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CO de 2017/CO n° 1171 du 11 février 2017/Troisième page

Troisième page

Martinique : Le monologue social de Christian Louis Joseph

Ce dernier, secrétaire général du SEBTPAM (Syndicat des entrepreneurs en bâtiment, travaux publics et activités annexes de Martinique) et représentant du patronat du BTP, fait de grandes déclarations sur le dialogue social.

Invité à commenter la grève générale de février 2009 sur Martinique 1ère radio, il a déclaré à propos du secteur du bâtiment : « Oui, il existe depuis plus de 30 ans un dialogue social dans le BTP, mais pas pour accorder n’importe quoi », gardant bien sûr le silence sur l’arnaque au quotidien des patrons. Rien d’étonnant de la part de l’homme qui représente le patronat du BTP lors des négociations des commissions paritaires. Côté pile, il fait de grandes déclarations sur le bon fonctionnement du pays. Côté face, il est dans son rôle de défenseur et complice des patrons, en refusant d’augmenter les salaires ouvriers, ou alors de quelques miettes.


Bâtiment : un patron hors la loi

Des ouvriers d’une petite entreprise de sous-traitance dans le bâtiment de la commune de Sainte Marie exigent le paiement de leur prime de panier et de transport. Ils réclament un rappel sur trois ans. Depuis leur embauche, il y a trois ans, le patron de leur entreprise a toujours refusé de leur payer ces primes. Cela représente la somme de 371 € brut par mois. Ils ont écrit une lettre de réclamation pour exiger que leur patron leur paie leur dû. Ils ne réclament que ce qui est légal et inscrit dans le code du travail. Mais le patron n’en a que faire. Faudra-t-il un bon mouvement de colère des ouvriers pour le rendre à la raison ?


Une réunion du GRS

 Le dimanche 5 février le GRS (Groupe Révolution Socialiste) organisait à Fort-de-France une réunion intitulée « Février 2009 – Février 2017. Pour un nouveau 2009 ».

Une soixantaine de militants d’associations, d’organisations syndicales ou politiques, était présente. Des militants du PKLS (Parti Communiste pour l'Indépendance et le Socialisme), de l’UFM (Union des femmes martiniquaises), du syndicat CDMT, ont donné leur point de vue sur la grève de 2009. Par contre les dirigeants nationalistes du CNCP (Conseil national des comités populaires) de Robert Saé ou de « Nou pèp la » de Marcelin Nadeau, organisations politiques qui étaient sur une liste commune avec le GRS lors des dernières élections de décembre 2015 pour la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique), n’étaient pas présents.

Gilbert Pago, dirigeant du GRS, a retracé de façon détaillée le mouvement de 2009. Il a terminé son intervention sur le fait que les masses mobilisées ne contrôlaient pas leur mouvement et qu’il serait nécessaire dans une éventuelle mobilisation que soit mise en place une « auto-organisation des masses ». Philippe Pierre-Charles autre dirigeant du GRS, expliqua qu’il est nécessaire de se préparer, de réfléchir entre militants pour qu’un nouveau 2009 soit une réussite. Il a mis surtout l’accent sur « l’unité syndicale et sans cette unité syndicale il n’aura pas de réussite dans nos mobilisations ».

Notre camarade Alex Duféal est intervenu au nom de Combat Ouvrier. Après avoir salué l’initiative d’une telle rencontre, il a présenté la politique de Combat Ouvrier, et quelles étaient, selon nous, les exigences essentielles à mettre en avant par les travailleurs dans cette période.

Il a précisé que nous ne demandons pas de partager ces positions avant d’envisager des actions communes. Sur la nécessité pour les militants de se préparer pour qu’un nouveau mouvement comme celui de 2009 soit un succès pour la population laborieuse, il a insisté sur la préoccupation des militants ouvriers. « Il faudrait donc renforcer les travailleurs au niveau des entreprises. Qu’il y ait des comités de travailleurs, dans d’autres entreprises, des bureaux, des quartiers. Mais surtout en partant des entreprises. Selon la puissance du mouvement, les travailleurs pourraient alors avoir à jouer aussi un rôle politique, aller vers une assemblée où ils pourraient avoir une part du pouvoir local ». Ce point de vue ne fut ni vraiment repris, ni réfuté par Philippe Pierre-Charles dans sa conclusion.


Dans les entreprises

Écho des hôpitaux Martinique
Blanchisserie, le ras l’bol ! Les mauvaises conditions de travail à la blanchisserie sont récurrentes. Mais 12 agents absents en même temps et non remplacés, avec des machines en panne, ont été les déclencheurs de la colère. Ils sont montés à la direction dire que trop c’est trop ! Et ils ont eu bien raison de le faire car la direction a concédé six ouvriers supplémentaires dont quatre permanents et un TSH.

Écho des hôpitaux Guadeloupe
CHU  : fermeture du service ophtalmo Encore une victime de la restriction budgétaire : le service d’OPH va fermer ses portes et pourtant nous sommes un CHU ! Le personnel quant à lui ne connaît ni le lieu, ni les conditions de son transfert. L’imprécision sur leurs devenirs, angoisse, chantage, tel est le lot pour les agents du service qui payent les frais d’une politique scandaleuse.

Écho de Jarry
EDF Centrale Jarry : congés, la roulette russe ? À l’exploitation, le manque de personnel est tellement critique que les travailleurs ont du mal à prendre leurs congés. Même en déposant la demande dans les délais, on ne sait jamais si c’est bon. Parfois, la réponse tombe la veille. Si c’est comme ça, ce n’est pas la peine d’emm… les gens pour qu’ils fassent leur papier 15 jours à l’avance !

Écho des télécoms
Fillon, un désastre ! La vague de privatisation et d’ouverture à la concurrence a eu un impact désastreux : recherche divisée par cinq, 48 000 emplois détruits. François Fillon est un des acteurs de la déréglementation du secteur, ce qui a entraîné des suppressions d’emplois, la dégradation des conditions de travail, des dizaines de suicides de nos camarades. .


Il y a 60 ans : Fernand Iveton, ouvrier communiste, guillotiné pour l’exemple

Le 11 février 1957, Fernand Iveton est exécuté par les autorités françaises dans la prison d’Alger. Il est le seul européen parmi les 198 prisonniers politiques guillotinés pendant la guerre d’Algérie.

Qui était Iveton ?
Il était fils d’un ouvrier gazier communiste et d’une immigrée espagnole. Il a grandi dans un quartier populaire d’Alger – le Clos-Salembier, aujourd’hui El Madania – un des rares où la population arabe et les européens modestes se côtoient pendant l’époque coloniale. Le 8 mai 1945, il a 19 ans lorsque l’armée française réprime l’apparition du drapeau algérien dans les manifestations pour fêter la Libération. En deux semaines, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants musulmans sont massacrés à Sétif, Guelma et Kherrata. Telles sont les horreurs du colonialisme qui révoltent le jeune Fernand Iveton et son ami d’enfance Henri Maillot, tous deux militants communistes.

La politique du Parti communiste algérien
En 1945, la position du Parti communiste français, qui participe au gouvernement de Gaulle, est clairement colonialiste (Étienne Fajon, membre du bureau politique, ira jusqu’à déclarer à l’Assemblée que les émeutes anticolonialistes de 1945 sont « la manifestation d’un complot fasciste »). Mais pour le Parti communiste algérien (PCA), cette position est difficilement tenable. Depuis 1936, le Parti est composé d’ouvriers du rang européens et de militants « autochto-nes » (arabes) qui ont pris l’habitude de dénoncer ensemble les injustices du système colonial et qui réclament soit la citoyenneté pleine et entière pour les Algériens arabes, soit l’autonomie de l’Algérie. En 1954, quand le FLN déclenche son insurrection, le PCA décide de participer à la lutte tout en conservant son indépendance politique. Il crée un maquis rouge, « les Combattants de la Liberté » (CDL). Iveton et Maillot s’y engagent après les massacres du Constantinois (l’exécution sans discernement de 7 500 Algériens civils raflés au hasard par l’armée française en représailles des actions du FLN). Maillot, alors aspirant dans l’armée, déserte et détourne un camion d’armes et de munitions pour rejoindre le maquis des CDL après avoir envoyé une lettre aux journaux français : « ma place est aux côtés de ceux qui ont engagé le combat libérateur ». Il sera tué deux mois plus tard, suite à un accrochage avec l’armée. Iveton, de son côté, participe aux actions de sabotage des CDL en ville.

Iveton rebelle, condamné et exécuté
En 1956, harcelé par les autorités françaises et par un FLN qui n’admet pas la concurrence, le PCA fait bon marché de son indépendance politique et signe un accord PCA-FLN qui permet aux maquisards communistes de rejoindre l’organisation nationaliste, ce qui place, de fait, les CDL sous son autorité. Iveton est du nombre. Il s’est porté volontaire pour déposer une bombe dans l’usine de gaz où il est ouvrier tourneur et délégué CGT. Mais il s’oppose aux attentats aveugles du FLN et réclame que la bombe explose après le départ des ouvriers. Le minuteur est alors réglé pour 18h30, mais il demande encore – et obtient – une heure supplémentaire pour plus de sécurité : ce sera 19h30. Le jour J, un contremaître voit Iveton sortir des vestiaires sans le sac de plage avec lequel il est entré et alerte la police. La bombe est découverte, désamorcée et Fernand Iveton est torturé pendant trois jours au commissariat central d’Alger. La presse française et le gouvernement sont hystériques. Pour eux, Iveton est un « traitre ». Dans cette ambiance de lynchage, le PCF en France n’ose le soutenir que du bout des lèvres et aurait même, selon l’historien Jean-Luc Einaudi, interdit à l’avocat communiste Gaston Amblard de le défendre. Le FLN algérien, qui pense déjà à se débarrasser de ses recrues communistes en prévision de la prise du pouvoir, ne le soutient pas non plus et ne revendique pas son action. Une semaine après sa sortie du commissariat, le 24 novembre 1956, il comparait devant le tribunal militaire d’Alger avec un avocat commis d’office – qui sera lui-même arrêté pour l’avoir défendu ! – et est condamné à mort.

Fernand Iveton n’a tué personne. Pas seulement parce que la bombe n’a finalement pas explosé, mais parce que lui-même avait organisé son action pour qu’elle provoque une panne générale dans la capitale algérienne, mais pas de morts innocents. Cela a été prouvé et admis au tribunal. Lui et sa famille sont persuadés que leur recours en grâce auprès du gouvernement sera entendu. Même l’avocat Joë Nordmann, que le PCF a fini par lui envoyer pour déposer le recours, semble le croire. Mais le président de la République, René Coty refuse, avec les votes unanimes du président du Conseil, Guy Mollet et du ministre de la Justice, un certain… François Mitterrand. Celui qui se fera passer plus tard pour « socia-liste » est donc co-responsable de la décapitation, le 11 février 1957 de Fernand Iveton.

Un État indépendant au service de la bourgeoisie
La guerre d’Algérie fut gagnée politiquement par le FLN. Mais la bourgeoisie française put faire des affaires avec la bourgeoisie algérienne après l’indépendance. Leurs serviteurs politiques au sein des gouvernements français où algériens purent finalement signer la paix et coopérer. Les pauvres et les exploités qui supportèrent les sacrifices de la lutte n’en tirèrent pas les mêmes bénéfices. Et bien sûr, la politique stalinienne du PCF en France et la politique suicidaire du PCA en Algérie n’offrait aucune perspective aux jeunes rebelles qu’ils avaient inspirés et recrutés. Mais quelles que soient les critiques que l’on peut faire de ces organisations, l’exemple de Fernand Iveton vaut qu’on s’en souvienne. Qu’un jeune ouvrier ait pu refuser de s’identifier aux colons malgré les menus « privilèges » que lui valaient ses origines européennes, c’est cela que des autorités colonialistes ne pouvaient tolérer. Texte


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