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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1166 du 19 novembre 2016/Deuxième page

Deuxième page

Grève de Pôle Emploi Guadeloupe: une grève contre les mauvaises conditions de travail

ZoomDepuis le 18 octobre 2016, les agents du Pôle emploi de Guadeloupe sont en grève pour obtenir de meilleures conditions de travail et de meilleures conditions d’accueil pour les demandeurs d’emploi.

Les agents revendiquent l’augmentation du nombre d’agents de Pôle emploi en Guadeloupe. Ils réclament la titularisation des CDD et l’embauche définitive des jeunes du service civique. La première semaine de mobilisation a été marquée par la fermeture de plusieurs agences au public. Les agents ont fait entendre leur refus de la nouvelle organisation de l’inscription des demandeurs d’emploi, qui ne passe plus que par Internet. Cette modalité unique d’inscription, imposée depuis le 7 mars en Guadeloupe, pose énormément de problèmes pour tous les chômeurs. Même pour ceux qui ont l’habitude d’utiliser l’informatique, l’inscription est devenue longue et compliquée. Pour les chômeurs les plus en difficulté, l’inscription par internet est quasiment impossible seuls, car ils ne sont pas suffisamment autonomes.
Les agents exigent que Pôle emploi remette en place les modalités d’accueil et d’inscription physique qui existaient auparavant et qui ont été supprimées uniquement pour faire des économies de personnel. Quant à l’attribution des allocations de retour à l’emploi, sous la pression des objectifs qui leur sont fixés par leur direction, les chefs d’agence ont de plus en plus tendance à refuser l’examen différé des dossiers incomplets. Cela a pour conséquence une nouvelle diminution du nombre de demandeurs d’emploi qui sont indemnisés. Les agents en ont assez de subir le mécontentement compréhensible des chômeurs et le stress induit par la politique du chiffre. Les agents entament la troisième semaine de grève. Les négociations sur les points de revendication reprendront le 3 novembre. La détermination de ceux qui continuent la grève est intacte.


Grève au CHU

La grève des contractuels a suivi la journée de mobilisation des infirmiers hospitaliers et libéraux. Le mardi 15 novembre elle durait toujours. Le nombre de titularisations proposé par la direction a été jugé largement insuffisant par les grévistes. Nous publions ci-dessous des extraits du bulletin de nos camarades L’écho des hôpitaux.   

Contractuels en grève Depuis le 8 novembre les contractuels du CHU sont mobilisés pour réclamer leur titularisation immédiate. Ils dénoncent les concours sur titre « ma-gouilles », les harcèlements et chantages dont ils sont l’objet pour les obliger à des rythmes de travail indignes, et les économies budgétaires faites sur leurs dos.
Ils ont décidé, avec raison, que seule la lutte paie.


Martinique : Grève au casino Batelière

Depuis le jeudi 10 novembre, les employés ont en effet décidé de cesser le travail pour faire aboutir leurs revendications.  

Dans le cadre des NAO (négociations annuelles obligatoires), les employés de cet établissement ont présenté une plateforme de revendications en six points : fermeture de l’établissement le 22 mai, jour de commémoration de la révolte de la révolte des esclaves en Martinique, augmentation de salaire de 130 € net, prise en charge de la mutuelle par l’employeur à 60 %, prime de vacances de 10 % du salaire annuel moyen, augmentation de la prime de transport, augmentation du panier repas. La direction, elle, a proposé une augmentation de 17€ en tout et pour tout, refusant de discuter des autres points. Or, on constate que ce patron possède de nombreux établissements, dont deux en Martinique et deux en Guadeloupe. De surcroît, il vient d’ouvrir le premier casino de Guyane. Les salariés ont alors bloqué le fonctionnement du casino.

Il y a dix ans, les salariés avaient lutté pendant trois mois face à la même direction pour les salaires. Et en 2012, ils avaient accepté de prendre position pour que la municipalité de Schœlcher n’attribue pas la DSP (délégation de service public) du casino à un autre opérateur, en l’occurrence Yann Monplaisir. La direction avait bien profité de cette mobilisation des salariés comme l'a déclaré la déléguée syndicale CGTM de l’entreprise dans France Antilles. Et elle a ajouté : «…Maintenant, c'est à la direction de faire un effort. Surtout que nous savons que l'entreprise se porte bien. Nous n'avons rien demandé pendant 10 ans mais les salariés aussi doivent en profiter ». La direction joue la montre et avance à petits pas. Sa proposition est passée de 17 à 22, puis à 25 €. Mais les employés du casino sont déterminés à obtenir gain de cause.


Martinique: Quand Érichot perd l’occasion de se taire

Lors des questions-réponses qui ont suivi les prises de parole, Georges Érichot, secrétaire général du PCM (Parti communiste martiniquais), s'est adressé à notre camarade et secrétaire générale de la CGTM, Ghislaine Joachim-Arnaud.  

Il a regretté que des syndicats, mais c'était la CGTM qui était visée, aient retiré leur soutien aux organisations politiques des travailleurs – il pensait naturellement au PCM. En conclusion il demandait quelle serait la position de la CGTM aux prochaines élections. La question était un brin provocatrice, de la part du responsable d'un appareil politique qui fait partie de l'alliance derrière Marie-Jeanne du MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais) et Yan Monplaisir de la droite sarkoziste. Cette alliance qui, à la tête de la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique) veille à la bonne marche des affaires des capitalistes.

Un travailleur retraité lui a fait remarquer que, s'il arrivait que des militants syndicaux désertent le combat, lui, il donnait l'exemple d'une direction politique qui se détourne des travailleurs et de leurs organisations.

Un autre camarade, bien connu comme appartenant à Combat Ouvrier, a lié la faillite du PCM à son allégeance ancienne au stalinisme et au nationalisme, allégeances incompatibles avec la défense des travailleurs. Il a précisé devant Érichot que le PCM a abandonné la défense de la classe ouvrière en s’alliant avec des organisations politiques de la bourgeoisie. C’est le cas actuellement à la CTM où le Gran-Sanblé regroupant des nationalistes et le PCM a fait alliance avec un capitaliste arrogant, membre dirigeant des « Républicains » en Martinique. Et que s’il fallait s’adresser aux travailleurs organisés au sein de la CGTM, ce serait pour leur dire de ne pas faire confiance aux partis politiques qui les ont trahis. Ghislaine Joachim-Arnaud, enfin, a rappelé qu'il n'était pas dans les habitudes de la CGTM d'appeler à voter pour tel ou tel parti politique mais que, par contre, la confédération a et aura à s'adresser à l'ensemble des travailleurs, en fonction de la situation et du point de vue de la défense de leurs intérêts matériels et moraux.


Martinique après le congrès de la CGTM : Nationalisme et politique prolétarienne

Le congrès extraordinaire de la CGTM qui s’est tenu le 22 octobre 2016 a entériné la décision discutée depuis plusieurs mois en commission exécutive de s’affilier à la CGT française. Une telle décision a fait réagir des membres de deux petites organisations nationalistes martiniquaises.

Le 1er novembre, il y a eu la déclaration de Jean-Pierre Étilé, militant du PKLS (pati kominis pou lendépendans ek sosyalism- parti communiste pour l’indépendance et le socialisme), titrant : Le triste 80ème anniversaire de la CGTM.

Il y a eu aussi une tribune libre de Jacqueline Petitot, paraissant dans son journal Alliance ouvrière et paysanne de novembre-décembre 2016. L’intitulé : « Coup de poignard contre le syndicalisme martiniquais, la CGTM retourne dans le giron de la CGT française ». L’un et l’autre «appelle(nt) les travailleurs à ne pas prêter main forte à un tel retour en arrière», comme l’affirme la conclusion du PKLS.

Retour en arrière de quel point de vue ?
Ce n’est surtout pas du point de vue des intérêts des travailleurs et du renforcement de leur lutte contre le système d’exploitation capitaliste. C’est du point de vue de la bourgeoisie locale pour qu’elle ait la possibilité d’accéder aux affaires. C’est ce qu’Étilé appelle dans son charabia «une ligne de lutte de classes intégrant l’aspect national ».

Jacqueline Petitot, adhérente depuis quelques années à la CSTM, conclut son article par un appel à la « défense intransigeante du syndicalisme martiniquais, à commencer par la CSTM… ». On aimerait bien connaître la différence de nature entre un syndicat « martini-quais » et les autres. Le « martiniquais » serait-il mieux car dirigé par des indépendantistes ? Des indépendantistes de la phrase, qui ne sont d’ailleurs jamais parvenus à instaurer l’indépendance ni à engager une lutte d’envergure pour l’indépendance ? Cela dit, il serait dommageable pour les travailleurs martiniquais que des gens comme Petitot ou Étilé et leurs amis se trouvent un jour à la tête d’un État martiniquais. Ils passeraient vite de la défense du « fait syndical martiniquais » à la défense de « l’État martiniquais ». Et au nom de l’État martiniquais ils piétineraient les intérêts des travailleurs, comme tous les nationalistes bourgeois de la planète. Le nationalisme est tout à fait conforme, quelle que soit sa forme, aux intérêts généraux de la bourgeoisie, qu’elle soit martiniquaise ou autre. L’histoire de tous les peuples en témoigne.

Mais si l’on se place du point de vue primordial des intérêts des travailleurs et des classes populaires opprimées, le nationalisme est une impasse et un piège mortel. Et c’est à ce piège-là que conduisent les positions des Étilé, Petitot et des militants nationalistes qui frisent parfois même la bêtise. L’émancipation des travailleurs et des classes opprimées de la Martinique passera par leur propre lutte de classe pour le pouvoir, autant contre les séquelles du colonialisme que contre la bourgeoisie locale.