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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1166 du 19 novembre 2016/Quatrième page

Quatrième page

Guadeloupe : Basse-Terre : la maire Marie-Luce Penchard a fini par céder

Il a fallu que les agents municipaux affiliés à l’UTC-UGTG fassent trois semaines de grève pour que madame le maire reconnaisse leur bon droit. Au lieu de négocier sérieusement dès le début, elle a compté sur le pourrissement du mouvement en appliquant la politique de la chaise vide, puis en accusant les grévistes d’être manipulés par des politiques. Elle n’a pas atteint son but. La population à aucun moment n’a exprimé d’hostilité contre le mouvement. Les 150 grévistes déclarés sur les 300 agents municipaux ne se sont pas démobilisés. Penchard a dû céder sur tous les points de revendications. Elle s’est engagée à donner à 15 agents 35 heures de travail par semaine au lieu de 22 h. Elle embauchera des travailleurs porteurs d’handicap ou handicapés, pour que leur nombre atteigne 6% des effectifs comme le prévoit la loi. Les conditions d’hygiène et de sécurité seront améliorées. Elle revalorisera les primes avec effet rétroactif depuis 2012. Pour que ces mesures soient appliquées, il a fallu que tous les services municipaux soient fermés du 18 octobre au 8 novembre. Pour se faire respecter les travailleurs doivent obligatoirement lutter.


« Cap 100 000 tonnes de bananes » : nouveau cadeau en perspective pour les gros planteurs

La région Guadeloupe et son président, Ary Chalus, viennent de voter le projet « Cap 100 000 tonnes de bananes » qui prévoit de financer une augmentation du quota des planteurs du département d’ici 2020, augmentation qui en fait dépend d’une décision de l’État et de l’Europe

Depuis plusieurs années, les gros planteurs pleurnichent pour que l’Union européenne et l’État augmentent leur quota d’exportation qui est actuellement de 77 000 tonnes par an. Ce qui gêne les planteurs c’est qu’au-delà de ce quota, la production n’est pas subventionnée.

Avec le projet « Cap 100 000  tonnes de bananes », les planteurs pourraient exporter 23 000 tonnes de plus pour arriver à 100 000 tonnes par an. Chalus leur promet de prendre en charge l’augmentation du quota à hauteur de 4,5 millions d’euros chaque année. Cela à condition que l’Europe et l’État acceptent l’augmentation du quota et de verser eux aussi 4,5 millions d’euros. En échange, Francis Lignières, gros béké de la banane et président des producteurs de bananes de Guadeloupe, promet la création de 500 emplois « directs » pour des jeunes de moins de 25 ans.

On connaît déjà ce refrain ! Chaque fois qu’il y a des perspectives de subventions, les gros patrons sortent le mensonge de la création d’emplois. Mais au contraire, ce sont des licenciements qui pleuvent sur les travailleurs. Chalus et les autres élus de la Région le savent très bien. De toute façon, même sans promesse de contrepartie, les élus lâchent chaque année des millions d’euros d’argent public au gros patronat.


Le repas de soutien à Capesterre

Le 11 novembre, Combat Ouvrier et ses sympathisants ont organisé un repas de soutien pour récolter des fonds en vue de nos prochaines campagnes électorales de 2017, présidentielles et législatives. La manifestation a été une réussite, puisqu’elle nous a permis de collecter plus de 2 000 € qui nous seront bien utiles. Mais cette journée a surtout été un succès car elle a montré l’attachement à Combat Ouvrier de nombreux travailleurs de Capesterre-Belle-Eau, en particulier des ouvriers agricoles de la plantation de banane Bois-Debout. Nombreux sont ceux qui ont donné un coup de main pour organiser cette journée, où nous avons pu échanger et nous détendre dans une ambiance sympathique.


Dans les entreprises

Plantations en lutte
S.A Bois-Debout : Droit de retrait, la direction a payé
Louis Dormoy avait enlevé 18 jours de salaire à 97 camarades qui avaient exercé leur droit de retrait en novembre 2014. C’est un arrêt de travail devant un risque d’accident lié aux conditions de travail. Les camarades qui avaient déposé une plainte devant les tribunaux ont obtenu gain de cause. La S.A Bois-Debout leur a donc remboursé leurs 18 jours de salaire, plus 100 €. Aujourd’hui, quelques camarades qui à l’époque n’avaient pas déposé de plainte devant les tribunaux, tentent d’obtenir le remboursement de ces 18 jours de salaires. Leur indécision fait qu’ils risquent de perdre définitivement cet argent.

Le combat pour l’amélioration des conditions de travail doit s’amplifier
À la S.A Bois-Debout, nous avons obtenu le paiement de nos journées de droit de retrait pour obtenir une amélioration de nos conditions de travail. Mais le combat pour arracher de meilleures conditions de travail, notamment la réduction du nombre de régimes de bananes à transporter, n’est pas encore gagné. Il est donc plus que jamais nécessaire, sur toutes les plantations, de discuter de ce problème, de convaincre les hésitants pour donner une plus grande ampleur à ce combat.


Haïti : La colère monte chez les sinistrés alors que le gouvernement prépare les élections

Mardi premier novembre 2016, un enfant de 10 ans a été tué par balle dans la ville de Cayes lors d’une distribution alimentaire sur le port. Alors que la population attendait le déchargement du bateau, l’exaspération grandissait, la police est alors intervenue à coups de matraque et la situation s’est envenimée. Les policiers ont tiré sur la foule et un enfant a été atteint par balle, il est mort sur le coup.  

Lors de l’affrontement trois autres personnes ont été tuées. Portant le cadavre de l’enfant, la population a manifesté en sillonnant les rues de la ville. Ils ont érigé des barricades et bloqué la ville pendant plusieurs heures. Depuis le passage de l’ouragan Matthews, en plusieurs occasions, la police ou les forces spéciales ont tiré sur la population. Le 25 octobre, c’était à Dame-Marie. Alors que la population de cette commune ravagée par le cyclone manifestait pour une meilleure distribution de l’aide, la police nationale aidée des forces d’appui de l’ONU en Haïti (Minustah) a fait feu, blessant plusieurs habitants.

L’aide qui arrive est accaparée par les autorités sous couvert de prise en main de la distribution par une filiale nationale. C’est ainsi que dans le parc industriel Sonapi il y a un hangar où les aliments et matériels sont stockés ; et ce sont des parlementaires de tous les bords qui viennent y faire leur marché. Ensuite ils revendent ou distribuent ces produits aux sinistrés en province afin de s’assurer une clientèle pour les élections à venir. Depuis le passage de Matthew, la plaine des Cayes est désolée, il n’y a pas de feuilles aux arbres qui ont résisté, les maisons se sont envolées et certains habitants ont trouvé refuge dans des caveaux de cimetières après avoir enlevé les cercueils.

Les plantations sont détruites. Il n’y aura pas de récolte avant un an et la famine guette. En l’absence d’eau potable, il y a une recrudescence du choléra. La population du Sud, de la Grande Anse, est livrée à elle-même. Certains prennent l’initiative de créer des comités locaux pour faire face avec leurs moyens et faire pression sur l’État pour avoir des interventions et suivre l’acheminement de l’aide. Mais le gouvernement et les partis politiques surfent sur la catastrophe. La priorité du gouvernement provisoire est de réaliser les élections présidentielles le 20 novembre. Il se démène pour trouver des écoles encore debout et propose d’installer des bâches en plastique en guise de bureau de vote alors que la population se demande où elle va trouver à manger et à boire.

La bourgeoisie et ses valets au gouvernement ne s’inquiètent des pauvres, des travailleurs ou des paysans que dans les périodes électorales pour s’assurer du pouvoir. Sinon ils les répriment tant qu’ils ne sont pas organisés. Une illustration de la formule « dan pouri pran avantaj sou banann mi » (les salopards s’en prennent au plus faible)... jusqu’au retour du bâton contre les exploiteurs.


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