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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1160 du 30 juillet 2016/Quatrième page

Quatrième page

Turquie, le contre coup d’État d’Erdogan

Nous publions ci-dessous un extrait de l’article de nos camarades de Lutte Ouvrière.

Après le coup d’État manqué de la nuit du 15 au 16 juillet, le président turc Erdogan, son gouvernement et son parti l’AKP n’ont pas perdu de temps pour assouvir leur soif de vengeance. Des milliers d’arrestations ont eu lieu, non seulement parmi les soldats impliqués dans cette tentative, mais dans d’autres secteurs de l’appareil d’État, en particulier dans la magistrature. Erdogan sort politiquement renforcé de l’épreuve, et il veut maintenant profiter de la situation.

Le pouvoir a annoncé son intention de prendre des sanctions exemplaires et même déclaré que, dans ce but, la peine de mort pourrait être rétablie, « puisque le peuple le veut ». Il a désigné son rival islamiste Fethullah Gülen, réfugié aux États-Unis, comme le responsable de la tentative de putsch. Mais comment se fier au pouvoir turc pour dire ce qui s’est vraiment passé les 15 et 16 juillet ?

Qu’un fort mécontentement ait existé au sein de l’armée envers le pouvoir d’Erdogan, cela n’est certes pas une découverte. Le gouvernement islamiste, depuis qu’il est en place, n’a eu de cesse de prendre le contrôle de ce bastion traditionnel des kémalistes qui s’affirment comme les gardiens des traditions laïques de la République instaurée en Turquie par Mustafa Kémal après la Première Guerre mondiale et la chute de l’Empire ottoman. Ses sommets ont été largement épurés, placés sous le contrôle d’hommes de l’AKP. Puis la politique d’Erdogan a continué d’y susciter des mécontentements. L’armée a été la première à subir les conséquences des choix du pouvoir, avec la reprise de la guerre au Kurdistan, la complicité du régime avec l’organisation État islamique présente en Syrie, la tension créée avec les États-Unis avec lesquels les militaires turcs sont habitués à collaborer.

Mais (…) visiblement mal préparée, laissant le gouvernement en situation d’organiser la riposte, [cette tentative] n’a été le fait que d’une partie minoritaire de l’armée dont on ne connaît guère l’orientation politique, même si Erdogan accuse maintenant son ennemi Fethullah Gülen. Celui-ci, de son côté, accuse Erdogan d’avoir organisé un putsch factice, dont il a donc pu triompher facilement. Les dirigeants du putsch avaient-ils reçu l’assurance qu’ils seraient suivis par le reste de l’armée et, ce soutien n’étant pas venu, sont-ils ainsi tombés dans un piège ? On peut se le demander d’autant plus qu’Erdogan apparaît maintenant comme le principal bénéficiaire de la situation.

Il est peu probable qu’on sache dans un avenir proche ce qui s’est réellement tramé au sein de l’armée et entre les sommets de celle-ci et le gouvernement. En destituant des milliers de magistrats, Erdogan prend d’ailleurs ses précautions, se débarrassant de ceux qui auraient pu pousser plus avant les enquêtes, non seulement sur les faits de corruption qui le concernent, mais aussi sur les conditions du putsch. Il peut maintenant triompher, annonçant ouvertement son intention de « faire le ménage » au sein de l’État et d’en éliminer tous ceux qui pourraient s’opposer à son pouvoir.

Erdogan sauvé par « le peuple » ?

Erdogan proclame avoir été sauvé par l’intervention du « peuple », descendu dans la rue à son appel dans la nuit du 15 au 16 juillet pour s’affronter aux soldats. Une grande partie de la nuit, à Ankara comme à Istanbul, cet appel a été relayé par les mosquées. Mais le « peuple » en question est surtout celui des partisans de l’AKP, qui ont pu s’en prendre à de jeunes soldats désemparés faisant leur service militaire, allant parfois jusqu’au lynchage. Les mêmes paradent maintenant dans les rues, défilent dans les quartiers kurdes et alévis, promettant le châtiment à leurs habitants suspects de tiédeur envers le gouvernement islamiste, s’en prenant parfois aux femmes non voilées. L’action de ces groupes s’ajoutera peut-être à la large répression annoncée par le pouvoir. Bien des militants de gauche, ou tout simplement des Kurdes, nullement impliqués dans le putsch, en subiront malheureusement les conséquences.


Haïti : treize boat-people recueillis en haute mer

Les tentatives de franchir la frontière vers les USA n’ont jamais cessé, ce nouveau naufrage l’illustre. Dans la nuit du mardi 5 juillet dernier, treize Haïtiens ont été récupérés en mer par les gardes-côtes américains avec le concours du Service Maritime et de Navigation d'Haïti (SEMANAH). Les passagers avaient quitté Port de Paix et étaient en route pour les iles Turk et Caïcos quand le bateau a perdu de la puissance à mi-chemin et a commencé à couler. Il n’a pas été fait mention du nombre de disparus. Le capitaine a envoyé un signal de détresse qui a été intercepté par le SEMANAH, et transmis au Centre de Sauvetage Maritime à Miami, un vaisseau des gardes-côtes américains ainsi qu’un hélicoptère ont assuré les recherches. Treize survivants ont été repérés sur un radeau de fortune et récupérés par les gardes-côtes. Le bateau transporteur a été coulé. Un malade a été transféré aux Bahamas et les 12 rescapés on été rapatriés à Port de Paix le 7 juillet.

Ces boat people allongent la liste de ceux qui tentent leur chance vers les Bahamas, Cuba, les iles Turk et Caïcos pour atteindre les USA ou par Saint Domingue en direction de Porto Rico. Avec la flambée des prix des produits de première nécessité suite à une nouvelle chute de la gourde par rapport au dollar (un dollar pour 66 gourdes), les expéditions vers de soi-disant Eldorados reprennent. Ce groupe de rescapés n’a pas réussi à passer le filet de contrôle que tendent les patrouilles en mer et dans les airs et qui protègent les frontières américaines. Cela n’empêchera pas d’autres de prendre la mer pour fuir les conditions de vie misérables. Ils se retrouvent à la merci de trafiquants sans scrupules.

Certains travailleurs choisissent de leur côté de continuer la lutte pour obliger les patrons des entreprises à aligner le salaire sur l’augmentation du coût de la vie. Dans cette lutte, chaque gourde arrachée est une victoire et chaque confrontation est riche en expérience pour renforcer l’organisation des travailleurs.


Guadeloupe 1976 : La Soufrière se réveille

ZoomDans le précédent numéro, des extraits d’articles de Combat Ouvrier de l’époque ont dénoncé le manque de préparation de l’administration alors même que depuis juillet 1975 l'activité sismique de la Soufrière montrait des signes inquiétants. Nous citons d’autres extraits de la brochure de Combat Ouvrier sur l’évacuation de la population proche du volcan et les difficultés rencontrées par les réfugiés condamnés à s’organiser pour résister.

Le dimanche 15 août 1976, toute la Guadeloupe vivait à l'heure de la Soufrière. En quelques heures des milliers de gens bousculés par l'appel pathétique du préfet et par les déclarations catastrophées du professeur Brousse se jetaient sur les routes fuyant le danger. Une première mondiale: évacuation de 72 000 personnes. On aurait pu penser qu'un tel plan (ORSEC 2) prévoyait dans les détails toutes les mesures propres à une évacuation rapide et sans danger de la population. Mais loin s'en fallut. Rien ou presque n'avait été prévu dans ce sens... En particulier, les nombreux véhicules militaires, ceux de l'armée et de la gendarmerie, n'ont pas été utilisés pour l'évacuation de la population… Pourtant quand il s'agit d'opérations de guerre et de répression, l'État bourgeois sait agir vite et efficacement. …

Le résultat de cette absence de plan d'évacuation c'est que la population va quitter par ses propres moyens la zone menacée par l'éruption… dans la pagaille. L'accueil aussi fut lamentable. Donc, du jour au lendemain 72 000 personnes se réfugièrent dans les communes avoisinantes de la côte sous-le-vent et en Grande-Terre… Et c'est finalement bien 20 000 personnes qui furent entassées dans les écoles. Pour ces réfugiés, c'était le commencement d'un véritable cauchemar, qui allait durer plus de trois mois pour la plupart. Car arrivés dans ces centres, ils purent constater que l'administration n'avait rien prévu pour les recevoir.

La vie dans les centres d’hébergement Elle allait encore prouver tout le mépris de l’administration coloniale vis-à-vis d’une population privée d'emploi, sans ressources, réduite à l’état d’assistés, ne devant compter que sur la seule pitance servie, pour ne pas crever de faim.

Des comités de réfugiés pour sauvegarder notre dignité. Des centaines de personnes se trouvaient du jour au lendemain contraintes de vivre ensemble dans des locaux non adaptés... Les problèmes du nettoyage, de l'hygiène, de l'entraide, du renforcement des liens entre les réfugiés étaient à l'ordre du jour. Seul un organisme démocratique comme le comité, avec des représentants élus des réfugiés eux-mêmes en assemblée générale pouvait mener à bien cette tâche. Partout où des comités ont vu le jour, les réfugiés se sont sentis plus forts face à l'administration coloniale et ont mené des actions souvent couronnées de succès, au lieu de subir passivement leur sort. Les centres où les réfugiés se sont organisés furent aussi les seuls à ne pas être atteints par la démoralisation.


Extraits du bulletin échos de Jarry

Grève des travailleurs de l’énergie : yo ni rézon
Le 19 juillet, les travailleurs de l’énergie ont fait grève pour le respect du statut des IEG (industries électriques et gazières) et l’arrêt des attaques contre le syndicat. Dans le contexte actuel d’attaque des patrons contre les 40%, les travailleurs de l’énergie ont d’autant plus raison de se battre pour défendre le statut des IEG qui leur permet de toucher une prime de vie chère de 25%. Ils sont aussi solidaires de la lutte des travailleurs du Crédit Agricole. Ils ont reçu le soutien de la CGTG.

Grève des travailleurs de l’énergie : fòs ba yo !
Cette grève a été suivie par les travailleurs de la centrale Diesel Export de Jarry, de la centrale thermique du Moule (Albioma), de la centrale géothermique de Bouillante et de la centrale EDF de Jarry. Woulo ba yo !

Idex Énergie 971 : un patron voyou
Les deux salariés de cette entreprise, associés à la centrale Diesel Export de Jarry, sont en grève depuis novembre 2015 pour l’application du statut des IEG. Le patron refuse de l’appliquer alors que les tribunaux l’ont déjà condamné à deux reprises.

Idex Énergie 971 : la lutte continue !
La direction a remplacé les grévistes par d’autres salariés, et les a assignés en justice pour « entrave ». Face au patron, les deux ouvriers restent déterminés. Ils ont le soutien des autres travailleurs de l’énergie qui se sont mobilisés le 19 juillet.

Extraits du bulletin «  échos de l’aéroport »

Météo-France : plus de protection aéronautique au Raizet
Depuis le 1er juillet, c’est officiel : il n’y a plus de fourniture directe de dossier aéronautique pour les pilotes en Guadeloupe. Alors que la SAGPC se vante du trafic en hausse et du classement de Pôle Caraïbes en tête des aéroports d’outre-mer, voilà qu’il n’y a plus de protection aéronautique. La direction de Martinique objecte que tout est automatisé, mais les pilotes savent bien que des phénomènes locaux peuvent se produire à tout moment et avoir des conséquences importantes sur les vols. On économise à tout prix, même aux dépens de la sécurité des vols.

Pas d’argent sur le compte de la Brink’s 
Un de nos camarades licenciés a eu une mauvaise surprise. Son chèque de solde de tout compte était sans provision. Au lieu de la somme espérée, il s’est retrouvé avec des pénalités à verser à sa banque. Pas banal de la part d’une grande société internationale, chargée, qui plus est, de transporter des fonds. Désinvolture ou incompétence des responsables en Guadeloupe. 


Avis aux lecteurs

En raison de la période des vacances, la parution de Combat Ouvrier sera suspendue. Le prochain numéro paraîtra le samedi 10 septembre 2016.

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