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Journal/Sommaire du dernier CO n° 1178 du 20 mai 2017/Quatrième page

Quatrième page

Mali : Des victimes innocentes de la prétendue lutte contre le terrorisme

Nous publions ci-dessous un article du journal « Le pouvoir aux Travailleurs » de nos camarades de l’UATCI (Union africaine des travailleurs communistes internationalistes), membres comme nous de l’UCI ( Union Communiste internationaliste).

Au début de ce mois d’avril, des gendarmes maliens ont détroussé et abattu deux jeunes gens dans la localité de Konna, située au centre du Mali. Ces victimes ont été ensuite présentées par les autorités militaires comme des djihadistes tués au combat, mais des habitants de ce village qui les connaissent parfaitement contestent cette version. Ils ont mis sur pied un collectif pour que la vérité soit faite.

Selon le responsable de ce comité, les deux jeunes natifs de Konna revenaient du Nord après avoir vendu du bétail. Ils sont descendus du car de transport pendant la nuit et ont été interceptés par la gendarmerie en rentrant chez eux. Ils avaient avec eux une somme d’argent provenant de la vente du bétail mais le lendemain, lorsque la gendarmerie a montré les corps criblés de balles, il n’y avait sur eux ni argent ni téléphones portables. Les parents et les membres du collectif de soutien soupçonnent un acte criminel et demandent des éclaircissements aux autorités. Une enquête officielle sera parait-il ouverte mais on sait par avance qu’elle sera classée sans suite. Déjà, en temps ordinaire l’armée et la gendarmerie sont intouchables, à plus forte raison lorsqu’elles se parent d’une couverture « anti-terroriste ». Elles vont donc continuer à tuer et à racketter les petites gens en toute impunité !

Ce n’est pas la première fois que des innocents sont victimes de ce genre de « bavure » au Mali sous prétexte de lutte contre les djihadistes. Au courant du mois de janvier dernier, un journal a révélé la mort par balle d’un enfant de dix ans survenue quelques semaines plus tôt dans une localité près de Tessalit, dans l’extrême nord du Mali. Ce sont des soldats français de l’opération Barkhane qui l’auraient tué ; ils l’ont enterré en cachette mais l’information a fuité dans les réseaux sociaux. 

Embarrassé par cette révélation, le ministère français de la Défense a tenté de masquer le scandale en déclarant que c’était « un combattant mineur » qui agissait comme « guetteur, pour le compte d’un groupe armé terroriste ». Ce gros mensonge n’ayant pas convaincu grand monde, l’armée française a fini par dire qu’une « enquête interne est toujours en cours ».

Au mois de mai 2016 ce sont des casques bleus tchadiens agissant au nord du Mali dans les forces de la Minusma qui ont abattu un jeune berger, lui aussi présenté comme un « djihadiste ». Des habitants indignés par ce crime ont commencé à protester et demandé des explications aux responsables locaux des casques bleus. Ceux-ci ont promis de diligenter une enquête « indé-pendante ». Un an après, les proches de la victime attendent toujours.

Au mois de janvier 2015, ce sont des manifestants qui ont été réprimés violemment à Gao par les forces de la Minusma car ils protestaient contre le fait que ces casques bleus laissaient le champ libre aux groupes armés du MNLA (Mouvement de libération de l’Azawad). Il y a eu au moins trois morts et plusieurs blessés par balles.

Personne ne connaît le nombre de victimes innocentes de cette sale guerre. On ne peut compter ni sur les dirigeants de la Minusma, ni sur ceux des forces françaises, ni sur ceux de l’État malien pour connaître la vérité sur leurs « bavures », leurs rackets et autres violences policières « ordinaires ».  


Côte d’Ivoire :Nouvelle mutinerie des soldats

Joceleme Privert président par intérimDepuis le 11 mai des soldats en colère exigent, armes à la main, que leur soit versée une prime de sept millions de francs CFA (environ 10 650 €) promise par le président Ouattara. Ces soldats sont les ex-rebelles qui en 2010-2011 ont mené les actions armées qui ont mis Ouattara au pouvoir. Ils avaient alors été intégrés à l’armée régulière.

Pendant quatre jours les mutins ont tiré des coups de feu dans la capitale Abidjan, à Bouaké, seconde ville du pays, et dans d’autres régions où ils sont encasernés. Ils ont bloqué les routes, fait fermer les écoles, les commerces, les banques, les administrations. Ils sont lourdement armés, avec du matériel neuf. Le gouvernement a ordonné une riposte par une partie de l’armée.

La situation de tous les soldats, ex-rebelles ou pas, est difficile, tout comme celle de la population laborieuse. Cela explique peut-être que la riposte militaire n’a pas calmé les mutins. Ils s’étaient déjà révoltés en janvier 2017 et avaient eu la promesse d’une prime de 12 millions de francs CFA. Une première partie, 5 millions, leur avait été versée dès janvier. Ils exigent les 7 millions manquants. Ces mutins sont déterminés et ne semblent pas prêts à reculer. Il y a même eu des morts, des blessés.

Le gouvernement a commencé par un refus catégorique. Mais tout en annonçant la fin des négociations, il a continué les discussions et proposé un accord le lundi 15 mai.

À l’heure où nous écrivons une partie des mutins conteste cet accord. Ceux qui ont négocié s’engagent à convaincre leurs camarades. En fait le gouvernement est contraint de céder face à une action déterminée des militaires. Son pouvoir repose sur l’armée. Il s’en sert pour imposer l’austérité aux travailleurs, pour mater leurs grèves, pour assurer les affaires des banquiers et autres capitalistes. Il y a de fortes chances que les soldats mutins obtiennent satisfaction.


Haïti : La mobilisation pour le salaire minimum se poursuit

Après la manifestation du premier mai, le président Jovenel a lâché 50 gourdes (0,7€) sur le salaire minimum journalier qui est passé à 350 gourdes (4,9€). Alors que les manifestants réclamaient un salaire de 800 gourdes, ils ont jugé que le président se moquait d’eux. La mobilisation continue dans les usines, et les militants de l’Organisation des Travailleurs Révolutionnaires (OTR) distribuent le tract suivant, dont voici une traduction.

« Après l’importante manifestation du premier mai, nous continuons la mobilisation dans les usines. Nous avons manifesté pour un salaire minimum journalier de 800 gourdes ou 10 dollars américains au taux du jour. Nous avons aussi demandé un accompagnement social comme une prime de transport et une prime pour les repas.

Jovenel s’est permis de mettre 50 gourdes sur les 300 gourdes habituelles. Qu’est-ce que 50 gourdes peuvent régler aujourd’hui ? Le président Jovenel se moque des travailleurs quand on sait le nombre de millions qu’il débloque pour ses activités. Quand on sait comment ses amis se servent grassement dans les caisses de l’État.

Cette pitance de 50 gourdes ne nous satisfait pas. C’est pour cela que nous continuons à nous mobiliser pour arracher les 800 gourdes ou bien 10 dollars au minimum. Comptons sur nos propres forces. Ne nous laissons pas abuser par les magouilleurs du Comité de salaires ou bien d’autres organisations qui négocient en cachette, derrière notre dos, en notre nom, sans nous consulter, nous les ouvriers. Faites passer la parole l’un à l’autre, de bouche à oreille. » 


Brésil : Lula devant la justice

Le mercredi 10 mai, l’ancien Président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva s’est rendu devant le juge anticorruption dans le cadre de l’enquête sur le scandale de la compagnie pétrolière nationale Petrobras. Il est accusé d’avoir reçu des pots-de-vin. Il se serait enrichi et aurait reçu de nombreux cadeaux de patrons, notamment un appartement triplex d’une valeur d’un million d’euros. Cet appartement lui a été offert par une entreprise du bâtiment, OAS, en échange de contrats juteux avec Petrobras.

Lula est un ancien ouvrier métallurgiste, un militant syndicaliste qui a fondé le Parti des travailleurs (PT) en 1980. Sa combativité et ses idées en faveur de la classe populaire et des travailleurs l’ont porté à la tête du pays de 2003 à 2010. Durant sa présidence, il a acquis une certaine notoriété auprès de la classe populaire, grâce à la mise en place de quelques mesures sociales en faveur des plus pauvres. Le programme « bolsa familial » (bourse famille) donne une allocation aux familles démunies. Il a augmenté le salaire minimum et le minimum vieillesse. Mais en réalité ces mesures sont infimes par rapport à celles en faveur des riches. Il a favorisé les grosses sociétés exportatrices agro-industrielles au détriment des paysans du Mouvement sans terre (MST). Il a appuyé des attaques contre les fonctionnaires et les retraités au bénéfice des financiers. Lula et son Parti, le PT, sont loin d’être au service de la classe ouvrière et de la révolution sociale.

Lula devra se présenter à nouveau devant le tribunal au mois de juin. Un jugement devra être prononcé d’ici la fin du mois de juin. Quoi qu’il en soit, ces différentes affaires de corruption montrent que la classe ouvrière ne peut se fier à un quelconque sauveur, dirigeant syndicaliste ou pas, mais qu’elle ne peut compter que sur sa propre force.


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