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Journal/Sommaire du dernier CO n° 1179 du 17 juin 2017/Quatrième page

Quatrième page

Martinique : Station Esso du François : le gérant bat en retraite

Un employé de la SODEVICA, la société qui exploite la station-service ESSO située au François, a été mis à pied avec effet immédiat à compter du 23 mai.   Il a aussi été convoqué à un entretien préalable le 3 juin 2017 pour un éventuel « licenciement pour faute grave, sans préavis ni indemnité ». Mais avant, et sans respecter la procédure, le gérant avait tenté, par une injonction verbale, de lui faire quitter la station sur le champ. Ce qu’il avait refusé de faire sur les conseils du syndicat qu’il avait sollicité. Alors qu’ils étaient trois employés en service ce jour-là, il se retrouvait seul par un temps pluvieux à s’occuper des clients. Une autre employée étant en caisse et un autre au dépôt à ranger des produits. En fait de faute, il lui était reproché de n’avoir pas abandonné les clients en attente pour récupérer la fiche d’un client en compte à la station, la déposer et revenir à son poste. Il avait alors demandé à ce client, exceptionnellement et compte tenu de la situation, de remettre sa fiche à sa collègue en caisse. Le client, gérant d’une entreprise d’ambulance, était allé se plaindre auprès du gérant de la station alors présent. Le 2 juin, veille du rendez-vous pour l’entretien, au cours d’une réunion entre employés de stations, il fut décidé que cette station ne fonctionnerait pas le samedi 3 juin. Dès 5 heures 30, un piquet composé de tous les employés, mais également d’autres soutiens, se retrouva sur place et les clients furent mis au courant. Arrivé deux heures plus tard, le gérant tenta de faire pression pour obtenir l’ouverture. Mais se rendant compte que le rapport de force n’était pas en sa faveur, il proposa verbalement l’abandon de la procédure. Un écrit fut exigé et il rédigea sur le champ un courrier manuscrit: « Fait au François, le 03/06/17. Je soussigné, John PÉCOME, représentant légal de la SARL SODEVICA, par la présente, arrête la procédure de licenciement à l’encontre de Brian R. et annule le rendez-vous programmé ce jour. Le gérant, J. PÉCOME ». Après prise de connaissance de la décision du gérant, la levée du piquet fut votée et la reprise du travail intervint. La lutte a payé !


Porto Rico : Cinquième référendum sur le statut de l’île

97 % des votants, soit un demi-million de personnes ont choisi le statut d’État américain au référendum du 11 juin dernier à Porto Rico.   Il y a eu 7600 voix pour l’indépendance en association libre avec les États-Unis, et un peu moins de 6 700 voix pour le statut actuel d’État libre associé aux USA. Toutefois plusieurs partis d’opposition avaient appelé à boycotter le référendum et les votants ne représentaient que 23 % des inscrits. Face à la crise économique que vit Porto Rico, son nouveau gouverneur, Rosello, avait promis d’obtenir que l’île devienne le 51ème État des États-Unis. Le Congrès va-t-il ajouter une 51ème étoile au drapeau américain ? Porto Rico croule sous le poids d’une dette de plus de 74 milliards de dollars impossible à rembourser. Quand l’île était un paradis fiscal de nombreux capitalistes venus du continent y faisaient des affaires. Mais les aides fiscales ont disparu entre 1990 et 2006 et ces sociétés sont parties, laissant l’île dans de grandes difficultés économiques. Pour fonctionner Porto Rico a emprunté à de gros financiers américains et doit rembourser à ces spéculateurs 74 milliards de dollars. Des écoles ferment, les soins médicaux deviennent inaccessibles. C’est la crise : chômage, licenciements de fonctionnaires, pas d’argent pour les infrastructures de l’eau potable, des routes, des transports. Les travailleurs ont manifesté leur colère par des grèves et manifestations, en particulier le 1er mai dernier, les étudiants sont en grève depuis début avril. Rosello a imposé une loi d’austérité avec des réductions de salaires. Avec le statut actuel, les Portoricains n’ont pas les mêmes droits que les Américains, ils considèrent souvent que c’est un statut de colonie. Ils n’ont pas le droit de voter pour le président des États-Unis, ils ne bénéficient pas de la même assistance médicale qu’aux États-Unis alors même qu’une grande partie de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté. Il n’y a pas les mêmes subventions du gouvernement américain. Ce dimanche 11 juin les Portoricains ont été invités à voter sur le statut pour la cinquième fois. Lors du dernier référendum en 2012, 54 % des votants avaient répondu « Non » à la question « souhaitez-vous conserver le statut actuel ? ». Il y avait une seconde question : 61,11 % avaient répondu « Oui » au statut de 51ème État, 33,34 % avaient choisi le statu quo, et 5,55 % l’indépendance. Le Congrès américain arguant du fait que le vote blanc était très important - 500 000 pour une population de 3,5 millions d’habitants - n’a pas tenu compte du vote. Malgré les cris de victoire du gouverneur Rosello, la décision revient au Congrès américain et au président Trump. Les travailleurs, qui ont déjà compris qu’ils doivent lutter contre l’austérité imposée pour une dette qui n’est pas la leur, devront rester mobilisés.


Dans le monde : Les attentats barbares nourris par la barbarie impérialiste

Mercredi 7 juin en Iran a eu lieu un nouvel attentat causant la mort de 13 personnes.

Cet attentat fait suite à une longue liste récente d’autres actes terroristes dans le monde. Au cours de cette même année il y a eu ceux de Manchester, de Londres ou de Kaboul.

Ces attentats d’une barbarie sans nom sont condamnables. Mais ces actes sont de nouvelles preuves, s’il en fallait encore, de la grande responsabilité des pays impérialistes dans l’émergence du terrorisme actuel.

C’est la barbarie coloniale et capitaliste des grandes puissances qui alimente toujours plus le terrorisme. Ils ont détruit plusieurs pays d’Afrique et du Moyen-Orient pour piller leurs richesses. Les derniers bombardements aveugles constituent un terreau fertile pour le terrorisme.

Au lieu d’endiguer le phénomène terroriste la politique capitaliste l’entretient et l’amplifie.


Haïti : mobilisation pour l’augmentation du salaire journalier à 800 gourdes

Le Premier mai, les ouvriers ont manifesté à Port-au-Prince pour demander une revalorisation du salaire minimum journalier à 800 gourdes (11,40 dollars) alors que le dollar vaut 70 gourdes. Depuis, la mobilisation s’est poursuivie sur la zone industrielle dans les entreprises de textile.  

Durant la première semaine du mois de mai, il y a eu des débrayages au parc SONAPI (Société nationale des parcs industriels) proche de l’aéroport où travaillent plus de 10 000 ouvriers du textile dans une cinquante d’entreprises.

Cette mobilisation a été relancée par l’annonce de la hausse du prix des carburants le 15 mai, ce qui a entraîné la hausse du prix des trajets mais aussi du prix des denrées de base. Les ouvriers ont manifesté le 17 mai, ils étaient plus de dix mille à marcher depuis la zone industrielle jusqu’au parlement pour réclamer un salaire journalier de 800 gourdes (11,40 dollars) afin de compenser quelque peu l’augmentation du coût de la vie.

La réaction des patrons a été de fermer les usines sous prétexte de troubles à l’ordre et de blocage de la production.

Le 22 mai, se trouvant devant les portails fermés du parc, les ouvriers ont occupé la rue puis ont manifesté en direction de l’aéroport qui a été bloqué pendant plusieurs heures, amenant des perturbations dans les vols. La police a chargé les manifestants, les dispersant avec des gaz lacrymogènes et de l’eau urticante.

En soutien, des travailleurs des entreprises situées à l’autre bout de la ville ont débrayé et ont manifesté. De même, il y a eu un début de manifestations dans des usines du nord du pays dans la zone franche de Ouanaminthe pour la même revendication : le salaire minimum de 800 gourdes.

Le lendemain, les ouvriers sont rentrés dans les entreprises et ont continué le mouvement avec l’opération « bras croisés ». Ils sont sur place mais refusent, pour la plupart, de travailler exigeant l’augmentation du salaire minimum journalier. Pendant une semaine ces travailleurs du textile ont affronté leurs patrons et les petits chefs arrogants à qui ils ont rabaissé le caquet.

Le président Jovenel Moïse, soutien des patrons, a orienté le conflit vers une discussion au sein du Conseil supérieur des salaires (CSS) qui doit statuer sur le salaire minimum. Il est composé de trois représentants des patrons, trois autres désignés par l’Exécutif et trois membres représentant le secteur syndical. Un nouveau CSS a été désigné qui examinera la possibilité de donner une réponse aux ouvriers. Au 5 juin, le travail avait repris progressivement dans les entreprises, les ouvriers attendent les propositions du CSS.

À chaque fois qu'il s'agit d'ajuster le salaire minimum, les patrons se rebiffent, menaçant d'aller s'installer ailleurs, faisant savoir qu'ils ne peuvent pas donner d'un seul coup tout ce que les ouvriers réclament. Alors qu'avec ces 800 gourdes que les ouvriers demandent présentement, c'est à peine s'ils pourraient manger un plat chaud, se rafraîchir et payer le transport. Cette mobilisation du mois de mai a montré aux travailleurs eux-mêmes la force qu’ils possèdent, le levier sur lequel ils peuvent appuyer pour faire aboutir leurs revendications.


Guadeloupe : Mai 67, enfin une large commémoration plus populaire

Les temps ont changé où nous étions les seuls à Combat Ouvrier à commémorer le massacre de mai 67 par un meeting en Guadeloupe et où un petit groupe de nationalistes allait se recueillir dans l’anonymat sur la tombe de Jacques Nestor, militant du GONG, premier à avoir été abattu par les forces de répression.   Pour ses 50 ans, le massacre de mai 67 a été commémoré comme il se doit par une kyrielle d’organisations politiques, culturelles, ou syndicales. Une manière de rappeler ce massacre sur lequel la vérité n’a toujours pas été entièrement dévoilée, en particulier sur le nombre de victimes. Pour rappel, le 24 mai 1967, des ouvriers du bâtiment de Guadeloupe ont entamé une grève pour obtenir une augmentation de salaire de 2%. Le 26 mai, une foule mécontente s’est rassemblée devant la Chambre de commerce de Pointe-à-Pitre où se déroulaient des négociations entre patrons et ouvriers. Le représentant du patronat Georges Brizzard ne voulait pas céder et a rompu les négociations. Il aurait même dit : « Quand les nègres auront faim, ils reprendront le travail ! ». Les affrontements entre grévistes lançant des conques à lambi et les gendarmes armés de fusils à balles réelles ont eu lieu. Durant trois jours, ils ont tiré sur des manifestants ainsi que sur des passants au hasard. Le pouvoir colonial a voulu imposer sa terreur aux travailleurs. Il est fait un bilan de 8 ou 9 morts à l’époque. Aujourd’hui on évoque entre 89 morts et une centaine. Ce sont ces massacres que les manifestations, les pièces de théâtre, les films et les conférences ont commémoré cette année avec succès !


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