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CO de 2017/CO n° 1172 du 25 février 2017/Première page

Première page

Éditorial:Pour Théo, Adama et tous les autres Contre les policiers racistes au service d’une société violemment injuste

ZoomLes manifestations se succèdent pour demander justice pour Théo, un jeune Noir tabassé et violé avec une matraque par quatre policiers à Aulnay-Sous-Bois, en banlieue parisienne, le 2 février.

Théo a subi des violences qui s’apparentent à de la torture. Il a subi ces violences parce qu’il est jeune, parce qu’il est noir, parce qu’il vit dans un quartier pauvre, et parce qu’il a refusé de baisser la tête. Cette affaire révèle ce que les jeunes Noirs et Arabes subissent au quotidien. Au « pays des Droits de l’Homme » des policiers racistes et violents abusent chaque jour de leur pouvoir. Sous prétexte de contrôles d’identité, parfois plusieurs fois dans la même journée, ces jeunes sont humiliés par des policiers qui les tutoient, les insultent et les brutalisent.

Le racisme est bien installé dans la police en France. On a vu un syndicaliste policier déclarer à la télévision le 9 février : « Bamboula, ça reste encore à peu près convenable». En banlieue, la police joue le rôle de garde-chiourme. Dans ces villes minées par le chômage, il faut apprendre aux jeunes Noirs et Arabes à accepter l’ordre établi et toutes ses injustices. Certains policiers ne font pas ce sale boulot de gaieté de cœur. Mais d’autres y prennent plaisir, encouragés par l’impunité dont ils bénéficient. Le policier qui a violé Théo était volontaire pour aller sur le terrain à Aulnay-Sous-Bois.

La plupart du temps les victimes ne parlent pas. Un ami de Théo dit avoir subi quelques jours avant des brutalités de la part du même policier. Mais il n’a rien dit, car il venait de trouver un travail et il craignait de le perdre. Quand un jeune porte plainte, il est très rare qu’il obtienne gain de cause. Dans le cas de Théo, l’Inspection générale de la police et le tribunal ne souhaitaient même pas utiliser le terme de « viol ». Un autre jeune, victime de faits similaires dans la ville voisine de Drancy en 2015, vient juste d’obtenir que la justice parle de viol dans son cas, grâce à l’indignation soulevée par l’affaire Théo. Parfois, les policiers ou les gendarmes tuent leur victime. C’est le cas pour Adama Traoré, un jeune Noir mort en juillet à la gendarmerie de Persan-Beaumont.

Au fil des témoignages, on en sait un peu plus sur la police d’Aulnay-sous-Bois. Le commissariat de cette ville est un repaire de policiers d’extrême droite, toujours prêts à lancer aux jeunes une insulte raciste ou une provocation. Ces policiers multiplient les humiliations, les coups, voire les actes de barbarie, contre ceux qui leur tiennent tête. Marine Le Pen soutient les violences racistes de la police. Le Front National se prétend « anti-système », mais c’est en réalité un parti qui veut mettre au pas tous ceux qui pourraient s’opposer à l’ordre établi par la bourgeoisie, fondé sur l’exploitation et les discriminations. Les violences policières contre les jeunes Noirs et Arabes en France sont constitutives d’une société organisée pour satisfaire quelques riches privilégiés. Il faut en finir avec cette société violemment injuste !


Guadeloupe: La vague de mécontentement dans les collèges

Avant les vacances de Carnaval, près de la moitié des collèges ont fait grève pour protester contre la baisse des moyens annoncée pour la prochaine rentrée scolaire. C’est aussi le cas du lycée Gerville-Réache de Basse-Terre.  

Le rectorat de Guadeloupe a décidé de supprimer de nouveau des postes de professeurs. Pour cela, depuis plusieurs années, il a mis au point un système de statistiques truquées qui lui permet de faire disparaître des élèves. Au collège Courbaril de Pointe-Noire, par exemple, le rectorat ne prévoyait pour l’année prochaine que 72 élèves en sixième. Il a donc annoncé qu’il n’y aurait que trois classes de sixième, la quatrième classe devait fermer. Pourtant, dans la commune, il y a 84 élèves qui sont actuellement en CM2, et qui doivent aller en sixième l’an prochain ! Les professeurs et les parents ont fait grève pendant neuf jours, avec le soutien du maire de Pointe-Noire. Le recteur a fini par céder, et la quatrième classe de sixième est maintenue.

Suppressions de classes

Le tour de passe-passe des « élèves qui disparaissent » est un classique du rectorat. Avec ces prévisions en baisse, il programme la fermeture de certaines classes. En septembre, une fois que les élèves sont bien là, les classes supprimées sont rouvertes en urgence. Quel est l’intérêt ? Cela coûte moins cher. Les professeurs qui prendront en charge ces classes recréées sont des enseignants précaires, recrutés sur des contrats à l’année. Ou bien ce seront des enseignants déjà en poste qui accepteront de faire des heures supplémentaires. En 2015, par exemple, 35 postes ont été supprimés. Et l’équivalent de 72 postes a été recréé en urgence pour assurer la rentrée. Le même scénario s’est reproduit en 2016.

Pour faire des économies, le rectorat crée des classes surchargées. Il supprime des options et des travaux en petits groupes. Il prévoit un nombre délirant d’heures supplémentaires à faire par les enseignants, près du double de la moyenne des autres académies. Il laisse des élèves sans professeur pendant des mois. Les résultats de cette mauvaise politique sont là. Le recteur se vante des bons chiffres de réussite au brevet et au bac. Pourtant, chaque année, l’armée signale qu’un tiers des jeunes de Guadeloupe qui participent à la journée défense et citoyenneté sont au bord de l’illettrisme. C’est trois fois plus que la moyenne nationale. Et cela ne baisse pas. La situation sociale et économique de la Guadeloupe justifie que l’académie ait des moyens supplémentaires, au lieu d’en perdre chaque année. Pour obtenir ces moyens, les enseignants ont l’intention de se mobiliser à nouveau au mois de mars. Mobilisation des professeurs, le 16 février devant la préfecture.

Un « choc démographique » ? 

Pour justifier les suppressions, le recteur Galap a expliqué à plusieurs reprises qu’il y a en Guadeloupe un « choc démographique » : la population vieillit, il y a moins d’enfants, donc il faut fermer des classes. Ce sera peut-être vrai dans quelques années, mais pour l’instant le « choc démographique » est à l’envers. Dans la majorité des collèges, le nombre d’élèves prévu par classe est en augmentation (malgré le trucage des chiffres par le rectorat). En sixième, par exemple, le rectorat avait fixé une limite à 24 élèves par classe. L’année prochaine, ce plafond sera remonté à 26 élèves par classe.


Martinique: Coup de sang à la clinique Sainte-Marie

Les agents de la clinique Sainte-Marie à Fort-de-France en ont ras-le-bol. Ils assistent depuis des mois au délabrement progressif de la clinique. Même l'entretien courant a été abandonné par le propriétaire, le groupe Kapa-Santé.

Ce groupe créé en 2002 possède huit cliniques en France (une en Martinique et en Guyane, deux en Guadeloupe). La clinique de Guyane, elle aussi abandonnée à son sort, est fermée depuis octobre. Le groupe affiche cependant 117 millions d'euros de chiffre d'affaires. Il est spécialisé dans le rachat d'établissements fragilisés. La qualité de l'offre de soin semble être le cadet de ses soucis. Aujourd'hui c'est le personnel de Sainte-Marie et les malades qui en font les frais. Tout le monde a pu voir au journal télévisé l'état des chambres de la maternité qui ont du être fermées parce que complètement insalubres. Les murs sont envahis par les moisissures ! Les salariés se sont fait entendre. En grève dans leur majorité les 15 et 16 février, ils ont provoqué le déplacement du président du groupe M. Kadji et du directeur régional de Guadeloupe. Mais ceux-ci n'ont voulu évoquer qu'un « plan d'amélioration » à une date repoussée à deux mois ; et la misère de l'augmentation de 20 € d'une prime. La colère restait intacte du côté du personnel et a provoqué la mise en place d'un barrage à l'entrée de la clinique. Le syndicat CDMT soutient les salariés.

Cette situation inacceptable n'est plus acceptée. Alors la mobilisation continue.


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