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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1162 du 24 septembre 2016/Première page

Première page

Editorial: Meurtre de Yohan, il est possible d’en finir avec cette société malade

ZoomLe meurtre en Guadeloupe d’un lycéen de 15 ans par un jeune du même âge a soulevé partout une immense émotion. Elle est bien légitime tant ce fait divers est affreux. Se sentant obligés de réagir, ministres, élus, recteur et représentants de l’État n’ont pas été avares de « condoléances »… Mais aucun – pas un seul d’entre eux ! – n’a parlé des vraies causes du problème. Et bien sûr, tous se taisent sur la véritable solution.

Les chiffres du chômage aux Antilles sont catastrophiques. Entre 20 et 30 000 personnes dans chaque île restent sans emploi plusieurs années de suite et nombreux sont ceux qui, brisés par cette exclusion sociale, finissent par ne même plus être en état de travailler. C’est particulièrement le cas chez les jeunes dont près de 60 % en Guadeloupe, à peine moins en Martinique, commencent leur vie ainsi : avec la certitude qu’ils n’auront pas d’avenir. Voilà la première des violences ! Une violence sociale insupportable.


À cela s’ajoute une société qui se dégrade de tous côtés. Il y a, en Guadeloupe en particulier, les coupures d’eau toujours plus drastiques qui détériorent encore un peu plus la qualité de vie des malheureux. Tout le monde sait qu’elles sont dues à un réseau de tuyauterie que les multinationales de l’eau et l’État ont laissé littéralement pourrir. Il y a l’école qui, à force de restrictions, a cessé de fonctionner pour beaucoup : chaque année, les deux tiers d’une tranche d’âge en Guadeloupe et à peine moins en Martinique disparaissent de l’école, souvent dès la classe de troisième. C’était le cas du jeune assassin de Yohan, qui traînait dans la rue parce que contrairement à sa victime, il n’avait pu entrer au lycée.

Il y a les transports en commun anarchiques en Guadeloupe, insuffisants en Martinique, qui transforment en véritable expédition la moindre démarche administrative, le simple fait d’aller au travail, sans même parler de chercher un emploi. Yohann est mort aussi parce que tous les jours, il devait attendre son bus, parfois plusieurs heures, sur une bretelle de rocade isolée au pied d’une cité où vivent des centaines de jeunes désespérés. Tout cela sur des îles où une minorité de privilégiés mène une vie opulente … Il est presqu’étonnant que la violence n’explose pas davantage!
Ce n’est pas le travail qui manque : il faut des milliers d’emplois dans la construction, la réparation des équipements, à l’école, dans les services sociaux et dans les transports. Rien que pour empêcher la société de continuer à se décomposer. Cela permettrait en plus de sortir du désespoir des milliers de chômeurs. Voilà la seule solution.

Ce n’est pas non plus l’argent qui manque. D'immenses fortunes sont bâties ici par l'exploitation des travailleurs. De surcroît, les gros planteurs de la banane et de la canne, les békés de la grande distribution sont littéralement gavés de subventions en permanence. Une fraction de leurs profits suffirait pour financer immédiatement des milliers d’emplois ! Pour les riches et leurs serviteurs politiques, tous ceux qui ont une parcelle de pouvoir local et national, il n’en est pas question : un emploi ne doit exister que s’il rapporte du profit aux capitalistes. En revanche, pour les travailleurs et les pauvres et en fait pour la majorité de la société, c’est pratiquement une question de survie. Mais seul un immense mouvement de colère de la population pourra l’obtenir.  


Guadeloupe L’assassinat du jeune Yohan, victime d’une société pourrie

ZoomMardi 13 septembre, Yohan, 15 ans, élève au lycée Chevalier de St Georges (LPO Baimbridge) était poignardé à mort par un autre jeune de 15 ans. Ce drame est un symptôme des effets qu’ont sur la société le chômage et les coupes sombres dans les services publics.  

Ce jour-là, Yohan finissait les cours à 17 heures. À cause du manque de moyens et de l’autoritarisme brutal d’une administration habituée à gérer la pénurie, il n’avait pas le droit d’attendre son bus en sécurité dans l’établissement (il n’y a pas de surveillants pour cela). À cause de la désorganisation complète des transports scolaires, il n’y a aucun bus avant 17h45 et d’ailleurs, beaucoup d’élèves mis à la porte après les cours sont chaque jour obligés d’attendre des heures. Le bus que Yohan attendait n’a pas d’autre endroit pour s’arrêter que la bretelle d’accès à la rocade, hors de vue des policiers qui stationnaient ce jour-là devant son lycée. À cause de l’échec scolaire massif, un autre jeune de 15 ans avait abandonné l’école à la fin de la troisième, comme la majorité de sa classe d’âge en Guadeloupe. Ce jeune-là savait que dans un pays où 60 % des moins de 25 ans sont au chômage, il n’avait plus aucun avenir. Il a rencontré sa victime sur la bretelle de la rocade. Il a voulu le portable de Yohan. Ils se sont battus. Yohan est mort.

Il n’est pas étonnant que les représentants de l’État qui président à ce naufrage aient d’abord voulu étouffer l’affaire. Le mercredi, tandis que les élèves des lycées de la zone tentaient de se mobiliser pour rendre hommage à Yohan, le ministère et le rectorat annonçaient la sempiternelle « cellule psychologique » bidon, la fermeture du LPO le jeudi (pas question que les gens puissent se voir et se concerter !) et la reprise des cours le vendredi. C’est la mobilisation des personnels et des élèves qui a contraint les autorités à se proclamer organisateurs de la marche d’hommage. Et encore ! À Providence, où la proviseure avait sélectionné une poignée d’élèves « autorisés » à marcher, les autres ont dû faire grève pour pouvoir participer !


Une réunion publique pour exprimer la colère

Les jeunes du journal Rebelle ! ont participé à l’organisation de la marche des personnels et des élèves en hommage à Yohan le 16 septembre. Le samedi 17, ils ont appelé à une réunion publique pour discuter des vraies causes de l’assassinat de Yohann.

Cinquante personnes, lycéens, étudiants, parents d’élèves et éducateurs étaient présents. Pendant près de trois heures les témoignages frappants se sont succédé. Des jeunes ont parlé de la violence au quotidien et de l’angoisse de n’avoir pas de travail. Des familles d’accueil qui s’occupent d’enfants en perdition ont exprimé leur désarroi face à des services sociaux qui se moquent de les voir réussir. Tous sont tombés d’accord sur la responsabilité des autorités qui laissent se développer le chômage et organisent la dégradation des services publics. Rendez-vous a été pris pour une nouvelle rencontre d’échange, le samedi 24 septembre à 14h, à la maison de Marie Galante sur la place de la Victoire (face à la darse, côté trottoir de droite, opposé à l’ancien cinéma Renaissance ).


Manifestation du 15 septembre contre la Loi-Travail

La Loi-Travail est toujours contestée. C’est ce que le gouvernement a encore pu constater le 15 septembre.
Comme en France, en Martinique plusieurs dizaines de manifestants ont participé à une journée de grève et à la manifestation appelée à Fort-de-France par les syndicats CGTM et FO.

Partis à 10h de la Maison des Syndicats, ils se sont dirigés ensuite vers la préfecture devant laquelle ont eu lieu des prises de parole. Dans les rues, des travailleurs de la Poste, d’EDF, du Commerce, de la Santé, de l’ONF, du Bâtiment, de l’Agriculture, d’Air France ou encore de l'Éducation ont défilé ensemble.

Ils représentaient par leur présence l'opposition maintenue du monde du travail à une loi qu'un gouvernement qui n'a rien à refuser au patronat a fait passer en force.



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