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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1164 du 22 octobre 2016/Troisième page

Troisième page

Martinique : Les 80 ans de la CGTM

Il y a 80 ans, au mois d’octobre 1936 naissait en Martinique l’ancêtre de la CGTM : l’Union des syndicats CGT, qui adhéra à la CGT française. Cette Union syndicale fut créée par les représentants de douze syndicats. C’est 27 ans après, le 2 juin 1963, que ces syndicats devinrent la CGTM.

Le contexte de la naissance : celui de grandes luttes ouvrières

L’Union des syndicats CGT en Martinique fut fondée dans une période très riche en luttes ouvrières. Il y avait de grandes grèves comme celle des dockers, des ouvriers agricoles, des ouvriers boulangers. Dans la Caraïbe et dans le monde les luttes étaient nombreuses et puissantes. En France, 1936 fut l’année de la grande vague de grèves avec occupations d’usines qui déboucha sur l’acquisition par les travailleurs des congés payés et des 40 heures. C’est l’année de la révolution espagnole. C’est une période au cours de laquelle les travailleurs de toutes les îles de la Caraïbe se battaient farouchement. La situation de chômage et de misère créée par la grande crise capitaliste mondiale de 1929 engendra des grèves et des luttes ouvrières dans le monde entier. En Martinique, la domination capitaliste se doublait d’une oppression colonialiste féroce. Régulièrement, les troupes coloniales tiraient sur les grévistes, causant à chaque fois morts et blessés. Les gros planteurs békés opprimaient durement les travailleurs de la canne. André Aliker, militant du Parti communiste fut assassiné sur ordre du riche béké Aubéry.

Le rôle des militants du Parti communiste et l’influence néfaste du stalinisme

Ce sont de vieux militants politiques membres du Parti communiste, comme Jules Monnerot, Joseph Del, Léopold Bissol, qui impulsèrent le travail d’organisation de la classe ouvrière de Martinique. De plus jeunes militants communistes comme Victor Lamon, Lambert Sainte Croix relayaient ce travail. Tous ces militants risquaient pratiquement leur peau ou furent assassinés comme Aliker et des ouvriers grévistes dans une Martinique sous dictature colonialiste française. Cependant leur « communisme » n’en était plus un. Ils étaient liés au parti communiste français et au mouvement communiste international dominé et dangereusement infecté par le stalinisme. En effet, plusieurs années après la révolution ouvrière russe de 1917 et la fondation de la troisième internationale, dont Lénine et Trotsky avaient été les plus éminents dirigeants, une nouvelle direction sabota le cours révolutionnaire. À sa tête, Staline et la bureaucratie menèrent une politique qui n’avait plus rien à voir avec celle des révolutionnaires bolchéviks de 1917. Le soutien total à l’URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques) fut imposé aux communistes du monde et tint lieu de politique révolutionnaire. Partout, les staliniens sabotèrent les révolutions ou tentatives révolutionnaires du prolétariat mondial au profit de l’existence d’une couche sociale privilégiée en URSS : la bureaucratie soviétique. En France, en 1936, un accord électoral, le Front populaire, mettait le Parti socialiste et le Parti communiste à la remorque du principal parti de la bourgeoisie, le parti radical. Les grèves de juin qui auraient pu être le début de la révolution prolétarienne furent orientées vers une impasse par les staliniens sur ordre de Moscou. Les grandes grèves et les avantages sociaux arrachés par les luttes ouvrières devaient surtout servir aux communistes staliniens à gagner le maximum d’influence dans la classe ouvrière afin de servir non pas les intérêts de cette classe mais ceux de l’URSS stalinisée. Les membres du Parti communiste en Martinique respectèrent cette discipline. Eux aussi organisaient la classe ouvrière mais pas dans la perspective de la révolution prolétarienne. C’est donc dans ce cadre limité là qu’il faut analyser l’action et la politique des communistes de Martinique. Plusieurs générations de militants ouvriers et intellectuels furent formés dans ce cadre.

Après la deuxième guerre mondiale jusqu’à nos jours

Ce qui donnait du crédit aux militants staliniens, bien plus que leur programme, c’était les luttes des travailleurs en Martinique. Et elles reprirent de plus belle après guerre. La lutte pour l’égalité des droits avec les travailleurs de l’hexagone dura près de 50 années mais elle aboutit. Le succès des staliniens était celui du réformisme, pas du programme communiste révolutionnaire dont le but final est le renversement du système capitaliste. En 1990, certains dirigeants de la CGTM, dont Philibert Duféal, perdirent le soutien de la majorité des membres du syndicat. Ces derniers firent confiance à d’autres responsables dont notre camarade Ghislaine Joachim-Arnaud, par ailleurs membre de la direction de Combat Ouvrier. L’ancienne direction n’accepta pas de se retrouver en minorité et fit scission. Ils devaient fonder la CGTM-FSM. Aujourd’hui encore 80 ans après, la CGTM demeure le plus important syndicat de la Martinique. Mais la période a changé. La période actuelle n’est plus celle des grandes luttes offensives de la classe ouvrière des années 30, à part les grèves générales de 1974 et 2009. Ce n’est que lorsque les travailleurs reprennent le chemin des luttes offensives, celui de la grève générale, que la CGTM peut sortir de son strict rôle de défense des intérêts quotidiens des travailleurs. Cependant, quelle que soit la période, il revient aux militants communistes révolutionnaires qui militent à la CGTM et dans les syndicats en général de soutenir toutes les luttes ouvrières. Mais aussi, à chaque fois que possible, le devoir des révolutionnaires est d’aider à ce que ces luttes soient des expériences toujours plus enrichissantes pour les travailleurs. Car comme le disait Lénine, le syndicat est l’école de la révolution. Il ne doit donc pas être une fin en soi. L’émancipation réelle des travailleurs ne passera pas par les syndicats mais par des organes de pouvoir politique que les travailleurs se donneront eux-mêmes quand ils seront prêts pour cela. Ce sera la révolution sociale, seule perspective pour en finir avec l’exploitation capitaliste. Nous n’en sommes évidemment pas là aujourd’hui mais c’est néanmoins dans cette perspective là que militent les communistes révolutionnaires et notre groupe Combat Ouvrier parmi les travailleurs.


Il y a 60 ans La révolution hongroise

En octobre 1956, en Hongrie, la population entrait en insurrection.  

La Hongrie faisait partie des pays qui étaient échus à l’URSS (Union des républiques socialistes soviétiques) à la fin de la seconde guerre mondiale. Les deux grandes puissances, États Unis et URSS, à l’issue des accords de Yalta, avaient procédé à un découpage de leurs zones d’influences respectives et s’étaient partagé le monde. L’URSS avait étendu sa domination sur les pays d’Europe de l’Est, donc aussi sur la Hongrie.

L’URSS dirigée par Staline et la bureaucratie, était fort éloignée de la révolution prolétarienne et du régime que les révolutionnaires bolcheviks, Lénine, Trotsky, avaient mis en place en 1917. La dictature bureaucratique de Staline, maintenue par la terreur : les exécutions, les « purges » (assassinats des opposants), n’avait plus rien à voir avec le communisme.

C’est ce type de régime que l’URSS a imposé dans les pays sous sa domination : des régimes autoritaires appuyés sur un système policier et militaire calqué sur celui qui sévissait sur son territoire.

La mort de Staline, en 1953, et son remplacement à la tête de l’État par une direction collégiale, ont ouvert une brèche. Les aspirations des différentes couches de la population étaient multiples. Les paysans pauvres, qui voulaient avant tout avoir des terres à cultiver, avaient été en partie satisfaits dans un premier temps du fait de l’expropriation des grands propriétaires fonciers. Mais peu après, la collectivisation forcée de ces terres imposée par le régime de Staline, les en avaient frustrés. Les intellectuels, artistes, universitaires, la jeunesse étudiante, aspiraient à une liberté d’expression et de création dont ils ne disposaient pas, sous peine de répression : emprisonnement, exil, voire assassinats. Les travailleurs étaient soumis à des journées de travail très longues pour des salaires de misère, au même titre que leurs homologues d’URSS. La contrainte d’une productivité maximale imposait un travail épuisant, sous peine là aussi de répression.

Le 23 octobre, la révolution éclata. Le peuple insurgé forma des comités révolutionnaires et fit en sorte d'obtenir les armes des soldats. Ces derniers furent nombreux à soutenir le peuple insurgé. Le 24 octobre, les insurgés furent confrontés aux blindés de l’armée soviétique, soutenue par la police politique hongroise, et livrèrent bataille. L’armée hongroise n’intervint pas contre l'insurrection. La situation et la propagande révolutionnaire en direction des soldats de l'URSS ébranlèrent une partie de l'armée de répression. C'est aussi pour cette raison que Moscou donna l'ordre à son armée de se retirer, dans un premier temps. Parallèlement au pouvoir d’État, les travailleurs dès le début de l’insurrection, mirent en place des soviets, des Conseils ouvriers, sur le modèle des organes de pouvoir ouvrier qui avaient dirigé la révolution d’octobre 1917 en Russie et de ceux qui avait vu le jour en 1919 en Hongrie. Dans les usines, les travailleurs élisaient pour les représenter ceux en qui ils avaient le plus confiance. Ils prirent en main la gestion des usines, organisèrent des milices ouvrières armées. Mais pour imposer le pouvoir révolutionnaire des soviets à la tête de l’État, il leur manquait une direction politique qui leur soit propre, un parti ouvrier révolutionnaire. Les troupes d'URSS envahirent à nouveau la Hongrie le 4 novembre. Les travailleurs se battirent jusqu’au bout. Malgré la considérable supériorité matérielle et numérique des troupes russes, les combats durèrent encore 15 jours. Les travailleurs poursuivirent leur lutte par la grève quand leur résistance fut écrasée. Malgré la répression et l'échec, la classe ouvrière hongroise avait commencé à créer ses propres organes de pouvoir. Trente-neuf ans après la révolution ouvrière russe, elle a repris les mêmes méthodes révolutionnaires. Elle a montré à son tour le véritable chemin à prendre aux travailleurs du monde entier pour leur émancipation du joug de l'exploitation.


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