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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1168 du 31 décembre 2016/Première page

Première page

Editorial: Haïti : Jovenel Moïse, futur président, un possédant au service des possédants

ZoomJovenel Moïse du parti Tèt Kalé, le parti de l’ex-président Martelly, est en passe d’être déclaré vainqueur des élections présidentielles. Avec une étiquette d’homme d’affaires qui a réussi, il se présente comme un technicien en agriculture qui a grimpé les échelons.
Gros planteur de banane, il a exporté depuis 2002 vers Saint-Domingue et est devenu président de la chambre de commerce du Nord. Il met en place en 2012 la première zone franche agricole qui permet aux patrons de la banane d’être détaxés tout en continuant d’exploiter les ouvriers agricoles.
Jovenel Moïse tente de se démarquer des politiciens que l’on voit depuis des années se battre pour les postes lucratifs aux mairies, au Parlement ou à la présidence, mais c’est la même soif de pouvoir qui l’anime. Ses promesses tournent autour de la relance de l’activité de la banane avec la création d’autres zones franches, autour du soi-disant règlement des problèmes fonciers et bien sûr autour de la création d’emplois. Autant de promesses faites en direction des propriétaires terriens et des patrons de l’import-export.
C’est un retour sur investissement pour ces industriels locaux qui ont financé sa campagne, ainsi que pour certains patrons dominicains qui sont partie prenante des zones franches du nord du pays. Il reçoit aussi la bénédiction des ambassades américaine et française pour rétablir la stabilité qui permet aux investisseurs étrangers de venir profiter d’une main d’œuvre à bon marché.
Les conséquences du cyclone Matthew pèsent sur la population pauvre. Dans les campagnes il s’agit d’avoir de nouvelles bêtes et de trouver des semences pour relancer une nouvelle plantation, dans les villes les denrées sont rares et les prix montent avec la spéculation. L’indifférence de la population face à ces élections a été marquée par les quelques 20% de votants dont la plupart ont été des partisans monnayés par les candidats.
Les pauvres ne semblent pas faire trop de crédit à ces mascarades électorales que les politiciens présentent comme la solution ou le début de solution à leurs maux, même s’il existe une fraction de la population qui se dit « prête à essayer Jovenel Moïse, car il n’a jamais été en politique ».
Une illusion porteuse de déceptions à venir avec un futur président membre de la bourgeoisie locale auquel ils ne pourront se fier. Lui se dit prêt à défendre les intérêts de la nation haïtienne qui sont à l’opposé des intérêts des pauvres et des travailleurs d’Haïti.


Martinique : Vent de fronde contre les hausses de taxes à l’Espace Sud

«Il nous a fallu faire face aux conséquences du désengagement de l'État qui réduit massivement les dotations qu'il verse aux collectivités». C’est en ces termes qu’Eugène Larcher, le président de la Communauté d’Agglomération de l’Espace Sud de Martinique (CAESM) a justifié dans France-Antilles du 21 décembre 2016 les hausses de taxes qui ont conduit à des réactions dans la population.  

Toutes les Collectivités sont concernées : des petites communes aux grandes villes, les Conseils régionaux et généraux, les Collectivités territoriales (de Martinique, etc.). Mais pas seulement. Toutes les administrations sont également impactées. « Il faut savoir que, depuis 2015, la dotation Globale de Fonctionnement versée à l'Espace Sud diminue de 1,3 millions d'euros par an, ce qui représentera une perte de 4 millions d'euros pour notre communauté entre 2014 et 2017 » indique Eugène Larcher. Par contre, il ne donne pas les raisons de la pénurie de ressources qui frappe les collectivités. Le gouvernement, avec la mise en place du Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE) et du Pacte de responsabilité, a détourné l’argent public qui alimentait les Collectivités et autres administrations pour le donner «massivement» aux patrons.

Ces cadeaux, supposés rendre les entreprises compétitives et permettre la création d’emploi, ont coûté au bas mot pas moins de… 45 milliards d’euros au budget de l’Etat. Et pour quel résultat ? Un chômage de plus en plus élevé, des Collectivités exsangues financièrement, mais surtout les bénéfices des entreprises qui flambent. Eugène Larcher, comme maire des Anses d’Arlet et comme président de la CAESM, et avec lui, les autres élus (maires, conseillers divers, etc.) n’ont jamais dénoncé cette politique du gouvernement, ni surtout appelé la population à se mobiliser contre cette politique. Tout comme ils n’ont jamais dénoncé la misérable hausse du SMIC de moins de 1 % accordée par le gouvernement aux smicards à compter du 1er janvier 2017.

« Qui ne dit mot consent » dit l’adage. Ainsi, en optant pour la hausse des taxes (jusqu’à plus 36 %), ils ont tous, quelle que soit leur étiquette politique, montré qu’ils soutiennent cette politique qui consiste à faire supporter à la population le manque à gagner des Collectivités dû au « désengagement de l’État ». Tant ceux qui sont aujourd’hui à la tête de la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), que ceux du PPM et EPMN, qui soutiennent à deux mains Hollande et Valls bien que tapis dans l’opposition. Et ce n’est pas la vague promesse de Larcher « Je peux affirmer qu'il n'y aura pas d'augmentation d'impôts à l'Espace Sud l'année prochaine » qui changera quoi que ce soit à l’affaire. La mobilisation engagée par une partie de la population contre ces vagues d’augmentation des taxes est donc juste. Car l’argent public doit être affecté au fonctionnement correct des services publics. Et pas à engraisser encore plus les défenseurs du système capitaliste responsable de la crise.


« Interreg Caraïbes » L’Europe verse des millions aux capitalistes antillais et caribéens

Le 12 décembre, la conférence de lancement du programme de financement européen « Interreg Caraïbes » était organisée à Sainte-Lucie.  

On a pu voir à cette occasion les dirigeants politiques de la Région Guadeloupe et de la collectivité territoriale de Martinique, tout gonflés de leur importance, se féliciter de faire une sélection parmi les divers projets proposés par leurs homologues de la Caraïbe. Marie-Luce Penchard, maire de Basse-Terre, ex ministre de l'outremer, est chargée de l’attribution des fonds européens. Elle était accompagnée d’Alfred Marie-Jeanne, président de la collectivité territoriale de Martinique (CTM). L’objectif officiel du programme Interreg est de « renforcer la compétitivité économique du bassin, de répondre aux problématiques communes environnementales et sanitaires et de promouvoir le capital culturel ».

La Région Guadeloupe affirme que les axes prioritaires sont l’emploi et l’innovation, les risques naturels, l’environnement naturel et culturel, la santé publique, les énergies renouvelables et le capital humain. On pourrait se féliciter que l’argent de l’Europe serve à améliorer la vie des populations pauvres des îles de la Caraïbe. En réalité, les populations pauvres de la Caraïbe n’ont rien à attendre du programme Interreg. Derrière de soi-disant projets « de développement », l’Europe offre des millions d’euros aux capitalistes antillais et caribéens. Lors du précédent programme, entre 2010 et 2014, l’Union des groupements de producteurs de banane de Guadeloupe et Martinique (UGPBAN), le cercle des gros békés antillais, avait obtenu 5 millions d’euros pour améliorer leurs techniques de culture de la banane. 

Les dirigeants politiques répètent que c’est la crise, qu’il n’y a pas d’argent, et donc que les travailleurs et les classes populaires doivent faire plus de sacrifices. C’est faux, il y a de l’argent mais il sert principalement à gaver les capitalistes de subventions. Cette année, avec un budget en hausse qui passe de 63 à 86 millions d’euros, Interreg Caraïbes fera encore le bonheur des gros patrons dont le « projet » a été retenu.


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