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CO de 2017/CO n° 1188 du 16 décembre 2017/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe: Banane : les ouvriers demandent des comptes !

Le 12 décembre, plus d’une centaine d’ouvriers agricoles se sont mobilisés durant toute la journée dans les rues de Basse-Terre.

La semaine précédente, ils ont distribué des tracts à Capesterre Belle-Eau, et ils ont organisé un meeting au rond-point des Mineurs, à l’entrée de la SA Bois-Debout. Le 12 décembre, plusieurs plantations étaient représentées, et particulièrement la SA Bois-Debout et les plantations Dambas. Sur ces plantations, les travailleurs se battent contre des « patrons de choc » qui se vengent en licenciant des ouvriers.

À la SA Bois-Debout, il s’agit de Guillaume Block de Friberg, le béké petit-fils de Louis Dormoy propriétaire de l’habitation « Bois Debout » descendant d’une famille d’esclavagistes. Depuis juillet, il a interdit aux ouvriers d’entrer en voiture sur la plantation. En novembre, il a licencié deux travailleurs au prétexte qu’ils n’avaient pas respecté cette interdiction.

Quant à Dambas, planteur noir aux méthodes d’esclavagiste, il se venge lui aussi en licenciant des ouvriers, et en imposant toutes sortes de brimades aux travailleurs. Plus de trente ouvriers, qui ont fait grève à plusieurs reprises depuis le mois de mai, l’ont assigné au tribunal des Prud’hommes. Renvoyée une première fois, l’affaire devait être jugée ce 12 décembre. Les travailleurs avaient donc décidé de se mobiliser en nombre ce jour-là. L’affaire a été une nouvelle fois renvoyée par le tribunal, au 14 mars 2018.

Mais les ouvriers de la banane avaient aussi décidé d’aller demander des comptes aux autorités, qui ferment trop souvent les yeux sur les mauvais agissements des planteurs et qui les arrosent d’aides en tout genre.

Une délégation de travailleurs a rencontré le préfet, pour lui demander de faire respecter les accords signés par les patrons il y a quelques mois. D’autant plus que ces accords ont été signés par les grévistes, par les planteurs, et par l’État. Le préfet a répondu qu’il « ne voulait pas prendre parti » ! Les ouvriers se sont aussi invités au Conseil régional, où ils se sont imposés et où ils ont passé la majeure partie de la journée. Une nouvelle fois, le président de Région Chalus a refusé de les recevoir, en envoyant une élue qui a juste dit qu’elle allait « faire remonter le message ».

Ce 12 décembre, les ouvriers de la Banane ont pu vérifier que ni l’État, ni les élus, ni les tribunaux ne sont de leur côté. Seule leur mobilisation pourra obliger les autorités à changer d’attitude.


Maria, cyclone providentiel pour les planteurs

Les dégâts provoqués par Maria arrangent bien les patrons de la Banane. Les jours suivants le cyclone, ils ont demandé aux ouvriers de « finir de cycloner », en coupant les pieds qui avaient tenu, ou en les piquant au round-up.
Alors qu’il faut sept mois pour obtenir une nouvelle récolte, les planteurs prévoient de ne produire que 30% du tonnage en 2018, et seulement 40% en 2019 ! L’État et l’Europe ont garanti aux planteurs qu’ils toucheront leurs subventions comme d’habitude. Pendant deux ans, les patrons vont donc volontairement faire tourner les plantations au ralenti, et essayer de profiter de cette occasion pour casser la combativité des ouvriers agricoles.


Scandale de l’eau : à quand l’explosion de la colère populaire?

La semaine dernière, il n’y a pas eu d’eau dans les communes de Baie-Mahault et de Petit-Bourg pendant plusieurs jours. La zone industrielle et commerciale de Jarry, d’habitude épargnée par les coupures, a été touchée. La cause : la production d’eau potable de l’usine de Moustique de Petit Bourg a été perturbée. Les établissements scolaires ont dû fermer mais pire, la clinique des Eaux claires, qui accueille les urgences et une partie des malades évacués du CHU après l’incendie, a aussi été privée d’eau. Ses propres réserves diminuant dangereusement, la clinique menaçait d’interrompre les activités de son bloc opératoire.

Même quand l’eau est revenue au robinet, l’ARS (agence régionale de santé) l’a déclarée impropre à la consommation. Finalement l’eau est de nouveau déclarée potable dans la zone. Mais le problème global est loin d’être résolu. En plus des coupures régulières dans plusieurs communes (les tours d’eau), il a été annoncé des coupures supplémentaires dans la zone de Baimbridge où plusieurs milliers d’élèves et de personnels travaillent quotidiennement.

Le réseau d’eau potable de la Guadeloupe est tellement vétuste que plus de 60% de l’eau potable s’écoule hors des tuyaux percés avant d’arriver aux robinets. La moindre intempérie ne fait que créer plus de dégâts. Aujourd’hui la situation s’aggrave car même les zones jusqu’ici préservées sont concernées.

Cette vétusté est de la responsabilité de la Générale des eaux, une filiale de la multinationale Véolia, qui s’est gavée de profits et de subventions publiques pendant plusieurs décennies sans jamais réparer le réseau. L’État et les élus locaux, bien au courant, ont laissé faire. Pire, certains en ont profité pour s’arroser au passage.

Aujourd’hui, il faudrait environ 2 milliards d’euros pour reconstruire entièrement le réseau. L’État se dédouane : le gouvernement juge la gestion de l’eau en Guadeloupe « scanda-leusement insatisfaisante » et somme les élus de se débrouiller. Les élus quant à eux se renvoient la balle pour ne pas être parmi ceux qui devront mettre la main à la pâte et à la poche. En attendant ils continuent de gesticuler.

Le seul moyen de forcer tous ces dirigeants à prendre leurs responsabilités c’est que des de milliers de personnes se mobilisent et descendent dans les rues jusqu’à ce que le réseau soit entièrement reconstruit.


Martinique: Métallurgie : des ouvriers d'ENA plongés dans l’amiante

Depuis des années, les ouvriers chargés du sablage et de la peinture, salariés des entreprises successives du bassin de radoub de Fort-de-France ont alerté leurs employeurs sur leurs mauvaises conditions de travail, d’hygiène et de sécurité. Ces exploiteurs n’ont jamais levé le petit doigt. Fait nouveau, car il y a eu une légère évolution de la législation en matière environnementale : le nouvel employeur qui a repris la gestion de l’entreprise ENA a décidé d’entreprendre des analyses du sable servant au sablage, utilisé depuis des années par les ouvriers. Les analyses ont été faites par une société spécialisée dans la recherche et l’identification d’amiante sur prélèvement de matériau, la société IGTA. En novembre 2017, après plusieurs prélèvements, cette société a constaté que le sable utilisé contient des fibres d’amiante de type Chrysotile. Il s’agit d’un type d’amiante, dangereux pour la santé, entraînant, selon les fiches toxicologiques, des risques de cancer des poumons en cas d’inhalation. Aujourd’hui, les ouvriers de l’entreprise sont inquiets pour leur santé. Depuis que les résultats des analyses ont été connus en novembre dernier, l’accès donnant au vestiaire des ouvriers sableurs a été fermé par l’inspecteur du travail. Un panneau a été mis à l’entrée indiquant « Danger amiante. Risque potentiel de pollution à l’amiante ».

Dans la cour, sur une plate-forme de l’entreprise, les monticules de déchets de toutes sortes et de déchets de sable utilisé après le sablage sont toujours présents, exposés au grand air ! Voilà la situation inadmissible et révoltante à laquelle se trouvent confrontés les ouvriers de cette entreprise.

Les différents patrons repreneurs se sont bien rempli les poches tout en camouflant la dangerosité des matériaux utilisés. La première réaction des ouvriers sableurs a été de réclamer à leur nouveau patron une visite médicale avec des analyses approfondies. Une véritable prise en charge de leur santé dans la durée serait aussi le minimum à exiger, mais aussi, après avis des services compétents, le désamiantage des lieux.


Métallurgie : sombre chronique

Au bassin de radoub de Fort-de-France les ouvriers, spécialisés dans les domaines de la chaudronnerie, mais aussi la réparation et la maintenance navale, ont vu se succéder, au fil des années, les patrons de l’entreprise.

Cela s’est fait en sourdine, à l’abri des regards, mais tous ces patrons ont fait leur beurre sur le dos des ouvriers et en se moquant complètement de leurs conditions de travail. En 1979, a été créée l’entreprise Delattre-Levivier Martinique dont le patron était Bruno Rossovich. Puis dans les années 2000, ce même patron a créé la Société Industrielle de Gestion du Bassin de Radoub en utilisant la sous-traitance, notamment la société Peinture Navale, pour entreprendre des travaux de sablage et de peinture de bateaux dans le bassin. Peinture Navale employait une dizaine d’ouvriers payés des salaires de misère et refusait d’appliquer la convention collective.

En juin 2014 ces ouvriers ont été repris par la Société Industrielle de Gestion mais à condition qu’ils acceptent d’être payés en dessous du salaire précédent, et sous une nouvelle entité : Martinique Dry Dock.

Par la suite, ce même employeur, après s’être bien rempli les poches, a vendu son entreprise, à compter du 1er janvier 2015, avec une quarantaine de salariés, à un nouvel employeur, T. Larcher, avec une nouvelle enseigne ENA (Entreprise Nouvelle Antillaise). Et le même scénario s’est reproduit, ENA a été vendue en mars 2017 à un nouveau repreneur. Voilà l’envers du décor du Pôle de réparation navale de la Caraïbe, comme se proclamait l’entreprise ENA en 2015.


Guadeloupe Grand Baie (Gosier) : la détermination des riverains commence à payer

La dernière manifestation des habitants de Grand-Baie, au Gosier, la veillée culturelle du premier décembre avec le Collectif « Gwadloup an Mouvman », s’est bien déroulée. Sera-t-elle l’ultime coup de boutoir dans la lutte qu’ils mènent depuis février 2017 contre leur expulsion et contre l’installation, avec l’accord du maire, d’un pôle nautique et balnéaire à leur place ?

Une semaine après cette veillée, une conciliation a eu lieu entre Granbaysiens et le maire du Gosier, le sous-préfet de Pointe-à-Pitre étant médiateur. Dès janvier 2018 un plan d’aménagement de la zone devrait reprendre avec la participation des riverains de Grand Baie. Ceux-ci devraient donc pouvoir rester sur le site et voir s’améliorer leur cadre de vie comme ils le souhaitent.

Depuis la mi-septembre, ils attendaient de la préfecture une réponse à un courrier concernant la reprise de la RHI par l’État. Cette RHI, plan de résorption de l’habitat insalubre, avait été stoppée et les riverains avaient amélioré leur cadre de vie par leurs propres travaux et aménagements paysagers. Ils étaient donc très en colère, comme ils l’ont montré en manifestant à plusieurs reprises, y compris dans la rue, en érigeant des barrages et en s’affrontant aux forces de police. Cette combativité ne sera pas de trop pour garder le contrôle de l’opération annoncée après des mois de lutte. Restent des questions : le fameux pôle nautique aurait-il été protégé des tsunamis, raison invoquée par le maire du Gosier pour déplacer les 400 habitants de Grand Baie et soutenir le projet nautique ? Ce gigantesque projet devait-il inclure la zone de l’hypermarché dont un géant capitaliste devait faire l’acquisition ? Les Granbaysiens ont eu raison de ne pas se laisser faire par les requins du tourisme.


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