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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1167 du 3 décembre 2016/Quatrième page

Quatrième page

États-Unis Les élections aux États-Unis Une parodie de démocratie

Selon le dernier décompte, Clinton a obtenu 1,75 million de voix de plus que Trump. Pourtant, c’est Trump qui a été élu.  Les candidats à ces élections savent que le système électoral est faussé. D’ailleurs, vers la fin de la campagne, Donald Trump, qui pensait perdre n’arrêtait pas de dire que les élections sont truquées.

En effet, les élections présidentielles sont à deux degrés. Les électeurs votent pour un collège électoral composé de grands électeurs (sénateurs, représentants élus…) qui eux éliront le Président des États-Unis. Les grands électeurs sont répartis dans les 50 États. Dans 48 États sur 50, tous les grands électeurs donnent leur voix au candidat arrivé vainqueur à l’échelle du pays, même s’il l’a emporté de peu. C’est le principe « the winner-takes-all » (« le vainqueur-rafle-tout »). Donc le candidat qui gagne le vote populaire ne gagne pas forcément l’élection.

C’est la cinquième fois dans l’histoire des États-Unis que le perdant est finalement le vainqueur. L’avant dernière fois, c’était en 2000, quand Bush s’était imposé contre Al Gore, qui avait 500 000 voix de plus. L’origine de ce mode de scrutin remonte à plus de 200 ans, sur fond de rivalité entre riches planteurs esclavagistes des États du sud et capitalistes industriels des États du Nord. Chaque camp de riches voulant être plus représenté au mépris de l’expression populaire. Au fil des décennies, deux gros partis se sont imposés comme les seuls pouvant remporter de telles élections. Des candidatures « in-dépendantes » sont possibles mais rares sont ceux qui gagnent sans être soutenus par le Parti démocrate ou le Parti républicain. Non seulement les campagnes électorales se chiffrent en millions de dollars mais en plus, dans la plupart des États, les candidats indépendants ont l'obligation de fournir un nombre important de signatures de parrainage. Un autre moyen pour écarter les pauvres du pouvoir.

Pas besoin de plus pour prouver que le « modèle de démocratie » des États-Unis n’en est pas un. Tout comme dans bien d’autres pays, y compris la France.  


Les résultats de l’organisation révolutionnaire ouvrière dans le Michigan

En même temps que les présidentielles, des élections générales ont lieu aux États-Unis. L’organisation The Spark (L’étincelle) avec qui nous entretenons des relations fraternelles, avait proclamé quelque temps auparavant la naissance du Working Class Party (Parti de la classe ouvrière) en réunissant plus de 50 000 signatures (presque le double du minimum requis) gagnant ainsi le droit de présenter des candidats dans le Michigan. Nous publions ici la traduction d’un article de leur journal The Spark dans lequel ils commentent leurs résultats.  

Les élections dans le Michigan: les résultats du Working Class Party. Le total des voix qui se sont portées sur le Working Class Party est désormais connu. Ce n’est pas un résultat spectaculaire mais il montre qu’une partie de la classe ouvrière a répondu au principal axe de notre campagne : la classe ouvrière a besoin de son propre parti.

Mary Anne Hering, candidate pour le conseil d’État à l’Éducation, a obtenu 224 122 voix au niveau de tout l’État, le score le plus élevé parmi les petits partis qui se sont présentés à ce scrutin (à l’échelon de l’État). Les voix pour Mary Anne ont représenté 2,66 % des votes. Et ses voix ont permis à notre nouveau parti de rester dans le scrutin pour les prochaines élections. (Le total de ses voix est presque 14 fois supérieur au minimum légal de 16 491 voix).

Gary Walkowicz, candidat pour le Congrès américain dans le 12ème district du Michigan, a obtenu 9 183 voix avec 3,81 % des suffrages dans une partie du comté de Wayne et 1,21 % dans le comté de Washtenaw. Sam Johnson, candidat pour le Congrès américain dans le 13ème district ; qui comprend une partie de Détroit et une partie du comté de Wayne ; a obtenu 8 778 voix soit 3,43 % des votes.

Le plus grand nombre de voix vient des grandes villes ouvrières de l’État du Michigan. Mais Mary Anne a même eu des pourcentages plus élevés dans quelques districts semi-ruraux, avec plus de 4 % dans les comtés de Ontonagon, Arenac, Iosco, Lake, Oscoda, Presqu’Ile et Schoolcraft, aussi bien que dans le comté de St Clair.

Finalement, plusieurs milliers de personnes ont voté directement pour le Parti de la classe ouvrière, un nouveau parti qui n’a jamais participé à ce scrutin auparavant. Cela inclut un nombre de comtés où nous n’avons pas pu faire campagne et où la seule information à propos de notre candidature a dû passer par une interview entendue à la radio publique du Michigan ou par un article pioché dans les petits journaux locaux ou même tout simplement par le nom du parti en lui-même.

Ces résultats signifient qu’une partie de la classe ouvrière, même si ce n’est qu’une toute petite partie, est consciente de ses propres intérêts en tant que classe et de l’urgente nécessité de créer un parti qui défende ses intérêts. L’absence d’un parti ouvrier a ouvert la voie à un milliardaire démagogue, raciste et misogyne comme Trump qui prétend être un « populiste » pour se servir de la colère d’une grande partie de la classe ouvrière et pour mener une campagne qui ne peut que diviser et donc être partout dangereuse pour les travailleurs.

Le manque d’un parti ouvrier est un problème majeur aujourd’hui, et les organisateurs du Working Class Party ont décidé de s’en préoccuper. Nous savons qu’un tel parti se construira seulement à travers les luttes de la classe ouvrière pour se défendre elle-même et imposer ses solutions aux problèmes de la société. Mais quelques uns parmi les milliers qui ont voté pour le Working Class Party aujourd’hui peuvent impulser les luttes de demain.

Le travail fourni pour que le parti se présente au scrutin et se fasse entendre a été important, mais cela ne fait que commencer. Le travail continue.


Haïti : Élection présidentielle dans l’indifférence de la majorité de la population.

Le conseil électoral provisoire a annoncé officiellement l’élection au premier tour de Jovenel Moïse, poulain de l’ex président Martelly. Mais alors que les politiciens s’agitent pour les postes, la population laborieuse observe et se bat pour survivre.  

Après le passage de l’ouragan Mathews qui a provoqué des centaines de morts, dévastant le sud du pays, les élections présidentielles ont été reportées au 20 novembre. Le dénuement dans lequel vivent les pauvres a été accentué par le cyclone. Ceux-ci ne semblent pas accorder trop de crédit à ces mascarades électorales que les politiciens présentent comme la solution ou le début de solution à tous leurs maux. La majorité de la population a boudé ces élections. Selon les chiffres du CEP (conseil électoral provisoire), sur les 6,5 millions de personnes inscrites sur les listes électorales seulement 23 % ont fait le déplacement. Aristide avait mis le paquet pour soutenir son poulain, Maryse Narcisse, en organisant une caravane dans tout le pays, à commencer par Port-au-Prince. De son côté, Martelly continuait à appuyer Jovenel Moïse, le candidat désigné à sa succession.
La journée s’est déroulée dans un calme apparent dans tout le pays. Cependant, les premiers résultats ont été perçus comme une douche froide pour Aristide et les lavalassiens. Les procès-verbaux publiés indiquaient une victoire écrasante du candidat Jovenel. Le parti d’Aristide a réagi en disant que Maryse Narcisse avait raflé tous les votes et il demandait à ses partisans de se mobiliser pour le respect de leurs votes. Ces derniers ont manifesté, accusant les journalistes ou les stations de radio qui ont relaté les premiers résultats d’être à la solde de Jovenel. Les partisans de Jovenel ont riposté dans la rue et sur les ondes pendant toute la semaine lors de plusieurs affrontements. Le président provisoire Privert a appelé au calme le 28 novembre.
Dans cette bataille autour des urnes qui mobilise les politiciens, la population pauvre est utilisée comme un marchepied vers le pouvoir. Une fois installés à leur poste, ce ne sont pas les intérêts de la population pauvre, des travailleurs ou des paysans pauvres qui sont la priorité de ces candidats.


France : Fillon en course pour servir les riches.

(Extrait de l’éditorial de nos camarades de Lutte ouvrière) Fillon promet, lui aussi, une saignée aux classes populaires. Il dénonce le chômage mais veut supprimer 500 000 emplois de fonctionnaires, c’est-à-dire tailler dans les effectifs des écoles, des hôpitaux, des crèches et des bibliothèques de quartier. Fillon veut supprimer les 35 heures.

Pour fixer la durée du travail, les patrons auraient toute latitude : dans chaque entreprise, ils pourraient faire un chantage aux licenciements pour imposer une hausse, avec 48 heures comme seul plafond, et sans que les salaires suivent. Fillon veut reporter l’âge de la retraite à 65 ans, dérembourser une grande partie des soins, démanteler le Code du travail. Le député du très chic 7e arrondissement de Paris veut faciliter les licenciements et réduire les allocations chômage. Il veut augmenter de 2 % la TVA, l’impôt le plus injuste. Il veut restreindre le regroupement familial des travailleurs étrangers, lui, le soi-disant grand défenseur de la famille. Aux salariés et aux chômeurs, il promet du sang et des larmes.

Mais quand il s’adresse aux riches, le père Fouettard se transforme en Père Noël : suppression de l’impôt sur la fortune, baisse de l’impôt sur le revenu pour les plus riches, baisse de 40 milliards des charges patronales, transfert d’une partie de l’assurance maladie aux assureurs privés. Son amie, c’est la finance ! Ses positions contre l’IVG et le mariage homosexuel sont bénies par tout ce que le pays compte de grenouilles de bénitier.


Les vicissitudes de la droite antillaise

En Martinique, au premier tour des primaires de la droite, c’est Juppé qui arrivait en tête avec 1584 voix et 35,36% des voix, Fillon en deuxième position totalisait 1390 voix et 31,03%. Au deuxième tour c’est Fillon qui est en tête avec 2583 voix et 59,90% contre 1729 voix à Juppé (40,10%).

En Guadeloupe c’est le même scénario : premier tour Juppé avec 2152 voix et 43,4%, Fillon derrière avec 1194 voix et 24,1%. Deuxième tour, Fillon en tête avec 2569 ( 66,5%) voix et Juppé derrière avec 2555 ( 33,5%) Le vote n’a pas attiré les foules : moins de 5 000 personnes se sont déplacées.

Cela n’est pas surprenant vu la déconfiture de la droite aux Antilles depuis quelques années. Seuls quelques éternels notables d’une droite sous perfusion ont cherché une revitalisation dans ce scrutin, et même là ils se sont trouvé feintés à contre pied. Ils misaient sur Juppé. Ils ont eu Fillon. Ils se sont alors rapidement précipités là où gonflait le riz. En créole on les appelle les « dirigonflis ».  


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