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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1166 du 19 novembre 2016/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe : Les usagers de l’eau en colère

Depuis plusieurs jours, ces usagers qui n’en peuvent plus du manque d’eau au robinet ont organisé des blocages sur la route nationale à Capesterre-Belle-Eau. Puis ce sont ceux de Baillif qui laissent maintenant éclater leur colère. Mardi 15 novembre, dans les deux villes des barrages furent de nouveau dressés. Les ponts de la Grande Rivière à Capesterre-Belle-Eau, du côté de l'Îlet Pérou, et de la Madeleine au pied du morne Mabouya à Baillif, étaient fermés à la circulation dans les deux sens. Ces blocages entrainent des embouteillages monstres depuis un certain temps. Mais ils sont à la mesure des tracas que subissent les usagers privés d’eau en raison de l’incurie des élus à ce sujet et de la rapacité des grosses sociétés.


La population va-t-elle payer pour enrichir encore plus la Générale des Eaux ?

Aujourd’hui, les élus de tous bords déclarent qu’il faut de l’argent pour le règlement définitif de la question de l’eau dans la zone dont la Générale des Eaux Guadeloupe avait la charge.  

Ary Chalus promet des millions et propose que la Région demande à l’État de l’autoriser à intervenir dans le domaine de l’eau qui n’est pas de son ressort. Mais deux questions se posent. Tout d’abord celle de l’état réel du réseau. Il est prouvé que plus de 60 % de l’eau traitée sont perdus, à cause des fuites liées à la vétusté du réseau. La Générale des Eaux, (anciennement SOGEA) qui a le marché depuis 40 ans, devait en principe tout prendre en charge, notamment l’entretien et la rénovation de la tuyauterie. Or elle n’a jamais rénové la tuyauterie. Et dernièrement on a pu entendre sur les médias Frédéric Certain, directeur de la Générale des Eaux Guadeloupe, prétendre que c’est à cause des factures impayées que sa société n’a pas pu renouveler la tuyauterie. L’autre question concerne l’avenir de la Générale des Eaux. La société envisage de quitter la Guadeloupe. Elle s’est déjà « débar-rassé » sans frais de beaucoup de salariés : 125 ont été transférés, on ne sait par quels accords, au SIAEAG (syndicat intercommunal d'alimentation en eau et d'assainissement de la Guade-loupe), 21 à la CASBT (commu-nauté d’agglomération du sud Basse-Terre), 62 à Cap Excellence (commu-nauté d’agglomération de Pointe-à-Pitre, Abymes et Baie-Mahault) et 102 autres salariés doivent être transférés à l’avenir. La Générale des Eaux, grâce à ces différents organismes, se « débarrasse » de plus de 300 salariés sans avoir à payer, entre autres frais, les indemnités de licenciements. Est-ce encore la population qui va payer à la place de la Générale des Eaux ? Et cela avec la complicité bienveillante des politiciens ?  

Soutien aux grévistes de la CASBT
Les 21 employés transférés de la Générale des Eaux à la CASBT (Communauté d’Agglomération de Sud Basse-Terre) sont en grève. Ils réclament aussi la mise en place du document unique d'évaluation des risques professionnels qui est obligatoire. Ils réclament notamment le maintien du salaire qu'ils touchaient car depuis leur transfert ils en ont perdu 22 %. C'est inadmissible. Les grévistes sont donc, avec raison, très déterminés.  


Martinique : Les pompiers aux élus : « respectez vos engagements »

Les sapeurs pompiers de Martinique se sont à nouveau mobilisés au début du mois de novembre. Ils l’avaient déjà fait en mars et en juin. La CTM (Collectivité Territoriale de la Martinique) par la voix de son président, Alfred Marie-Jeanne, et de Belfort Birota, en charge du service Incendie Secours, avait pris des engagements. Mais les pompiers ont constaté que ces engagements n’étaient pas respectés. Effectif insuffisant Ils déplorent notamment les nombreux véhicules hors d’état de fonctionner, l'effectif insuffisant, les locaux insuffisants et non fonctionnels ou mal équipés. C’est ce qu’a déclaré le responsable syndical CGTM des pompiers lors d’une conférence de presse. En outre, les municipalités ne versent pas les cotisations dues au service Incendie Secours. Les communes ont du mal à payer car le gouvernement a choisi de diminuer les dotations versées aux communes pour donner cet argent aux entreprises dans le cadre du CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi) et du pacte de responsabilité. Ce sont donc les services publics et leurs usagers qui en pâtissent. Les maires, qu’ils soient favorables au gouvernement ou pas, ont fait le choix de ne pas contester. Et quand ils protestent, c’est du bout des lèvres. La mobilisation des pompiers est donc plus que justifiée.


Barbade : Cinquante ans d’indépendance

Le 30 novembre 1966, la Barbade, ancienne colonie de la Grande Bretagne, devenait indépendante. Elle célèbre cette année cet anniversaire par des festivités sportives et culturelles.  

Cette petite île de la Caraïbe (de 430 km2) a tenu vaille que vaille ces cinquante années avec une situation économique un peu meilleure que celle des îles voisines, même si les indicateurs officiels cachent beaucoup d’inégalités. Ses leaders politiques ont choisi la collaboration avec les États-Unis : en 1983 ils ont soutenu l’invasion militaire américaine de la Grenade en envoyant des troupes. Elle est le seul état de la Caraïbe à avoir voté contre la reconnaissance de l’État palestinien à l’ONU en 2012. Son économie est essentiellement basée sur le tourisme, un tourisme de luxe - la Barbade la seule île où, entre 1977 et 2003, les riches touristes accédaient en Concorde. L’île reçoit des subventions des États Unis et de la Grande Bretagne. Elle fait partie du CARICOM (Marché Commun des Caraïbes).

Cette année l’Independence day (Jour de célébration de l’Indépendance) sera aussi le jour de celui qu’on appelle le père de l’Indépendance, Errol Walton Barrow. Ce dernier était déjà premier ministre en 1961. Cette année-là, la Barbade, en s’unissant à la Fédération des West Indies, pouvait avoir un gouvernement autonome. Entre 1951 et 1955, Barrow a été membre du BLP, Barbados Labor Party, parti travailliste de Barbade. Il quitta ce parti pour rejoindre le DLP, Democratic Labor Party, scission du BLP à qui il reprochait de prêter plus d’attention aux consignes du gouverneur britannique qu’aux élus du parlement dont il faisait partie. Les luttes pour l’indépendance ont duré jusqu’en 1966 avec le DLP. Barrow sera alors Premier ministre entre 1966 et 1976 où il devint le chef de l’opposition au BLP. Il redevint Premier ministre en 1986 jusqu’à sa mort en 1987. Les deux partis DLP et BLP ont continué à dominer la vie politique de la Barbade. Partis centristes, comparables au Parti travailliste anglais, ils diffèrent peu. Le DLP est resté au pouvoir jusqu’en 1994, le BLP l’a remplacé jusqu’en 2008. Le premier ministre actuel Freundel Stuart est membre du DLP.

Mais Barbade n’est pas un paradis pour tous, même si la population n’exprime pas sa souffrance. Lors de l’Independence day de 2015, le principal syndicat BWU, Barbados Workers Union, syndicat des travailleurs de la Barbade, félicitait les gouvernements successifs du DLP et du BLP. Il reconnaissait « la récente récession économique responsable d’une croissance négative et de coupes dans le budget de l’État, de licenciements et de chômage, dans les secteurs public et privé. » Les différents syndicats s’excusent même de devoir combattre le gouvernement qui ne respecte pas les droits des travailleurs. La population pauvre et les travailleurs qui souffrent les poussent à réagir. Ainsi ils demandent le renvoi des fonctionnaires chargés de l’immigration accusés d’expulser illégalement les « em-ployés de maison », essentiellement des femmes venues de la Caraïbe, des accords existant entre les îles pour les salariés qualifiés. D’un autre côté cette année encore, à l’ouverture d’un grand chantier, les patrons ont été accusés de faire venir des ouvriers de l’extérieur qui sont sous-payés et concurrencent la main d’œuvre locale. Mais dans les syndicats même, il y a de la contestation, les travailleurs s’attaquent à certains leaders jugés trop conciliants avec les exploiteurs. Les syndicats dénoncent aussi une crise morale : des lycéens s’attaquent à leurs enseignants, la violence se développe. Enfin la crise économique mondiale rattrape la Barbade. En septembre 2016, au Nations unies, la ministre des affaires étrangères, membre d’un gouvernement qui ne défend pas les travailleurs, a dénoncé les « agences internationales de développement qui pénalisent le progrès dans le développement humain et qui ignorent nos vulnérabilités ; les impacts négatifs des décisions économiques et financières des institutions financières internationales et autres institutions; et les attaques persistantes et injustifiées des services financiers internationaux accompagnées d’imposition d’énormes conditionnalités. » Ces déclarations mettant en cause l’international servent de prétexte au gouvernement pour s’en prendre aux plus démunis et décider régulièrement de nouvelles taxes que la population n’arrive pas à payer.


Réunion : Décès de Paul Vergès

À 90 ans, Paul Vergès, sénateur, signait un amendement à la Loi El Khomri pour l’extension de la prime de vie chère à tous les salariés de la Réunion. Sa vie politique au Parti communiste réunionnais aura duré 60 ans.

Il fut successivement conseiller général en 1955, député, sénateur, député européen, président du conseil général, et de nouveau sénateur depuis 2011. À l’épo-que des fraudes organisées par la droite et en particulier Michel Debré, venu se faire élire à la Réunion, cette vie politique a été très agitée. Avec son journal Témoignages, Paul Vergès a dénoncé l’extrême misère dans son île, il a subi la répression coloniale. Ainsi fin 1963 il fut condamné à trois mois de prison ferme pour ses articles contre la guerre d’Algérie, les injustices à la Réunion et pour la revendication d’autonomie de l’île.

Il choisit alors de « maron-ner »  pendant 28 mois, faisant des conférences dans les champs de canne au nez et à la barbe des autorités. Vergès a défendu l’égalité des droits de la population réunionnaise avec la France. Mais son communisme n’était plus depuis longtemps celui de Lénine et de Trotsky, mais celui de Staline. Entre autres, la perspective de la révolution ouvrière n’était plus la sienne.


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