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Journal/Sommaire du dernier CO n° 1187 du 18 novembre 2017/Deuxième page

Deuxième page

Martinique: Les municipaux de Schœlcher ont fait reculer la direction

La grève des agents municipaux de Schoelcher s'est terminée le lundi 6 novembre. Après avoir affiché un profil musclé en organisant personnellement le déblocage de certains services municipaux le 23 octobre, le maire Luc Louison Clémenté a finalement cédé sur le paiement des jours de grève et la titularisation de 15 agents en 2017. Constatant l'absence d'engagement sur un plan pluriannuel de titularisations, la section FO qui soutenait la grève n'a pas signé de protocole de fin de conflit. Les grévistes peuvent néanmoins tirer de ce conflit la satisfaction d'avoir par leur lutte, dans la durée – la grève a duré trois semaines - imposé des reculs à un maire qui avait voulu les prendre de haut.


Guadeloupe: Baillif grève des communaux

Depuis le 8 novembre, 24 agents du service technique et de la cantine ont entamé une grève pour de meilleures conditions de travail et une revalorisation des salaires liée au régime indemnitaire.

Lors d’une réunion jeudi 9 no-vembre avec la maire de la commune, Marie Yveline Théobald Ponchateau, les négociations ont tourné court. Le quatrième point de revendication portait sur l’attribution de tickets déjeuner. Les représentants de la municipalité ont refusé catégoriquement alors que les grévistes avaient fait l’effort de proposer un calendrier permettant un financement progressif. Les agents ont donc décidé de poursuivre leur grève.

DH : La maire a fait capoter les négociations du 13 novembre pour 50 centimes. La maire a maintenu sa position sur un ticket restaurant de 4 euros alors que les agents réclamaient des tickets restaurants de 4,50€. Les grévistes restent déterminés !


Guadeloupe: Dambas au tribunal : les ouvriers font entendre leur colère !

Le 14 novembre, l’un des patrons les plus voyous de la banane, le planteur noir Tino Dambas, était convoqué au tribunal des Prud’hommes de Basse-Terre. Près de 150 travailleurs étaient présents pour dénoncer Dambas le scélérat.

Depuis le 18 mai, premier jour de la grève dans toutes les plantations de banane, Dambas refuse toute discussion avec les travailleurs. À plusieurs reprises, il a tenté d’écraser les grévistes avec un tracteur, avec un camion, et même avec sa propre voiture. Depuis la fin août, Dambas a licencié plusieurs ouvriers qui ont fait grève. Il prévoit d’en licencier d’autres dans les semaines à venir. Mais face à ces méthodes de voyou les travailleurs tiennent bon. Ils ont refait grève en septembre pendant près d’un mois.

Dambas répète en boucle depuis des mois que les ouvriers n’ont qu’à « aller en justice ». Son souhait a été exaucé : les travailleurs l’ont assigné aux Prud’hommes. Ils réclament le remboursement de tout ce que Dambas a volé sur leur salaire : fausses absences, jours fériés non payés, prime de fin d’année « à la tête du client ». Les méfaits de Dambas sont nombreux, et chaque travailleur a été volé de plusieurs milliers d’euros au cours des trois dernières années. Les ouvriers demandent aussi au tribunal de condamner les agissements de Dambas depuis le 18 mai. Ils exigent la réintégration des travailleurs licenciés injustement, l’arrêt des sanctions abusives, et le paiement de tous les jours de grève.

Dambas est le seul planteur qui a refusé d’appliquer l’accord signé le 28 juin à la fin de la grande grève des plantations. Son obstination encourage aujourd’hui certains autres planteurs à refuser eux aussi d’appliquer l’accord. Les ouvriers l’ont bien compris. Ils étaient nombreux le 14 novembre au tribunal, toutes plantations confondues, pour rappeler à tous les planteurs que la grève de mai-juin n’est pas si loin, et qu’elle pourrait reprendre si nécessaire.



Guadeloupe: Succès du meeting des ouvriers de la banane !

Le 10 novembre, les travailleurs ont organisé un meeting devant la mairie de Capesterre Belle-Eau. Il s’agissait pour les ouvriers de préparer la mobilisation du 14 novembre pour le procès de Dambas. Près de cent ouvriers étaient présents. La solidarité entre les anciens de la grève est toujours de mise, d’autant plus que Dambas joue au « timal » (au cowboy) depuis le mois de mai ce qui encourage les autres planteurs à faire de même. Une dizaine de travailleurs des plantations de Lignières, de Dambas, de la SA Bois-Debout, de Montebello et de Dumanoir ont exprimé la nécessité de se mobiliser le 14 novembre et de faire bloc contre Dambas et les autres planteurs.


Guadeloupe: Colloque du CIPPA sur l’autonomie

Ce colloque du CIPPA (Comité d’Initiative pour un Projet Politique Alternatif) s’est tenu le samedi 4 novembre à la médiathèque de Baie Mahault. Une série d’organisations politiques, syndicales et patronales ont été invitées pour donner leur avis sur la question du changement de statut. Combat ouvrier y a aussi participé.

Environ 130 personnes ont assisté au colloque. Il y avait des hommes politiques comme le président de la Région Ary Chalus, le politologue Georges Calixte, et Henri Yacou, directeur de la sécurité sociale. Il y avait aussi des associations et des représentants de partis comme celui du Parti socialiste José Toribio, Sonia Pétro du parti Les Républicains, Alain-Félix Flémin pour le PCG, Marie-Christine Myre-Quidal de l’UPLG, et Philippe Rotin de l’UPG. À ce colloque, le patron des patrons, Bruno Blandin, du Medef, faisait aussi partie des invités.

Le Cippa a été créé en novembre 2009, il avait pour objectif de changer le statut de département de la Guadeloupe en un autre statut, celui d’une collectivité qui donne davantage de pouvoirs aux élus. Le CIPPA opte pour le statut de PTOM (Pays et Territoire d’Outre Mer). Ce statut, dit-il, permettra de taxer les produits importés «  afin de soutenir les entreprises locales ». Sur cette question, notre camarade Max Céleste a présenté la position de Combat Ouvrier. Nous la publions intégralement ci-dessous.


Guadeloupe: La position de Combat Ouvrier au colloque organisé par le CIPPA le 4 novembre 2017 sur la nécessité d’un « pouvoir guadeloupéen autonome »

- Notre groupe, Combat Ouvrier, comme le savent tous ceux qui depuis un demi-siècle au moins suivent l’actualité politique antillaise, est un groupe politique communiste révolutionnaire et trotskyste.

- C’est donc en communistes révolutionnaires que nous analysons toute situation politique et sociale de quelque pays que ce soit sur la planète et donc à fortiori du pays dans lequel nous vivons et militons : la Guadeloupe.
- En conséquence, toute analyse politique et sociale de notre part ne peut se situer hors des intérêts des travailleurs et des masses laborieuses.

Il en est ainsi de la question statutaire.

- Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un droit pour tous les peuples. Et contre toute répression de ce droit, il est légitime que les peuples se battent, parfois les armes à la main. C’est ce qu’a fait le peuple vietnamien contre le colonialisme français et l’impérialisme américain, c’est ce qu’a fait le peuple algérien. Les exemples sont évidemment bien plus nombreux.

- En Guadeloupe, la question du statut est toujours restée circonscrite à des cercles restreints, hors des milieux ouvriers et populaires. Seuls se préoccupent et parlent de cette question, régulièrement, au fil de l’histoire, depuis un siècle, des militants, des partis, des groupes politiques, des notables.

- Nous ouvrons cependant une parenthèse dans ce « fil de l’histoire ». Il s’agit de la lutte armée menée de 1980 à 1989 par les militants indépendantistes du GLA (Groupe de libération armée), puis de l’ARC (Alliance révolutionnaire caraïbe). Ce sont eux qui dans l’histoire de Guadeloupe ont mené le plus radicalement la lutte pour l’indépendance.

- À l’époque, devant cette nouvelle situation inédite en Guadeloupe, notre groupe a cherché à mobiliser dans l’action des jeunes, des travailleurs et des membres la population laborieuse dans le but de vérifier s’ils étaient prêts à lier leur propre situation générale d’opprimés à une lutte plus radicale contre l’impérialisme français. - Après environ dix années, force fut de constater l’isolement des acteurs de la lutte armée. La population de Guadeloupe ne les a pas suivis.

Et les tentatives faites par notre groupe sur le terrain n‘ont pas abouti à une mobilisation même d’un nombre significatif de membres de la population de Guadeloupe. Nous sommes restés isolés.

- Au cours de l’histoire des luttes ouvrières et populaires de Guadeloupe, à plusieurs reprises, les travailleurs se trouvèrent en situation prérévolutionnaire. Il en fut ainsi par exemple au cours des grandes grèves de 1910, de 1946, de 1953. Elles étaient des réactions à la fois à l’extrême misère, à la répression et au racisme issus d’une situation d’exploitation sociale et d’exploitation coloniale subie par un peuple de couleur enfanté dans et par l’esclavage avant de vivre sous le colonialisme, durant plus de deux siècles.

- Dans l’évolution du statut, il y avait deux voies possibles au cours de ces années de luttes ouvrières intenses : l’assimilation ou l’indépendance à l’aune du mouvement mondial de décolonisation d’après-guerre. Ce fut la voie de l’assimilation avec la loi de mars 1946 rompant sur le papier avec le statut de  « colonie » qui devait s’imposer. Qu’importent les causes, qu’importent les rapporteurs de la loi et leur politique. Le fait est là.
- Puis ce fut la lutte pour l’égalité des droits des travailleurs de Guadeloupe avec ceux de France, qui dura bien un demi-siècle. Elle contribua à sortir les travailleurs et la population peu à peu de l’extrême misère. Elle était le produit de nombreuses luttes ouvrières et sociales menées par les travailleurs depuis le début du siècle dernier.

Le Parti communiste guadeloupéen y joua un rôle non négligeable. - Un autre fait historique est que la société guadeloupéenne dans son ensemble est allée vers toujours plus d’intégration à la France plutôt que vers son contraire. Ce fut à la fois la conséquence des luttes sociales et de la politique assimilationniste des notables locaux conjuguée à celle, progressive, des gouvernements français. Ces derniers, depuis quelques années prônent des statuts à la carte pour ce qu’ils ont convenu d’appeler les outremers. - Le 7 décembre 2003, un référendum local eut lieu en Martinique et en Guadeloupe.
La question posée était de savoir si la population désirait la suppression des Conseils général et régional actuels et leur remplacement par une collectivité à statut particulier, c’est-à-dire une assemblée unique, régie par l’article 73 de la Constitution. Pour mémoire, cet article 73 est celui de « l’assimilation législative » (c’est-à-dire l’application des mêmes lois qu’en France). Et cela, contrairement à l’article 74 qui, lui, est celui de la « spécialité législative », c’est-à-dire qui ouvre la possibilité de voter des lois autres que celles du Parlement français, donc plus d’autonomie. Eh bien, même sur le fondement de l’article 73 donnant le moins d’autonomie, les votants s’exprimèrent massivement par le non à 72,98% et il y eut près de 50% d’abstention.
Certes, les scrutins organisés par l’État français qu’ils soient locaux ou nationaux sont le produit d’une démocratie bourgeoisie. C’est-à-dire qu’ils sont en partie pipés. Néanmoins comme le disait Engels, les scrutins même dans l’État bourgeois sont quand même une jauge de l’état d’esprit des travailleurs et de la population. Et les résultats, s’ils ne sont pas entièrement fiables, traduisent malgré tout une tendance. Que traduisaient-ils en l’occurrence ? Une forte tendance anti-autonomiste par le résultat considérable du Non et, comme toujours, une forte abstention (récurrente à tous les scrutins) significative à la fois d’un désintérêt et sans doute d’une colère sourde et confuse.

- La dernière en date des poussées de fièvre sociale fut la grève générale et les manifestations populaires de 2009 avec le LKP conduite par la direction indépendantiste de l’UGTG dans le cadre d’une très large unité d’action de plusieurs dizaines de partis et d’associations, dont notre groupe Combat ouvrier. L’élection régionale de 2010 qui suivit immédiatement fut remportée dés le premier tour par Victorin Lurel, adversaire du mouvement de 2009 avec 56,51% des suffrages. La liste Jalton sur laquelle étaient regroupés des partisans du changement de statut – tous types de changement confondus – dont certains éminents membres du LKP n’a obtenu que 12,40% des suffrages.
Notre liste Combat Ouvrier dirigée par notre camarade Jean-Marie Nomertin n’obtint que 2,82% des suffrages. Ce résultat fut un de nos plus gros scores à ces élections habituelles pour nous, mais restait très faible malgré tout, tout comme le score d’Alain Plaisir du CIPPA, autre membre du LKP (1,41%). Ces camarades étaient en vue pendant les 44 jours de grève et de manifestations de 2009.

Comme il arrive très souvent après les grèves générales et les poussées de fièvre sociale, en période non révolutionnaire, les élections qui suivent donnent une victoire encore plus large aux forces conservatrices de la société mais aussi au conservatisme social partagé par les travailleurs et des masses populaires dans la période actuelle. Et tout cela, par réflexe de peur des masses en lutte. Un exemple célèbre est celui des élections qui ont suivi la grève générale et les manifestations de « Mai 68 » en France, où la droite gaulliste avait gagné une très large majorité.
Eh bien une fois de plus, ce vote de 2010 a quand même traduit une tendance opposée au changement de statut.

- Il reste que si l’oppression coloniale brutale, directe, meurtrière n’existe plus depuis près de 50 ans, du moins jusqu’à aujourd’hui, la Guadeloupe subit toujours les séquelles du colonialisme. Les discriminations entre elle et la soi-disant « métropole » sont nombreuses et importantes : quatre fois plus de chômage qu’en France avec pour conséquence une criminalité record, une pauvreté générale des hommes, et des infrastructures bien plus indigentes que celles des départements de France, un échec scolaire plus grand, une cherté de la vie considérable, un racisme institutionnel, bref, la liste n’en finirait pas.
Ce caractère colonial résiduel mais tenace a comme conséquence des luttes ouvrières plus fréquentes, plus dures que celles des travailleurs de France. La dernière grève générale des travailleurs de la banane en est une bonne illustration. Mais pour autant, peut-on penser que le sort des travailleurs et des masses pauvres changerait en mieux par la seule vertu d’un statut administratif particulier autre que le présent statut de département français ? Que ce soit une COM - Collectivité d’outremer - (la COM de St Martin n’a rien changé à la situation des travailleurs de l’île : les dirigeants de ces COM sont plutôt enclins à réclamer la baisse des salaires « pour faire face à la concurrence des îles voisines » ou autres revendications anti-ouvrières). Que ce soit une CTM (Collectivité territoriale de la Martinique) qui n’a pas non plus de politique en faveur des travailleurs, ou un PTOM (Pays et territoire d’outremer), ou encore l’autonomie ou l’indépendance, aucune de ces variantes ne peut, en elle-même, changer le sort des travailleurs, des classes populaires, des plus pauvres.

Seule la lutte des travailleurs et des masses peut changer leur sort.

- Ce qui pourrait donc engager notre groupe sur le choix d’un nouveau statut sera déterminé par ce que les travailleurs et les masses populaires auront vraiment à y gagner. L’émancipation des travailleurs et des classes populaires de Guadeloupe viendra de la renaissance de la prise de conscience de leurs intérêts de classe. C’est au renforcement de cette prise de conscience-là que nous travaillons.

- Si demain devait s’ouvrir une voie nouvelle vers un quelconque changement de statut de la Guadeloupe, il resterait indispensable, même si elle avait l’assentiment d’une fraction des masses laborieuses, que les travailleurs et les masses populaires aient forgé leur propre force politique pour défendre leurs propres revendications politiques et sociales de classe. Engels disait : « abolissez l’exploitation de l’homme par l’homme et vous abolirez l’exploitation d’une nation sur une autre nation ! ».
L’inverse n’est pas vrai. Et c’est bien pour cette raison que la question statutaire ne peut se poser pour les travailleurs et les classes laborieuses que dans la dynamique de la lutte des classes opprimées contre la classe bourgeoise possédante et ses serviteurs politiques.

Combat Ouvrier Rapporteur : Max Céleste, 25 octobre 2017