Site

Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1168 du 31 décembre 2016/Deuxième page

Deuxième page

Martinique : Grève à Chronopost face à une direction têtue et arrogante

Depuis le lundi 12 décembre les travailleurs de l’agence Chronopost de Fort de France sont en grève. Cela fait des années que le personnel a alerté la direction de Chronopost sur leurs revendications. Elle s’est toujours montrée sourde et méprisante vis-à-vis du personnel.

Ces revendications portent sur la sécurité et l’amélioration des conditions de travail. En fin d’année la situation devenait de plus en plus insupportable pour les salariés.

Le directeur de l’outremer n’étant pas sur place, c’est à son chef d’agence qu’il ordonnait de ne surtout pas répondre aux revendications du personnel pourtant banales. Ce dernier ne se contentait pas d’imposer sa loi. Il ne se gênait pas non plus pour insulter ceux qui ne se laissaient pas faire, infligeant même à plusieurs d’entre eux des sanctions disciplinaires. Eh bien, ce petit chef est tombé sur un os, car les employés et ouvriers de cette agence liée à la Poste ont trouvé le soutien des militants CGTM de la Poste et aussi d’autres secteurs.

Ainsi, la colère des salariés a pris le dessus. La direction continuant à refuser toute négociation après le dépôt d’un préavis, la majorité des salariés se sont mis en grève en installant avec des palettes leur piquet de grève devant l’entrée de l’entreprise, pour l’obliger à négocier. Têtue, la direction a voulu faire du chantage, demandant aux grévistes de lever leur piquet de grève avant toute négociation, peine perdue. Face à la détermination des grévistes, la direction de Chronopost a tenté une autre stratégie pour contrer le mouvement des salariés : mettre en place une entreprise parallèle avec du personnel recruté pendant le conflit, pour continuer l'activité dans des locaux de l'aéroport. La tension est montée d’un cran parmi les grévistes, la détermination aussi. La direction a dû vite déchanter, ses manœuvres pour faire reprendre le travail n’ayant pas eu les résultats escomptés. Finalement, le directeur de l’Outre-Mer a pris l’avion pour se trouver sur place. La direction a tenté une autre solution en assignant un gréviste et le secrétaire CGTM du syndicat des PTT devant les tribunaux. Le procès a eu lieu le 22 décembre. À la demande de l’avocat des salariés, la justice a désigné un médiateur pour mener la négociation. Elle a aussi désigné un expert pour constater les manquements flagrants à l’hygiène et à la sécurité dans l’entreprise et enjoindre la direction à y mettre fin. Elle a aussi demandé aux grévistes de dégager l’entrée de l’entreprise.
Des négociations ont donc démarré dès le lendemain, les grévistes restent en grève jusqu’à la signature d’un protocole de fin de conflit. Au moment où nous écrivons, ce protocole doit être signé, il répond aux revendications des grévistes et fait la direction ravaler son mépris. Seule la lutte paye.


Guadeloupe: Face au problème de l’eau, une proposition du Parti communiste guadeloupéen

Le PCG, dans une réunion à Capesterre-Belle-Eau a proposé d’agir pour imposer un référendum dans le but de créer un office unique de gestion de l’eau à statut public et un prix unique de l’eau dans tout l’archipel.  

Le 20 décembre la réunion organisée par le PCG a été animée, durant plus de trois heures. Le débat a été précédé de la conférence par Jean-Marie Brissac, numéro deux de la CGTG, vice-président du Comité économique et social régional et auteur du rapport Le service public de l’eau en Guadeloupe : analyses et propositions. Cette conférence, riche en données et explications sur la situation désastreuse que subissent les usagers de l’eau, a permis de comparer une gestion par les sociétés capitalistes comme la Générale des eaux, la Nantaise des eaux, Veolia ou le SIAEAG à ce que peut être une véritable gestion de service public. Le seul exemple en Guadeloupe où le principe légal, « l’eau paie l’eau », est respecté serait celui de Trois Rivières. Mais toutes les communes n’ont pas les ressources en eau de Trois Rivières ou de Capesterre-BE. La solidarité entre les différents points de la Guadeloupe est une nécessité. Depuis 2009 le principe d’un office unique de gestion de l’eau est accepté par les autorités et les collectivités, mais rien n’est fait. Le PCG propose de faire signer largement une pétition pour que les collectivités soient obligées de faire un référendum « décisionnel » sur la création de cet office. Le PCG prévoit la présence dans l’office d’élus choisis par les collectivités, de représentants des usagers et, suite au débat, de membres des syndicats des travailleurs de l’eau. Des questions ont été posées sur le fonctionnement d’un tel comité et sur le contrôle des élus dont les actions sur l’eau posent problème. Le PCG a déjà l’accord de la CGTG pour mener cette campagne. Combat ouvrier s’associera à eux dans la perspective que pétition et referendum ne soient qu’un des éléments de la protestation populaire de rue face au problème de l’eau. On a vu la limite du référendum de Notre-Dame-des-Landes resté sans application malgré les votes. C’est seulement si des milliers de manifestants descendent dans la rue et menacent que rien ne fonctionnera tant qu’une solution n’interviendra pas pour la fin des coupures d’eau. La voie à suivre est celle de ceux de Capesterre-Belle-Eau et de Baillif qui ont barré les routes jusqu’à satisfaction.


Antilles: Jean-Luc Mélenchon en campagne électorale

En Martinique:

Mélenchon sentant qu’il pourrait engranger quelques voix en Martinique y est passé dès le vendredi 16 décembre et s’est adressé aux électrices et électeurs au nom de la « patrie commune ».
Mélenchon sentant qu’il pourrait engranger quelques voix en Martinique y est passé dès le vendredi 16 décembre et s’est adressé aux électrices et électeurs au nom de la « patrie commune ».

Il a été invité sur les plateaux télévisés et a donné un meeting le samedi 17 décembre à l’IMS l’Institut martiniquais du Sport au Lamentin, où il a exposé son programme, sa philosophie et ses propositions pour l'outremer devant près de 500 personnes.

Au-delà des grandes envolées, des interpellations des « amis » et des effets de manche, ce programme politique n’est autre que celui d’un démagogue. La « patrie » dont parle Mélenchon dans son programme, celle de la bourgeoisie française, est forte de onze millions de kilomètres carrés de domaine maritime. Elle le doit à des siècles de piraterie, de pillage, de massacres de populations autochtones, des Antilles françaises à La Réunion, de la Nouvelle-Calédonie à l’île de Clipperton, aux Kerguelen... Cet empire, ou plutôt les restes de cet empire, Mélenchon ne le conteste pas. Au contraire, il veut le mettre mieux en valeur, et aussi en faire mieux profiter les entreprises françaises. En Martinique, Mélenchon a présenté un programme spécifique outremer, pour un développement endogène, programme qu’il appelle tout un chacun à compléter sur son blog. Petit clin d’œil aux tenants de « démo-cratie participative ».

Par exemple, il dénonce le fait que 95 % des poulets sont importés ou encore la dépendance énergétique des Antilles. Mais, on le sait, pour le poulet comme pour une grande partie de la distribution, de l’industrie, des grandes terres agricoles, ou des sociétés importatrices de carburant, la situation résulte du monopole exercé sur le grand commerce par les familles capitalistes békés. Depuis des décennies, l’administration française ne le combat pas, elle l’organise. Les politiciens locaux et aujourd’hui ceux de la CTM (Collectivité territoriale de Martinique) ne s’y opposent pas non plus, ils le gèrent. Mélenchon ne dit rien sur cela ! Selon lui, pour trouver la solution il suffirait de bien voter aux prochaines élections présidentielles et donc de voter pour Mélenchon. Pour plaire aux écologistes et tous ceux qui veulent se faire bercer d’illusions, Mélenchon a aussi parlé de la richesse énergétique de la mer, de la formation d’ingénieurs et d’ouvriers spécialisés martiniquais pour développer ces énergies. Mais pas plus en Martinique qu’en France Mélenchon ne s’adresse aux travailleurs, à leur capacité de lutte, à leur conscience de classe.

Au contraire, il noie les différences de classe, les intérêts opposés des travailleurs et des capitalistes, dans des appels aux citoyens et aux patriotes, comme le font d’ailleurs les nationalistes ou les indépendantistes. Alors, qu’il s’agisse de Mélenchon, de Macron, de Valls et des politiciens locaux de gauche, patriotes, indépendantistes, sans compter la droite et l’extrême droite, tous ces hommes et femmes politiques n’ont qu’un seul objectif, c’est d’être les meilleurs serviteurs des pwofitè (capitalistes).

En Guadeloupe:  

Le lundi 21 décembre, à Gosier Mélenchon a rassemblé 500 à 600 personnes dans un meeting public. Les points essentiels qu’il a développés pour l’économie d’outre-mer sont l’écologie et l’énergie renouvelable. Aucune proposition majeure n’a été faite pour enrayer le chômage de masse qui sévit en Guadeloupe. Son discours politique a été un discours électoraliste et réformiste qui s’appuie sur la participation des élus au gouvernement bourgeois. Il n’a proposé aucun programme concernant la classe ouvrière. Le public était essentiellement composé de petits-bourgeois dont de nombreux métropolitains de la gauche libérale. Ce sont en majorité des intellectuels qui n’ont aucun lien avec les travailleurs. Pour eux la classe ouvrière n’existe pas et seuls des élus peuvent changer quelque chose au sein du gouvernement.

Jean-Luc Mélenchon a été ministre du gouvernement Jospin et a défendu la politique réformiste de celui-ci. L’attitude d’opposant avec « une grande gueule » en se revendiquant d’être le représentant de la « France insoumise », n’est qu’une attitude de façade pour toucher les électeurs qui ne sont ni de droite ni à la gauche du parti socialiste. Dans une interview sur Guadeloupe première Mélanchon a voulu se démarquer de Marine Le Pen car certains de ses opposants l'accusent de reprendre les mêmes thèses nationalistes que la dirigeante du Front national. Il a affirmé qu’il n’avait rien à voir avec les lepénistes. Ses origines sont effectivement différentes car il est issu des rangs du parti socialiste. Mais défendre la production française et s’opposer à l’Europe c’est défendre la bourgeoisie française concurrencée par les multinationales. C’est cette même politique qui est défendue par les courants nationalistes guadeloupéens qui veulent d’une indépendance contrôlée par la bourgeoisie locale. Jean- Luc Mélenchon s’est bien gardé de dénoncer le milieu béké qui exploite les travailleurs. Cela lui permettra peut-être de gagner quelques voix dans le milieu petit bourgeois nationaliste.