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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1161 du 10 septembre 2016/Quatrième page

Quatrième page

Colombie : la fin des FARC ? La fin de la guérilla ?

Après 52 ans d’un conflit armé qui a fait des centaines de milliers de morts, le gouvernement colombien a conclu un accord avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).  La création des FARC remonte à 1964. Le Parti communiste et le parti libéral colombien voulaient obtenir des réformes sociales et en particulier le partage des terres. Mais les grands propriétaires terriens et l’État colombien ont tout fait pour écraser cette revendication. La répression et la terreur d’État durèrent dix ans et firent environ 400 000 morts. Mais les militants appuyés par une partie des paysans formèrent des groupes armés d'autodéfense. En 1964, ils se réorganisèrent en une petite armée paysanne, qui deviendra les FARC, sous le contrôle du Parti communiste colombien. En quelques années, le groupe a gagné le contrôle de zones entières dans la campagne. De 2 000 combattants en 1982, elles sont estimées à 20 000 aujourd’hui. Dans les régions sous leur contrôle, les FARC lèvent des impôts sur les paysans et leur assurent une certaine protection sociale. Dans les années 1970, avec le « boom » de la production de cocaïne, la Colombie devient le premier pays producteur.

Les FARC y voient un nouveau moyen de financement, plus lucratif. L’objectif révolutionnaire des FARC passa au second plan. La préoccupation des chefs de la guérilla n’était plus d’améliorer le sort des couches pauvres de la paysannerie mais de préserver leur mainmise sur les territoires conquis par la guérilla et sur le narcotrafic. Le récent accord de paix devrait mettre fin à cinquante-deux ans de guerre civile avec un bilan de près de 500 000 morts, 45 000 disparus et 6,9 millions de déplacés. Selon les Nations unies, les paramilitaires armés par les classes dirigeantes ont fait plus de dégâts que les FARC. Ils seraient responsables de 80% des assassinats de civils.

Mais cet accord de paix, si tant est qu'il sera respecté, ne mettra pas fin forcément à la guérilla sur le territoire colombien. L’Armée de libération nationale (ELN), un groupe de guérilla créé en 1962 est encore actif et compte environ 4 000 membres. Un autre groupe de guérilla : l’Armée populaire de libération (EPL), apparu en 1967 comptait environ 500 membres au milieu des années 2 000 et existe encore.


Brésil : Dilma Rousseff destituée

Dilma Rousseff, la présidente du Brésil, a été destituée par la majorité du Sénat pour avoir masqué le déficit public. Elle était déjà soupçonnée de corruption dans l’affaire Petrobras, un groupe pétrolier public. Des fonds publics ont été versés à cette société au cours de marchés dans le BTP. Ces transactions ont été faites en échange de pots de vin versés à des partis politiques. Tous ces trafics ont éclaboussé le pouvoir et « le Parti des travailleurs ». Ce parti créé par l’ancien président Luiz Ignacio Lula Da Silva était arrivé au pouvoir grâce au soutien de la majorité de la population. Lula avait pris des mesures sociales en faveur des plus démunis dans un contexte de prospérité économique. C’est Dilma Rousseff qui lui a succédé en 2011. Mais la crise a frappé le pays et mis en difficulté la population. Le Brésil s’est déclaré en faillite. La corruption au sommet de l’État qui touche également le Parti des travailleurs a rendu Dilma Rousseff impopulaire. Pour ceux qui faisaient confiance à ce parti, la désillusion est profonde. Lors du procès de Dilma Rousseff, plusieurs manifestations ont eu lieu pour la soutenir mais ces mobilisations n’ont pas été importantes, ce qui montre le recul du parti des travailleurs. Le nouveau président de centre droit a fait des promesses. Mais la corruption continue de gangréner les sphères du pouvoir sur fond de pauvreté de la population.


France : Burkini sur les plages : quand la démagogie politicienne s’étale

ZoomNous publions ci-dessous une brève écrite par nos camarades de Lutte Ouvrière en France, à propos du Burkini. Nous en partageons entièrement le point de vue.  

Des municipalités ont décidé d'interdire le burkini sur leurs plages, pas parce qu'elles sont soucieuses des droits des femmes, comme le prétendent leurs maires, mais parce que ces maires, la plupart de droite, mais pas tous, ont trouvé l’occasion de faire un coup médiatique, en en rajoutant une couche dans ce climat raciste et antimusulman dominant. Ainsi, le maire Les Républicains de Cannes pratique ouvertement l'amalgame entre musulmans et terroristes, stigmatisant le port de cette parure qu’il qualifie de « tenue de plage manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse, alors que la France et les lieux de culte religieux sont actuellement la cible d'attaques terroristes »! La burka et du coup ce burkini sont certes, pour ceux qui en imposent le port aux femmes, une façon indigne de marquer que les femmes ont un statut inférieur aux hommes.

Il faut dénoncer cette oppression et la combattre politiquement. Mais ces politiciens, ces maires, comme Valls qui vient à leur rescousse, contribuent, eux, non pas à défendre la cause des femmes comme ils le prétendent, mais à creuser délibérément un fossé entre communautés. Ce sont des adversaires dangereux des travailleurs, de tous sexes et de toutes les origines.


Gabon : Bongo, Ping, françafrique : crimes contre la population

L’élection présidentielle au Gabon s’est déroulée le 27 août dernier. Selon les chiffres officiels, c’est le candidat sortant, Ali Bongo, qui a obtenu la majorité des voix, devançant de très peu son adversaire Jean Ping. Depuis la proclamation des résultats, les opposants à Bongo manifestent. La répression a fait officiellement sept morts et un millier d’arrestations.  Bongo aurait obtenu 49,80% des voix, contre 48,23% à Ping. La fraude a été massive dans les deux camps. Mais dans celui de Bongo elle le fut deux fois plus.

Le Gabon fait partie de la chasse gardée africaine de l’État français. Le père de l’actuel président, Omar Bongo, avait été mis en place par de Gaulle en 1967, sept ans après l’indépendance du pays. Il a dirigé le pays pendant plus de 41 ans, jusqu’à sa mort en 2009. Confronté à des émeutes en 1990, il avait été maintenu en place par l’intervention de militaires français. Le Gabon reste la deuxième base militaire française en Afrique après Djibouti.

En 2009, son fils Ali Bongo a pris le pouvoir. Avec sa sœur Pascaline, il a été le principal bénéficiaire de l’énorme héritage : 460 millions d’euros, patrimoine qu’il n’a pas manqué de développer. Le Gabon est en effet un pays riche en matières premières : pétrole surtout, mais aussi manganèse, bois précieux… C’est la compagnie Total qui détient le monopole de l’exploitation du pétrole gabonais. Mais d’autres trusts français participent au pillage : Bouygues, Bolloré, Véolia entre autres. Jusqu’ici tout tournait rond : les entreprises capitalistes françaises dépeçaient librement le pays, les Bongo soutenaient financièrement les partis au pouvoir, de Chirac à Sarkozy… Le gouvernement actuel semble pencher pour la candidature de Ping, dont il soutient la requête de recomptage des voix bureau par bureau.

Ping fait partie de la caste dirigeante. Il est l'ex beau-frère d'Ali Bongo. Il a été plusieurs fois ministre sous la gouvernance dictatoriale d’Omar Bongo. S’il veut maintenant la présidence, c’est pour accéder plus largement au pillage des caisses de l'État. Si le Gabon est un des pays les plus prospères d’Afrique, une grande partie de ses habitants vit dans la pauvreté.Une grève générale d’une semaine a touché le pays en mai dernier. Les petits fonctionnaires qui peuvent rester plusieurs mois ou années sans salaire, sont régulièrement en grève. Que la caste au pouvoir change ou non de représentant, cela ne fera aucune différence pour les plus pauvres. . 


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