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CO de 2017/CO n° 1171 du 11 février 2017/Quatrième page

Quatrième page

Benoît Hamon, pas plus « à gauche »

Opposé à Manuel Valls pour le second tour, Hamon a largement bénéficié du discrédit de l’ancien premier ministre de Hollande, qui avait mis en o uvre une politique particulièrement anti-ouvrière.

Aux Antilles, Valls est pourtant arrivé en tête des votes. En Guadeloupe il a obtenu 75% des voix et 68% en Martinique. Il faut dire que Victorin Lurel de la Fédération guadeloupéenne du Parti socialiste et Serge Letchimy du Parti progressiste martiniquais (PPM) ont fait campagne pour Valls. Et ces derniers rassemblent une bonne partie des électeurs du Parti socialiste depuis plusieurs années.
Candidat officiel du Parti socialiste pour les élections présidentielles, Hamon, comme d’autres avant lui, suscite de nouvelles illusions. Par exemple, il promet un revenu universel de 750 € mensuels d’ici 2022 pour faire face à la progression du chômage et limiter l’augmentation de la pauvreté. Mais 750 € ne permettent pas de sortir de la pauvreté ! En plus, ce revenu sera accordé sans condition de ressources. Donc des personnes riches pourront en bénéficier. Pour financer ce revenu Hamon ne parle pas de taxer les plus riches. Il parle « d’articuler » le revenu universel avec d’autres minima sociaux, c’est-à-dire de prélever sur les aides au logement et autres prestations familiales. En fait ce sont les pauvres qui devraient payer ce revenu universel. Cette proposition de Hamon n’est donc pas un progrès. Ce dont les classes populaires ont besoin, ce sont des emplois et des salaires corrects : 1 800 € nets au moins. Pour cela, il faudra affronter le grand patronat… ce que Hamon n’envisage pas, bien au contraire.


Martinique: Sé silon van la ké poul panché

Le Parti Progressiste Martiniquais (PPM) avait décidé de soutenir Valls. Chomet, Lordinot et Coppet sont membres du PPM. Pamphile, le maire du Lorrain, et Rapha, membre du PRM (Parti régionaliste Martiniquais) et maire de Saint-Pierre, sont alliés au PPM au sein de l'alliance EPMN (Ensemble Pour une Martinique Nouvelle). Mais ces cinq-là ont décidé d’appeler à voter… Macron. Edgar Faure, politicien français qui avait été surnommé « La Girouette », avait une formule restée célèbre : « Mais non, ce n’est pas moi qui change. C’est le vent qui tourne ». L’élection présidentielle et les législatives sont l’occasion de vérifier qu’Edgar Faure a de nombreux adeptes en Martinique.


Porto Rico: Le gouverneur veut faire payer les travailleurs

Zoom Face à la crise économique qui frappe la population de Porto Rico, le nouveau gouverneur Ricardo Rosselló, 37 ans, élu en novembre 2016, intronisé ce 2 janvier, tente des solutions.

Ces dernières vont d’une loi du travail style El Khomri à la proposition d’un changement de statut. Depuis un siècle Porto Rico est sous le contrôle des USA qui en ont bien profité. Longtemps, l’île a été un paradis fiscal pour les grosses sociétés, dans la canne, le tourisme, avec l’accord du gouvernement US. Non exonérées depuis 2006, elles ont quitté l’île, laissant le chômage et la misère s’installer.

Le gouvernement autonome de Porto Rico a aujourd’hui une dette de 70 milliards de dollars vis-à-vis de gros financiers US. Il leur a en effet emprunté, d’abord pour fonctionner puis pour rembourser la dette : un engrenage infernal. Les écoles, les hôpitaux n’ont pas d’argent, les routes ne sont pas réparées. Des sacrifices sont imposés à la population pour satisfaire la rapacité des prêteurs : 30 000 fonctionnaires licenciés, nouvelles taxes, augmentations d’impôts écrasantes. En 2015 et 2016 les manifestations se sont multipliées contre les mesures prises par le gouvernement US pour assurer le remboursement de la dette. Les slogans : « Wall Street, Porto Rico ne paiera pas ! », « Les riches n’ont qu’à payer ! » ou encore « Non au colonialisme » sont apparus. Peut-être en réponse, Obama vient de libérer le dernier militant indépendantiste, en prison depuis 35 ans aux USA. Le 27 janvier dernier, Rosselló a signé une loi augmentant les horaires de travail obligatoires, réduisant le nombre de jours de congé de maladie et de congé annuel accordés aux salariés… Une loi anti-ouvrière sous prétexte de créer de nouveaux emplois, de relancer l’économie, de faire revenir les 200 000 Portoricains partis aux USA à cause du chômage et de la dégradation de leurs conditions de vie. Refrain connu, les patrons trouvent normal que les salaires de Porto Rico soient juste un peu plus élevés que ceux des autres îles de la Caraïbe, mais beaucoup plus bas qu’aux USA.

Ce gouverneur ne pourra pas imposer indéfiniment des sacrifices aux plus pauvres. Il agite l’espoir d’une autre « solution » : faire de son île le 51ème État des USA. Déjà en 2012 un vote sur le statut avait recueilli 61% des voix pour cette option. Mais avec 500 000 votes blancs, sur une population de 3,5 millions, le gouvernement US n’en a pas tenu compte. Un nouveau vote suffira-t-il à calmer la rapacité des financiers prêteurs ? On peut en douter. La contestation déjà exprimée par des manifestations de masse montre seule le chemin par lequel la population pourrait imposer des solutions allant dans le sens de ses intérêts propres.


Haïti : Jovenel Moïse au service du patronat

Le parti du président Jovenel Moïse rafle la majorité au Sénat avec sept sièges sur huit. Comme il a aussi la majorité chez les députés, il a le contrôle du parlement. Il a donc, en principe, le champ libre pour appliquer ses promesses électorales dont « l’amélioration de la situation économique du pays »…

Quand il parle du pays, il veut dire ceux qui pour lui comptent dans le pays, ceux qui ont financé sa campagne électorale et qui fournissent de l’argent à ses entreprises. C'est-à-dire les possédants, les banquiers, la bourgeoisie haïtienne. C’est la situation de ces derniers qu’il compte améliorer. Ses perspectives sont le développement du tourisme avec l’aménagement des hôtels et des plages afin de recevoir la Karujet (course de scooters des mers) en juin, par exemple. Son but est aussi de favoriser l’implantation de zones franches où la main d’œuvre sera encore moins chère que maintenant pour les patrons. Il ne s’intéresse aux travailleurs que pour les rendre plus facilement exploitables.

Le tremblement de terre de 2010 a fait plus de 230 000 morts, 300 000 blessés. Sept ans après, il y a encore près de 50 000 personnes qui survivent dans des camps ou des sites d'hébergement. Dans les promesses présidentielles, ils ne sont pas mentionnés. Il y a encore 31 sites de déplacés composés principalement de tentes. Ils se situent pour la plupart dans la zone autour de Port-au-Prince, 20 000 selon les chiffres de l’Office de Migration. Les autres sont regroupés dans des camps situés dans d’autres villes de la région urbaine comme Léogane. La hausse du coût de la vie associée au chômage de plus de 35% ont fait que la population pauvre qui habite ces camps n’a pas trouvé les moyens de les quitter.

Avec la dévalorisation de la gourde, qui est passée de 41 gourdes pour un dollar en 2010 à 68 gourdes pour un dollar en 2017, il y a eu une augmentation brutale du coût de la vie. Le salaire minimum journalier de 300 gourdes ne permet pas de joindre les deux bouts pour ceux qui travaillent dans les entreprises de textiles de Port-au-Prince. Les ouvriers de ces entreprises se battent tous les jours pour faire respecter leur droit à un salaire décent.

Le président de l’association des patrons d’industries d’Haïti propose d’ailleurs « d’harmoniser les salaires de nuit avec ceux du jour », c'est-à-dire de faire sauter la majoration des salaires de nuit. Son prétexte est de « faciliter les affaires et favoriser la création d’emploi ». C’est la même rengaine que servent tous les patrons pour permettre aux entreprises de doubler, voire tripler leur production sans augmenter leur investissement.


USA : La démagogie raciste de Trump
 

Sitôt investi, Trump s’est empressé de donner corps à la démagogie xénophobe qui était l’un des axes les plus puants de sa campagne.

Il a signé un décret interdisant pendant trois mois l’entrée aux États Unis des ressortissants de sept pays musulmans. Les conséquences du décret ont plongé bon nombre de gens dans le désarroi : ceux munis d’un visa voire d’une carte verte permettant l’entrée aux USA, ceux venus rejoindre leur famille, se sont retrouvés bloqués dans leurs aéroports d’origine. Les compagnies aériennes, dont Air France, qui est par ailleurs bien zélée quand il s’agit d’expulsions, leur ont empêché l’accès aux avions.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Trump, des centaines de milliers de personnes manifestent à travers le pays leur hostilité à ce président. Le décret islamophobe a suscité de nouvelles manifestations de grande ampleur. Mais Trump a été bloqué dans son délire par la justice de son pays elle-même. En attendant une décision judiciaire définitive qui pourrait être d’ailleurs en faveur de Trump, les entrées sont pour l’instant autorisées pour les ressortissants des sept pays en question.


Réunions publiques de Combat Ouvrier

Martinique le mardi 21 février à 18h30 à l'Amep à Fort de France

Guadeloupe, le vendredi 24 février à 19h à la salle Rémy Nainsouta à Pointe à Pitre. 

Thèmes :

-Il y a 100 ans, la première révolution russe.

-Pourquoi voter Nathalie Arthaud à la présidentielle et pour les candidats de Combat Ouvrier aux législatives ?


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