de la Douma et le Gouvernement Provisoire. – LT


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