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Archives de CO/CO de l'année 2016/CO n° 1159 du 16 juillet 2016/Troisième page

Troisième page

1976. La Soufrière se réveille (27-03-76 Combat Ouvrier bi-hebdomadaire)

Nous publions des extraits d’articles de Combat Ouvrier de l’époque La terre a tremblé dans la région de Saint-Claude. Il semble que le phénomène soit lié à une reprise d'activité volcanique de la Soufrière.
Les autorités en place affirment qu'elles ont pris des mesures pour surveiller de près l'évolution du phénomène. Ainsi des mesures de la température du sol aux abords du volcan sont faites. II semble - aux dires de l'administration - qu'un personnel en nombre plus important que d'habitude travaille à l'étude du volcan. Malgré tous ces propos rassurants, les habitants de la région de Saint-Claude-Basse-Terre, feraient bien de vérifier eux-mêmes si ces mesures de surveillance et d'études renforcées ont été effectivement prises.

Insuffisante surveillance des volcans : une incurie qui peut devenir criminelle (07-04-76 Combat Ouvrier mensuel N° 60) Ainsi, nous l'avons appris en même temps que les auditeurs de la conférence de Presse de Haroun Tazieff, les services de surveillance du volcan sont sous-équipés. Nous avons aussi appris que ce fait a déjà été dénoncé depuis deux ans par le volcanologue. Il affirme n'avoir reçu pour toute réponse à ses demandes que des promesses. Vu l'importance de cette question, il est inadmissible qu'elle soit prise à la légère. Le préfet, à une question sur les moyens qu'il a mis à la disposition du Laboratoire de Physique du Globe, répondit presque honteusement qu'on avait mis des moyens de locomotion à la disposition du responsable et un million d'anciens francs! Il était bien temps! Toujours est-il que maintenant il faut exiger que les mesures prises pour améliorer la surveillance du volcan soient rendues publiques et au cas où elles seraient insuffisantes, il faudra exiger que les dispositions en hommes et en matériel scientifique soient prises.

La population doit participer à l'organisation de la sécurité De telles circonstances exigent discipline et ordre afin d'éviter des pertes en vies humaines et des souffrances inutiles. Seule la prise en main par la population elle-même, de sa propre sécurité, peut assurer cela. En effet, beaucoup de travailleurs ont la tradition des actions organisées et peuvent servir à encadrer l'ensemble de la population.

Un plan d'organisation des déplacements de population et de leur accueil, plan décidé à l'avance et pas au dernier moment, devrait faire appel à la mobilisation de tous. Pour l'avenir, il s'agira que les travailleurs, en cas de reprise d'activité du volcan s'occupent eux-mêmes de l'organisation et de la sécurité de la population. La légèreté avec laquelle la préfecture coloniale a pris en main le problème n'augure rien de bon pour les pauvres dans les cas de ce genre (éruptions, cyclones). Nous vivons dans une région où cyclones, éruptions, tremblements de terre nous mettent périodiquement en alerte. II faut apprendre à y faire face de la manière la plus efficace et la plus consciente.

Suite des extraits dans notre prochain numéro. Nos articles ont été réunis dans une brochurequi figure sur le site de Combat ouvrier.


Haïti : Un nouveau tour de passe-passe électoral prévu pour octobre 2016.

Le calendrier des nouvelles élections présidentielles est connu. Les politiciens s’agitent pour être au plus près de la mangeoire. Après l’annulation des élections présidentielles de décembre 2015, le conseil électoral provisoire (CEP) annonce que les nouvelles élections se dérouleront le 9 octobre 2016 et le 8 janvier 2017 pour le second tour. Il a publié la liste des candidats qui ont été retenus. Parmi les 27 candidats approuvés, on retrouve les quatre premiers de l’élection contestée de décembre 2015.

Jovenel Moïse : du « Parti Haïtien Tèt Kalé » est le poulain de l’ex président Martelly. Jude Célestin de la « Ligue Alternative pour le Progrès et l’Émancipation Haïtienne » est supporté par René Préval l’ancien président. Moïse Jean-Charles du parti « Pitit Dessalines » se dit à gauche de Lavalasse et Maryse Narcisse du parti politique « Fanmi Lavalasse » est proche de J.B Aristide.

Dans chaque camp, la machine de propagande est de nouveau lancée et quelques millions de gourdes lâchés pour acheter les votes comme lors de la dernière édition. Le CEP essaie de crédibiliser ce nouvel épisode, il a ouvert les inscriptions sur la liste électorales jusqu’au 12 juillet pour « populariser et contrôler l’évènement » dit-il.

Le contrôle est prévu par des observateurs communautaires qui sont censés garantir soi-disant la crédibilité du scrutin. L’agitation dans le petit monde de politiciens augmente alors que les dates approchent et que le gouvernement américain laisse entendre qu’il gèlera l’aide financière pour ces élections. Les travailleurs et les ouvriers de la zone industrielle de Port-au-Prince regardent cette agitation de loin. Ils sont occupés à se battre pour obliger les patrons des entreprises à appliquer le salaire minimum journalier de 300 gourdes (4,29 euros).


Il y a 40 ans : Le soulèvement de Soweto

Du 16 juin au 21 août 1976, des milliers d’enfants, lycéens et étudiants noirs sud-africains manifestaient contre l’Apartheid. Leur courage face aux balles du régime raciste entraîna la classe ouvrière dans la lutte. Dans les années 1970, le climat social et politique changeait en Afrique du Sud. En 1973, une vague de grèves avait arraché des augmentations de salaires dans les mines. Deux ans plus tard, l’armée sud-africaine avait été défaite en Angola, alors en pleine guerre d’indépendance contre le Portugal. Les images de ces féroces soldats blancs prisonniers de combattants noirs avaient été un choc libérateur pour la majorité noire d’Afrique du Sud.

En juin 1976, le gouvernement blanc d’Afrique du Sud décréta que l’enseignement dans les écoles ne se ferait désormais plus en anglais, mais en afrikaans – la langue, dérivée du hollandais, parlée par les deux tiers de la minorité blanche. Les jeunes Noirs comprirent le message. On leur coupait l’accès à la langue internationale pour les soumettre à une langue régionale dont la seule utilité était de communiquer avec les oppresseurs. Ils décidèrent de refuser cette nouvelle brimade.

Le 16 juin 1976, 10 000 collégiens et lycéens quittèrent leurs écoles pour manifester jusqu’à un stade où devait se tenir un meeting. L’armée tira à balles réelles tuant 23 enfants. Mais le mouvement reprit le lendemain et les émeutes s’étendirent à tout le pays dans la jeunesse des townships (ces ghettos des grandes villes où étaient parqués les Noirs pauvres). Au total on estime que la répression fit 700 victimes. En août, après trois mois d’affrontement contre la police et l’armée, un groupe d’étudiants alla chercher de l’aide auprès des ouvriers devant les mines et les usines de la région de Johannesburg.
Leur appel fut entendu et le 21 août, les ouvriers prirent la relève dans la première grande grève anti-apartheid de leur histoire. La force de la courageuse classe ouvrière sud-africaine fut captée et détournée par les nationalistes de l’ANC pour créer, quinze ans plus tard, un régime « multiracial » où les travailleurs restent férocement exploités. Mais son entrée en scène, il y a quarante ans, signifiait que les jours de l’Apartheid étaient comptés.


Trinidad et Tobago en récession

La chute, continue depuis 2014, du prix du pétrole et du gaz, principales sources de revenus de l’État, mettent le commerce extérieur de Trinidad et Tobago (TT) en déficit pour la première fois depuis 15 ans. Les conséquences s’annoncent inquiétantes pour la population.
Lors des élections de septembre 2015, le Mouvement National Populaire, People’s National Movement (PNM) est revenu au pouvoir avec Keith Rowley Premier ministre. Ils ont trouvé une situation économique dégradée, d’abord à cause de la baisse phénoménale des principales ressources fiscales liées au pétrole, les exportations de pétrole et de gaz constituant 85% des exportations de Trinidad et Tobago.

Le nouveau gouvernement dénonce aussi les fortes dépenses électorales en 2015 du précédent gouvernement de Mme Kamla Persad-Bissessar, leader de l’United National Congress Alliance (UNC). Ainsi il avait triplé les rémunérations des directeurs de la compagnie Petrotrin qui ont atteint 29 millions de dollars TT. (TT= les deux îles Trinidad et Tobago) cette année-là. Une société d’assurance-vie, CLICO, aurait été renflouée par ce gouvernement qui aurait versé 24,5 milliards de dollars TT. Pour donner une idée, les arriérés de salaire des travailleurs de la santé et de la protection civile étaient en mars 2016 de 5 milliards de dollars TT et le gouvernement Rowley disait qu’il n’avait pas les moyens de payer, qu’il fallait attendre. Il semble qu’à ce jour la moitié de ces arriérés a été versée grâce à des emprunts de l’État au marché bancaire local.

Les touristes qui venaient nombreux du Venezuela voisin, lui aussi en difficulté, viennent moins. Les États-Unis commandent moins de pétrole. Le gouvernement organise la pénurie. De nombreux investissements pourtant jugés indispensables pour l’école, la santé, les infrastructures, le transport, sont annulés. Cela signifie davantage de chômage. Dans le même temps des modifications du code du travail, limitant les droits des syndicats et des travailleurs mécontentent les syndicats.

Pour récupérer de l’argent, le gouvernement prie : « Tous, gens d’affaires et particuliers, s’il vous plait, remboursez les sommes déclarées avant septembre 2016, finalisez les déclarations (d’impôts) d’entreprise à cette date ». Des organisations religieuses sont invitées à faire leurs déclarations d’impôt, ce qu’elles disaient ne pas savoir… Après l’amnistie fiscale, le gouvernement annonce qu’il rétablira les pénalités de retard. Le gouvernement de Trinidad et Tobago dispose aussi de fonds de réserve comme tous les pays producteurs de pétrole, de gaz ou de minerais. Ces fonds sont généralement investis à l’étranger. Ils sont censés servir à l’État de réserve pour les générations futures ou en cas de baisse des revenus des ressources naturelles. Appelés « Fonds d’héritage et de stabilisation », ils existent à Trinidad depuis 2000, mais sont réorganisés depuis 2007. En 2014 ils s’élevaient à 5,4 milliards de dollars US. Notons qu’un US dollar vaut 6,64 dollar TT.
Le gouvernement annonce qu’il puisera dans ces fonds. Pour combien de temps ? Un pays qui jusqu’alors avait des revenus enviables est précipité dans la crise, du moins les plus pauvres sont jetés dans la misère. C’est cela le capitalisme !


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