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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1163 du 8 octobre 2016/Première page

Première page

Editorial: Matthew nan pei d’Ayiti : A pa malédisyon ! Se eksplwatasyon !

ZoomAlors que la situation économique et sociale de la population pauvre ne cesse de se dégrader, alors qu’elle se relève à peine des conséquences du séisme de 2010, voilà qu’elle paye les conséquences du passage de Matthew, un ouragan de force 4 sur une échelle de 5.  

Face au phénomène qualifié de « monstrueux » par les météorologues, les mesures du gouvernement haïtien se sont résumées à mettre à disposition de la population des abris capables de recevoir 30 000 personnes. Mais Haïti, c’est 10 millions d’habitants !

Ce sont surtout les départements du Sud, Sud-Est, des Nippes et de la Grande Anse formant le Grand Sud qui sont très touchés par l’ouragan. Cette région est coupée du reste du pays : il n’y a plus de communication téléphonique, les installations sont très endommagées, la route nationale numéro 2 est coupée à hauteur de Petit-Goave après l'effondrement du pont La Digue. On ne peut donc atteindre les Nippes, le Sud et la Grand-Anse ni par téléphone ni par voie terrestre.
Le bilan définitif des pertes en vies humaines n’était pas établi au moment où nous écrivons. Mais on parle déjà de 8 morts. Les dégâts matériels sont énormes. Les villages et les maisons sont inondés, les toits arrachés, les maisons et jardins détruits, le bétail emporté.

La population pauvre des départements des Nippes, du Sud, de la Grande-Anse est donc durement touchée.  Les sinistrés sont aux abois. L’État est absent. L’aide n’arrive pas vite, quand elle arrive. Les dispositions annoncées par le gouvernement n’étaient que du bluff. C’est la solidarité entre riverains qui limite les dégâts. L’école ne fonctionnera que lundi prochain, au mieux dans les régions les moins touchées. Les élections qui devaient se tenir ce dimanche 9 octobre sont reportées sine die. Dans la population on entend souvent en Guadeloupe et en Martinique et aussi en Haïti dire que c’est la « malédiction » qui frappe Haïti. Ce n’est pas vrai. C’est la pauvreté extrême qui fait la vulnérabilité de la population de ce pays aux catastrophes naturelles. Il n’y a pas de fatalité.

La majorité de la population vit dans des logements de fortune, posés dans des zones à risque d’inondation, d’écoulement de boue.78% de cette population vit sous le seuil de la pauvreté et 56% dans une pauvreté extrême.

Le taux de chômage dépasse les 60 %. Les rares travailleurs ayant la possibilité de vendre à bas prix leur force de travail, les ouvriers de la Zone industrielle de Port-au-Prince, sont licenciés par dizaine chaque jour, sous prétexte qu’il n’y a pas de travail. Or pour les ouvriers restant en poste, les heures de travail augmentent, les quotas à fournir augmentent à un point inatteignable même par les ouvriers les plus aguerris. C’est la misère même pour ceux qui travaillent. Non, la catastrophe qui une fois de plus frappe nos frères Haïtiens n’est pas une « malédiction, ».

C’est le résultat de l’exploitation sanguinaire et pluriséculaire du peuple haïtien par les puissances impérialistes dont la France et les USA. C’est la conséquence d’une société où une poignée de riches concentre entre ses mains 63 % de la richesse nationale. Eux ne subiront pas la « malédiction » de Matthew !

Les dégâts et les morts qui se comptent parmi les pauvres après le passage du cyclone sont à mettre au compte des riches exploiteurs et de leurs supplétifs. Pour récupérer les richesses que pillent ces suceurs de sang, les travailleurs et les pauvres d’Haïti feront la « malédiction » changer de camp.  


La première violence c’est le chômage

Une légende de l’Inde ancienne raconte que des aveugles sont un jour tombés sur un éléphant... L’un se heurte contre la bête et pense que l’éléphant doit être un mur. Un second tâte une de ses pattes et l’imagine comme un arbre. Les autres voient plutôt un serpent, à cause de la trompe, ou un papillon géant, à cause des oreilles. Face au problème de la violence aux Antilles, politiciens, intellectuels et représentants de l’État se comportent de la même façon – ce serait un problème de «culture», ou de parents démissionnaires, ou de manque de policiers… Certains jouent même sur la corde xénophobe et montrent du doigt les immigrés. Ils nous jouent une sinistre caricature de la belle légende, car eux, ils voient et ils savent : le chômage de masse en Guadeloupe et en Martinique est la violence mère de toutes les violences.

La société capitaliste, aggravée aux Antilles par son « supplément colonial », est en train de fabriquer la troisième génération de désespérés. Par dizaines de milliers. Dans chacune de nos îles, sur 200 000 adultes et jeunes adultes, entre 50 et 60 000 sont dans le chômage et la précarité en permanence. Et si on continue comme ça, tous ne s’en sortiront pas. Nier le fait que cela engendre la violence, c’est refuser de voir l’éléphant qu’on a sous le nez !

D’ailleurs, partout dans le monde, tous les gens qui étudient la violence, tous les sociologues et les scientifiques disent : la principale raison, c’est le chômage. Avec un chômage trois fois plus élevé qu’en France, il est hélas parfaitement normal qu’on ait trois fois plus de meurtres ! Dans tous les pays du monde, la violence et le chômage évoluent de la même façon.


Guadeloupe :10 000 emplois tout de suite !

Nous publions ci-dessous l’appel des jeunes de Rebelle ! auquel se joint Combat ouvrier  :

Tous les officiels se sont exprimés après la mort de Yohan. Mais aucun n’a dit que c’est le chômage de masse, qui touche 60% des jeunes, qui est « la violence mère de toutes les violences ». Pourtant, créer 10 000 emplois tout de suite, pour que les jeunes ici aient un avenir, c’est nécessaire et c’est possible. C’est nécessaire, parce qu’il y a plein de choses qui ne fonctionnent pas en Guadeloupe : le réseau d’eau, les transports, les écoles qui ne sont pas aux normes… Pour régler tous ces problèmes, il faut embaucher des milliers de personnes.

C’est nécessaire aussi parce que dans tous les secteurs, chaque travailleur doit faire le boulot de deux ou trois personnes. Les queues s’allongent à la poste et à la Sécu, l’attente est interminable aux urgences… Partout, les salariés sont sous pression et les usagers sont mal reçus. En Guadeloupe, il y a donc largement de quoi créer 10 000 vrais postes de travail. Mais est-ce que c’est possible de trouver l’argent pour ça ? La réponse est oui !

C’est possible de créer ces emplois, et pas des contrats bidons comme les services civiques, rien qu’en utilisant l’argent que la région et l’État donnent chaque année aux entreprises. On a cherché sur internet (et on n’a sûrement pas tout trouvé) : les patrons de Guadeloupe touchent 200 millions de subventions et d’aides diverses, chaque année. Pour embaucher pendant un an 10 000 personnes au Smic, tout compris, il faut 189 millions. Alors pourquoi ça ne se fait pas ? Parce que nous sommes trop gentils. Les patrons n’embaucheront ces 10 000 personnes que s’ils sentent notre colère et notre détermination. Annou ay !

Rassemblement samedi 15 octobre 10h devant la sous-préfecture, place de la place de la Victoire à Pointe-à-Pitre. Venez nombreux !


Une réunion-débat pour dire la colère de la population

Samedi 24 septembre, à l’appel du journal étudiant Rebelle !, une nouvelle réunion de discussion avait lieu à Pointe-à-Pitre sur le sujet de la violence. Une quarantaine d’étudiants, de lycéens et de parents avaient une deuxième fois répondu à l’appel.



Réunion publique de Combat Ouvrier

Vendredi 28 octobre à 18h 30, salle Rémy Nainsouta, Pointe-à-Pitre Thèmes : « Il y a 60 ans la révolution hongroise » et « Face aux prochaines élections, quelle politique pour les travailleurs et les classes populaires ? » La réunion sera suivie d’un débat. Venez nombreux !


MEDEF Guadeloupe : Des gros patrons plus humains ?

Les patrons du MEDEF local voudraient soi-disant agir davantage pour l'emploi et renouer le dialogue social.

C’est ce qu’ils ont annoncé dans une conférence de presse fin septembre. Leur but : tenter de casser l’image de dirigeants intéressés uniquement par le profit. Mais si ces patrons ont déclaré qu'ils se veulent « humains » c’est qu’ils savent pertinemment qu'ils ne le sont pas. 


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