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CO de 2017/CO n° 1172 du 25 février 2017/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe: Affaire Albioma : Blocage de Marie-Galante

Le 17 février, les planteurs ont organisé une opération « île morte » en bloquant les principaux accès à la ville de Grand-Bourg. L’accès à la gare maritime fut aussi bloqué. Les rotations de navettes entre Marie-Galante et la Guadeloupe continentale ont été arrêtées pendant une journée.  

C’est le « Collectif de sauvegarde de la canne, moteur de l’économie de Marie-Galante » qui a organisé ce blocage. Il regroupe principalement des planteurs, mais aussi des commerçants, des artisans et des marins-pêcheurs. Les planteurs craignaient le probable dépôt de bilan de l’usine à sucre annoncé par le commissaire aux comptes de l’entreprise. Ils réclamaient en urgence la signature d’une convention qui permettra à l’entreprise Sucrerie et Rhumerie de Marie-Galante (SRMG) de toucher une subvention d’État de 1,6 million d’euros. Sans cette subvention les planteurs et la direction de l’usine affirmaient que l’ouverture de la campagne de récolte de la canne est impossible.

Chaque année, la direction de la SRMG touche cette subvention. Le problème c’est que cette année, la convention - qui doit être signée par la préfecture, la SRMG et la Communauté d’agglomération de Marie-Galante - conditionne le versement de cette subvention au lancement du projet de centrale électrique bois-bagasse d’Albioma. La présidente de la Communauté d’agglomération de Marie-Galante, qui considère que ce projet de centrale est « trop couteux et trop polluant », refuse de signer la convention.

La SRMG est une filiale du groupe COFEPP - La Martiniquaise, qui a fait 23 millions d’euros de bénéfices en 2015. Le groupe pourrait puiser dans ces bénéfices pour faire fonctionner l’usine à sucre de Marie-Galante. D’un autre côté, la préfecture qui arrose cette entreprise de subventions depuis des années pourrait très bien lui verser les 1,6 million d’euros, tout en suspendant le projet de centrale électrique. En réalité, le groupe capitaliste COFEPP est partie prenante du projet Albioma, dont il espère tirer des profits confortables au cours des années à venir. Aidé par la préfecture, il prenait en otage les petits planteurs et les ouvriers de l’usine, en menaçant la récolte, pour atteindre ses objectifs. DH : Le 20 février, l’État a finalement accordé la subvention de 1,6 million d’euros à la SRMG en suspendant le lancement du projet de la centrale Albioma.


La SRMG se sucre avec des millions de subventions

La Sucrerie et Rhumerie de Marie-Galante (SRMG) a été créée en 1995. Entre 1995 et 2000, l’État a subventionné l’entreprise à hauteur de 13,7 millions d’euros. Malgré cela la SRMG a déposé le bilan en 2000. Pour « sauver » cette filiale du groupe COFEPP - La Martiniquaise, dirigée par Jean-Pierre Cayard, 18ème fortune de France, la préfecture a décidé de lui verser de nouvelles subventions. Entre 2001 et 2006, la SRMG a touché 13 millions d’euros d’aides. Cela a continué les années suivantes : l’État a offert à la SRMG 1,9 million en 2012, 1,8 million en 2013, 1,7 million en 2014 et 1,6 million en 2015. Malgré toutes ces aides, la direction n’a jamais réalisé les travaux de modernisation de l’usine, d’où les nombreux retards de démarrage à chaque campagne. Quand la direction de la SRMG déclare vouloir sauver la filière canne de Marie-Galante, c’est juste pour continuer à toucher ces millions de subventions.


Martinique: Prix des carburants : La fronde s’étend

Mercredi 15 février 2017, les transporteurs de marchandises et des taxis ont mené avec leurs véhicules une action qui a perturbé les accès de la SARA (la raffinerie) et de la CTM (Collectivité territoriale de Martinique).

Les raisons de leur mécontentement : la baisse des prix à la tonne de matériaux transportés, les temps de repos, leur demande d'aide aux transporteurs retraités qui n'ont cotisé à aucune caisse sociale. Mais la plus importante de leurs revendications porte sur la détaxe du carburant.

En effet, depuis le 1er janvier 2017, les montants des taxes incluses dans les prix des carburants ont augmenté : 2 centimes de plus sur le litre de sans-plomb et 10 centimes sur le gazole. Cette hausse a été mise en œuvre par l’État, représenté par le préfet, après un vote de la CTM intervenu en novembre 2016. Daniel Marie-Sainte, porte-parole MIM (mouvement indépendantiste martiniquais), du Conseil Exécutif, a justifié ainsi ces augmentations : « L’Assemblée plénière de la CTM a accepté de voter une hausse modérée de la fiscalité (Taxe spéciale et Octroi de mer) qui alimente les caisses des trois Communautés d’agglomération des 34 communes et de la CTM pour tenter de compenser, un tant soit peu, les baisses successives des dotations attribuées par l’État ». Pour ces transporteurs qui utilisent uniquement le gazole, ces hausses représentent une surcharge conséquente et donc une baisse de leur marge.

Si les transporteurs ont été les seuls à manifester depuis la mise en œuvre de ces augmentations, ils ne sont pas les seuls à en pâtir.
Ces hausses frappent tous ceux qui utilisent les carburants au quotidien, et notamment tous les travailleurs qui ne disposent que de leur salaire, et qui sont obligés d’avoir un véhicule personnel pour se rendre à leur travail et pour leurs déplacements privés. Aujourd'hui, c’est le petit patronat qui proteste contre ces hausses. Ses protestations viennent s’ajouter à celles des contribuables qui protestent contre les augmentations des impôts locaux justifiées par les mêmes arguments. Selon Eugène Larcher, président de la Communauté d’Agglomération de l’Espace Sud de Martinique, il s'agit de « faire face aux conséquences du désengagement de l'État qui réduit massivement les dotations qu'il verse aux collectivités ».

Ces mouvements de protestation sont largement justifiés. Mais le niveau des prix et des impositions nuisent surtout aux travailleurs. Et les travailleurs, eux qui sont les plus nombreux, eux qui produisent toutes les richesses, eux qui font fonctionner toute la société, ont toutes les raisons de ne pas être des spectateurs passifs. Eux seuls ont les moyens de faire reculer les autorités sur les mesures impopulaires qui les frappent. Mobilisation des transporteurs, le 15 février.


France: Macron veut plaire à tout le monde… pour faire oublier qu’il n’aime que les riches

Comme tous les autres candidats de gauche ou de droite, il est au service des capitalistes.

Depuis qu’il est officiellement candidat, Macron se met en quatre pour amuser la galerie. Après avoir dit « je suis socialiste » aux journalistes de Challenges (magazine du patronat proche du PS), il a déclaré « je ne suis pas socialiste » au Puy du Fou où l’ultra-chauvin de droite Philippe de Villiers l’avait invité. Un coup, il caresse dans le sens du poil les cathos réactionnaires anti-mariage homosexuel, et le même jour, il trouve que la loi sur ledit mariage ne va pas assez loin (quand il répond au magazine féministe Causette).

Alors qu’il tenait sur l’Algérie française un discours proche du Front national dans Le Point (de droite), il a déclaré « la colonisation, c’est un crime. Un crime contre l’humanité ». Il faut dire qu’il était alors en Algérie. Et puis rebelote quatre jours plus tard dans un meeting à Toulon, où vivent de nombreux pieds noirs : il s’excuse et reprend le « je vous ai compris » de De Gaulle. C’est un vrai feu d’artifice : « oh la belle rouge ! » par-ci, « oh, la belle bleue ! » par-là.

Les médias dont il a été un moment le chouchou disent maintenant qu’on ne connaît pas son programme. C’est faux, ou alors il faut avoir la mémoire courte. En mai dernier, il avait été interpellé sur le prix de son costume par des travailleurs en grève. Macron n’avait pas hésité à répondre à un ouvrier qui travaille depuis l’âge de 16 ans : « vous n’allez pas me faire peur avec votre t-shirt, la meilleure façon de se payer un costume c’est de travailler ». Finalement, Macron n’est pas assez bon comédien pour cacher sa haine méprisante pour la classe ouvrière en lutte. Macron, c’est le ministre des 40 milliards d’euros de cadeaux au patronat. C’est la loi fourre-tout qui porte son nom qui limite les recours aux prud’hommes et instaure le travail le dimanche. Le programme de Macron, on le connaît : des cadeaux pour les capitalistes, des attaques contre les travailleurs.  


Égalité réelle outre-mer : La montagne accouche d’une souris

Après l'Assemblée Nationale, le Sénat a adopté la loi Égalité réelle outre-mer le 14 février 2017. C’était un engagement de campagne du candidat Hollande.

Aux dires de la ministre des outre-mer, Éricka Bareigts, il s’agit d’un « véritable changement de vision des outre-mer ». Rien que cela ! La loi dit « reconnaître aux populations le droit à l’égalité réelle au sein du peuple français ». La vision reste bien celle, toujours condescendante, de l’État français vis-à-vis de ses ex-colonies et de leurs « populations ». La proposition de Victorin Lurel de revenir sur la prime de vie chère n'est, pour l'instant, pas retenue, par crainte de la réaction des travailleurs.

Selon la ministre, l'objectif est de « combler les inégalités inacceptables qui subsistent entre l’Hexagone et les territoires ultramarins ». Inacceptables, mais encore là, 70 ans après la départementalisation (1946), et 20 ans après l’annonce (en 1996) de l’alignement du SMIC et d'autres prestations sociales sur celles de la France !

Elle parle de « dispositions importantes, en matière d’égalité sociale, avec notamment, l’adaptation du complément familial, l’alignement progressif de l’AVPF (Assurance vieillesse pour les parents au foyer) ou la fin de discriminations pour permettre aux travailleurs indépendants d’avoir accès aux prestations familiales ». L’accession au logement digne pour les familles modestes ou l’aide à la mobilité et au retour pour les jeunes seraient aussi concernées. Mais quand cette loi sera-t-elle publiée ? Elle peut être modifiée et son application repoussée, avec l'élection du successeur de Hollande.

Le dossier de presse est très flou, on peut y lire que « 3000 foyers modestes supplémentaires seront concernés par le complément familial et que 5000 retraités verront à terme leur pension de retraite améliorée jusqu’à 20% ». C'est d'autant plus flou que le financement de ces mesures n’est pas prévu ! Et rien pour l’emploi massif de jeunes et moins jeunes pour remettre en activité immédiatement les milliers d'entre eux qui se trouvent à la rue ! Par contre, sur le soutien au « développement économique et l’emploi », lire « aux entreprises et aux patronat », il y a du concret ! L’argent public continue à couler à flots. Les aides et la défiscalisation existant dans les zones franches, sont maintenues à la même hauteur qu’en 2016 pendant deux années supplémentaires. Le secteur du Bâtiment et travaux publics s’ajoute aux secteurs bénéficiaires des dérogations fiscales et sur les cotisations sociales. Quant aux « plans de convergence » qui devraient être concoctés sur 10 ou 20 ans entre l’État et l'outre-mer, ils ont tout l’air de miroirs aux alouettes ! Les députés ultramarins proches de Hollande, tels Lurel ou Letchimy, se sont auto-félicités, insistant sur le fait qu’ils avaient beaucoup « bataillé » pour « arracher » certaines décisions.

Mais la montagne accouche d’une souris ! En définitive, la loi Égalité réelle est une nouvelle loi pour les DOM semblable aux précédentes. Du saupoudrage de quelques dizaines d’euros, enrobé de grandes déclarations vers les populations les plus démunies, et les jeunes. Par contre, des centaines de milliers d’euros d’aides sonnantes et trébuchantes pour les patrons qui font fructifier cette manne sur le dos des travailleurs sans aucun contrôle.


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