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CO de 2017/CO n° 1172 du 25 février 2017/Quatrième page

Quatrième page

Dominique: Manifestations de colère à Roseau

À l’appel du leader de l’opposition Lennox Linton, dirigeant du parti UWP (parti des travailleurs unis), une manifestation s’est déroulée à Roseau, capitale de la Dominique, pour exiger la démission du premier ministre, Roosevelt Skerrit. Ce dernier, en poste depuis 2004, est accusé de corruption et d’enrichissement personnel par l’opposition.

La principale accusation concerne la vente de passeports à des investisseurs étrangers, à travers le Citizenship by Investment program (CBI : citoyenneté par l’investissement). Ce programme a été mis en place en 1993 sous Eugenia Charles (Freedom Party), puis maintenu par Edison James (UWP) entre 1995 et 2000, et prolongé jusqu’à ce jour par le parti au pouvoir depuis l’an 2000, le Dominica Labour Party ( DLP-Parti travailliste de la Dominique).

Le but officiel était d’attribuer la nationalité dominiquaise à de riches investisseurs, censés réaliser des projets pour développer le pays. Il faut dire que la Dominique étant membre du Commonwealth britannique, le passeport dominiquais donnait accès à de nombreux pays sans qu’on ait besoin de visa, notamment le Canada. C’est la raison pour laquelle un certain nombre de Chinois de Taïwan, mais aussi d’autres pays asiatiques, ont acquis ce passeport moyennant finances. Au début des années 1990, un grand projet touristique, le Layou River Project, a été lancé. Après 25 ans, seules quelques fondations ont été réalisées, elles sont aujourd’hui recouvertes de végétation. Si le complexe touristique et les emplois promis n’ont pas vu le jour, il y a bien eu des sommes considérables qui ont été versées au gouvernement ou ses représentants. Certains investisseurs ont d’ailleurs intenté un procès pour être remboursés.

Ce programme, critiqué à l’époque par le UWP, parti de l’actuel leader de l’opposition à l’origine des manifestations, a néanmoins été poursuivi par ce parti entre 1995 et 2000, période où il a accédé au pouvoir. Cette politique a d’ailleurs conduit le Canada en 1999 à exiger de nouveau un visa aux ressortissants de la Dominique, devant l’affluence de Chinois fraichement naturalisés. C’est donc la population de la Dominique qui a subi une restriction de sa liberté de mouvement, ce qui a causé un mécontentement et la chute d’Edison James. Mais le programme s’est poursuivi et développé considérablement sous les gouvernements successifs dirigés par le DLP de l’actuel premier ministre.

Depuis quelque temps, un nouveau type de passeports est accordé par le gouvernement de la Dominique, dans des conditions assez obscures : ce sont les passeports diplomatiques, qui permettent à leurs détenteurs de circuler à leur guise. Un certain nombre de scandales ont éclaté : l’ancienne ministre du pétrole du Nigéria, Diezani Alison Madueke, accusée de corruption, a été arrêtée à Londres en possession d’un passeport dominicain. Celui-ci lui aurait été accordé en six jours après une entrevue avec Skerrit. De même Francisco Corallo, patron italien d’une chaîne de casinos arrêté pour blanchiment d’argent à St Marteen en décembre, s’est présenté comme ambassadeur de la Dominique à la FAO, et a revendiqué l’immunité diplomatique. Ng Lap Seng, millionnaire originaire de Macau, accusé de corruption aux États-Unis, était lui aussi titulaire d’un passeport diplomatique. Le cas d’un financeur de réseaux terroristes a également été évoqué.

C’est donc tous ces griefs, ainsi que l’enrichissement personnel du premier ministre et de son entourage, et la critique de sa politique vis-à-vis de la population, qui ont été mis en avant par l’opposition pour appeler à manifester le 7 février dernier dans les rues de Roseau. Il y avait quelques centaines de personnes. La manifestation était donc importante eu égard au nombre d’habitants que compte l’île : 72  000 personnes.

Dans la nuit qui a suivi, des manifestants dont on ne saurait dire s’ils étaient partisans ou non de l’opposition, ou s’ils ont saisi l’occasion pour protester à leur manière, ont allumé des feux à certains carrefours, brisé des vitrines et pillé certains magasins. La police anti-émeute, apparemment très bien équipée, est intervenue, et a arrêté 32 personnes. Le lendemain, le premier ministre a bien entendu rendu l’opposition responsable de ces dégâts, et a même accusé son leader Lennox Linton de tentative de coup d’état. Le 9 février, il a engagé une action en justice contre ce dernier, en l’accusant notamment de vouloir déstabiliser l’État avec des allégations injustifiées. Son porte-parole en a profité pour menacer toute personne voulant « entraver l’action du gouvernement » par des « accusations infondées » de poursuites judiciaires. Pour l’instant, le calme semble revenu en Dominique. Mais il est clair que les pratiques plus que douteuses du premier ministre et son gouvernement, dans un pays où la population est en proie à de grandes difficultés, ne peuvent qu’engendrer le mécontentement. Quant au leader de l’opposition, il a actuellement le beau rôle. Mais la population de la Dominique ne doit pas se faire d’illusions s’il venait au pouvoir. Dans une interview à un média international, il ne remet pas en cause les pratiques de son parti entre 1995 et 2000, et dit ne pas vouloir abolir cette pratique de vente de passeports, simplement il veut qu’elle soit « plus transparente ». Cela ne présente aucune garantie, d’autant que le reste de son programme ne sort pas du cadre du système, tout au plus évoque-t-il des préoccupations écologiques qui n’engagent à pas grand-chose.


Saint-Domingue: Deux journalistes assassinés

Ils ont été assassinés le 14 février. Le meurtrier retrouvé se serait « suicidé » ou aurait été exécuté deux jours après.  

En pleine émission de radio, le journaliste Luis Manuel Medina a été tué. Dans le même local, Leonidas Martinez, journaliste et directeur de la station, venait aussi d’être tué. Le meurtrier a très gravement blessé la secrétaire. L’enterrement des deux journalistes a été une véritable manifestation de colère.

Medina avait dénoncé à plusieurs reprises et deux jours avant sa mort la pollution par une grosse entreprise d'un lac protégé. Par ailleurs les journaux rapprochent ces derniers crimes d’une grosse affaire de corruption : la société sucrière d’État CEA aurait vendu au profit de ses dirigeants et de politiciens des terres de l’État, près de 5 % de la superficie du pays. Le gouvernement avait créé une commission d’enquête sur ces opérations dont le principal rapport devait être remis en mars à Medina.

À Saint Domingue, les journalistes qui refusent les pots de vin et ne se taisent pas, dénonçant la corruption et l’injustice, sont harcelés, menacés de mort. Lors de la campagne menée pour priver d’identité 200 000 Dominicains d’ascendance haïtienne, ce fut le cas. En avril 2015, Blas Olivo, journaliste, a été tué par arme à feu, affaire jamais élucidée par les autorités. Médina et son collègue ont payé cher leur courage dans un pays dirigé par une bourgeoisie rapace et criminelle.


Haïti : Le salaire minimum de 300 gourdes toujours d’actualité

Nous publions ci-dessous un article des camarades de l’OTR (Organisation des travailleurs révolutionnaires) paru dans leur mensuel, La voix des travailleurs du 13 février.

Il y a à peu près un an, les ouvriers de la zone industrielle avaient organisé plusieurs manifestations pour exiger une augmentation du salaire minimum à 500 gourdes.

Aux ordres des patrons, le gouvernement Privert, de concert avec les membres du conseil supérieur sur le salaire, avaient fixé le salaire minimum à 300 gourdes. Pour berner les ouvriers et leur faire accepter les 300 gourdes, le conseil supérieur de salaire avait annoncé qu'il allait exiger du secteur patronal de donner aux travailleurs des accompagnements sociaux comme des frais de transport, des frais de nourriture etc.

Neuf mois après, si les travailleurs dans l’ensemble ont eu le salaire minimum de 300 gourdes au terme de rudes combats avec les patrons, ils n’ont pas eu en revanche d’accompagnements sociaux et ils n’ont pas entendu les membres du conseil supérieur monter au créneau pour dénoncer les patrons. Au contraire, les patrons ont tout fait pour diminuer la paye des ouvriers en augmentant les cadences, en prélevant des taxes sur leur maigre salaire.

Les conditions de travail se sont considérablement dégradées, les travailleurs n'ont par exemple que de l’eau non traitée, des toilettes rarement nettoyées. Les femmes en période de menstruation attrapent des infections génito-urinaires en utilisant des retailles de tissus remplies de poussière parce que la quantité de serviettes hygiéniques mise à leur disposition n’est pas suffisante. Elles subissent les agressions des superviseurs et des petits chefs qui les humilient en leur lançant des propos odieux. Avec la dévaluation de la gourde, le salaire minimum devient chaque jour de plus en plus insignifiant. Les 300 gourdes équivalent à 4,41 dollars US à raison de 1 dollar pour 68 gourdes. Comme d'habitude, à chaque fois que le taux du dollar augmente les gros commerçants ajustent les prix des produits de première nécessité. Ainsi la cherté de la vie frappe très fort les travailleurs de la zone industrielle. L’augmentation des prix des produits incite les petits marchands de nourriture à ajuster le prix des plats pour ne pas être déficitaires. Un plat chaud qui se vendait 75 gourdes passe à 100 gourdes, un verre de jus qui se vendait 15 gourdes est passé à 20 gourdes. Il ne reste rien entre les mains des ouvriers après avoir payé leurs dettes et la tontine, pour subvenir aux besoins de leurs familles. De ce fait, faute d'argent, ils sont obligés d’emprunter pour pouvoir payer les frais de transports et ceux de nécessité courante en attendant la prochaine paye. Ils sont donc toujours endettés. Actuellement la majorité des ouvriers ne prend qu'un seul repas par jour. Parfois, celui-ci est constitué d’un morceau de pain et d’eau sucrée ou bien de quelques cuillères de blé. Certains souffrent d'ulcères à l’estomac, de malnutrition, d'hypertension, à cause des repas préparés dans de mauvaises conditions, et parce qu'ils mangent dans la poussière en pleine rue. Les patrons ne mettent pas de cafeteria à leur disposition. Pour alléger le sort des ouvriers, les 500 gourdes doivent être appliquées dans les plus brefs délais. Les ouvriers ne doivent pas laisser leur sort entre les mains d’un « sauveur suprême » ou entre celles d’un président élu pour soi-disant satisfaire leurs revendications.

Les expériences du passé montrent que pour obtenir les plus petites choses qui soient, les travailleurs ont dû se mettre en mouvement. Aujourd’hui, la revendication à faire valoir, c’est « 500 gourdes tout de suite, sans augmentation de tâche » et ce salaire minimum doit être payé en dollars ou au taux du jour.  


Roumanie : Révolte contre la corruption 

Des centaines de milliers de personnes se sont mobilisées.

Le 31 janvier, quelques jours après son arrivée au pouvoir, le gouvernement de Sorin Grindeanu, du Parti social-démocrate (PSD), n’a rien trouvé de plus pressé que de se réunir la nuit pour adopter en secret une amnistie des crimes de corruption et une modification du code pénal qui supprime le délit d’abus de pouvoir. La nouvelle a fuité et une demi-heure plus tard, les manifestants affluaient devant le palais du gouvernement…

Ce n’est pas la première fois. Des mobilisations du même type et pour des raisons similaires s’étaient produites en 2012, contre le gouvernement de centre-droit d’Emil Boc cette fois. En Roumanie, le chômage officiel est assez « bas » (7 %), mais avec près d’un quart de la population sous le seuil de pauvreté et la moitié des salariés gagnant moins de 584 € nets, la vie est difficile pour les pauvres et les travailleurs. Depuis 2010, l’austérité est très dure. Le système de santé – où une infirmière gagne 250 € par mois – a été saccagé.

Il n’est pas étonnant que les attaques contre les travailleurs et l’arrogance avec laquelle les serviteurs politiques des riches se servent et se protègent provoquent la colère. Peut-être grâce au souvenir des manifestations de 2012, la mobilisation s’est développée très vite cette année. Les manifestants étaient plus de 230 000 le 1er février, plus de 300 000 le 3 février. Malgré les tentatives de répression, la mobilisation a culminé le 5 février avec plus d’un demi-million de personnes.

La bourgeoisie aime la corruption quand elle lui permet de faire des profits, mais s’en trouve gênée si elle se voit trop. Comme la dernière fois, le gouvernement a reculé quand les ambassades des pays riches (États-Unis en tête) ont publié un communiqué reprochant au gouvernement un climat « très inquiétant pour la communauté des affaires ».
Il faut dire que, comme la dernière fois, on commençait à voir non seulement des « citoyens » dans les rues, mais aussi des travailleurs en grève… ce qui est souvent le signal, pour les capitalistes, qu’il faut arrêter les frais.

Plusieurs milliers de personnes continuent la mobilisation pour obtenir la démission de Grindeanu. Mais, en l’absence d’un parti qui représente les intérêts des travailleurs, l’initiative des couches populaire, si elle a fait reculer plusieurs gouvernements, n’a servi qu’à remplacer un politicien « de gauche » par son jumeau « de droite ».


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