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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1167 du 3 décembre 2016/Troisième page

Troisième page

Martinique: La CTM taxe la population

Les élus de la majorité MIM (indépendantistes) et droite ont annoncé l’augmentation de la taxe d’octroi de mer et de celle sur les carburants.

Faire payer plus lourdement la population, voilà le choix fait par ces élus pour faire face à la réduction des dotations de fonctionnement par l’État. Ainsi il est annoncé une taxe supplémentaire de 5 centimes par litre sur l’essence sans plomb et de 2 centimes par litre sur le gasoil !
Le montant de l’augmentation de l’octroi de mer sur certains produits n’est pas connu, ni celle prévue sur les mutations. Mais il s’agit d’une forme d’impôts indirects particulièrement injuste car ils frapperont plus lourdement les familles les plus modestes. Dans les interviews données à la presse, les élus en charge du développement économique, des affaires financières ou de l’octroi de mer à la CTM y ont été chacun de leur petit couplet cynique pour expliquer leur décision.

Pour Miguel Laventure, conseiller exécutif de droite : les « taxes sur les carburants n’ont pas été révisées depuis 1998 et ce sera l’occasion d’aligner le prix du carburant avec celui pratiqué en Guadeloupe. » Quant à Michel Branchi, conseiller territorial PCM (Parti communiste martiniquais) et président de la commission de finances, de la fiscalité et du budget, il juge que « malheureusement la population devrait faire un petit effort... » Mais cet effort « servirait en fin de compte pour l’entretien des routes, les études pour le viaduc de Fonds Lahaye... pour soutenir les entreprises et en fin de compte créer de l’emploi... ». Pourquoi la CTM ne taxe-t-elle pas les énormes profits des gros békés ? Des gros capitalistes locaux ? Sans doute parce qu’elle les ménage et particulièrement l’un d’entre eux, Yann Monplaisir, l’allié des indépendantistes à la CTM.

Une façon pour le moins condescendante de faire ce que font tous les gouvernants au service des riches : mettre la main dans les poches de la population laborieuse pour faire des cadeaux aux plus riches.


Guadeloupe: Capesterre-Belle-Eau : Deux surpresseurs livrés sous pression !

Le 24 novembre, deux surpresseurs ont été installés dans les hauteurs de la commune, à Fonds Cacao, une des sections qui était gravement touchée par les coupures d’eau. Ces nouveaux matériels devraient améliorer la situation en permettant le remplissage permanent du réservoir de Routhiers.

Les coupures d’eau pénalisaient les nombreuses familles de ce secteur depuis plusieurs mois, voire plusieurs années dans certains cas. Cette situation difficile était d’autant plus mal vécue qu’elle était complètement absurde, Capesterre-Belle-Eau étant (comme son nom l’indique) l’une des communes les plus arrosées de Guadeloupe. Exaspérés, les habitants se sont regroupés dans un collectif qui dut barrer la route nationale à plusieurs reprises afin que les élus responsables de la question de l’eau daignent s’intéresser au problème. Ils ont eu bien raison de mettre ces je-m’en-foutistes sous pression !

Mais la lutte pour éviter les tours d’eau et avoir en permanence de l’eau au robinet doit se poursuivre, pas seulement à Capesterre-Belle-Eau mais partout en Guadeloupe.


Baillif : La mobilisation contraint Chevry à agir

 Le 14 et le 15 novembre, les habitants avaient érigé des barrages pour protester contre les coupures d’eau permanentes et pour exiger des tests de potabilité de l’eau trouble qui leur était distribuée. La présidente de la CASBT (Communauté d’agglomération du Sud Basse-Terre), Lucette Michaux-Chevry, refusait de rencontrer le collectif de riverains en affirmant que l’eau distribuée était potable. Après deux jours de mobilisation, l’eau a « miraculeu-sement » recommencé à couler dans les robinets de Baillif et l’Agence régionale de santé s’est décidée à réaliser des tests sur sa qualité. Les analyses ont confirmé les craintes des habitants : l’eau distribuée n’était pas potable. Chevry a dû mettre en place des solutions provisoires. Le collectif de riverains a gagné l’installation de plusieurs citernes de 6 000 litres et la distribution d’eau en bouteille, à raison de deux bouteilles quotidiennes par personne.


Sint Marteen: Mobilisation de la population contre les coupures d’électricité

Dans la partie hollandaise de l’île, depuis au moins cinq mois, la population subit des coupures d’électricité. Cette situation s’est aggravée durant le week-end du 19 octobre.  

Plusieurs foyers ont été privés d’électricité à tour de rôle par quartier. Les coupures sont longues et fréquentes, elles peuvent durer de trois à huit heures. Des habitants en colère ont décidé de manifester leur mécontentement devant le siège de la compagnie qui fournit et distribue l’électricité, NV GEBE.
Le lundi 21 novembre, au matin, ils ont bloqué la rue qui se situe devant le siège de l’entreprise à Philipsburg. La direction a accepté de recevoir trois manifestants. GEBE explique que ces nombreux délestages sont liés à la panne de trois moteurs. Il a commandé la pièce manquante et celle-ci devrait arriver bientôt. Un groupe d’habitants en colère appelle à ne pas payer les factures, tant que le service public ne sera pas satisfaisant. D’autres souhaitent la démission de la direction et des hauts fonctionnaires qui sont incapables de gérer ce service.


Histoire: La commission Stora livre son rapport sur les massacres « oubliés » aux Antilles-Guyane

Nommée par le gouvernement de François Hollande, elle devait étudier les émeutes de décembre 1959 en Martinique durant lesquelles la police a tué trois jeunes, le crash suspect du Boeing qui transportait plusieurs militants nationalistes dont Justin Catayée et Albert Béville (le poète Paul Niger) en 1962 et le massacre de mai 1967 en Guadeloupe à l’occasion de la grève des ouvriers du bâtiment.  

La conclusion du rapport sur les émeutes de décembre 1959 en Martinique cite parmi les causes des événements « les provocations de certains fonctionnaires d’origine européenne», la pauvreté et le chômage. Il juge également peu probable que les jeunes émeutiers aient usé d’armes à feu contre les policiers et les gendarmes comme le prétendent les rapports de la préfecture. Que les autorités de l’État aient eu – et ont encore bien souvent – un vieux fond colonial et raciste et qu’elles mentent pour se couvrir, ce n’est pas un scoop. Sur le crash du Boeing 707, le rapport affirme que l’enquête du ministère des Transports démontrait les graves responsabilités de l’État dans l’accident : la compagnie nationale Air France aurait été fautive et les équipements aéroportuaires au sol inadaptés (il y a d’ailleurs eu cinq accidents du même type entre 1960 et 1969 aux Antilles !). Selon la commission, les autorités ont sciemment « classifié » les conclusions de l’enquête pour se couvrir et ce secret aurait alimenté les rumeurs d’attentat visant à éliminer des militants gênants. On pourrait ajouter que si c’est vrai, les victimes du crash ont été bel et bien tuées par un État qui – encore aujourd’hui – ne fournit bien souvent que des services publics indigents dans ses « départements » d’Outre-mer. Et que la rumeur, loin d’être un simple fantasme « parano », était largement fondée : dans les années 1960 l’État français a fait tuer, entre autres, le militant camerounais Félix Moumié en 1960 ou le Marocain Mehdi Ben Barka en 1965 !

Finalement sur les événements de mai 1967, la commission Stora ne « trouve pas trace » des 87 morts qui sont souvent cités, mais admet que les victimes sont certainement plus nombreuses que les huit morts « officiels ». Elle reconnaît que la première victime, Jacques Nestor, membre du GONG, « a sans doute été visé intentionnellement » et tué par « une arme de guerre ». Elle démontre que les autorités savaient les militants du GONG incapables d’être les organisateurs des émeutes de mars à Basse-Terre ou de la grève des ouvriers du bâtiment de mai, mais voulaient les frapper « pour l’exemple ». Et finalement elle conclut que « même si on s’en tenait seulement aux huit morts connus et identifiés, il s’agit de toute façon d’un massacre au cours d’une manifestation ordonné sciemment sur le terrain et approuvé par le gouvernement ».

Il n’y a pas grand-chose de nouveau dans tout cela, mais contrairement à ce que certains affirment, l’État français n’en sort pas du tout blanchi. C’est un État qui sert les riches, au besoin brutalement, et non un État au service de la population. Finalement, le simple fait qu’il ait fallu 50 ans de luttes et de revendications pour qu’une commission « officielle » l’admette en est une preuve supplémentaire.


Martinique: Complices de la politique du gouvernement et... petits profiteurs

Durant deux jours, les 14 et 15 novembre 2016, à l'hôtel Carayou à la Pointe du Bout au Trois-Îlets, s’est tenue une rencontre intitulée les « Universités des maires ».  

Il s’agissait pour les organisateurs et les participants de discuter sur « les réalités financières et juridiques des communes dans un contexte économique très difficile ». À cette rencontre participaient les maires de Martinique, menés par le président de leur association Maurice Bonté, maire d’Ajoupa-Bouillon. Également présents, des représentants de l’association des maires de France avec à leur tête le directeur général, Rollon Mouchel-Blaisot. Enfin le représentant de l’État, Fabrice Rigoulet-Roze, le préfet de Martinique.

« Dans un contexte financier tendu, voire très difficile pour la plupart des communes », il s’agit d’ « être plus efficace » selon Maurice Bonté. En langage clair, cela signifie : pas question d’exiger de l’État qu’il arrête d’arroser les capitalistes avec l’argent public (exonérations et subventions), mais acceptons de gérer la pénurie ! Le directeur général de l’association des maires de France a bien voulu parler des « actions menées par l’AMF (association des maires de France) pour lutter contre la baisse des dotations allouées aux communes ». Mais c’est pour ajouter tout de suite que « l'association des maires de France estime que les communes sont prêtes à participer à cet effort des dépenses publiques ». Ce qu’a dû apprécier le préfet qui a confirmé que « des efforts sont nécessaires ».

Hollande a mis en place le CICE. Ce dispositif est censé rendre les entreprises compétitives par des baisses de charges et le versement de subventions. Pour financer ces aides, le montant des dotations allouées aux collectivités a diminué de 1,5 milliard en 2014 et d’autant en 2015, soit trois milliards au total. Et puis il y a eu le « Pacte de responsabilité » dont Pierre Gattaz, le patron du Medef, parlait en ces termes en janvier 2014 : « Nous avons salué le pacte de responsabilité que nous a servi le président de la République le 31 décembre (2013) et qui était inspiré, je ne le dis pas trop fort, du pacte de confiance que nous lui avons apporté sur un plateau ».

Ce sont ainsi des milliards d’euros de dotations dont sont privées les collectivités (com-munes, conseils départementaux et régionaux, collectivités territoriales, etc.), et donc des hôpitaux, des écoles, d’autres services publics. Mais pas question pour les maires d’exiger de l’État qu’il mette un terme à cette politique. Au contraire, ils s’inspirent de cette politique pour imposer des restrictions à la grande majorité de la population... et organisent des agapes à l'hôtel Carayou pour palabrer là-dessus avec le préfet.  


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